| Débat militant | ||||||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR | n°2 |
19
décembre 2001 |
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| Sommaire : | ||||||||||||||
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Pour les nouveaux lecteurs : Pourquoi "Débat militant" ? |
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| Solidarité avec le peuple palestinien | ||||||||||||||
| A propos de la campagne électorale | ||||||||||||||
| Phénomène Chevénement et crise de la cohabitation | ||||||||||||||
| Par delà les divisions, préparer l'unité | ||||||||||||||
| Echos du forum international contre la guerre | ||||||||||||||
| Une discussion sur l'ETA et la question basque | ||||||||||||||
| A propos de la lutte pour " le droit de vote pour tous " | ||||||||||||||
| Quelques faits et chiffres | ||||||||||||||
| Livres : | ||||||||||||||
| " Mémoire d'un révolutionnaire " Victor Serge | ||||||||||||||
| " Paul et Laura Lafague : du droit à la paresse au droit de choisir sa mort " Jacques Macé | ||||||||||||||
| " L'impasse de Bab Essaha " de Sahar Khalifa | ||||||||||||||
| " La Mondialisation armée " de Claude Serfati | ||||||||||||||
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Cher(e)s
ami(e)s et camarades, voici le premier numéro de notre lettre électronique,
" Débat militant ". A première lecture, associer débattre
et militer, pourrait passer pour une redondance inutile tant l'idée de
militer est associée à l'idée de dialogue, d'échange,
de discussion. Il n'en va pas toujours ainsi et le débat est trop souvent
dominé par l'activisme militant. Le volontarisme de l'action a par trop
tendance à écarter ce sans quoi il est désarmé,
à savoir la discussion pour comprendre et donc, agir en toute lucidité.
En intitulant cette lettre " Débat militant ", nous avons voulu
réconcilier ces deux temps indissociables de la lutte et de l'action.
Notre passé de militants d'extrême-gauche a été souvent
dominé par la logique des petits groupes où chacun vise à
justifier sa propre existence indépendante par sa recette qu'il transforme
plus souvent en acte d'accusation contre les autres qu'en instrument pour une
action dont chacun a les moyens de vérifier et de discuter la fécondité.
La discussion donc, nous semble indispensable, discussion pour regrouper, c'est
à dire dégager les objectifs communs tout en permettant à
chacun de définir différences d'appréciations, spécificités,
sans paralyser l'action, mais au contraire en l'enrichissant du débat,
de la dynamique des contradictions, d'une franche et loyale émulation
dans la lutte politique. Les militants qui sont à l'initiative de ce
bulletin de débat sont soucieux de contribuer à sortir le mouvement
révolutionnaire des vieux clivages hérités de la période
antérieure à la chute du mur de Berlin et à la restauration
du capitalisme dans l'ex-URSS parce qu'ils pensent qu'il n'y a pas aujourd'hui
d'autre stratégie de construction du (nouveau) parti des travailleurs
qu'exige la nouvelle situation sociale et politique que celle visant au regroupement
de toutes les forces soucieuses d'y contribuer.
Sans débat, il est bien difficile de ne pas subir l'événement,
les pressions de l'activisme politique, l'impressionnisme. Il est bien difficile
de s'orienter, de construire, c'est à dire de formuler une politique
pleinement indépendante de l'opinion démocratique bourgeoise,
une politique démocratique et révolutionnaire de classe.
Aujourd'hui, sous la pression des évolutions sociales et politiques,
comme de leur propre activité, notre organisation, la Ligue communiste
révolutionnaire, et plus largement l'ensemble de l'extrême-gauche
comme ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement anti-mondialisation, sont
confrontés à un vaste débat sur les perspectives de tous
ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité dépend de la fin du
règne de la propriété privée capitaliste.
Les échéances électorales de l'année 2002 et leur
suite y concourent mais aussi et surtout les évolutions sociales et politiques.
Les attentats du 11 septembre et leurs suites ont été le révélateur
d'un retournement de conjoncture qui implique un redéploiement de la
stratégie de l'impérialisme américain tant sur le plan
diplomatique, militaire qu'économique et politique et en conséquence
de celle de l'ensemble des Etats.
L'intervention militaire des puissances occidentales coalisées derrière
l'alliance américano-britannique s'inscrit dans un moment charnière
pour l'économie mondiale. La montée du militarisme accompagne
la fin de l'euphorie financière. L'offensive contre les peuples s'articule
avec l'offensive contre les travailleurs pour perpétuer la domination
impérialiste et rétablir le taux de profit.
Les dernières années de développement capitaliste où
le marché devait apporter la démocratie et le progrès ont
en fait créé les conditions d'une nouvelle crise qui débouche
sur une phase de tensions aiguës entre les grandes puissances et les peuples,
entre les classes et entre les grandes puissances elles-mêmes. De nouveaux
rapports de force vont se créer, bouleversant les équilibres antérieurs.
Le maintien de la domination impérialiste sur le monde, la lutte pour
un nouveau partage du monde qui s'engage entraîneront conflits, explosions
sociales qui, hors d'une intervention des travailleurs et des peuples, sont
lourds de menaces pour toute l'humanité.
Cette nouvelle situation fonde la nécessité d'un redéploiement
du mouvement ouvrier sur des bases démocratiques et révolutionnaires.
Le mouvement trotskiste a longtemps été contraint de se cantonner
au rôle d'opposant au stalinisme et à la social-démocratie.
L'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est change la donne. La nouvelle période
assigne aux révolutionnaires des responsabilités inédites.
Un espace politique est libérée pour qu'un parti des travailleurs
émerge. L'évolution du Parti socialiste et du Parti communiste
nous place en situation d'exister pleinement par nous-mêmes en apportant
des réponses aux questions des travailleurs et des jeunes, en leur donnant
des idées et une politique, en leur étant utiles, en devenant
leur parti. Elle donne toute leur actualité aux idées du marxisme,
plus précisément aux idées du bolchevisme transmises à
travers le trotskisme.
Le souci d'assumer pleinement la continuité et les filiations du mouvement
marxiste révolutionnaire, de nous tenir à ce fil rouge que le
stalinisme comme la réaction libérale de ces dernières
années n'ont pu briser, est commun aux initiateurs de " Débat
militant ".
La tâche de l'heure est de se les réapproprier en leur donnant
une nouvelle vie adaptée aux évolutions du monde, le mouvement
révolutionnaire ayant ou par trop cédé du terrain face
à l'offensive idéologique de la bourgeoisie au lendemain de la
chute du mur de Berlin ou résisté dans une attitude par trop tournée
vers le passé, dogmatique.
Prendre la mesure des enjeux implique de tourner la page du gauchisme, quand
l'extrême-gauche représentait une faible minorité, pour
faire du travail politique révolutionnaire un véritable travail
de masse autour d'un programme de transformation révolutionnaire reprenant
les idées du socialisme et du communisme.
Le groupe de travail " Débat militant " entend uvrer
dans ce sens. Il se propose de confronter activité militante quotidienne,
questions politiques et théoriques. Il s'agit d'un groupe ouvert s'intégrant
pleinement dans l'activité de l'organisation et se situant plus largement
dans la perspective du regroupement des forces révolutionnaires.
Nous défendons la perspective d'un parti clairement délimité
du point de vue programmatique et organisationnel, mais aussi large, ouvert
sur le monde du travail et de la jeunesse. Nous militons pour un parti marxiste
révolutionnaire de masse, militant, instrument de la lutte de classe
et, demain, de la lutte pour le pouvoir.
Nous pensons que le renouveau de l'internationalisme passe par le développement
des idées qui sont à l'origine de la IVème Internationale,
c'est à dire une politique de regroupement de ses forces aujourd'hui
émiettées et divisées, sans laquelle le " nouvel internationalisme
" risque de rester une proclamation voire la justification de l'adaptation
du courant révolutionnaire à des forces réformistes.
C'est dans ce cadre que s'efforce de s'inscrire notre travail.
Cette lettre, éditée sous forme d'un courrier électronique,
" Débat militant ", vise à échanger sur les voies
et moyens d'aider à l'émergence d'un mouvement démocratique
et révolutionnaire des travailleurs. Nous animons un site et nous proposons
de mettre en uvre confrontation et discussion avec tous ceux qui le jugent
utile et nécessaire.
Bonne lecture
Le
comité de coordination de " Débat militant "
Fabienne Autan, Charles Boulay, Valérie Héas, Serge Godard, Yvan
Lemaitre, Galia Trépère, Gérard Villa
La solidarité avec la lutte des peuples ne peut s'en remettre ni à l'ONU ni au gouvernement
La situation actuelle
au Proche Orient et l'intensification de la guerre menée par Sharon et
l'Etat israélien posent le problème de la solidarité et
des mots d'ordre des révolutionnaires face à cette situation.
Au nom de la solidarité avec le peuple palestinien, le texte de "
l'appel unitaire " propose de s'en remettre à des " solutions
" qui ne sortent pas du cadre défini par l'impérialisme même
si l'Etat d'Israël a rendu leur mise en uvre impossible : application
des résolutions de l'ONU et envoie " d'une force internationale
de protection ".
Il nous semble dans cette situation qui suscite débat que les révolutionnaires
se doivent d'avoir des positions très claires.
La solidarité ne justifie pas de mettre ses idées dans sa poche
bien au contraire. Au prétexte que l'OLP, ou du moins certains de ses
représentants comme Leïla Shaïd, compterait sur notre solidarité,
il faudrait s'aligner sans broncher sur leurs positions puisque : " c'est
ce que les palestiniens réclament ".
Des principes humanitaires sont aussi invoqués.
Ces arguments ne résistent pas aux faits.
Bien évidemment face à l'impérialisme, face au boucher
Sharon, nous sommes sans discussion dans le camp des Palestiniens avec les dirigeants
qu'ils se sont donnés. Mais ce n'est pas pour autant que nous devrions
nous ranger, toutes idées tues, derrière leurs positions, à
moins de renoncer à être des révolutionnaires.
L'échec du nationalisme aparait tragiquement dans la situation actuelle
au Proche-Orient. En ne proposant pas d'autre politique que la lutte nationale,
en refusant de s'adresser aux travailleurs d'Israël, des autres pays de
la région et d'ailleurs contre l'impérialisme, en laissant croire
qu'il existerait des solutions dans le jeu politique des états impérialistes
entre eux, l'OLP et Arafat se sont mis dos au mur. Ils refusent le seul soutien
réel qui, de fait, est le leur, celui des peuples et des travailleurs,
y compris d'Israël. Ils donnent le champ libre aux intégristes.
Lesquels intégristes n'existeraient pas, ou plus exactement, n'auraient
pas pu acquérir l'importance qu'ils ont, et apparaître comme une
solution si une authentique politique révolutionnaire avait été
développée. Encore une fois, c'est l'absence de partis des travailleurs
qui permet à ces gens là de prospérer. Nous devons le dire
et cela ne gène en rien notre solidarité.
Parce que c'est là qu'est tout le problème. Ou nous sommes des
révolutionnaires totalement solidaires des luttes des peuples, mais aussi
totalement libres de nos idées, ou nous nous alignons purement et simplement
derrière les dirigeants qui se sont imposés à ceux que
nous soutenons et gardons nos idées dans notre poche. Dans ce dernier
cas nous devrions renoncer à notre politique.
C'est inacceptable.
D'autant qu'il ne faut pas oublier à qui nous nous adressons, et en premier
lieu aux travailleurs, à l'opinion publique de notre propre impérialisme.
Nous n'envisagerions pas dans les cas d'une grève dans une entreprise
de dire aux travailleurs : " nous n'avons pas d'autres propositions que
de nous en remettre à celles d'un médiateur nommé par le
gouvernement ou ses représentants ", parce que nous savons bien
que nous ne pouvons faire confiance aux représentants patentés
de la bourgeoisie. Tout au contraire nous insisterons sur le rapport de force,
la solidarité avec les travailleurs des autres entreprises, et nous en
profiterions pour développer l'idée d'une politique indépendante
des travailleurs.
Or, dans cette situation, l'appel unitaire développe exactement le contraire.
Il s'en remet aux représentants de l'impérialisme pour régler
les problèmes. C'est pourquoi nous ne pouvons que regretter que Christian
Piquet écrive dans Rouge du 6 décembre : " Par l'interpellation
des autorités françaises ou européennes, afin qu'elles
sortent de leur passivité complice, qu'elles exigent le respect du droit
par Israël, qu'elles répondent aux responsables palestiniens qui
en appellent au déploiement d'une force internationale de protection
de leurs compatriotes martyrisés. "
Autrement dit : " Jospin, Chirac, Blair, Schröder, etc
sauvez
les palestiniens ! " Comme si les travailleurs, les peuples opprimés
avaient quoi que ce soit à attendre de ces gens là ! On quémande
au lieu d'accuser.
Le vote, ces derniers jours, de la résolution à l'ONU demandant
l'envoi d'observateurs en Palestine le montre clairement. Il suffit que les
USA exercent leur veto pour qu'immédiatement les représentants
français, Védrine en tête, s'inclinent.
L'argument humanitaire n'est pas non plus tenable. En quoi l'envoi d'une "
force multinationale " protégerait la population palestinienne des
attaques de l'armée israélienne ? Toute l'activité passée
des forces de l'ONU montre le contraire. Nous l'avons vu en Somalie. Nous venons
d'en avoir la confirmation dans l'ex Yougoslavie avec les révélations
sur Sébrénivca. Et les dirigeants de l'ONU ont beau " regretter
", " s'excuser ", ce ne sont que larmes de crocodiles.
L'ONU, " la justice internationale ", ne sont en rien au service des
peuples, des travailleurs. Ce ne sont que des instruments mis en place par les
impérialistes pour tenter de donner le change et faire croire que leur
ordre mondial serait capable de faire régner la paix et la justice dans
le monde. Toute l'histoire des cinquante dernières années montre
qu'il n'en est rien. Et c'est le rôle des révolutionnaires, non
seulement de le rappeler, de le dénoncer avec force mais aussi de ne
prendre aucune position qui puisse apparaître comme une caution à
ce mensonge.
La mobilisation en solidarité du peuple palestinien a pour objectif de
dénoncer la guerre menée par Israël et d'exiger le retrait
de l'armée israélienne des territoires occupés, le respect
du droit du peuple palestinien à une terre et à un Etat.
Elle ne saurait exiger de qui que ce soit un ralliement à une politique
dépendante des partis gouvernementaux ou de l'ONU.
Charles Boulay
Le phénomène Chevènement : un révélateur de la crise de la cohabitation
Avec 8 à
12 % des intentions de votes, d'après les sondages, Chevènement
est considéré par la presse comme le " troisième homme
" de l'élection présidentielle, celui qui pourrait troubler
le duel Chirac-Jospin, en figurant au deuxième tour.
Le phénomène, éphémère ou pas, nous verrons,
est révélateur du discrédit qui frappe les deux têtes
de l'exécutif et leurs partis respectifs. Chevènement, qui a très
bien compris tout le profit qu'il peut tirer de la crise politique née
de la cohabitation, cherche à se positionner en petit Bonaparte qui émergerait,
au-dessus des partis, et au-dessus de la droite et de la gauche. Son axe de
campagne essentiel est la dénonciation du " Janus exécutif
" " Chirac-Jospin ", du " système du pareil au même
" incarné par " les deux têtes de l'exécutif ".
Il n'a de cesse de montrer, preuves à l'appui, que Jospin et Chirac mènent
ou ont mené la même politique sur tous les sujets qui lui tiennent
à cur : " Sur les choix structurants, J. Chirac et L. Jospin
se retrouvent: Maastricht, euro, Constitution européenne en 2004, abandon
de toute politique industrielle, suppression du service national au bénéfice
d'un petit corps expéditionnaire, indépendance des parquets proclamée
par J. Chirac et réalisée par L. Jospin, même démagogie
à l'égard de la loi républicaine vouée au saucissonnage,
que ce soit en Corse, outre-mer ou en matière de décentralisation,
etc. C'est ce que j'appelle "le système du pareil au même".
[
] Ni Etat-RPR, ni Etat-PS ! Place à la démocratie ! ",
déclarait-il dans une interview à Libération le 26 novembre
dernier.
Et il se garde bien d'indiquer ce qu'il fera au deuxième tour, s'il n'y
était pas présent, au point que Jospin et les autres dirigeants
du PS s'en sont inquiétés à plusieurs reprises.
Sa propagande électorale est conçue pour tenter de capter des
voix aussi bien à droite qu'à gauche.
Jusqu'à présent, il s'est surtout distingué de Jospin et
de Chirac par une démagogie plus réactionnaire, conjuguant sur
tous les modes possibles les thèmes de l'autorité et de l'ordre,
de la souveraineté nationale, de la grandeur perdue de la France
jusqu'à faire l'éloge du colonialisme en Algérie, dans
une tribune publiée par le Nouvel Observateur le 25 octobre dernier,
intitulée " Cessons d'avoir honte ". Des idées dans
la continuité des préjugés réactionnaires qu'il
affiche depuis longtemps. " Ceux qui s'offusquent à juste titre
d'entendre " la Marseillaise " sifflée [lors du match France-Algérie
au stade de France] sont parfois les mêmes qui, voici quinze ans, me faisaient
reproche de vouloir la faire apprendre dans les écoles ", rappelle-t-il
d'ailleurs lui-même dans la même tribune. Cette propagande a reçu
les soutiens qu'elle méritait : outre quelques transfuges du PC, comme
l'ancien ministre Le Pors et le nationaliste néo-stalinien Auchedé,
Abitbol, Pinton et
Pierre Poujade !
Mais, tout dernièrement, Chevènement a introduit dans sa campagne
quelques thèmes plus sociaux. C'est ainsi que dans une interview au journal
Les Echos, le 13 décembre, mais aussi dans un meeting à Amiens,
il s'est prononcé pour " une revalorisation du travail en commençant
par la feuille de paie " et une augmentation du Smic de 25 % en 5 ans.
Non sans réclamer en même temps une baisse des charges patronales
et dire, à propos des 35 heures, que " ce n'est pas en travaillant
moins qu'on s'en sortira ".
De la même façon, il a infléchi sa position sur l'Europe,
obligé d'intégrer ce qui est la position de l'ensemble de la bourgeoisie,
s'il veut être un candidat crédible, et non le nostalgique d'un
passé révolu. S'il condamne la manière antidémocratique
dont les dirigeants européens s'apprêtent à établir
une constitution politique, et le pacte de stabilité monétaire,
il plaide désormais pour un projet européen, acceptant l'élargissement
de l'Union européenne, et proposant entre autres d'accroître les
pouvoirs de la Banque centrale européenne.
Ainsi, Chevènement compte ratisser des voix, à droite jusqu'à
l'extrême droite, mais aussi dans l'électorat de gauche. Il espère
capter le mécontentement de tous ceux qui en ont assez de voir les mêmes
partis gouverner, en alternance, ou comme c'est le cas depuis 15 ans, conjointement.
Il mise sur la crise politique provoquée par le discrédit des
partis, de gauche et de droite, qui gèrent ensemble les affaires de la
bourgeoisie. Non seulement leurs décisions et leurs actes sont de la
même nature, tous inspirés par leur soumission aux exigences du
patronat, mais leurs discours sont maintenant, à quelques nuances près,
identiques.
Chevènement se veut le candidat de la " rupture ". Sur un mode
réactionnaire, et de façon purement démagogique puisque
lui-même, au gouvernement, ne mènerait pas une autre politique
que celle destinée à satisfaire les intérêts du patronat.
Ce qu'il a fait il y a peu.
Mais sa perception de la situation politique est juste : l'heure est effectivement
à solder les comptes de la cohabitation. Le " phénomène
Chevènement " est un révélateur de plus du discrédit
dans lequel sont confondus aux yeux de l'opinion, très largement, et
du monde du travail en particulier, la droite et la gauche gouvernementale.
Sa synthèse de la droite et de la gauche leur ressemblera tout autant
que les politiques de la droite et la gauche se ressemblent et pour cause !
Mais c'est cette rupture avec les partis de la cohabitation que notre campagne
doit signifier clairement, rupture du point de vue des travailleurs, des chômeurs,
des exclus, des jeunes et des femmes. C'est la condition essentielle pour pouvoir
affirmer, de façon crédible, la perspective de l'émergence
d'un parti qui défende réellement les intérêts de
la classe des salariés.
Galia Trépère
L'union est un combat. La présidentielle, LO et nous
Il y aura bel et
bien deux candidats révolutionnaires en lice lors de l'élection
présidentielle de 2002 : Arlette Laguiller pour LO ; Olivier Besancenot
pour la LCR. Et les législatives multiplieront les tête-à-tête.
Quel paradoxe : jamais autant qu'aujourd'hui l'extrême-gauche n'a été
en position de représenter une alternative crédible aux réformistes,
socialistes comme communistes ; elle apparaît néanmoins égale
à son image de toujours, divisée.
D'aucuns s'en félicitent évidemment, à l'instar de Robert
Hue alerté par les sondages qui le donnent derrière Arlette. La
dispersion des voix de l'extrême-gauche est une bouffée d'oxygène
pour le patron du PCF. Et celui-ci caresse désormais l'espoir que la
compétition entre LO et la Ligue démontre amplement aux travailleurs
qu'il n'y a rien à attendre de formations minoritaires et incapables
de s'entendre entre elles. À la gauche de la gauche institutionnelle,
en revanche, personne ne peut se réjouir de l'incapacité des trotskystes
à dessiner les contours d'un pôle anticapitaliste, à incarner
un projet innovant, sauf à préférer les improbables sirènes
du réformisme de gauche au renouveau des forces révolutionnaires
qui s'exprime depuis 1995.
Notre désunion brouille la perspective, obscurcit l'horizon. Quid du
parti des travailleurs si les courants qui en défendent le principe affichent
leur division ? Les cinq années de gestion loyale du capitalisme par
le PS, le PCF et les Verts témoignent du besoin urgent d'un parti appuyant
jusqu'au bout les luttes de la classe ouvrière ; partant, elles soulignent
les responsabilités inédites des révolutionnaires : ils
sont les seuls en mesure d'offrir un débouché politique aux centaines
de milliers de travailleurs et de jeunes en rupture avec les partis de la gauche
gouvernementale. Mais encore faut-il que l'extrême-gauche dépasse
ses querelles intestines, héritées de l'isolement dans lequel
elle est restée confinée pendant des décennies. La présence
de deux candidats aux présidentielles le révèle, ce dépassement
est bien difficile.
Au caractère paradoxal de la division LO-LCR s'ajoute une ambiguïté
sur les raisons qui ont pu la motiver. LO a refusé à la LCR de
rééditer aux présidentielles l'unité des européennes,
égrainant les divergences qui feraient obstacle à une nouvelle
campagne commune. Dans le communiqué de presse justifiant la décision
de LO, François Duburg note qu' " Arlette Laguiller et Lutte ouvrière
ne se sentent [
] pas les représentants de la nébuleuse 100
% à gauche. " Le Comité central de LO " a donc refusé
très majoritairement d'accepter qu'Arlette Laguiller soit la candidate
de Lutte ouvrière mais en défendant les programmes de la LCR (car
il y en a plusieurs) ". L'argument n'est pas nouveau. Lors des municipales
déjà, LO reprochait à la Ligue d'utiliser le label "
100 % à gauche ", considérant qu'il entretenait la confusion
avec la gauche gouvernementale. Personne n'a oublié les critiques adressées
alors à la Ligue sur ses consignes de vote de second tour.
Il ne nous appartient pas, évidemment, de décider en lieu et place
de la direction de LO ce qui est ou n'est pas acceptable pour elle. À
la vérité, s'il s'agissait de comptabiliser l'ensemble des désaccords
connus entre LO et la LCR, la liste s'allongerait considérablement, tant
ces deux courants ont, dans l'histoire, défendu des points de vue différents
sur les questions du parti, de l'insertion des révolutionnaires dans
le mouvement social, des pays de l'Est, des mouvements de libération
nationale, etc. La mondialisation capitaliste et les moyens de la combattre
sont, par exemple, actuellement l'objet d'un débat public. LO et la LCR
ne sont pas d'accord sur tout, ce n'est pas une surprise. Elles seraient unifiées
depuis bien longtemps, s'il en allait autrement.
Partant, les justifications avancées par François Duburg dissipent
mal l'équivoque qui entoure le choix de l'organisation d'Arlette. On
ne peut s'empêcher de noter que LO s'est montré moins regardante
lors des européennes. À l'époque, l'alliance avec la Ligue
a été possible, malgré l'existence de divergences déjà
anciennes sur l'appellation " 100 % à gauche " ou l'appel à
battre la droite au deuxième tour. En 1999, Arlette Laguiller et Alain
Krivine ont pourtant fait campagne ensemble, défendant un programme commun.
Qu'est-ce qui a pu rendre inimaginable la rédaction d'une plate-forme
commune aux yeux de LO ? La question se pose d'autant plus que le contentieux
sur l'épineux dossier du second tour a été levé
en juin 2001 par la Conférence nationale de la Ligue. La CN a, en effet,
clarifié dans le sens des positions de LO ses consignes de vote : en
2002, la LCR laissera les électrices et les électeurs seuls juges
de leur attitude au deuxième tour. Et, les militants de la Ligue ont
plébiscité l'union LO-LCR à la présidentielle et
aux législatives - à 68 % des votes !
La vérité, c'est que le CC de LO a arrêté sa position
quelques heures avant que la Ligue ne propose qu'Arlette soit la candidate des
deux organisations, au mépris du bilan politique, électoral et
militant de la campagne Laguiller-Krivine. La vérité, c'est que
LO n'entend tout bonnement pas faire aux présidentielles et législatives
les compromis auxquels elle s'était prêtée aux européennes.
La Ligue n'est pas exempte de responsabilité évidemment. Et la
direction de LO a beau jeu de rappeler au bon souvenir de ses militants et sympathisants
que la LCR en 1995 n'avait pas choisi entre Robert Hue, Dominique Voynet et
Arlette Laguiller. Bon nombre de camarades de la LCR partagent d'ailleurs cette
critique, et d'autres certainement. Cela est tellement vrai qu'un changement
de majorité est intervenu depuis dans la Ligue. Mieux, les militants
ayant participé à la campagne Laguiller en 1995 ont précisément
intégré la LCR sur la base d'une orientation renouvelée,
celle qui a permis l'union LO-LCR aux européennes en 1999 et qui permettait
de la rééditer aux présidentielles et législatives
de 2002. La Ligue a changé. LO n'a malheureusement pas intégré
cette donnée. Le pire, c'est que son attitude sape le cours unitaire
qui s'exprime dans la LCR depuis quelques années, sans même parler
des conséquences de la division sur le crédit de l'extrême-gauche.
Nous, nous n'ajouterons pas de polémique aux polémiques. En 2002,
nous chercherons à faire fructifier l'acquis de 1999, malgré la
désunion. Nous n'oublions pas l'espoir que la campagne des européennes
a nourri. Nous ne négligeons pas non plus les risques qu'un affrontement
LO-LCR fait courir. Notamment, nous ne tomberons pas dans le piège de
la compétition électorale où, pour comptabiliser quelques
voix de plus, il convient de charger son voisin plutôt que ses ennemis.
LO n'est pas l'adversaire de la LCR. Olivier ne se présente nullement
en rival d'Arlette. La campagne de la LCR et d'Olivier vise à porter
un projet, celui d'un large parti des travailleurs. L'enjeu est que le plus
grand nombre portent leurs suffrages sur les candidats révolutionnaires
; l'intérêt d'Arlette et d'Olivier n'est pas de chercher à
se disputer les voix, mais de mobiliser dans les urnes et dans les rues les
centaines de milliers de travailleurs et de jeunes qui rejettent la gauche plurielle
et cherchent une alternative aux réformistes. Les divergences séparant
depuis quarante ans LO et la LCR n'intéressent pas la grande masse de
ceux qui se rapprochent aujourd'hui de l'extrême-gauche, leurs rivalités
pourraient, en revanche, en dissuader beaucoup.
L'union ne se décrète pas. À de rares exceptions près,
les révolutionnaires ont traversé des décennies sans réelle
possibilité de tester leur politique, chaque désaccord, faute
d'être tranché dans la pratique, justifiant la création
d'un nouveau groupe. Tenir : l'horizon immédiat se résumait pour
beaucoup à cette perspective. Cet isolement a encouragé l'esprit
de chapelle, nourri tous les sectarismes. Les relations LO-LCR trahissent le
poids du passé, la difficulté à se projeter entièrement
dans la nouvelle période. Pourtant, les choses bougent ! Et d'abord dans
la LCR et LO. Les préjugés ne tombent pas facilement, mais les
militants de LO ne peuvent ignorer la réorientation de la Ligue depuis
le mouvement de novembre-décembre 1995. De la même façon,
personne dans la LCR ne peut plus désormais tenir LO pour un monolithe
arc-bouté sur l'héritage de 17 : la trajectoire de Voix des Travailleurs
souligne suffisamment, sans qu'il soit besoin d'en rajouter, que l'organisation
d'Arlette Laguiller subit, comme n'importe quelle autre, les effets de l'effondrement
de l'URSS et du bloc de l'Est. Comme n'importe quelle autre ? Plus que toute
autre en réalité : son histoire comme sa tradition prédisposaient
certainement moins LO que la LCR à s'accommoder des nouvelles responsabilités
qui incombent désormais aux révolutionnaires.
Nul ne peut ignorer les changements intervenus avec la chute du stalinisme.
Personne ne peut en revanche prétendre imposer sa solution. La minceur
des bilans dont les uns et les autres peuvent se prévaloir incite plutôt
à l'humilité. Les quelques centaines de militants que chaque organisation
peut aligner ne peuvent suffire. L'enjeu commande donc de se regrouper. Cela
n'implique nullement de se renier. Cela nécessite, par contre, de reconnaître
l'apport de chacune des traditions trotskystes, sans a priori. Les révolutionnaires
n'avanceront pas en regardant dans le rétroviseur. Il ne s'agit pas de
reprendre des débats sans conséquence sur l'avenir, mais d'ouvrir
la discussion sur les tâches de l'heure. Dresser d'autres barrières
reviendrait à nier le projet d'un parti élargi à d'autres
courants que la perspective du parti des travailleurs présuppose.
Les européennes ont confirmé que l'on tranche souvent mieux les
questions en marchant. On évite ainsi de se focaliser sur des points
mineurs qui masquent un accord sur l'essentiel. On limite surtout l'incompréhension
inhérente à la confrontation purement théorique de courants
issus de traditions différentes. L'unité des révolutionnaires
est un gage pour l'avenir. Elle se pratique sur le terrain. Elle porte en germe
l'idée du parti des travailleurs. Que l'alliance LO-LCR de 1999 n'ait
pas été reconduite en 2002 est donc un revers pour toutes celles
et ceux qui aspirent à redonner à la classe ouvrière un
outil défendant pied à pied ses intérêts.
À la présidentielle, aux législatives, l'extrême-gauche
se présentera séparée, sinon concurrente. Comme de nombreux
travailleurs, nous ne nous satisfaisons pas de cette division des révolutionnaires.
Et nous militerons pour la dépasser. Il n'y a aucune fatalité
à ce que la situation perdure, moins encore à ce que les choses
s'enveniment. Tout annonce au contraire que l'addition des voix de LO et de
la LCR placeront l'extrême-gauche devant le PCF, mettront à l'ordre
du jour la création d'un nouveau parti. La période appelle l'optimisme.
En 2002, nous serons unitaires pour deux.
Serge Godard
Le mouvement anti-guerre en question. À propos du Forum international contre la guerre
" Comment
faire la guerre à la guerre ? " La question posée par la
Coalition internationale contre la guerre (CICG) résonne, et d'autant
plus fort en France où le mouvement anti-guerre a bien des difficultés
à se faire entendre. Les bombardements impérialistes se poursuivent
depuis le 7 octobre ; les troupes au sol se déploient : aucune initiative
marquante n'a été organisée depuis la manifestation du
17 novembre
En octobre, l'appel " Non à la croisade impériale ",
signé alors par 113 intellectuels mais aujourd'hui par plus de 800 personnes,
était une première tentative pour élargir le mouvement
anti-guerre. La démarche tranche avec celle de l'appel initié
par le Mouvement de la Paix. Au lieu de s'adresser à des directions politiques
ou syndicales peu enclines à s'engager contre la guerre - c'est un euphémisme
-, les intellectuels à l'origine de la CICG ont privilégié
le lien direct avec tous ceux qui refusent de rester les bras croisés.
Rechercher à tout prix un cadre de front unique avec des forces qui en
récusent l'intérêt conduit immanquablement dans une impasse
; relancer le mouvement passait donc par le dépassement de l' "
Appel à l'opinion ".
L'écho suscité par l'appel " Non à la croisade impériale
" est plus qu'encourageant. L'initiative est encore plus intéressante,
si l'on s'attache au contenu même de la plate-forme de la CICG. La forme
et le contenu se tiennent. La Coalition évite ainsi le piège du
" ni ni " et la référence à l'ONU imposés
dans l' " Appel à l'opinion " par ceux-là mêmes
qui refusaient de mobiliser. Dernier atout, et ce n'est pas le moindre, la CICG
s'est immédiatement inscrite dans une perspective internationale, celle
de la globalisation du mouvement anti-guerre.
Le Forum international contre la guerre organisé le 2 décembre
à Paris marque une seconde étape, importante. Les rapporteurs
se sont appliqués à démontrer les visées impérialistes
de la guerre en Afghanistan, les crimes du 11 septembre apportant le prétexte
à une croisade déjà planifiée. Michel Collon, dont
les livres Poker menteur et Monopoly publiés en 1998 et 2000 prédisaient
que l'Afghanistan serait le prochain théâtre de manuvres
des impérialistes, a insisté sur les risques d'une intensification
des conflits dans les années à venir en Asie centrale, une région
stratégique pour les grandes puissances depuis la découverte d'importants
gisements de pétrole et de gaz. Willy Pelletier a souligné le
danger d'un certain discours anti-guerre auquel l' " Appel à l'opinion
" n'échappe pas, ce discours qui au nom du droit international en
appelle à l'ONU et tend ainsi à légitimer une institution
à la solde des impérialistes.
La journée du 2 a permis d'affiner les analyses mais aussi de confronter
les différentes expériences, en Europe (Belgique, Grande-Bretagne,
Grèce, Italie et Suède) et au-delà, puisque des représentants
des mouvements anti-guerre pakistanais, palestinien et argentin étaient
également présents. L'intervention de Laura Dubinsky membre de
Stop The War (Grande-Bretagne) a confirmé qu'il n'y a aucune fatalité
à l'absence, en France, d'une large mobilisation contre la guerre. L'expérience
outre-manche fait écho à celle du mouvement italien : à
chaque fois la gauche gouvernementale est absente ; la lutte est menée
par la gauche radicale. On mesure le décalage avec la France où
un accord avec les appareils réformistes a été préféré
! C'est une autre voie qui doit désormais être exploitée
; et le succès de la grande manifestation nationale contre les licenciements
et les suppressions d'emplois à Paris le 9 juin 2001 rappelle opportunément
à tous les sceptiques que nous manquons parfois moins de forces que de
volonté politique.
Au soir du 2 décembre, un regret perçait néanmoins, celui
de n'avoir pu voter la résolution " Contre la guerre, contre l'Empire
" qui prolongeait l'appel des 113. Daniel Bensaïd n'avait pourtant
pas ménagé sa peine depuis le matin : il avait centralisé
les amendements et intégré les corrections qui allaient de soi.
Quelques points nécessitaient un débat. En une heure, peut-être,
l'appel était finalisé. Une intervention a jeté le doute.
En insistant sur le besoin pressant d'une nouvelle échéance de
mobilisation, Catherine Samary rappelait un des enjeux du Forum, mais cela n'était
nullement contradictoire avec le vote du texte que Daniel Bensaïd défendait.
Résumer une journée de débat fructueux en trois mot d'ordre
rabaissait singulièrement l'ambition de la rencontre. C'était
surtout tenir pour négligeable l'essentiel : la résolution "
Contre la guerre, contre l'Empire " débattue le 2 dépasse
de très loin l' " Appel à l'opinion " et permet de construire
un mouvement anti-guerre sur des bases claires. Au final, la résolution
n'a pas été votée et aucune date de manifestation n'a été
arrêtée. Dommage.
De nombreux militants de la LCR à l'instar de Daniel Bensaïd, Willy
Pelletier ou Janette Habel sont impliqués dans la Coalition. Au-delà
des personnes, c'est l'ensemble du mouvement révolutionnaire qui est
concerné. L'internationalisme, l'anti-impérialisme ne sont pas
des notions abstraites ; elles s'incarnent dans une politique.
S. G.
La Coalition internationale
contre la guerre a un site Internet : <http://cicg.free.fr/>
On peut notamment y lire l'essentiel des interventions faites lors du Forum
international contre la guerre : http://cicg.free.fr/forum.htm
La résolution " Contre la guerre, contre l'Empire " débattue
au Forum est également en ligne : http://cicg.free.fr/resol.htm
Pays Basque et question nationale
Depuis le contre-sommet
de Biarritz de l'an dernier, un débat agite les organisations du mouvement
ouvrier (syndicats, partis ) et les associations : face aux agissements
criminels de l'ETA et à la kale borroka (lutte de rue que pratiquent
des groupes de jeunes - dont il est dit qu'ils servent de base de recrutement
à l'ETA - qui incendient des bus etc...), quelle attitude adopter vis
à vis du mouvement abertzale (abertzale = patriote, en traduction mot
à mot) ?
Rappelons que, lors de ce contre-sommet, la CGT, la FSU, le PC, les Verts...
avaient quitté son collectif d'organisation sous différents prétextes
ayant pour point commun la présence massive de groupes abertzale, venant
des deux côtés de la frontière, dans la manifestation unitaire
prévue. Les incidents de rue qui avaient eu lieu durant le contre-sommet
les avaient confortés dans leur position. La LCR avait, pour sa part,
exprimé un point de vue tout à fait différent, contribuant,
notamment avec ATTAC Pays Basque et les organisations abertzale, à la
réussite des actions unitaires prévues par le contre-sommet, forums
et manifestation.
Aujourd'hui, cette question rebondit et se traduit par une véritable
exclusive de la part de la CGT et de la FSU, et ponctuellement d'ATTAC, à
l'encontre du mouvement abertzale. Si ces organisations n'ont pas, à
ce jour, exprimé clairement leur position par écrit, dans les
faits elles refusent d'agir en commun avec les organisations nationalistes qui
ne condamnent pas explicitement les méthodes et la politique de l'ETA,
donc, de fait, avec l'ensemble des organisations nationalistes
(Abertzalen Batasuna, Batasuna, le syndicat LAB...). Ainsi, la CGT et la FSU
ont refusé toute initiative anti-guerre avec les abertzale, tandis qu'ATTAC
ne les invitait pas à l'organisation de la manifestation anti-OMC du
10 novembre dernier.
A notre sens, il s'agit là d'exclusives injustifiables que nous combattons.
Elles sont contraires à ce qu'a été la politique de la
LCR par rapport au mouvement nationaliste radical basque jusqu'à aujourd'hui
: critiques sans complaisance à l'encontre des différents courants
nationalistes, mais débat avec eux et actions communes quand cela est
possible.
Retour sur quelques points qui ont guidé notre intervention sur le problème basque au long de ces 25 dernières années
A la racine de
ce que l'on appelle le problème basque, il y a une question nationale
non réglée. Notre courant l'a analysée, en particulier
à travers les textes à l'époque de la LKI (organisation
basque de la IVème Internationale). En ce qui nous concerne, nous avons
toujours défendu les revendications démocratiques au Pays Basque,
principalement :
· le droit à la langue et à la culture ; nous sommes en
faveur de l'intégration des ikastolas (écoles en langue basque),
en tant que système pédagogique, dans le service public ; également
en faveur de la co-officialisation du basque et du français, c'est à
dire d'un réel bilinguisme.
· le rapprochement des prisonniers politiques en tant que revendication
immédiate
· le droit à l'autodétermination, avec un débat
: sommes-nous en faveur de la création d'un état basque, donc
pour la séparation par rapport à l'état espagnol et à
l'état français ? Côté LKI, la réponse était
oui, ce qui a du reste entraîné l'entrée des camarades dans
le courant nationaliste radical. Côté LCR Pays Basque, c'était
très majoritairement non, et probablement de même aujourd'hui.
Nous avons toujours placé au premier plan de cette question non réglée
la responsabilité des gouvernements espagnols qui se sont succédés
après Franco, en mettant en avant la non épuration de l'appareil
d'état, de la police et de l'armée en particulier, où les
éléments franquistes, les nostalgiques du fascisme ont pu continuer
à exercer. Ceci est encore vrai en 2001. Et la torture continue de sévir
en Espagne (voir le rapport d'Amnesty International en 2000). Tous ces gouvernements
ont cru régler le problème basque par la répression policière.
Ils ont été aidés par leurs homologues français
; il faut se souvenir des extraditions sous Mitterrand, de l'aide au GAL, "
Groupe antiterroriste de libération " dirigé par l'état
espagnol avec à sa tête le PSOE, qui a tué dans les années
80, au Pays Basque français, plus d'une trentaine de personnes, indépendantistes
ou non .... Et récemment, lors de la dernière trêve de l'ETA
qui a duré 14 mois (pour s'achever en décembre 99), le gouvernement
espagnol et sa police en ont profité pour intensifier la chasse aux étarras,
et de même côté français.
Nous avons également toujours dénoncé la non prise en compte
de la question nationale basque par le mouvement ouvrier, accompagnant du reste
sa collaboration avec les forces bourgeoises, pacte de la Moncloa par exemple,
avec Suarez, après la mort de Franco. Nous en avons eu de multiples exemples
en France, ainsi sur la question de la langue : quand des avancées peuvent
être réalisées, même s'il y a derrière des
raisons électoralistes (en 1985-86 sur les ikastolas, aujourd'hui sur
les Diwans avec possibles répercussions sur les ikastolas ), des secteurs
de gauche se dressent contre. Et si au Pays Basque espagnol, Izquierda Unida
(front constitué essentiellement par le PC) paraît aujourd'hui
plus ouverte à la question nationale, c'est pour entrer dans le gouvernement
autonome, avec le parti bourgeois basque qu'est le PNV.
Si nous défendons les revendications du peuple basque, nous le faisons
sans la moindre concession à l'idéologie nationaliste ou à
l'un quelconque de ses courants. Cette position ne date pas d'aujourd'hui. A
l'époque des attentats " ciblés " contre policiers ou
militaires, nous condamnions sans réserve ces exécutions qui n'aidaient
pas, bien au contraire, à l'organisation démocratique nécessaire
des travailleurs basques. C'est tout le problème de la lutte armée
minoritaire, qui se substitue à la mobilisation de masse des travailleurs
qu'il faut construire par un travail long et patient d'organisation. De plus,
si les nationalistes radicaux utilisaient un vocabulaire parfois marxisant,
il était clair que leur ciment idéologique était le nationalisme,
avec tous les aspects que nous dénoncions : alliance entre les classes
" basques ", division entre les travailleurs basques et non basques.
Nous combattions cette stratégie et y opposions la construction d'une
organisation révolutionnaire qui défende les intérêts
des travailleurs, et intègre les revendications démocratiques
du peuple basque. Ces critiques, nous les portions à l'ETA mais aussi
à l'ensemble des courants se réclamant du nationalisme, les plus
radicaux étant Herri Batasuna au Pays Basque espagnol et Herri-Taldeak
au Pays Basque Français. Dire " nous " est certes abusif ;
il n'y avait pas unanimité sur ces questions. Ainsi les camarades de
la LKI étaient quant à eux sur des bases plutôt opportunistes
envers les nationalistes radicaux. Ils en vinrent d'ailleurs, dans un premier
temps, à soutenir les candidatures nationalistes aux élections,
puis, dans un deuxième temps, à se fondre dans le mouvement nationaliste
et à dissoudre leur propre organisation, la LKI, qui aujourd'hui n'existe
plus.
En résumé, nos critiques par rapport à l'ETA et aux organisations
abertzale portaient sur leur orientation inter-classiste et non anti-capitaliste,
sur l'aspect substitutiste de la violence minoritaire. Nous y opposions la construction
d'un parti ouvrier révolutionnaire, doté d'un programme incluant
les revendications nationalistes démocratiques comme le droit à
l'autodétermination. La constitution d'un état basque nous paraissait
historiquement dépassée. Nous y opposions la perspective des Etats
Unis socialistes d'Europe dans lesquels Euskadi pourrait exister.
Dans ses grandes lignes, cette orientation est toujours la nôtre
Nous ne nions pas
les évolutions qui de fait ont et ont eu lieu - et ce n'est que logique,
elles ont suivi les évolutions plus générales au niveau
politique, économique et social - dans le mouvement nationaliste, et
dans la tactique de l'ETA en particulier. Il y a une nouvelle génération
de jeunes parmi les membre de l'ETA, dont on dit qu'ils sont moins formés
politiquement, plus activistes et plus extrémistes. Certains camarades
se posent la question d'un changement de nature de l'ETA : " l'ETA est-il
toujours de gauche ? " . La question peut se poser autrement : l'ETA a-t-elle
jamais été de gauche, si tant est que le qualificatif " de
gauche " ait une réelle signification. En raisonnant en terme d'organisation
ouvrière et d'organisation bourgeoise, nous avions qualifié les
organisations nationalistes radicales, avec notre vocabulaire, d'organisations
petites bourgeoises, l'ETA en étant le bras armé. Cela reste toujours
vrai. L'on assiste à la dérive de l'ETA, suite à l'impasse
dans laquelle elle se trouve ; c'est la logique de la lutte armée qui,
n'ayant plus d'issue dans une situation donnée et se trouvant de plus
en plus minorisée, va dégénérer. Mais l'ETA peut
aussi pactiser, comme elle l'a déjà fait au cours de son existence
; il y a eu de sa part plusieurs tentatives pour discuter avec l'Etat espagnol
; on retrouve d'ailleurs à ce niveau le fait, pour l'ETA, de se substituer
au peuple basque.
Les attentats actuels relèvent certes de la volonté d'imposer
la terreur . Etait-ce différent, dans les années 80 avec l'attentat
d'Hypercor à Barcelone ou l'assassinat par l'ETA de Yoyes , l'une de
ses militantes qui avait abandonné la lutte armée et quitté
l'organisation, sans pour autant figurer parmi les très officiels "
repentis " qu'utilisait le gouvernement?
Notre condamnation des attentats de l'ETA est sans faille, mais elle ne signifie
pas lui découvrir tout d'un coup un caractère fasciste, si l'on
donne aux mots leur sens. Nous continuons donc à condamner de la façon
la plus ferme l'ETA, en restituant le caractère politique global, la
simple condamnation restant insuffisante. C'est dans ce cadre que nous inscrivons
nos prises de position publiques lors de tel ou tel événement.
Les mouvements nationalistes pratiquent encore et toujours l'alliance de classe.
C'est l'axe des accords de Lizarra Garazi signés en septembre 1998 entre
le PNV et EA (partis basques bourgeois), les nationalistes radicaux (Euskal
Herritarok et le syndicat LAB) et Izquierda Unida. C'est aussi la marque de
certaines alliances électorales pratiquées par les nationalistes
radicaux du Pays Basque français aux dernières élections
municipales où ils se sont présentés sur des listes de
droite à Biarritz et Anglet. Nous ne nous en étonnons pas : c'est
le trait marquant de leur politique et c'est sur quoi nous nous opposons à
eux, nous qui uvrons à développer une politique indépendante
pour la classe ouvrière, à mettre en avant des mots d'ordre et
des plates-formes qui défendent les intérêts des travailleurs,
sans aucune concession envers ceux des patrons, qu'ils soient petits ou grands,
basques ou non.
Politique unitaire et mouvement abertzale
La Section Pays
Basque de la LCR critique donc aujourd'hui le refus de la CGT, de la FSU...
de mener toute action unitaire avec les organisations abertzale car elles ne
condamnent pas explicitement l'ETA.
Nous pensons qu'il ne faut pas faire l'amalgame entre l'ETA, organisation clandestine
qui utilise le terrorisme comme méthode de lutte, et les organisations
légales comme AB, Batasuna, ou le syndicat LAB, officiellement reconnues.
Le mouvement nationaliste
basque est en pleine mutation avec la crise qui le secoue, précisément
due à la politique de l'ETA.
· Les dernières élections au Pays Basque espagnol pour
le Parlement basque se sont traduites par une forte baisse des nationalistes
radicaux (de 17,9% des voix et 14 députés en 1998 à 10,1%
et 7 élus en mai 2001).
· Euskal Herritarok, front radical du Pays basque espagnol, a éclaté.
Il a échoué dans sa volonté de constituer une nouvelle
organisation plus élargie, Batasuna, existant des deux côtés
de la frontière. Batasuna a été créée il
y a quelques mois, mais sur des bases plus restreintes qu' Euskal Herritarok.
Au Pays Basque français, les deux tiers des militants d'Abertzalen Batasuna
ont refusé de fusionner avec Batasuna ce qui a entraîné
une scission en octobre dernier. Au Pays basque espagnol, plusieurs courants,
minoritaires certes mais significatifs, comme Aralar, Zutik (où sont
regroupés les " anciens " de la LKI) ont refusé d'être
partie prenante de Batasuna alors qu'ils intégraient Euskal Herritarok.
Dans ce contexte, il est nécessaire de discuter avec les militants nationalistes,
agir avec eux chaque fois que possible. Cela ne signifie pas complaisance envers
le nationalisme, mais prise en compte du caractère démocratique
de certaines de ses revendications, et volonté de ne pas le laisser dans
un ghetto.
D'autre part, les organisations qui pratiquent ces exclusives donnent comme
raison le fait que les abertzale refusent de condamner l'ETA. Elles mettent
en avant cette exigence comme préalable à toute initiative unitaire,
ce qui est la négation même de la recherche d'unité ! Pour
réaliser une action unitaire, l'objectif est de mettre en place une plate-forme
commune et les actions qui l'accompagneront, sans exiger des signataires qu'ils
prennent position sur des points qui ne sont pas en lien direct avec la plate-forme.
Sinon, à l'époque de l'URSS, on aurait exigé du PCF et
de la CGT qu'ils condamnent explicitement les crimes staliniens; autre exemple
actuel, pour toute initiative unitaire anti-guerre il faudrait exiger des participants
la condamnation explicite du gouvernement Jospin, qui est l'allié objectif
de l'intervention des USA en Afghanistan. Autant dire que des actions unitaires
seraient fort rares !
Il faut ajouter que cette position de la CGT, FSU, etc... peut également
servir à masquer les liens étroits de leurs directions avec le
gouvernement. Ainsi dans le cas de la mobilisation anti-guerre à Bayonne,
cela leur a servi pour ne pas mobiliser avec le Comité Stop La Guerre
(composé d'individus et soutenu par ATTAC, la CNT, la LCR et les organisations
abertzale). Les mots d'ordre clairs du Comité (Halte aux bombardements,
Retraits des Troupes, Non à l'intervention française, Abrogation
des mesures liberticides...) contrastaient trop avec les plates-formes ambiguës
que proposaient CGT, FSU,...
En conclusion, l'existence d'un mouvement nationaliste important au Pays Basque
est la conséquence d'une question nationale non réglée,
et qui ne pourra l'être que de façon politique, ni par l'exclusion,
ni par la répression. Si ce mouvement est souvent isolé et replié
sur lui-même, c'est aussi l'effet des erreurs des directions du mouvement
ouvrier. Il ne s'agit pas de les perpétuer !
La section LCR du Pays Basque a débattu de ces questions et a adopté
le texte ci-dessous :
Résolution - 20/11/01
Avec comme justification
le fait que les organisations nationalistes basques ne condamnent pas explicitement
et publiquement la politique et les méthodes de l'ETA, des organisations
comme la CGT, la FSU, ou ATTAC (pour la manifestation anti-OMC du 10 novembre),
se refusent à agir unitairement avec les abertzale.
La Section Pays Basque de la LCR se prononce contre ces exclusives. Elle poursuivra
la politique unitaire qu'elle pratique habituellement. C'est à dire que
pour mettre en place une initiative unitaire, elle convoquera les organisations
du mouvement ouvrier, les associations qui peuvent être intéressées,
et les organisations abertzale, le seul critère pour la réalisation
de cette initiative étant l'accord sur une plate-forme commune et sur
les modalités d'actions qui l'accompagneront. Pour la LCR, il n'y a pas
à exiger des organisations signataires qu'elles prennent position sur
des points qui ne sont pas en lien direct avec les objectifs de la plate-forme.
Dans toute réunion unitaire où elle sera invitée, la LCR
mettra en avant cette position, se réservant de participer ou non à
des initiatives qui ne respecteraient pas ce cadre.
Claude Miquel
Le droit de vote pour tous, les calculs électoraux du PS et les révolutionnaires
Martine Aubry a
présenté le projet de programme du PS pour 2002, dans lequel cinq
lignes sont consacrées aux " étrangers ", dans la partie
Une reconnaissance de tous et de chacun. Rien de bien précis n'y est
dit, mais d'après la présentation faite par Aubry, il semblerait
que le PS veuille jouer à nouveau la carte des promesses électorales,
y compris en ce domaine. Il serait question de la création d'une "
citoyenneté de résidence " après cinq années
de présence en France. Il s'agit donc clairement d'une deuxième
classe en matière de droit, qui donnerait accès à des emplois
qui sont fermés actuellement aux immigrés, et le droit de vote
aux élections locales. Le PS préconiserait aussi la fin de la
" double peine " pour les jeunes entrés en France avant l'âge
de 10 ans et les personnes y séjournant depuis plus de 15 ans.
Ce ne sont certainement pas ces calculs électoraux qui pourront vaincre
l'écurement de nombreux militants de gauche qui ont été
révoltés par la politique menée depuis cinq ans par le
gouvernement Jospin. Car il ne s'agit pas seulement de promesses non-tenues,
que ce soit celles de 1981, de 88 ou de 97, mais bien d'une politique raciste
et anti-immigrés, avec l'appel au recensement des sans-papiers pour mieux
les expulser, le renforcement des lois Pasqua-Debré par la loi Chevènement,
la condamnation de militants qui avaient protégés des sans-papiers,
et la continuation de l'application de la double-peine.
La liste est longue, et il faut y rajouter le racisme entretenu par les politiciens,
y compris de gauche, désignant la population immigrée comme bouc
émissaire des problèmes sociaux, que ce soit par la xénophobie
d'un Mauroy, qui n'avait pas hésité à traiter d'ayatollahs
des ouvriers immigrés en grève à Talbot dans les années
80, ou par la propagande d'un Rocard sur le thème " la France ne
peut pas accueillir toute la misère du monde ", propagande largement
reprise par l'ensemble de la classe politique.
Parmi tous ceux qui ont milité pour faire avancer les droits des immigrés
ces dernières années, les ruptures avec la gauche gouvernementale
sont nombreuses et, ne comptant plus directement sur elle, des collectifs se
sont constitués, comme par exemple les trois collectifs nationaux (Même
sol, mêmes droits, même voix ; Un(e) résident(e), une voix
; Pour une véritable citoyenneté européenne) qui revendiquent
aujourd'hui le droit de vote pour les étrangers aux élections
municipales. Pour les militants qui font le choix de s'investir dans de tels
collectifs se pose le problème de militer sur des bases limitées,
" le droit de vote pour tous ", sans pour autant taire ce que nous
pensons de la démocratie bourgeoise.
La question du
droit de vote repose sur l'idée que les hommes sont égaux en droits,
comme en devoirs.
C'est l'idéologie des droits de l'homme, des grandes valeurs que sont
l'égalité, la démocratie
celle que la bourgeoisie
avait proclamée en 1789 et qui est affichée sur toutes les mairies,
pour couvrir d'un voile universel son système d'exploitation. Mais dès
la Révolution française, la fraction la plus radicale, avec Babeuf,
dénonçait déjà cette hypocrisie d'une prétendue
égalité des droits quand l'égalité sociale n'existe
pas.
Plus de deux siècles après, le droit de vote est clairement un
droit démocratique frelaté.
Bien sûr, nous sommes pour que ceux qui le revendiquent l'obtiennent,
et nous soutiendrions sans réserve ceux qui, privés de ce droit,
prendraient l'initiative de mener cette lutte pour le conquérir. Sans
réserve, mais en combattant les illusions sur la démocratie bourgeoise
qui pourraient naître dans ce combat.
La bourgeoisie et son Etat se sont accommodés du suffrage universel,
le système de l'alternance est bien rodé pour amortir les crises
sociales, les lois électorales truquent la représentativité
réelle (les problèmes de proportionnelle, ou les maires élus
avec 25 % des suffrages des électeurs inscrits
). Les successions
droite-gauche et les cohabitations à répétition ont fait
la démonstration que le vote ne change rien. Le nombre d'abstentionnistes
croissant montre que la comédie électorale est de plus en plus
clairement comprise.
Dans le monde du
travail comme dans la jeunesse, peu de monde peut croire à l'égalité
des droits, dans une société qui repose sur l'inégalité
sociale, sur l'exploitation. Beaucoup voient que tous les discours sur la démocratie
et l'égalité des chances sont des tromperies. Alors, revendiquer
le " droit de vote pour tous " ne signifie pas l'idéalisation
de la démocratie bourgeoise censurée et bâillonnée.
Combattre pour que tous soient reconnus citoyens à part entière
n'implique pas de fermer les yeux sur l'exploitation et d'entretenir des illusions.
La question des droits démocratiques ne peut pas être séparée
de la lutte des classes. Militer pour des droits démocratiques sans relier
ces droits à la conquête de droits sociaux, c'est les vider de
leur substance. La bourgeoisie s'est opposée dans le passé aux
conquêtes des droits démocratiques parce qu'ils étaient
portés par des travailleurs en lutte qui défendaient, en même
temps, l'amélioration de leurs conditions d'existence, un autre partage
des richesses au détriment de la bourgeoisie. Avec la lutte pour la République
et le suffrage universel en 1848, c'est la République sociale que revendiquaient
les travailleurs, celle qui devait donner du travail et du pain à tous.
Le droit de se syndiquer ? c'était pour gagner la journée de 8
heures.
La bourgeoisie a intégré et géré le suffrage universel,
le droit d'association et de réunion et les autres. Mais elle a tout
fait pour séparer au sein du mouvement ouvrier la lutte pour les droits
sociaux et les droits démocratiques, séparation que l'on retrouve
dans la division entre syndicats et partis politiques.
Pour le monde du travail, la question sociale et la question démocratique
sont indissociablement liées, dans les faits, comme dans les consciences.
Ce n'est pas n'importe quel contrôle que nous revendiquons, c'est celui
des comptes des entreprises et de l'Etat, pour les embauches, les augmentations,
l'interdiction des licenciements. C'est un nouveau droit démocratique
et social, inséparablement. Nous le défendons, le popularisons
tout en expliquant qu'il est incompatible avec la politique d'accumulation du
capital de la bourgeoisie, car il implique une autre répartition des
richesses à l'heure, où face à la récession, elle
accentue son offensive pour diminuer davantage la part qui revient au monde
du travail.
Les droits démocratiques aujourd'hui sont des concessions locales et
de plus en plus limitées, dans les pays riches, laissant la gestion de
quelques secteurs à des élus, eux-mêmes prisonniers de lois
qui ne leur laissent que très peu de marges de manuvres.
Alors conquérir de nouveaux droits démocratiques ne peut être
séparé de la volonté de remettre en cause le système
dans son ensemble, on ne peut le faire qu'en faisant appel à la volonté
de faire vivre la démocratie directe, c'est-à-dire de faire de
la politique pour défendre nos droits de travailleurs.
Solidaires de tous
ceux qui militent pour le " droit de vote " et " l'égalité
des droits " aujourd'hui, nous pouvons participer à ce combat mais,
sans nous aligner sur des idées qui ne sont pas les nôtres, celles
d'une bonne démocratie, plus juste, plus égalitaire.
Franck Coleman
Le NBER (bureau américain national de recherche économique ) a annoncé que " la fin du cycle d'expansion de l'activité est intervenue en mars 2001 ce qui a marqué le début de la récession " ce qui a fait dire à un économiste qu'il était " surpris que la récession ait commencé en mars " en contradiction totale avec la propagande tant gouvernementale que patronale qui date des attentats du 11 septembre les problèmes économiques.
En décembre,
CalPERS qui gère les retraites de 1,2 million de fonctionnaires californiens,
soit 151 milliards de $, a décidé d'investir, dans les prochains
18 mois, un milliard de $, en plus des 600 millions déjà placés,
dans une quinzaine de " hedge funds ", (ces fonds spéculatifs
à risque réservés aux plus riches où l'investissement
minimum est d'un million de $ et qui limite le nombre d'investisseurs à
100). Actuellement, plus d'un nouveau " hedge fund " apparaît
chaque jour
De janvier à
novembre, 1,4 million de salariés américains ont été
licenciés.
V.H.
LIVRES
" Mémoires d'un révolutionnaire " de Victor Serge (collection Bouquins - 195 F)
C'est une réédition
de textes de Victor Serge sur la révolution russe jusqu'à la dégénérescence
stalinienne avec des inédits, surtout sur les liens entre les anarchistes
et la révolution russe. Il explique pourquoi il rejoignit les bolchéviks
durant la guerre civile : " Dans les transformations qui s'accomplissent
d'un bout à l'autre du monde, que de naissances, que de promesses ! Efforçons-nous
de les comprendre, parlons-en, étudions-les.. . Ma joie est inexprimable
d'aller prendre ma part des peines et des labeurs de tous ceux qui, en Russie,
continuent l'immense entreprise de transformation sociale. Je crois qu'ils seront
de grands ouvriers de progrès et qu'ils élargiront bellement l'horizon
humain ".
Il décrit la vie d'ouvriers, jeunes, intellectuels qui ont préparé
et mené la révolution russe en faisant de la propagande et en
organisant autour des idées de la lutte des classes dans les campagnes,
les usines, les prisons, les militants pour qui " ne pas résister,
c'est ne pas exister " Emancipés des préjugés conformistes,
ils avaient rompu avec la social démocratie réformiste, l'internationalisme,
c'était leur vie.
Il était de tradition anarchiste mais, " si les anarchistes n'adoptent
pas en présence d'une révolution, de toutes les nécessités
de la révolution, une attitude claire et nette, ils ne joueront aucun
rôle. Les uns se borneront à suivre de plus ou moins loin les communistes
les plus décidés. Les autres, hélas, se retrouveront parfois
à la remorque de la réaction. Ils ne pourront exercer une influence
que si, révolutionnaires, ils acceptent de l'être sans rien se
dissimuler des conséquences de leur attitude. Ils seront alors des communistes
qui, dans les grandes circonstances de la lutte révolutionnaire, agiront
par la force des choses comme tous les communistes véritables et de concert
avec eux ". Il poursuit : " j'avoue ne pas concevoir que l'on puisse
être révolutionnaire (autrement que de façon purement individualiste)
sans reconnaître la dictature du prolétariat
L'énergie
révolutionnaire, multiple et variée par sa nature, doit être
dans la bataille organisée, concentrée, cohérente, consciente
" et il préconise une " réforme de l'anarchisme "
: " au lieu d'être une doctrine subjective, trop absolue et d'ailleurs
largement utopique, qu'il soit ramené
à la réalité
de la lutte des classes, à ses nécessités pratiques. Qu'il
cesse d'être le privilège de minuscules groupements sectaires pour
ajouter à l'ampleur et à la richesse du vaste mouvement ouvrier
appelé à réaliser la transformation sociale en passant
par l'étape nécessaire du communisme ".
En faisant le portrait de Lénine, il montre les liens du parti bolchévik
avec les masses, complètement indépendant de la démocratie
bourgeoise, où les exploités sont acteurs de leur propre émancipation
; le bolchévisme, c'est " l'accord entre la pensée et l'action
". L'audace révolutionnaire de Lénine, Serge la décrit
ainsi : " alors que les dogmatiques, cherchant toujours à soumettre
la réalité sociale aux exigences de leur idéologie et appliquant
mécaniquement à des situations infiniment variées des formules
abstraites sont toujours en retard d'une époque sur les événements,
alors que les éclectiques et les opportunistes, s'adaptant au jour le
jour au cours des choses, se montrent à la fois incapables de prévoir
et de vouloir sérieusement la transformation sociale parce qu'ils suivent
en réalité les classes moyennes dont la vue est très bornée,
le marxiste-révolutionnaire, appliquant à la lutte sociale une
méthode d'analyse scientifique et une philosophie pour l'action -celle
du prolétariat-, saisit le présent dans toute sa richesse et sa
complexité et y discerne les possibilités historiques ".
Il montre comment les bolchéviks se posaient le problème d'organiser
les communistes vis-à-vis des autres tendances du mouvement ouvrier :
" ne point s'isoler, aller aux masses, persuader, convaincre, soutenir
nos frères de classe quand ils combattent, encourager leurs initiatives
et, par notre intransigeance fraternelle, les aider à se libérer
des illusions de la démocratie bourgeoise ". La force de la pensée
de Lénine, ç'a été de comprendre que " jamais
des millions d'hommes n'écouteront les conseils du parti si ces conseils
ne coïncident pas avec ce que leur enseigne l'expérience de leur
propre vie ".
Serge raconte aussi le combat des bolchéviks pour " prévenir
la cristallisation de l'Etat ouvrier issu de la guerre et de la révolution,
pour solliciter toujours et partout l'initiative des individus et des masses
".
Le témoignage de Victor Serge, c'est celui d'une génération
qui a fait la révolution puis s'est battue contre le stalinisme mais
qui fut gagnée par la démoralisation qu'il engendra dans les années
40 et l'amena à remettre en cause l'Etat ouvrier.
Lire ces pages, c'est retrouver le combat quotidien des travailleurs et militants
qui ont pris le pouvoir puis ont combattu le stalinisme, la force des travailleurs
organisés et d'individualités révolutionnaires, une concrétisation
des idées marxistes qui fait dire à Serge : " Telle qu'elle
est, la révolution sociale en Russie est en grande partie l'uvre
du bolchévisme. Comme toutes les conclusions historiques, celle-ci comporte
quelque injustice. On semble méconnaître les immenses efforts de
tous ceux qui, avant l'heure du bolchévisme, ont fait la révolution
: propagandistes et terroristes socialistes-révolutionnaires, anarchistes,
menchéviks
. En attendant, la vie ne récompense que ceux
qui ont vaincu
Or, tous les autres ont défailli ou se sont trompés
au dernier moment ; les bolchéviks, eux, ont osé ".
Sophie Candela
"
Paul et Laura Lafargue : Du droit à la paresse au droit de choisir sa
mort "
de Jacques Macé (Edition l'Harmattan 120 F)
Le livre de Jacques
Macé donne largement la parole aux écrits de Lafargue et aux combats
du mouvement ouvrier de la 2ème moitié du XIXè, époque
de construction des Partis socialistes en tant que premiers partis ouvriers
révolutionnaires modernes.
Né en 1842 à Santiago de Cuba, Paul Lafargue appartient à
la génération de militants socialistes qui ont contribué
à apporter à la classe ouvrière une théorie de la
lutte des classes, le marxisme. Sa compagne, Laura, fille de Marx, a été,
elle aussi, plongée dans le combat d'idées. Tous deux se suicident
en 1911, à la veille de l'effondrement des Partis socialistes face à
la Première guerre mondiale. Paul Lafargue laisse une lettre où
il explique : " Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable
vieillesse, qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de
l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles,
ne paralyse mon énergie , ne brise ma volonté et ne fasse de moi
une charge à moi-même et aux autre. Depuis des années, je
me suis promis de ne pas dépasser les 70 ans... Je meurs avec la joie
suprême d'avoir la certitude que dans un avenir prochain, la cause à
laquelle je me suis dévoué depuis quarante-cinq ans triomphera.
Vive le Communisme ! Vive le Socialisme International ! "
D'abord proche des idées de Blanqui, le Vieux Lutteur, Lafargue rencontre
Marx à Londres : " j'avais alors 24 ans. De toute ma vie, je n'oublierai
l'impression que fit sur moi cette première rencontre
Il accueillait
toujours les jeunes avec sympathie car, disait-il, " il faut que je prépare
ceux qui, après moi, continueront la propagande communiste ".
A Paris, à la veille de la Commune, il se consacre à la construction
des sections parisiennes de l'Internationale et écrit dans de nombreux
journaux socialistes. Après son échec, comme beaucoup d'autres
militants, il émigre à Londres où il met Guesde en contact
avec Marx qui apporte son aide à la rédaction du " Programme
du Parti ouvrier français " de 1882 qui défend " l'expropriation
politique et économique de la classe capitaliste et le retour à
la collectivité de tous les moyens de production ".
Il regagne Paris lors de l'amnistie des Communards en 1880 et participe aux
débats dans le mouvement socialiste divisé alors entre plusieurs
partis.
Lors de plusieurs séjours en prison, il écrit des pamphlets, critiques
radicales de la société bourgeoise, de sa morale, de ses murs,
de ses " grands hommes ", comme " Le Droit à la paresse,
réfutation du droit au travail de 1848 ", " Le pape Pie IX
en Paradis ", " La Légende de Victor Hugo ".
Le mouvement ouvrier, en plein essor, s'organise pour mener ses combats de classe
avec la conscience d'avoir un rôle spécifique à jouer dans
la transformation de la société et arrache des droits nouveaux,
comme en 1884 le droit de constituer des syndicats.
Au Congrès socialiste de Paris en 1889, qui donnera naissance à
la Deuxième Internationale, l'appel aux socialistes européens
et américains est rédigé par Lafargue " Nous socialistes,
poursuivons l'affranchissement du travail, l'abolition du salariat et la création
d'un ordre de choses dans lequel, sans distinction de sexe et de nationalité,
toutes et tous auront droit aux richesses issues du travail commun ". A
Paris, il y a 100 000 manifestants le Premier mai 1890.
Après la sanglante répression de la manifestation du Premier mai
1891,à Fourmies, condamné à un an de prison pour "
provocation au meurtre ", il déclare au procès : " la
production capitaliste, rendant inutile la classe capitaliste, a signé
son arrêt de mort, que la classe prolétaire est chargée
d'exécuter ; celle-ci grandit tous les jours, elle remplit toutes les
fonctions utiles dans la production et la défense nationale [
]
Le meurtre ou tout acte de violence individuel ne peuvent donc trouver place
dans les théories socialistes du parti ouvrier marxiste ".
Elu député à Lille, il est mis en liberté provisoire.
Aux élections suivantes, les socialistes, dont Jaurès, obtiennent
pour la première fois 54 députés.
Face au progrès du mouvement ouvrier, la bourgeoisie cherche à
l'affaiblir en domestiquant certains de ses représentants. Quand pour
la première fois, un socialiste, Millerand, entre en 1898 dans le gouvernement,
Lafargue est de ceux qui combattent ce reniement, d'autres comme Jaurès
le justifient.
En 1905, les socialistes se regroupent dans un même parti, la SFIO (section
française de l'Internationale ouvrière), Lafargue y est chargé
des relations avec les socialistes européens, Lénine, Bebel, Kautsky,
W. Liebknecht, Rosa Luxemburg.
Peu de temps avant sa mort, il écrit : " La guerre ne mettrait pas
sur pied, comme autrefois, des centaines de milliers d'hommes, mais des millions
qui, sur des champs de bataille de 40 à 50 kilomètres, se massacreraient
sans se voir, sans héroïsme, sans gloire. Les engins de mort modernes
les transformeraient en gigantesques abattoirs. Les prolétaires auront
les armes à la main. .. Ils commenceront la révolution
Quel
gouvernement européen oserait affronter de si terribles éventualités
? Je ne crois pas à la possibilité d'une guerre européenne
.
".
A l'enterrement de Paul et Laura, en 1911, suivi par 20 000 personnes, Lénine
déclara : " Si l'on n'a plus de forces pour travailler pour le Parti,
il faut regarder tout droit la vérité et il faut savoir mourir
comme les Lafargue ".
Valérie Héas
" L'impasse de Bab Essaha " de Sahar Khalifa (collection 10/18 - 40 F)
L'impasse de Bab
Essaha se trouve à Naplouse dans la Cisjordanie occupée par l'armée
israélienne. C'est de la vie quotidienne de ses habitants palestiniens
dont nous parle Sahar Khalifa, tout particulièrement des femmes. Elle-même
y est née et vit en Cisjordanie. Elle continue le récit commencé
avec " Chronique du figuier barbare " publié en 1976, où
elle nous parlait de son peuple, de sa lutte, avec un regard lucide et critique
vis à vis du terrorisme s'attachant à décrire les conséquences
inhumaines de la guerre au sein même du peuple palestinien.
Trente ans plus tard, c'est le même regard solidaire et lucide qu'elle
porte sur la vie quotidienne des Palestiniens en territoires occupés.
Elle décrit les ravages de la violence, de la peur, des soupçons,
de la trahison et l'âpre et tenace résistance des femmes pour sauvegarder
autour des enfants et des jeunes un espace d'humanité. Mais la folie
meurtrière d'Israël, l'humiliation quotidienne que l'armée
fait subir aux Palestiniens emportent les esprits. Il n'y a qu'une issue, lutter
pour se venger, pour sauvegarder la dignité, ne pas abdiquer quoiqu'il
en coûte, et c'est surtout de la place prise par les femmes avec l'Intifada
dans cette lutte dont Sahar Khalifa témoigne.
YL
" La Mondialisation armée, le déséquilibre de la terreur " de Claude Serfati (Edition Textuel - février 2001 - 110 F)
Jeudi 13 décembre,
Bush a annoncé que les USA se retiraient unilatéralement du traité
antimissile signé en 1972 par les USA et l'URSS, sous prétexte,
dixit Bush, que "Je suis arrivé à la conclusion que le traité
ABM entrave la capacité de notre gouvernement à protéger
notre peuple de futures attaques terroristes ou d'attaques d'Etats hors-la-loi
". Les attentats du 11 décembre n'ont rien à voir là-dedans.
Dans son livre édité en février dernier, Claude Serfati
indique déjà que ce retrait est dans la logique de l'étape
actuelle des rapports impérialistes sur la planète.
Le propos du livre est plus spécialement le renforcement de la militarisation
sur toute la planète, mais Serfati ne se contente pas de constater, il
replace son sujet dans l'évolution du capitalisme depuis le début
du siècle, évolution économique, sociale et politique,
puisque les industries d'armement et le degré de militarisation dépendent
eux aussi des progrès technologiques, du degré d'exploitation
des travailleurs, des rapports de concurrence entre les pays riches et de domination
envers les pays pauvres.
Le livre débute par un constat chiffré de l'actuelle exploitation
des pays pauvres, notamment en Afrique où sévit l'impérialisme
français, et Serfati, en comparant avec la fin du XIXème siècle,
montre bien qu'au niveau de la prédation des richesses et de l'appauvrissement
des populations (et même leur extermination par la faim, la maladie, la
misère) l'impérialisme moderne, la mondialisation, n'a rien à
envier au colonialisme d'il y a un siècle. Ce sont les grands trusts
internationaux et le capital financier qui sont responsables de la situation
désespérée de toutes ces populations, constatées
par les instances mêmes du capitalisme (FMI, etc.), et les dirigeants
des pays riches savent qu'ils devront affronter la violence de leur révolte
et se préparent militairement à défendre leurs privilèges
et leurs richesses. Avec des armes qui éventuellement peuvent servir
aussi face aux travailleurs des pays riches révoltés par l'exploitation.
La situation actuelle se caractérise aussi par la place des USA, qui
depuis 89 et l'effondrement de l'URSS, se retrouvent seul gendarme du monde.
Serfati montre bien l'extraordinaire supériorité militaire des
USA qui s'est manifestée aussi bien pendant la guerre du Golfe en 91
que pendant la guerre de Serbie en 99. Supériorité qui porte en
germe des éléments de faiblesse : un appareil militaro industriel
super concentré (Lockheed Martin, Boeing et Raytheon), en situation de
monopole par rapport aux commandes d'Etat et qui néglige la partie civile
de sa production, en butte alors à la concurrence des industries notamment
allemande et japonaise (machine outil, mémoires électroniques,
aéronautique avec Boeing qui cède du terrain à Airbus).
Dans la situation de crise actuelle, après l'effondrement des start-up,
l'industrie d'armement aux USA retrouve toute la faveur du capital financier,
avec des commandes qui ne cessent d'augmenter
grâce à une
puissante implantation de ses hommes dans l'appareil d'Etat US. D'autant qu'avec
la mondialisation, les USA considèrent que la planète doit être
ouverte à leurs capitaux et que toute atteinte à la globalisation
(déstabilisation " des réseaux commerciaux, financiers, de
transport et d'énergie, de l'environnement ", d'après le
rapport sur la Sécurité d'une commission du Congrès) peut
constituer une menace qui nécessite une réplique armée.
Prévu bien avant les attentats du 11 septembre, le déploiement
du TMD (Theater Missile Defense) et du NMD (National Missile Défense),
adaptations de l'ancienne " guerre des étoiles " de Reagan,
ces énormes ressources destinées à la Recherche et Développement
et à la production d'équipements militaires, véritable
manne pour l'industrie d'armement, doivent, paraît-il, permettre aux USA
de protéger leurs troupes dans les théâtres d'intervention
extérieure (TMD) et leur territoire national en cas d'attaque par les
missiles d'états " voyous " (NMD). Systèmes en contradiction
avec les traités ABM précédemment signé avec l'URSS
en 72 et 74. D'où l'abrogation actuelle.
Enfin Serfati montre bien aussi les rapports contradictoires entre USA et Europe.
Des rapports d'impérialismes concurrents qui se disputent des marchés
notamment d'armement : quand par le biais de l'OTAN, les USA imposent aux nouveaux
adhérents, Pologne, Hongrie, République tchèque, de s'équiper
moderne (avec du matériel américain !) ; quand des miettes des
commandes d'état US sont données aux industries d'armement européennes,
pour mieux les contrôler. Mais en même temps, des rapports "
d'alliés ", bien obligés de se serrer les coudes pour protéger
le gâteau commun. Les USA, " super puissance solitaire " ne
peuvent intervenir partout tout seuls et ont besoin de déléguer
aux Européens une certaine partie du globe, à définir entre
eux, pour qu'ils fassent leur part de gendarmes du monde.
Un livre qui permet de se repérer dans la situation actuelle.
Sarah Leroy