| Débat militant | ||||||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°3
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26
décembre 2001
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Vive la révolte des travailleurs et des pauvres d'Argentine
Les émeutes
qui ont secoué l'Argentine la semaine dernière ont eu raison du
président de la République, De la Rua, obligé de fuir son
palais en hélicoptère avant de démissionner. Impuissant
à juguler la révolte des travailleurs et des pauvres, il n'a plié
qu'après avoir fait donner police et armée pour réprimer
les manifestants au prix de 30 morts et des centaines de blessés. Il
faisait figure d'homme de gauche et avait promis, en arrivant au pouvoir, "
un changement moral pour mettre fin à l'exclusion sociale ". Il
a tout fait pour imposer au peuple la loi de la bourgeoisie et du FMI.
Les émeutes ont été provoquées par sa décision
de prendre sur les fonds des retraite et des pensions et de bloquer les comptes
bancaires pour payer les intérêts de la dette à ses créanciers.
Elles ont fait échouer ce plan et imposer la levée de l'état
de siège.
Le nouveau président par intérim, Alfonso Rodriguez Saa, réputé
pour son autoritarisme et les affaires de corruption qui jalonnent sa carrière,
a déclaré " Il nous faut créer une nouvelle Argentine
en supprimant les obstacles de l'injustice sociale
. ". C'est la même
démagogie pour continuer la même politique.
Des élections sont annoncées pour dans trois mois et l'Etat s'est
déclaré en cessation de paiement. Une nouvelle monnaie, l'Argentino,
vient d'être créée en plus des deux monnaies en cours, le
peso et
le dollar ! C'est de la fausse monnaie, non-convertible, de simples
bons d'achat qui serviront à rationner la population.
Le gouvernement déclare l'Etat en faillite, gèle les fonds en
dollar ou en peso tout en émettant une monnaie de singe pour tenter d'assurer
les dépenses courantes, les salaires et les retraites.
Gagner du temps, gérer la faillite à court terme en essayant de
maîtriser la révolte populaire sont les seules préoccupations
de la bourgeoisie et de son Etat. Ils n'ont aucune solution à apporter
à une faillite dont ils sont responsables, si ce n'est d'espérer
que le Fond monétaire international, le FMI, dont ils se vantaient d'être
" le meilleur élève ", finisse par, à nouveau,
leur venir en aide. Jusqu'alors le FMI avait toujours accepté de financer
les déficits en dictant des mesures d'austérité contre
la population. Cette fois, il s'y est refusé. Les banquiers des grandes
puissances ne veulent plus financer à fonds perdus les spéculations
de la bourgeoisie argentine. Que leur importe la misère de la population,
ils ne prêtent que s'ils sont en mesure de réaliser des profits
en mettant en uvre leurs plans d'ajustements pour faire payer les travailleurs
et les pauvres.
Cette politique du FMI et de la bourgeoisie a vidé le pays de ses forces.
Plus de 30 % de la population est au chômage, plus d'un tiers, soit plus
de 14 millions de personnes, vit dans la misère.
L'Argentine est malade d'une classe bourgeoise avide et parasite qui traite
le pays, l'Etat, comme une affaire privée. Cette bourgeoisie détient
plus de 40 % de la dette de son Etat alors qu'elle exporte ses capitaux pour
investir et spéculer à l'extérieur.
Les richesses tirées de l'exploitation du peuple argentin lui servent
à alimenter ses investissements et autres spéculations financières
sur le marché mondial.
C'est pour financer ces spéculations que la dette de l'Etat n'a cessé
de croître. Cette dette, ce sont des profits pour les prêteurs,
la bourgeoisie d'Argentine et les groupes financiers mondiaux. Ce sont aussi
des profits pour les multinationales dont Carrefour, qui ont acheté l'Argentine.
Financée par une inflation devenue galopante que l'indexation du peso
sur le dollar n'a jugulé qu'au prix d'une récession, la dette
n'a cessé de croître. D'expédients en expédients,
l'Etat a privatisé tout ce qui pouvait être rentable. Aujourd'hui,
90 % des banques et 40 % de l'industrie sont aux mains des multinationales.
La dette extérieure est passée de 43 à 133 milliards de
dollars entre 1983 et 2000.
La bourgeoisie s'en est trouvée affaiblie mais toujours aussi avide et
exigeante jusqu'à la faillite.
Le FMI avait accepté de payer tant que les espoirs de profits existaient.
Mais de plan d'ajustement en plan d'ajustement, il a mis le pays à genou,
pour aujourd'hui délibérément le mettre en faillite.
Un commentateur parlait de " situation pré-révolutionnaire
", oui, seule une révolution pourrait empêcher la bourgeoisie
et son Etat soumis au FMI et à la grande finance mondiale d'affamer la
population pour payer les intérêts d'une dette qui est tout profit
pour eux.
Oui, il n'y a pas d'autre issue pour l'Argentine que la mise sous contrôle
par les travailleurs et les pauvres des banques et des finances publiques pour
que l'argent, au lieu de servir aux spéculations et aux opérations
financières des classes privilégiées, servent à
faire tourner l'économie en faveur de la population.
Le peuple argentin ne pourra s'en sortir seul, ses adversaires sont aussi les
nôtres, ceux qui conduisent le monde entier à la faillite. La révolte
des travailleurs et des pauvres d'Argentine met à la une de l'actualité
la nécessité d'une transformation de la société
qui liquide la domination des multinationales de la finance et de l'industrie
pour céder la place à une véritable démocratie.
D.M.