| Débat militant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°1
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30
novembre 2001
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| Sommaire : | ||||||||||
| Eléments de discussion sur la guerre | ||||||||||
| article pour Critique communiste | ||||||||||
| texte sur la situation internationale et ses conséquences pour le mouvement anti-mondialisation | ||||||||||
| intervention de la LCR à un "forum contre la guerre" | ||||||||||
| livre : "les dollars de la terreur" | ||||||||||
| Présidentielle : le parti des travailleurs en jeu | ||||||||||
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Cher(e)s ami(e)s et camarades, voici le premier numéro de notre lettre
électronique, " Débat militant ". A première
lecture, associer débattre et militer, pourrait passer pour une redondance
inutile tant l'idée de militer est associée à l'idée
de dialogue, d'échange, de discussion. Il n'en va pas toujours ainsi
et le débat est trop souvent dominé par l'activisme militant.
Le volontarisme de l'action a par trop tendance à écarter ce sans
quoi il est désarmé, à savoir la discussion pour comprendre
et donc, agir en toute lucidité.
En intitulant cette lettre " Débat militant ", nous avons voulu
réconcilier ces deux temps indissociables de la lutte et de l'action.
Notre passé de militants d'extrême-gauche a été souvent
dominé par la logique des petits groupes où chacun vise à
justifier sa propre existence indépendante par sa recette qu'il transforme
plus souvent en acte d'accusation contre les autres qu'en instrument pour une
action dont chacun a les moyens de vérifier et de discuter la fécondité.
La discussion donc, nous semble indispensable, discussion pour regrouper, c'est
à dire dégager les objectifs communs tout en permettant à
chacun de définir différences d'appréciations, spécificités,
sans paralyser l'action, mais au contraire en l'enrichissant du débat,
de la dynamique des contradictions, d'une franche et loyale émulation
dans la lutte politique. Les militants qui sont à l'initiative de ce
bulletin de débat sont soucieux de contribuer à sortir le mouvement
révolutionnaire des vieux clivages hérités de la période
antérieure à la chute du mur de Berlin et à la restauration
du capitalisme dans l'ex-URSS parce qu'ils pensent qu'il n'y a pas aujourd'hui
d'autre stratégie de construction du (nouveau) parti des travailleurs
qu'exige la nouvelle situation sociale et politique que celle visant au regroupement
de toutes les forces soucieuses d'y contribuer.
Sans débat, il est bien difficile de ne pas subir l'événement,
les pressions de l'activisme politique, l'impressionnisme. Il est bien difficile
de s'orienter, de construire, c'est à dire de formuler une politique
pleinement indépendante de l'opinion démocratique bourgeoise,
une politique démocratique et révolutionnaire de classe.
Aujourd'hui, sous la pression des évolutions sociales et politiques,
comme de leur propre activité, notre organisation, la Ligue communiste
révolutionnaire, et plus largement l'ensemble de l'extrême-gauche
comme ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement anti-mondialisation, sont
confrontés à un vaste débat sur les perspectives de tous
ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité dépend de la fin du
règne de la propriété privée capitaliste.
Les échéances électorales de l'année 2002 et leur
suite y concourent mais aussi et surtout les évolutions sociales et politiques.
Les attentats du 11 septembre et leurs suites ont été le révélateur
d'un retournement de conjoncture qui implique un redéploiement de la
stratégie de l'impérialisme américain tant sur le plan
diplomatique, militaire qu'économique et politique et en conséquence
de celle de l'ensemble des Etats.
L'intervention militaire des puissances occidentales coalisées derrière
l'alliance américano-britannique s'inscrit dans un moment charnière
pour l'économie mondiale. La montée du militarisme accompagne
la fin de l'euphorie financière. L'offensive contre les peuples s'articule
avec l'offensive contre les travailleurs pour perpétuer la domination
impérialiste et rétablir le taux de profit.
Les dernières années de développement capitaliste où
le marché devait apporter la démocratie et le progrès ont
en fait créé les conditions d'une nouvelle crise qui débouche
sur une phase de tensions aiguës entre les grandes puissances et les peuples,
entre les classes et entre les grandes puissances elles-mêmes. De nouveaux
rapports de force vont se créer, bouleversant les équilibres antérieurs.
Le maintien de la domination impérialiste sur le monde, la lutte pour
un nouveau partage du monde qui s'engage entraîneront conflits, explosions
sociales qui, hors d'une intervention des travailleurs et des peuples, sont
lourds de menaces pour toute l'humanité.
Cette nouvelle situation fonde la nécessité d'un redéploiement
du mouvement ouvrier sur des bases démocratiques et révolutionnaires.
Le mouvement trotskiste a longtemps été contraint de se cantonner
au rôle d'opposant au stalinisme et à la social-démocratie.
L'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est change la donne. La nouvelle période
assigne aux révolutionnaires des responsabilités inédites.
Un espace politique est libérée pour qu'un parti des travailleurs
émerge. L'évolution du Parti socialiste et du Parti communiste
nous place en situation d'exister pleinement par nous-mêmes en apportant
des réponses aux questions des travailleurs et des jeunes, en leur donnant
des idées et une politique, en leur étant utiles, en devenant
leur parti. Elle donne toute leur actualité aux idées du marxisme,
plus précisément aux idées du bolchevisme transmises à
travers le trotskisme.
Le souci d'assumer pleinement la continuité et les filiations du mouvement
marxiste révolutionnaire, de nous tenir à ce fil rouge que le
stalinisme comme la réaction libérale de ces dernières
années n'ont pu briser, est commun aux initiateurs de " Débat
militant ".
La tâche de l'heure est de se les réapproprier en leur donnant
une nouvelle vie adaptée aux évolutions du monde, le mouvement
révolutionnaire ayant ou par trop cédé du terrain face
à l'offensive idéologique de la bourgeoisie au lendemain de la
chute du mur de Berlin ou résisté dans une attitude par trop tournée
vers le passé, dogmatique.
Prendre la mesure des enjeux implique de tourner la page du gauchisme, quand
l'extrême-gauche représentait une faible minorité, pour
faire du travail politique révolutionnaire un véritable travail
de masse autour d'un programme de transformation révolutionnaire reprenant
les idées du socialisme et du communisme.
Le groupe de travail " Débat militant " entend uvrer
dans ce sens. Il se propose de confronter activité militante quotidienne,
questions politiques et théoriques. Il s'agit d'un groupe ouvert s'intégrant
pleinement dans l'activité de l'organisation et se situant plus largement
dans la perspective du regroupement des forces révolutionnaires.
Nous défendons la perspective d'un parti clairement délimité
du point de vue programmatique et organisationnel, mais aussi large, ouvert
sur le monde du travail et de la jeunesse. Nous militons pour un parti marxiste
révolutionnaire de masse, militant, instrument de la lutte de classe
et, demain, de la lutte pour le pouvoir.
Nous pensons que le renouveau de l'internationalisme passe par le développement
des idées qui sont à l'origine de la IVème Internationale,
c'est à dire une politique de regroupement de ses forces aujourd'hui
émiettées et divisées, sans laquelle le " nouvel internationalisme
" risque de rester une proclamation voire la justification de l'adaptation
du courant révolutionnaire à des forces réformistes.
C'est dans ce cadre que s'efforce de s'inscrire notre travail.
Cette lettre, éditée sous forme d'un courrier électronique,
" Débat militant ", vise à échanger sur les voies
et moyens d'aider à l'émergence d'un mouvement démocratique
et révolutionnaire des travailleurs. Nous animons un site et nous proposons
de mettre en uvre confrontation et discussion avec tous ceux qui le jugent
utile et nécessaire.
Bonne lecture
Le
comité de coordination de " Débat militant "
Fabienne Autan, Charles Boulay, Valérie Héas, Serge Godard, Yvan
Lemaitre, Galia Trépère, Gérard Villa
Article rédigé pour le prochain numéro de Critique Communiste
La paix et la justice impossibles dans le monde impérialiste : le nouveau défi démocratique et révolutionnaire
Lors du débat sur la situation en Afghanistan devant une Assemblée
nationale désertée par les députés, Jospin, après
Chirac à la télévision, défendait l'intervention
militaire de la France en en précisant, sans rire, ses " conditions
". Annonçant le départ imminent du " Charles-De-Gaule
" pour l'océan Indien au moment où les soldats français
étaient bloqués en Ouzbékistan, il déclarait sans
sourciller : " cela se fera selon les conditions qui nous conviennent ".
"Le gouvernement veillera à empêcher toute dérive ",
ajoutait-il ! Le ridicule n'épargne pas non plus nos alliés britanniques,
tellement aimés dans la région que leur présence a été
d'abord refusée puis acceptée à condition qu'elle soit
limitée. Les Américains mettent à leur place leurs alliés,
même les plus empressés, sans craindre de les ridiculiser.
Bush, s'adressant à des troupes d'élite, la veille de Thanksgiving,
déclarait : " Nous avons réalisé un bon début
en Afghanistan. Mais cela n'est que le début de la guerre contre le terrorisme."
Il confirme ses intentions affichées dés le lendemain des attentats
du 11 septembre ; les Etats Unis entendent se saisir de l'occasion que lui a
offerte, avec un affreux cynisme, son allié d'hier, Ben Laden, avec les
monstrueux attentats de Washington et de New York, pour se redéployer
sur le plan diplomatique, militaire et économique. La formule de Noam
Chomsky " De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis
" se vérifie encore.
Les
fausses symétries
Il nous faut resituer le 11 septembre dans un contexte global si nous voulons
éviter de nous laisser dominer par l'événement, aveugler
par l'impressionnisme. Les attentats de New York s'inscrivent dans l'évolution
de la politique de l'impérialisme dominant comme une de ses conséquences.
C'est cette évolution qui les explique, qui donne à cette folie
barbare sa rationalité, comme, en retour, ils agissent sur elle en révélant
et accélérant les transformations en cours tant politiques que
sociales et économiques. C'est cette boussole qu'il nous faut garder
pour comprendre, en nous situant du point de vue démocratique, celui
des intérêts des travailleurs et des peuples.
C'est la seule façon de garder notre raison politique pour dégager
nos consciences du sensationnel, " l'hyper-terrorisme ", " la
guerre du XX1éme siècle "
C'est la seule façon
de ne pas nous laisser subjuguer par la propagande qui joue de l'émotion
et de l'indignation morale pour accréditer la réalité de
" la lutte contre le terrorisme ", nouvelle enseigne pour masquer
la lutte pour la domination impérialiste contre les peuples.
Il ne s'agit pas de nier la réalité du terrorisme " privatisé
", mais celui-ci n'est que l'enfant naturel du terrorisme d'Etat pratiqué
par les grandes puissances comme par les pays dominés.
Elle est maintenant reconnue par tous, " La vérité interdite
" : Ben Laden, comme le régime des talibans, sont directement les
résultats des manuvres diplomatiques et militaires des Etats-Unis.
La crise internationale provoquée par les attentats du 11 septembre pousse
ses racines jusqu'en 1945 : les USA firent alors de l'Arabie saoudite une des
pierres maîtresses de leur lutte contre les mouvements progressistes arabes.
Elle puise sa matière explosive dans la politique américaine contre
l'URSS puis ensuite dans celle menée pour combler le vide laissé
par son effondrement.
L'impossible
super-impérialisme
Dix ans après la fin de la guerre froide, l'impérialisme ne bénéficie
plus de cet allié, la bureaucratie stalinienne, élément
indispensable du maintien de l'ordre impérialiste. Pour faire face à
ce vide, les USA, de fait devant la charge d'assumer le maintien de l'ordre
mondial, ont utilisé pour leur propre compte les restes recyclés
des appareils d'Etat du camp soumis à la bureaucratie ou dépendant
d'elle, comme dans l'ex-Yougoslavie. Ils ont aussi utilisé les forces
réactionnaires intégristes susceptibles de soumettre les peuples
comme en Afghanistan.
Le paradoxe est que jamais les USA n'ont jamais paru aussi puissants, mais que
cette puissance est leur faiblesse même. Le Pentagone est obligé
de prendre acte des rapports de force qui sont en train de se transformer. La
fin de l'URSS et les transformations opérées par la mondialisation
ouvrent ainsi une période plus tendue de contestation de l'hégémonie
américaine. Nul ne peut contenir la volonté des nations qui ont
émergé de la vague de la révolution coloniale d'accéder
au progrès technique, de s'intégrer au marché mondial,
de se battre dans le cadre d'une concurrence inégale que cherche à
perpétuer l'OMC.
Le libéralisme impuissant à permettre une coopération des
nations qui serait sa négation s'engage dans la folie d'une " guerre
globale ".
Libéralisme
impérialiste et partage du monde
La riposte "va être large, politique, économique, diplomatique,
militaire, elle sera non conventionnelle", a déclaré Powell.
Elle ouvre une nouvelle période de tensions et de militarisme. Sous couvert
de lutte contre le terrorisme qui remplace la lutte contre le communisme, les
USA s'engagent dans une nouvelle offensive contre les peuples pour gagner des
positions nouvelles, construire de nouvelles alliances plus solides, asseoir
leur domination. Les objectifs politiques sont essentiels et le déploiement
militaire doit les servir. " La route vers la victoire sera peut-être
longue " a déclaré George W. Bush. La route sera longue mais
surtout les dirigeants US n'en connaissent ni le terme ni les accidents de parcours.
Cette route, personne ne sait grand chose d'elle si ce n'est qu'elle s'inscrira
dans la redéfinition des rapports entre les grandes puissances et entre
elles et les autres Etats. Le fait que les USA ne peuvent seuls assurer le maintien
de l'ordre mondial a pour conséquences la recherche d'alliés.
George W. Bush a ainsi déclaré : "Nous allons continuer à
collaborer avec le Pakistan et l'Inde. Nous allons aussi travailler avec la
Russie. Nous comptons tisser des liens avec des nations qui nous étaient
hostiles, il y a quelques années. " Mais qui dit allié dit
concessions, et en conséquence vont se redessiner de nouvelles zones
d'influence. Le monde se dégage de la division en deux blocs pour tendre
à se restructurer hors des vieux rapports de domination.
Récession
et guerre, militarisme libéral et intervention étatique
L'importance de ces évolutions est soulignée par le fait qu'elles
s'inscrivent dans un " grand retournement de conjoncture " selon l'expression
de Michel Husson. C'est en les replaçant dans cette courbe évolutive
de la situation économique mondiale que l'on peut tenter d'en mesurer
les effets.
Le libéralisme impérialiste s'est développé ces
vingt dernières années par une offensive généralisée
contre les travailleurs et les peuples. L'amélioration du taux de profit
a permis des investissements massifs dans les nouvelles technologies parallèlement
à un gigantesque processus de concentration du capital. Mais les gains
de productivité tendent à s'équilibrer, le taux de profit
se tasse à nouveau, le monde rentre en récession.
Le 11 septembre n'y est pour rien contrairement au grand mensonge des compagnies
aériennes qui mettent en uvre une politique de concentration prévue
de longue date.
Pour relancer les profits, les bourgeoisies financières et au premier
rang la bourgeoisie américaine se redéploie dans une nouvelle
offensive à laquelle se dévouent les Etats. Cet engagement des
Etats n'est pas nouveau et il s'inscrit tout à fait dans la doctrine
libérale qui souhaite que l'Etat limite son rôle à tout
ce qui n'est pas source immédiate de profit. L'intervention étatique,
le militarisme qui en est l'essentiel, sont pleinement au service du libéralisme,
c'est à dire du maintien des profits financiers qui se jouent au casino
des places boursières.
Vers
une nouvelle période de révolution
Ce bouleversement globalisé est l'aboutissement de la mondialisation,
c'est à dire d'une nouvelle extension des rapports capitaliste à
l'échelle de toute la planète. L'intervention croissante des Etats
dans le domaine économique pour soutenir l'effort d'investissement de
leur bourgeoisie, de leurs multinationales afin de faire face à une lutte
plus âpre pour les marchés, visera à alimenter les sources
de profits du capital financier, sa voracité parasitaire, en aggravant
la contradiction fondamentale de l'économie : d'un côté
une production de plus en plus socialisée, mondialisée, globalisée,
de l'autre l'appropriation privée des richesses entre un nombre de mains
toujours plus restreint.
Les différentes puissances impérialistes n'ont aucune réponse
adéquate aux problèmes auxquels elles sont confrontées,
aucune solution adéquate, c'est-à-dire démocratique respectant
les droits des peuples. Cela signifie que les transformations en cours créent
des déséquilibres, des tensions, des instabilités et des
crises à travers lesquelles les consciences des peuples elles-mêmes
seront amenées à se transformer.
Ce qui implique que la lutte contre la mondialisation impérialiste soit
comprise d'abord comme la lutte entre capital et travail, entre patronat et
salariés, lutte politique qui englobe la lutte contre le gouvernement
et l'Etat qui servent les classes dominantes. Ce qui implique une claire démarcation
de tous ceux invoquent la morale et le droit pour faire reculer la mondialisation
financière et ses armées à l'instar de Noël Mamère.
Ce dernier déclarait il y a peu : " Après le 11 septembre,
se pose avec encore plus d'acuité la nécessité d'une autre
mondialisation, durable écologiquement, juste socialement, équitable
commercialement, solidaire économiquement, respectant la diversité
culturelle et adossé sur le respect des droits civiques, économiques,
sociaux et culturels de la personne humaine ". L'équité,
la solidarité, l'écologie
exigent de rompre avec la marchandisation
du monde, c'est à dire le commerce qui, même " équitable
", fait de tout une marchandise.
Oui, après le 11 septembre se pose avec encore plus d'acuité la
nécessité d'une transformation sociale qui liquide la propriété
privée bourgeoise comme le droit et la morale qui la justifient et la
défendent.
Unité
et indépendance politique
La guerre oblige chacun à se positionner. Des clarifications sont indispensables
du point de vue de l'action immédiate elle-même. Les discours ambivalents
révèlent la duplicité de leurs auteurs. Le mouvement anti-guerre
ne pourrait connaître une dynamique que si s'organisait en son sein un
axe de mobilisation pleinement indépendant de toute solidarité
avec les partis qui, au gouvernement, se sont mis au service des visées
impérialistes.
La nécessité de construire un front associant le plus grand nombre
possible d'associations, de syndicats, de partis ne saurait justifier que nous
cautionnions les manuvres politiciennes des partis gouvernementaux pris
entre les contraintes de leur soumission à l'impérialisme et le
clientélisme électoral. Nous combattons tout patriotisme, qu'il
soit politique ou " économique ".
De façon plus générale, la lutte contre la guerre, pour
la paix et la justice si elle est menée de façon conséquente
débouche sur la contestation révolutionnaire du nouvel ordre du
libéralisme impérialiste, c'est à dire de notre propre
impérialisme et de son Etat.
Agir, même localement, suppose de penser globalement, c'est à dire
de mener une politique correspondant aux intérêts de la seule classe
mondiale qui n'ait aucun intérêt à la perpétuation
de cette ordre mondial barbare, les prolétaires. C'est cela notre "
nouvel internationalisme ", un défi démocratique et révolutionnaire.
Texte sur la situation internationale et ses conséquences pour le mouvement anti-mondialisation
Ce
texte a été écrit fin septembre en fonction de discussions
au sein de l'organisation, nous le portons à la connaissance de nos amis
et camarades parce qu'il nous semble garder son actualité en cette période
où les analyses vieillissent vite
DM
1. " L'ordre
mondial, qui repose sur la superpuissance américaine, est mis à
mal. ", cette citation du Monde résume le fait majeur que révèlent
les attentats du 11 septembre. C'est un fait dont il nous faut prendre la mesure
car il conditionne l'ensemble des rapports politiques et leur évolution.
En prendre la mesure signifie situer l'événement dans les transformations
en cours, conséquences de la mondialisation, c'est-à-dire du libéralisme
impérialiste qui s'est imposé à l'échelle mondiale.
Cette question vient au cur des débats de l'organisation sur la
mondialisation. Ce texte ébauche des éléments de réponse
en vue de définir les axes politiques de notre intervention.
2. Les attentats
de New-York s'inscrivent dans l'évolution de la politique de l'impérialisme
dominant comme une de ses conséquences. C'est elle qui les explique,
qui donne à cette folie barbare sa rationalité, comme en retour,
ils agissent sur elle en révélant et accélérant
les transformations en cours tant politiques que sociales et économiques.
C'est cette boussole qu'il nous faut garder pour comprendre par-delà
la propagande et les masques idéologiques en nous situant du point de
vue démocratique, celui des intérêts des travailleurs et
des peuples.
3. Les attentats
interviennent au moment où l'économie mondiale et plus particulièrement
l'économie américaine connaissent une inversion de tendance. C'est
en les replaçant dans cette courbe évolutive de la situation mondiale
que l'on peut tenter d'en mesurer les effets. Il ne s'agit pas de tenter de
prédire les étapes à venir, ni même de décrire
différentes hypothèses. Mais de prolonger la courbe pour dégager
les tendances afin d'apprécier les conditions nouvelles de la lutte de
classe. La mondialisation était déjà la question clé
par rapport à laquelle se définissent les différentes forces
politiques. Les préparatifs de guerre obligent chacun à dire sa
vérité.
4. Les attentats
marquent " un nouveau basculement du monde ", dix ans après
la fin de la guerre froide. L'impérialisme ne bénéficie
plus de cet allié, cause expiatoire de tous les maux du monde qui acceptait
de faire la police contre les peuples et les travailleurs, la bureaucratie stalinienne.
Ce facteur réactionnaire, élément indispensable du maintien
de l'ordre impérialiste, s'est effondré, privant les USA de cet
allié complaisant, irremplaçable, à la fois bouc émissaire,
excuse, justification et gendarme. Pour faire face à ce vide, les USA
ont utilisé pour leur propre compte les restes recyclés des appareils
d'Etat du camp soumis à la bureaucratie ou dépendant d'elle, comme
dans l'ex-Yougoslavie. Ils ont aussi utilisé les forces réactionnaires
susceptibles de soumettre les peuples comme en Afghanistan.
5. Lui explosent
aujourd'hui en pleine face ses propres créatures, les régimes
réactionnaires qu'il a aidés, financés contre les masses
pour garder la maîtrise de la situation au moment de l'effondrement de
l'URSS et de l'intégration au marché mondial des Etats nés
de la révolution coloniale. Le régime des talibans en Afghanistan
en est l'illustration comme Ben Laden.
6. L'objectif du
redéploiement américain est de maintenir son hégémonie
sur le monde, hégémonie conquise au prix de deux guerres mondiales,
des guerres coloniales puis d'un état de guerre endémique. En
fait, cette nouvelle stratégie prend acte de son affaiblissement ou,
plus précisément, va obliger l'état-major de l'impérialisme
à prendre acte des nouveaux rapports de force. La fin de l'URSS et les
transformations opérées par la mondialisation ouvrent ainsi une
période plus tendue de contestation de l'hégémonie américaine.
Les discours de Bush sur la " croisade " et de " l'état
de guerre " ont une logique dont les USA n'ont pas la maîtrise. Les
préparatifs de guerre créent leurs objectifs dans le même
temps qu'ils se déploient. Le Pentagone ne maîtrise pas les engrenages
de ce que lui-même est en train de mettre en route. Il le sait, d'où
les changements de discours, les hésitations. Mais le plus probable est
qu'il fasse le choix de laisser se créer, voire de créer, une
situation justifiant une possible escalade militaire.
7. La riposte "va
être large, politique, économique, diplomatique, militaire, elle
sera non conventionnelle", a déclaré Powell indiquant que
la stratégie nouvelle serait globale. Elle ouvre une nouvelle période
de tensions et de militarisme. Il ne s'agit pas d'une simple opération
de police internationale. Les dirigeants de l'impérialisme sont devant
une situation nouvelle, inédite dont ils intègrent les données
au fur et à mesure de la marche des événements. Sous couvert
de lutte contre le terrorisme qui remplace la lutte contre le communisme, ils
mettent en oeuvre une nouvelle offensive contre les peuples pour gagner des
positions nouvelles, construire de nouvelles alliances plus solides, asseoir
leur domination. Les objectifs politiques sont essentiels et le déploiement
militaire doit les servir. George W. Bush a insisté sur la "patience"
dont les Américains allaient devoir faire preuve. "Je ne déciderai
pas d'un acte symbolique. Notre réponse doit être totale, soutenue
et efficace. Nous avons beaucoup à faire et beaucoup à demander
au peuple américain. Nous demandons votre patience, car le conflit ne
sera pas court
La route vers la victoire sera peut-être longue "
8. La route sera
longue et surtout les dirigeants US ne savent ni où elle conduit ni les
accidents de parcours. Cette route, personne ne sait grand chose d'elle si ce
n'est qu'elle s'inscrira dans la redéfinition des rapports entre les
grandes puissances et entre elles et les autres Etats. Le fait que les USA ne
peuvent seuls assurer le maintien de l'ordre mondial a pour conséquences
la recherche d'alliés, donc le besoin d'associer à sa politique
non seulement le monde occidental mais aussi la Russie, la Chine, l'Inde
George W. Bush a ainsi déclaré : "Nous allons continuer à
collaborer avec le Pakistan et l'Inde. Nous allons aussi travailler avec la
Russie. Nous comptons tisser des liens avec des nations qui nous étaient
hostiles, il y a quelques années. " Mais qui dit allié dit
concessions, et en conséquence vont se redessiner de nouvelles zones
d'influence. Le monde se dégage de la division en deux blocs pour tendre
à se restructurer autour des nations dominantes.
9. Cette redéfinition
des rapports internationaux est l'inévitable conséquence de la
mondialisation. Au centre de ces redéfinitions, se trouvent la question
de la construction de l'Europe et, en corollaire, celle des rapports Europe-Amérique,
et la question de qui dominera l'Asie, du Japon ou de la Chine. Ces questions
vont se poser avec plus d'acuité ayant pour effets immédiats,
tensions, pressions, remontée nationaliste
Les effets en retour
de la nouvelle situation politique mondiale sur la situation économique
sont difficiles à apprécier, si ce n'est qu'il y a accélération
et amplification des facteurs convergeant vers une récession voire un
krach. Les tensions entre Etats et les tensions sociales qui vont en résulter
amèneront les Etats à une intervention croissante dans le domaine
économique pour soutenir l'effort d'investissement de leur bourgeoisie,
de leurs multinationales afin de faire face à une lutte plus âpre
pour les marchés. Cette intervention visera à alimenter les sources
de profits du capital financier, sa voracité parasitaire, en aggravant
la contradiction fondamentale de l'économie. La construction d'une Europe
politique, " étatique " devient une nécessité
pressante pour que celle-ci cesse de rester spectatrice, avec tout ce que cela
peut avoir comme effet déstabilisant, de crises pour les différents
Etats rivaux
10. Les différentes
puissances impérialistes n'ont aucune réponse adéquate
aux problèmes auxquels elles sont confrontées, aucune solution
adéquate, c'est-à-dire démocratique respectant les droits
des peuples. Cela signifie que les transformations en cours créent des
déséquilibres, des tensions, des instabilités et des crises
à travers lesquelles les consciences des peuples elles-mêmes seront
amenées à se transformer. La lutte de " la liberté
contre la peur ", la lutte pour les droits démocratiques ne pourrait
avoir de sens que si les intéressés prennent leur propre destin
en main contre les maîtres du monde.
11. Du point de
vue des évolutions des consciences du monde du travail et de la jeunesse
dans les pays riches, ici, en France en particulier, on assiste à un
approfondissement des évolutions qui s'étaient manifestées
au début de l'été tant à Gênes que dans la
lutte contre les plans sociaux. D'autant que les ravages du laisser-faire au
service du libéralisme financier frappent les salariés non seulement
par les drames des plans sociaux, de la misère mais aussi dans leur chair
même par la dégradation des conditions de travail et de sécurité
dont la catastrophe de l'usine AZF de Toulouse est la terrible conséquence.
12. Ce qui implique
que la lutte contre la mondialisation impérialiste soit comprise d'abord
comme la lutte entre capital et travail, entre patronat et salariés,
lutte politique qui englobe la lutte contre le gouvernement et l'Etat qui servent
les classes dominantes.
13. La politique des USA, avec moi ou contre moi, oblige les différents
courants politiques à l'union sacrée par-delà les frontières.
Cet impératif catégorique de la pensée unique et de la
politique unique, au nom de la toute puissance de l'économie de marché,
oblige les hommes politiques de droite comme de gauche à bien des contorsions
dont celles de Hue ou de Chevènement sont une caricature. Mais celles
de Jospin ou Chirac hier pleins de compréhension à l'égard
des manifestants de Gênes et aujourd'hui fidèles soutiens des USA
sont du même acabit. Le mouvement anti-mondialisation est rattrapé
par les questions politiques qui imposent des clarifications, des démarcations.
14. Les attaques
dont sont l'objet ceux qui contestent la mondialisation impérialiste
visent à intimider. Loin de se justifier, il convient de dénoncer
ceux qui nous criminalisent parce qu'ils nous craignent car c'est leur propre
vérité qu'ils craignent. Ils nous craignent parce que nous sommes
une force subversive, démocratique, qui ne craint pas de dénoncer
la propagande, l'hypocrisie des hommes politiques, forte de son indépendance
morale, intellectuelle et politique vis-à-vis de l'ordre bourgeois.
15. Le nouvel internationalisme
n'est pas une conscience morale, mais bien une politique correspondant aux intérêts
des travailleurs et des peuples. Il ne dénonce pas les projets militaires
d'un simple point de vue pacifiste conseillant un isolationnisme impossible
à notre propre bourgeoisie, mais considère celle-ci et ceux qui
la servent comme son principal ennemi. Nous opposons à l'union sacrée
des partis qui servent les classes dominantes, l'union pour les droits démocratiques
des peuples. Nous n'acceptons pas plus " le patriotisme économique
" auquel Jospin convie les travailleurs juste au lendemain de la catastrophe
de Toulouse que le patriotisme tout court. Les travailleurs ont des intérêts
irréconciliables avec ceux des classes dominantes comme de leurs serviteurs
politiques.
16. Nous sommes
confrontés à une nouvelle période de l'histoire du capitalisme,
inédite qui rend caducs bien des raisonnements hérités
de la période antérieure. Nous avons à écrire une
nouvelle page des luttes du mouvement ouvrier. À l'issue des vingt années
de libéralisme économique, les conditions sociales et politiques
de l'émergence d'un parti démocratique et révolutionnaire
existent.
17. Nous sommes
en train de prendre conscience du rôle que les révolutionnaires
peuvent jouer, des enjeux actuels. La nouvelle lucidité d'une fraction
du monde du travail nous renvoie une image de nous qui n'est plus celle de gauchistes
minoritaires mais bien d'un nouveau courant politique jouissant d'une large
sympathie. Nous ne sommes plus les critiques de la social-démocratie
devenue le social-libéralisme et du stalinisme effondré mais bien
l'aile marchante d'une remontée du mouvement ouvrier, préparant
sa renaissance. Il devient possible de faire du travail politique notre véritable
travail de masse, gagner les consciences à l'idée de la nécessité
d'une transformation révolutionnaire. Même dans les luttes quotidiennes
le moindre acquis ne sera défendu ou conquis que par les méthodes
de la lutte de classe.
18. Notre politique
afin d'aider à cette émergence d'une nouvelle force démocratique
et révolutionnaire définit nos tâches de construction dans
le cadre large de la contestation de la mondialisation impérialiste.
Nous entendons uvrer dans la mesure du possible à regrouper les
forces qui se revendiquent de la révolution dans un cadre démocratique
permettant efficacité, expression des divergences, débat, confrontation
avec la pratique et offrant un cadre ouvert aux travailleurs et aux jeunes qui
se tournent vers nous ainsi qu'aux militants et sympathisants en rupture avec
la gauche gouvernementale.
Plus largement, nous essayons de regrouper sur les lieux de travail ou les quartiers
les forces pour lutter pour les droits sociaux et démocratiques.
Cette politique prend en compte le fait que ces droits sont de plus en plus
incompatibles avec la perpétuation de la domination de l'oligarchie financière.
La défense conséquente de ces droits nécessite une rupture
avec l'ordre établi. Les droits collectifs sont incompatibles avec l'appropriation
privée.
19. Notre intervention
dans le mouvement anti-mondialisation se situe dans cette perspective générale.
Nous ne saurions nous limiter à une définition étroite
du mouvement anti-mondialisation. Il regroupe tout autant les mobilisations
des jeunes, l'activité de comités ou des militants d'Attac, les
luttes contre les plans sociaux
Quels que soient le niveau ou le lieu de
notre intervention en son sein, nous avons une cohérence politique en
tant que révolutionnaires. Nous avons une seule orientation, construire
un mouvement internationaliste sur des bases de classe et démontrer,
illustrer l'incompatibilité entre les droits démocratiques et
sociaux comme entre les droits des peuples, l'établissement de relations
démocratiques entre les peuples et la domination d'une oligarchie financière
qui soumet les Etats à ses intérêts privés et parasitaires.
La mondialisation et ses conséquences dramatiques mettent à l'ordre
du jour une nouvelle révolution tout en en créant les conditions
sociales et politiques.
Intervention de la LCR a un "forum contre la guerre "
Ce
texte est celui de l'intervention de Valérie Héas au nom de la
LCR au " forum contre la guerre ", débat unitaire organisé
à Bordeaux le 14/11/01 par Attac, la FSU, la LCR, Tchernoblaye
Dans la nuit du
lundi 12 au mardi 13 novembre, malgré les injonctions adressées
par Bush à l'Alliance du Nord de ne pas entrer dans la capitale afghane
avant qu'une solution politique ne soit trouvée - de façon à
ce que le départ des taliban n'entraîne pas un vide politique qui
pourrait être dangereux pour les intérêts américains
-, celle-ci a pris Kaboul et serait maîtresse d'environ 80% de l'Afghanistan.
Va-t-on vers la fin de la guerre ou au contraire vers un possible élargissement
du conflit ?
La chute de Kaboul a peu de chances de nous rapprocher de la fin de la guerre
étant donné qu'il n'est pas question pour les grandes puissances
de laisser la population afghane régler elle-même son sort. La
victoire de l'Alliance du Nord, " collection de seigneurs de guerre ",
selon les termes d'un journaliste du Monde, suscite légitimement méfiance
et réserve parmi la population qui n'a pas oublié la féroce
répression entre 1992 et 1996 quand l'ex-Commandant Massoud était
ministre de la Défense d'un gouvernement qui pourchassait les populations
pachtouns, ou azaras (50 000 morts). La joie montrée à la télé
se manifeste essentiellement dans les quartiers tadjiks dont les habitants ont
la même nationalité que les soldats vainqueurs.
La défaite, encore partielle, des taliban, pose le problème d'une
possible extension du conflit au Pakistan voisin dont une minorité importante
de la population (21 millions) appartient au même peuple des Patchouns
que les taliban, à tel point que des renforts de troupes viennent d'être
envoyées à la frontière.
Quelle que soit la solution que les Etats-Unis et l'ONU sont péniblement
en train d'essayer d'élaborer, il est certain que sa principale raison
d'être sera de tenir compte des intérêts américains.
Les Etats-Unis veulent faire de l'Afghanistan une de leurs bases permanentes
comme point d'appui pour contrôler les peuples de la région ; c'est
le véritable objectif de cette guerre, et non, bien sûr, s'attaquer
aux réseaux ben Laden qu'ils ont eux-mêmes soutenus et manipulés
jusque il y a peu, ni de faire tomber la dictature moyenâgeuse des taliban
dont ils avaient salué l'arrivée au pouvoir à Kaboul en
96. Même si la prétendue nécessité d'arrêter
ben Laden est le prétexte que lui-même leur a donné et la
liquidation des talibans le passage obligé, les véritables objectifs
ne sont pas là.
Nous l'avons dit et redit, et toutes les organisations présentes ce soir
sont d'accord sur ce point : nous avons tous été choqués
par les attentats du 11 septembre et notre solidarité pleine et entière
est allée à ceux qui en ont été victimes. Ceci dit,
cette révolte ne doit pas nous aveugler : l'agression impérialiste
n'est pas une réponse légitime au terrorisme.
La guerre contre l'Afghanistan ne vise pas à l'éradiquer comme
le prétendent, tous unis derrière Bush, la grande majorité
des dirigeants, pour tenter d'avaliser cette guerre aux yeux de leur opinion.
Elle s'inscrit dans la logique de la mondialisation, responsable à l'échelle
du globe d'une offensive libérale sans précédent contre
les salariés et les peuples. Cette marche forcée se fait de façon
chaotique, à l'aveugle, occasionnant une instabilité économique
qui pousse à une remise en cause des rapports de forces issues de la
2ème guerre mondiale, dix ans après la fin de la Guerre froide
et l'effondrement de l'URSS. A partir de là, la première puissance
économique mondiale prend prétexte des attentats du 11 septembre
pour se redéployer.
Comme s'interroge le Monde diplomatique de ce mois-ci : " une seule puissance
peut-elle gérer la planète ? ".
La situation est nouvelle et paradoxalement, la puissance américaine
est fragilisée par la perte de son alliée, l'ex-URSS, qui lui
avait sauvé la mise maintes fois en faisant la police contre les peuples
et les travailleurs dans sa sphère d'influence. D'où la recherche
d'alliés tout azimut pour maintenir l'ordre mondial. Une redistribution
du rapport des forces est en train de se discuter. Il y a besoin d'associer,
non seulement l'Europe - dont le soutien sans faille n'élimine pas, mais
au contraire exacerbe, les rivalités inter-européennes - mais
aussi la Russie, la Chine, l'Inde. C'est la raison par exemple pour laquelle
Poutine est reçu, avec tous les égards, dans la ferme texane de
Bush qui tient à l'associer à tout projet d'un règlement
dans cette région limitrophe des ex-Républiques d'Asie centrale.
Quant au général Pervez Moucharraf, dictateur du Pakistan promu
démocrate, il recevra un milliard de dollars d'aide et promesse lui a
été faite d'un rééchelonnement de la dette en contrepartie
de son soutien.
Mais le Pentagone ne maîtrise pas entièrement, loin s'en faut,
la nouvelle donne. Les volte-face dans les déclarations, les hésitations,
en témoignent.
Les relations entre les USA, les autres gouvernements et l'ONU qui tient en
ce moment sa 56è assemblée générale, sont le cadre
où tentent de se mettre en place les nouveaux rapports de forces.
Bush a ouvert la séance de samedi dernier en déclarant : "
le temps de la commisération est passé, le temps de l'action est
venu ". Ce ton martial cache difficilement à quel point la situation
lui échappe et l'oblige à envisager les rapports de forces au
jour le jour. Même pour ceux qui sont les " maîtres du monde
", la tâche est immense et ils sont contraints de laisser se créer,
ou même de créer, une situation grosse de dangers où les
engrenages poussent à des fuites en avant incontrôlées.
A une large échelle, se révèlent les contradictions entre
ce que les grandes puissances prétendent représenter, la démocratie,
la liberté, la paix, et la réalité qui est de renforcer
leur coalition contre les peuples. Leurs préoccupations affichées,
la lutte contre le terrorisme, l'aide humanitaire, l'après-taliban, la
reconstruction de l'Afghanistan, sont le ciment qui les unit mais en aucun cas
des solutions pour les peuples.
L'ONU elle-même, qui prétend contribuer à la paix, a légitimé
la guerre contre l'Afghanistan à la veille de son déclenchement
(résolution 1373), le lendemain en déclarant qu'elle était
de la " légitime défense " ( article 51 de la Charte),
et depuis. Mais ce n'est pas une simple opération de police déclenchée
pour arrêter des terroristes dont il s'agit, mais bien d'une guerre contre
l'un des peuples les plus pauvres de la planète pour défendre
les intérêts politiques et économiques de la première
puissance.
Plus de 5 semaines après, " nous ne gagnerons durablement la lutte
contre toutes les formes de terrorisme que si nous sommes capables de les priver
de leur terreau, de les éradiquer au sens propre du terme. Cela suppose
ni plus ni moins que de changer de monde ". Ce n'est pas la LCR qui le
dit mais le représentant de la France à l'ONU !
En fait, ce à quoi se prépare l'ONU, comme elle l'a fait de nombreuses
fois dans le passé, c'est de servir de couverture à l'occupation
de l'Afghanistan par la coalition mise en uvre par les Etats-Unis.
Aujourd'hui, ce sont les soldats américains qui arment, habillent, nourrissent
et encadrent les troupes de l'Alliance du Nord : l'armée américaine
a trouvé ses supplétifs même si elle craint de ne pas pouvoir
totalement les contrôler.
Pour l'étape suivante, il faut trouver dans un cadre international, une
légitimité à l'occupation du territoire afghan,
C'est cela que nous ne pouvons pas accepter : être les complices par l'intermédiaire
du gouvernement français, qui mène un double jeu. Il soutient
totalement les visées impérialistes tout en prétendant
rechercher des solutions politiques.
L'occupation de l'Afghanistan n'est pas une solution, pas plus qu'il n'y a eu
de solutions trouvées au Congo, en Palestine, ou ailleurs. Elle créera
au contraire une situation permanente d'instabilité et de guerre dans
la région.
Cela résulte d'un choix délibéré des Etats-Unis
qui essaient d'enrôler le monde entier pour défendre leur volonté
inépuisable d'hégémonie et de domination. Ils sont engagés
dans une guerre totale, " politique, économique, diplomatique, militaire,
non conventionnelle " comme l'a déclaré Colin Powell.
La situation qui est en train de se créer est lourde de dangers. Seule
l'intervention des travailleurs et des peuples pour leurs droits démocratiques
peut faire obstacle à la logique de cette mondialisation qui ne se contente
plus d'être économique mais qui est aussi militaire.
Livre
: " Les dollars de la terreur - Les Etats-Unis et les islamistes "
Le livre "
Les dollars de la terreur - Les Etats-Unis et les islamistes " de Richard
Labévière (éditions Grasset), publié en 1999, vient
d'être réédité. Il éclaire d'une riche série
de faits les liens entre les mouvements islamistes et l'impérialisme
américain, véritable acte d'accusation d'une politique de manipulation
dont on voit aujourd'hui les dégâts collatéraux. Au centre
de ce réseau de liens, une des pires dictatures islamistes, l'Arabie
saoudite dont les Etats Unis ont fait une des cartes maîtresses de leur
diplomatie du dollar et du pétrole.
Au cur des préoccupations américaines, la volonté
de contrecarrer les tentatives d'indépendance relative des mouvements
et Etats nationalistes arabes qui affichaient une volonté progressiste
et émancipatrice. Au cur aussi de leurs préoccupations,
la volonté d'affaiblir l'URSS, puis, celle-ci effondrée, de trouver
à peu de frais des alliés contre les populations.
" Plus impériale que jamais, écrit Richard Labévière,
l'Amérique veut engranger les dividendes de la fin de la guerre froide
qu'elle interprète comme sa seule victoire. Ainsi, elle prétend
conclure la réalisation d'un ordre mondial imaginaire conforme à
ses seuls intérêts. Pour sa mise en uvre, les Etats-Unis
renouent avec l'esprit pionnier et religieux des premiers américains
les
" Afghans " qui les ont aidés à vaincre les Soviétiques
peuvent encore leur rendre beaucoup de services. Et ce ne sont pas quelques
" dysfonctionnements ", aussi malheureux soient-ils, qui entraveront
la marche de ce destin voulu par Dieu
" On connaît la suite...
Ce livre permet de comprendre les enchaînements qui ont conduit à
la guerre actuelle, la folle logique qui explique les attentats de New-York,
prétexte au redéploiement militaire impérialiste, l'effroyable
cohérence de ces enchaînements. En expliquant, il rend insupportable
la lucidité cynique des maîtres du monde qui se jouent des peuples.
Il décrit " un affairo-islamisme qui se sécularise dans les
filières transnationales du crime organisé, à l'abri des
paradis fiscaux " ou " la tyrannie des Taliban ", " les
mercenaires des grandes compagnies pétrolières font la loi pour
tenter de contrôler l'ancienne " route de la soie ", voie royale
ouvrant sans doute, les portes de la Chine ".
Il dénonce " le règne sans partage d'une mondialisation incontrôlable,
aux mains des mafias d'affaires et des fantasmes religieux" dans laquelle
Oussama Bin Laden " le banquier de la Jihad " occupe une place dont
la CIA ne pouvait rien ignorer.
" L'ivresse du dollar-" in God we trust "- balaie tout sur son
passage : frontières, institutions, culture, Etats et nations ",
écrit-il, dans ce livre que l'on croirait daté d'aujourd'hui tellement
sa lucidité est prémonitoire. Il nous convainc aussi que les dramatiques
développements actuels conduisent probablement à une extension
de la crise.
YL
Présidentielle
: le parti des travailleurs en jeu
La LCR débat
depuis longtemps déjà de la question d'un nouveau parti. Le besoin
d'un rassemblement des forces anticapitalistes et révolutionnaires s'impose
aujourd'hui à la Ligue comme aux yeux de nombreux travailleurs et jeunes.
Il est toutefois significatif que les rares fois où il est fait référence
au parti à construire dans les publications et interventions de la LCR,
c'est au mieux pour en évoquer la perspective, nullement pour en souligner
l'actualité. La revendication d'un parti défendant jusqu'au bout
les intérêts de la classe ouvrière se trouve souvent remisée
au second plan, loin derrière notre programme économique et social.
Le quatre pages de la campagne présidentielle ne lève pas cette
ambiguïté, malgré un appel à " construire ensemble
une nouvelle force politique ". Il traduit, en revanche, notre difficulté
à articuler notre projet avec la nécessité d'un parti des
travailleurs. La campagne doit être l'occasion de montrer à quel
point son absence pèse. Et les éléments ne manquent pas
! Le mouvement de novembre-décembre 1995 d'abord, les années Jospin
ensuite : on peut multiplier à l'infini les exemples indiquant que ce
n'est pas la combativité qui fait défaut mais un parti des luttes,
une direction décidée à ne rien lâcher. Et s'il est
permis de douter qu'un parti ouvrier de masse émerge à brève
échéance, faire de l'exigence d'un tel parti un point central
de notre campagne ne peut être tenu pour dérisoire.
L'enjeu est de taille. L'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est a fait sauter
la chape de plomb qui pesait depuis des décennies sur le mouvement ouvrier,
faisant voler en éclats les structures traditionnelles d'encadrement
de la classe ouvrière, politiques comme syndicales. La crise qui frappe
le PCF et, à l'instar de la CGT, les formations historiquement proches
de lui, est la plus flagrante. Les répercussions de la chute du stalinisme
n'en sont pas moins profondes au sein du PS. Les mutations du PCF et du PS se
nourrissent. En France comme ailleurs, les transformations touchant les deux
courants n'ont bien sûr pas débuté en 1991 - ni même
en 1981 ! Les liens historiques, politiques et sociologiques entre les deux
organisations limitaient, néanmoins, jusqu'alors les évolutions
possibles à l'intérieur de chaque camp. Délestée
de son frère ennemi, la social-démocratie peut se déporter
de plus en plus sur la droite, rompre les dernières amarres qui la liaient
au mouvement ouvrier, sans s'inquiéter d'un possible renforcement électoral
ou militant de partis communistes à l'agonie. Et le social-libéralisme
aspire dans son sillage les partis communistes : Robert Hue, comme de nombreux
dirigeants communistes dans le monde, lorgne l'espace laissé vacant par
les sociaux-démocrates
La présence de la gauche plurielle
aux affaires en France rend compte de ces évolutions et les accélère.
L'effacement des appareils réformistes libère l'espace politique
pour qu'une nouvelle organisation de masse et radicale émerge : un parti
des travailleurs, un parti révolutionnaire de masse. Le succès
n'est évidemment pas assuré. Le réformisme est affaibli
dans sa représentation politique ; il n'en demeure pas moins vivace idéologiquement.
Néanmoins, les signes de la sympathie grandissante à l'égard
de l'extrême-gauche et de ses idées se multiplient depuis 1995.
La percée électorale de LO puis de la Ligue, consolidée
scrutin après scrutin, en est la principale confirmation ; en réalité,
elle n'est que la plus visible. La possibilité offerte à des militants
révolutionnaires d'accéder à des responsabilités
syndicales au sein de la CGT, par exemple, atteste d'une autre manière
de l'affaiblissement des réformistes. À elle seule, l'émergence
d'un mouvement social revendiquant son autonomie des partis rend compte de la
restructuration en cours du mouvement ouvrier. Il est significatif qu'en une
dizaine d'années aient émergé, parfois à l'initiative
de militants de la Ligue, toujours avec leur participation, des structures tel
AC !, DAL, Ras l'Front, SUD, etc. sans même parler d'ATTAC. Tous ces éléments
convergent. Ils soulignent les responsabilités nouvelles qui incombent
désormais aux révolutionnaires et en premier lieu à la
LCR.
La Ligue doit relever ce défi. Elle est la seule en mesure de fédérer
des courants issus du trotskysme ou d'origines différentes : elle a d'abord
su maintenir un collectif militant qui en fait une des principales forces de
l'extrême-gauche et une référence pour des générations
de militants ; elle incarne également un esprit d'ouverture au monde
et aux autres qui contraste avec les traditions de LO ou du PT ; elle assure,
surtout, à la différence de tous les autres groupes, les garanties
démocratiques nécessaires à la réussite de l'entreprise.
La campagne présidentielle offre l'opportunité non seulement que
la LCR se déclare prête à franchir un cap, mais montre par
son discours et ses actes sa volonté de s'ouvrir. Le temps des atermoiements
n'est plus de saison. Le succès d'ATTAC - 30 000 membres revendiqués
moins de quatre années après sa création - souligne la
disponibilité d'une frange significative de la jeunesse et du monde du
travail pour l'action collective ; elle témoigne également des
difficultés de l'extrême-gauche à représenter ce
renouveau du mouvement ouvrier. Depuis 1995, la Ligue se renforce, mais sans
que la progression de ses effectifs ou de sa presse suive la même pente
que celle de ses résultats électoraux. L'écart est frappant.
L'audace des fondateurs d'ATTAC en juin 1998 tranche avec la timidité
qu'exprime l'extrême-gauche devant les possibilités ouvertes par
la chute du stalinisme. À elle seule l'hémorragie militante du
PCF révèle que plusieurs centaines de milliers de militants sont
potentiellement en attente d'une alternative à la politique gestionnaire
de Robert Hue et consort.
Les prochains mois offrent l'occasion de prendre des initiatives, mesurées
mais explicites, allant dans le sens du rassemblement des forces. La Ligue doit
formuler une perspective, offrir un débouché, qui soit en mesure
de cristalliser autour d'un programme anticapitaliste les travailleurs et les
jeunes qui se détournent de la politique qu'incarnent le PS et le PCF.
Nous devons marteler qu'indépendamment du résultat entre Chirac
et Jospin, entre la droite et la gauche institutionnelle, la tâche est
de préparer la riposte aux attaques patronales et gouvernementales que
le retournement de conjoncture annonce. Le quatre pages de campagne est loin
d'exprimer cette priorité. Notre ton doit être plus incisif. Nous
devons illustrer nos critiques du bilan de la gauche plurielle, souligner le
caractère antiouvrier des années Jospin, rappeler constamment
que la remise en cause de nos acquis est facilité par l'absence d'un
front du refus, d'un parti unifiant les revendications, traçant le chemin
des luttes.
Il n'est pas indifférent que les révolutionnaires, Olivier et
Arlette, la LCR et LO, rassemble des millions de voix aux élections en
2002 ; il est autrement plus important que les bons scores accumulés
s'accompagnent de la création d'un parti dépassant les rangs de
l'extrême-gauche. Le positionnement arrêté en juin dernier
par la conférence nationale de la LCR est en ce sens un appui incontestable.
Nous avons - enfin ! - assimilé que, dans la période actuelle,
il ne s'agit pas de développer une politique de front unique visant à
dégager des courants encore illusionnés par la gauche plurielle
mais, qu'au contraire, il est désormais question de regrouper les couches
déjà en rupture avec la politique du PS, du PCF et des Verts.
En clarifiant nos consignes de vote de second tour, nous sommes en situation
de polariser ces larges secteurs de la classe ouvrière et de poser les
premiers jalons du futur parti.
La division de l'extrême-gauche assumée par LO ne facilite pas
l'union, ce n'est rien de le dire. La Ligue ne doit nullement se départir
du profil unitaire que les élections européennes avaient tracé
et rappeler, autant que cela est nécessaire, que la présence de
deux candidats à la présidentielle résulte d'un choix de
LO que nous regrettons. Mais l'essentiel est de (re)tisser les liens sur le
terrain - électoral et des luttes - avec la formation d'Arlette et ses
sympathisants afin de couper l'herbe sous les pieds de ceux qui chercheraient
à nous opposer. La compétition électorale ne doit pas nous
faire perdre de vue les enjeux stratégiques. L'unité des révolutionnaires
est fondamentale pour offrir à nos idées une base militante suffisamment
crédible, donnant ainsi à des milliers de travailleurs et de jeunes
l'envie de s'engager. Affirmer notre unité est aussi primordial face
aux travailleurs que les querelles entre trotskystes rebutent depuis toujours.
Finalement, créer un front des révolutionnaires est un élément
crucial pour légitimer le pôle portant l'exigence d'un parti des
travailleurs. Qui peut croire que le projet d'une vaste union dans un parti
ouvrier de masse peut se conjuguer avec la désunion de ceux-là
mêmes qui en défendent le principe ?
Les 1 600 000 voix rassemblées sur son nom avaient poussé Arlette
Laguiller à lancer un appel à la construction d'un parti des travailleurs
au soir du premier tour de la présidentielle de 1995. À peine
explorée, l'idée s'est perdue, la direction de LO tentant même
de faire passer l'appel d'Arlette pour un simple appel propagandiste. La Ligue
ne doit pas attendre le soir du premier tour. Cet appel doit traverser notre
campagne. Olivier, la Ligue doivent être identifiés à cet
objectif. Le développement des comités de soutien est une tache
prioritaire, non pour dissoudre la LCR dans la campagne, mais pour associer
son réseau de sympathisant à son développement, à
l'émergence d'une force nouvelle. Nous devons être à l'initiative,
offensifs. Nous avons les moyens de rassembler en nombre syndicalistes et associatifs,
travailleurs et jeunes. C'est non seulement nécessaire, c'est possible.
Serge Godard