| Débat militant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°25
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21
février 2003
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| Sommaire : | ||||||||||
| " La véritable histoire de Lutte ouvrière " ou la double nature de Barcia-Hardy | ||||||||||
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Face au consensus contre les peuples, le veto de la rue
Les manifestations
du 15 février contre la guerre sont un événement considérable,
elles constituent un tournant dans la situation mondiale. A cause de leur ampleur
bien sûr, mais également à cause de leur contenu. Significatif,
de ce point de vue, le fait qu'elles ont été massives même
aux Etats-Unis, où règne déjà un climat de guerre,
et qu'ont participé à ces manifestations des parents des victimes
des attentats du 11 Septembre, avec le slogan " pas en notre nom
".
Devant la menace imminente d'une guerre, c'est une véritable lame de
fond populaire qui a émergé, expression d'une profonde maturation
des consciences depuis les lendemains du 11 Septembre. Non seulement, la propagande
et l'offensive sécuritaire des Etats impérialistes n'ont pas réussi
à étouffer le mouvement de contestation contre la mondialisation
capitaliste, comme l'avaient déjà montré les manifestations
toujours plus amples des contre-sommets européens ou du G8, ainsi que
le FSE de Florence, mais ce mouvement s'est élargi, bien au-delà
des milieux, essentiellement militants ou jeunes, qu'il mobilisait jusque là.
Le déploiement militaire de l'impérialisme nord-américain,
ses manuvres, et la crise irakienne actuelle ont rendu plus clairs, aux
yeux des populations, les enjeux de la " guerre contre le terrorisme "
initiée par les Etats-Unis. Les cerveaux se sont libérés
de l'étouffante propagande des lendemains du 11 Septembre, l'union sacrée
a été mise en échec.
Les faits eux-mêmes ont convaincu et fait basculer l'opinion, pour faire
redécouvrir à des milliers de femmes, d'hommes, de jeunes les
moyens de l'action politique, la possibilité d'agir sur les événements,
ne plus subir, ne plus être dominé et passif, le chemin de la révolte
et de la lutte. Ce pas en avant est d'une grande importance. D'abord, il peut
faire reculer Bush ensuite, il est la condition pour que de nouveaux pas se
fassent vers une conscience plus radicale, celle qu'il ne peut y avoir de combat
conséquent contre la guerre sans combat contre l'impérialisme,
et de paix démocratique pour les peuples sans bouleversement révolutionnaire.
C'est en effet s'il est armé de la pleine conscience de ses intérêts
propres que le mouvement populaire sera en mesure de déjouer les faux
semblants et les manuvres par lesquels les Chirac, Villepin et Raffarin,
tout en défendant les intérêts de leur bourgeoisie face
à leur rivale américaine, contribuent à servir ses visées
hégémoniques.
Inquiétude
des dirigeants politiques
Ces puissants mouvement de rue ne sont d'ailleurs pas sans les inquiéter.
Loin de s'en réclamer, ils s'en défient. Un peu à la manière
de cet éditorialiste du Figaro qui écrit, dans l'édition
du 18 février : " On notera au passage qu'une des conséquences
directes de la diplomatie des Etats-Unis est d'avoir permis à la gauche
pacifiste de reprendre pied dans l'ensemble des pays européens. Ce que
40 ans de propagande soviétique ne sont pas parvenus à réaliser,
l'Administration de Bush l'a réussi en quelques mois ". Avec
toutefois un espoir. " Cependant, ajoute-t-il, tous les manifestants
qui ont défilé n'étaient pas des pacifistes convaincus.
Raffarin, a souligné que "ce qu'ils demandent, au fond, c'est qu'on
ne se laisse pas entraîner dans des engrenages que la personne humaine
semble ne pas maîtriser". De fait, ce mouvement de fond a transcendé
les clivages partisans. "
Même prudent, le journaliste prend ses désirs pour des réalités.
Les manifestations, où la présence de partis de droite était
tout à fait exceptionnelle et insignifiante, ont confirmé l'existence
d'une gauche de contestation. Au point qu'à Paris, même les dirigeants
du PS, ont renoncé à intégrer leur cortège à
la manifestation.
Ce qui n'empêche pas Chirac et Villepin d'essayer de tirer partie de leur
" opposition " aux Etats-Unis. Ils savent pouvoir compter sur l'allégeance
du PS et du PC, au nom de la défense des " intérêts
français ". Chirac ou Villepin étaient bien loin d'être
les héros de ces manifestations, même s'ils sont ceux de la presse.
Difficile de voir en eux les hommes de la paix au moment où Chirac reçoit
ses amis dictateurs africains. Alors qu'ils réalisent qu'ils ont été
dupés par l'union sacrée derrière Chirac, " rempart
contre le fascisme ", les travailleurs sont naturellement méfiants
à l'égard d'un Chirac devenu le " rempart contre la guerre
".
L'"
union sacrée pour la paix "
C'est bien pourquoi le gouvernement se hâte d'exploiter ce glorieux épisode
des tractations diplomatiques, avant que l'ambiguïté ne laisse place
à la pantalonnade. Un débat sera organisé au Parlement
la semaine prochaine, dont Chirac et Raffarin comptent tirer le plus grand profit
pour tenter de recréer cet " esprit de mai ", mis à
mal par les plans de licenciements et l'offensive contre les retraites.
Ce à quoi ont applaudi le PS et le PC. " La position française
pour la paix est la bonne. Si elle continue d'être ferme comme elle l'est,
alors nous dirons oui à l'union sacrée pour la paix ",
s'est empressé d'approuver le président du groupe socialiste à
l'Assemblée, Ayrault. " Tout le monde est d'accord pour dire
que la position de la France est une position positive ", a affirmé
de son côté le chef de file des députés du PC, Bocquet.
Comme c'est le cas à l'échelle internationale entre les Etats
impérialistes, les dirigeants politiques de droite, du PS et du PC se
retrouvent dans une solidarité de fond qui repose sur l'accord avec "
la lutte contre le terrorisme " et le " nécessaire
désarmement de l'Iraq ".
Cette " union sacrée pour la paix ", c'est encore une aubaine
pour Raffarin Chirac, une occasion de tenter de raffermir le consensus qu'ils
avaient réussi à établir, grâce à la complicité
des directions syndicales, sur la question des retraites et qu'avait rompu le
vote " non " des salariés de l'EDF le 9 janvier.
Mais tout cela, aussi, se voit, et ce qui se passe sur le plan de la situation
intérieure aiguise en retour la perception des relations internationales
et du consensus qui existe entre les Etats-Unis et leurs alliés-rivaux.
Depuis le " bras de fer " au Conseil de sécurité le
14 février, Chirac et Villepin ont multiplié les gestes d'amitié
envers les dirigeants américains, la baudruche a déjà eu
le temps de se dégonfler. L'effet se retournera contre eux également
sur le plan intérieur.
Consensus contre
les peuples
Il faut rappeler que la solidarité de fond entre les Etats-Unis et leurs
alliés rivaux, qui a trouvé son expression, à long terme
dans la " lutte contre le terrorisme " et, conjoncturellement, dans
la volonté affichée de " désarmer l'Iraq ", a
toujours été totale, même dans les moments les plus tendus
du " bras de fer " diplomatique. C'est ainsi que Schroeder, le 13
février, devant le Parlement fédéral allemand, faisait
état des efforts consentis par l'Allemagne dans la lutte " anti-terroriste
", que Villepin, au Conseil de sécurité de l'ONU, le 14 février,
situait toutes ses propositions dans la perspective d'aboutir au " désarmement
" effectif de l'Iraq.
Mais dès le lundi 17 février, France et Allemagne reculaient déjà.
Tous les dirigeants de l'Union européenne s'entendaient sur une déclaration
commune, dont Bush ne pouvait que se réjouir : " Le régime
de Bagdad ne devrait se faire aucune illusion : l'Irak doit désarmer
et coopérer immédiatement et intégralement. C'est pour
l'Irak la dernière chance que la crise puisse être résolue
d'une manière pacifique. Le régime irakien sera le seul responsable
des conséquences s'il continue à se jouer de ce que veut la communauté
internationale et ne saisit pas cette dernière chance. "
Chirac le 18 février, a été plus clair encore dans une
interview au journal américain, le Times magazine, rapportée
par Le Monde (18 février), en applaudissant au déploiement
militaire anglo-américain : " Si l'on désarme l'Irak,
l'objectif recherché par les Américains sera atteint. Il n'y a
pas de doute sur le fait que ce sera dû en grande partie à la présence
de l'armada américaine sur place. S'il n'y avait pas eu l'armée
américaine, il n'est pas du tout évident que Saddam aurait accepté
de jouer le jeu. Si l'on va au terme des inspections, les Américains
auront en fait gagné ".
Au journaliste qui lui demande s'il n'est pas difficile de renoncer à
la guerre, Chirac répond " pas si sûr ", car dans
le cas où Saddam Hussein se plierait entièrement aux demandes
de l'ONU, ce " qui prendra encore quelques semaines ", "
le président Bush pourra dire deux choses ; premièrement :
"Grâce à mon intervention, l'Irak a été désarmé"
; et deuxièmement : "Je l'ai fait sans faire couler le sang".
Dans la vie d'un homme d'Etat, cela compte. Sans faire couler le sang. "
Cela compte d'autant plus qu'approche l'ouverture de l'élection présidentielle
aux Etats-Unis et qu'il apparaît évident que les Etats-Unis n'auront
pas gagné, dans cette phase de leur offensive, les opinions publiques.
La déclaration est éclairante. Elle illustre en quoi les réticences
de la France, qu'on ne peut pour autant qualifier d'opposition, pourraient offrir
une porte de sortie honorable à Bush en lui permettant de reculer sans
se déjuger. Si, comme l'envisage Chirac, les Etats-Unis ne déclenchent
pas immédiatement la guerre, ce sera une victoire des mobilisations et
l'expression de la résistance des opinions publiques, sur lesquelles
ont surfé Chirac, Villepin ou Schroeder. Ce sera un recul provisoire
des Etats-Unis et ce n'est certes pas indifférent, mais il s'agira alors
de profiter de ce sursis pour renforcer le mouvement anti-guerre.
Nous serons d'autant plus en capacité de le faire que nous aurons combattu
toute illusion sur ces tractations diplomatiques à travers lesquelles
s'expriment, certes, les intérêts divergeants des bourgeoisie française
et américaine, mais en aucun cas une véritable opposition de l'Etat
français aux Etats-Unis.
Cela ne signifierait pas, en effet, et loin de là, une défaite
de l'impérialisme américain.
D'ores et déjà, les Etats-Unis ont disposé près
de 200 000 soldats à proximité du Golfe persique, ils ont rallié
toute la " communauté internationale " à la " lutte
contre le terrorisme " au nom de laquelle ils ont déployé
des dispositifs militaires sans précédent dans plusieurs endroits
du globe.
Une redéfinition
des relations internationales
Ils font peser leur pression sur tous leurs alliés, comme le montre l'épisode
actuel des négociations avec la Turquie. Ils ont introduit la division
parmi les Etats actuellement membres de l'UE et entre l'UE et les Etats candidats
d'Europe de l'Est.
Car telle est la nature de la nouvelle stratégie américaine. Comme
l'écrit, dans La Tribune (19 février) Ludovic Woets, un
" consultant en prospective géostratégique ", "
la guerre contre le terrorisme n'est pas une nouvelle stratégie mais
une reformulation de décisions géostratégiques dont une
part a été prise avant le 11 septembre 2001 [
] Avec le 11
septembre, les Etats-Unis s'engagent dans un mouvement global de géopolitique
[
] [Ils] n'entendent pas détenir un empire, mais générer
et gérer des alliances, coalitions et allégeances. Ils ont besoin
d'assurer leur prise sur le monde en affrontant des micropuissances et en refusant
toute norme internationale restreignant leur liberté d'action. De fait,
ils se doivent de gérer leur puissance, sa mise en concurrence et sa
réduction dans un monde qu'ils ne contrôlent pas et dans un isolement
planétaire qui fragilise leur puissance. La politique étrangère
US, qui vise à réduire cette fragilité, n'est donc pas
mondiale, mais multirégionale. "
Non, nous ne sommes pas dans un monde unipolaire soumis à une hyperpuissance
américaine qui pourrait agir entièrement comme bon lui semble.
Les choses, même pour cet impérialisme hégémonique
que sont les Etats-Unis, ont toujours été beaucoup plus compliquées,
et en particulier depuis l'effondrement de l'URSS, depuis qu'ils ont perdu leur
bouc-émissaire et complice qu'était la bureaucratie stalinienne.
Voici, à ce propos ce que disait Débat militant dans sa
première lettre, le 30 novembre 2001 :
" Les attentats marquent " un nouveau basculement du monde ",
dix ans après la fin de la guerre froide. [
] Le fait que les USA
ne peuvent seuls assurer le maintien de l'ordre mondial a pour conséquences
la recherche d'alliés, donc le besoin d'associer à sa politique
non seulement le monde occidental mais aussi la Russie, la Chine, l'Inde
[
] Mais qui dit allié dit concessions, et en conséquence
vont se redessiner de nouvelles zones d'influence. Le monde se dégage
de la division en deux blocs pour tendre à se restructurer autour des
nations dominantes. [
] Cette redéfinition des rapports internationaux
est l'inévitable conséquence de la mondialisation. Au centre de
ces redéfinitions, se trouvent la question de la construction de l'Europe
et, en corollaire, celle des rapports Europe-Amérique, et la question
de qui dominera l'Asie, du Japon ou de la Chine. Ces questions vont se poser
avec plus d'acuité ayant pour effets immédiats, tensions, pressions,
remontée nationaliste
[
] La construction d'une Europe politique,
" étatique " devient une nécessité pressante
pour que celle-ci cesse de rester spectatrice, avec tout ce que cela peut avoir
comme effet déstabilisant, de crises pour les différents Etats
rivaux. "
Pour une Europe
de la paix, ouvrir la perspective d'une Europe des travailleurs
Au travers de la crise irakienne, émerge en effet, derrière le
couple franco-allemand, une " Europe puissance ", ou du moins qui
se rêverait comme telle. La transformation des rapports internationaux
et des relations économiques dont ceux-ci découlent, interdit
désormais qu'en Europe, une bourgeoisie nationale puisse défendre
ses intérêts seule, en particulier face à l'impérialisme
américain. C'est cette nécessité qui a poussé les
bourgeoisies européennes à renforcer leur coopération et
se doter d'une monnaie unique. C'est aujourd'hui ce qui pousse l'Etat français
à s'adosser à l'Allemagne et affirmer des velléités
d'indépendance politique pour l'Europe.
Velléités, comme l'évolution de la crise actuelle le montre.
Les dirigeants français et allemands sont conscients du rapport des forces.
Nous ne sommes pas à la veille d'une guerre inter-impérialiste
Mais l'épisode de l'admonestation arrogante de Chirac à l'adresse
des pays de l'Est candidats à l'UE qui avaient affiché leur soutien
à Bush, révèle à quel point leur Europe est celle
du mépris des peuples et de la démocratie. " Ils
se sont comportés avec une certaine légèreté,
a-t-il tempêté. Entrer dans l'UE, cela suppose un minimum de
considération pour les autres, un minimum de concertation. Ce qu'ils
ont fait n'est pas très convenable, pas très bien élevé.
Ils ont manqué une bonne occasion de se taire ". Chirac n'aura
pas eu la même indignation à l'égard des Blair, Aznar et
Berlusconi, pourtant, eux à l'initiative de la prise de position en question
: " Quand on est déjà dans la famille, on a tout
de même plus de droits ".
C'est une toute autre Europe qui s'est manifestée dans les rues de Londres,
Madrid, Barcelone, Rome ou Paris le 15 février. On avait déjà
connu des mouvements sociaux transfrontaliers comme Renault Vilvorde ou les
euro-grèves des chemins de fer. Le 15 février, c'est un mouvement
de masse à l'échelle européenne qui a surgi.
C'est l'expression du besoin puissant d'une Europe qui combatte, non pour contester
à ses rivaux impérialistes, des parts de marchés et des
droits à l'exploitation des peuples, mais qui lutte pour la paix et le
respect des droits des peuples.
Cette Europe-là ne peut se construire qu'en rupture avec l'Europe des
Chirac, Schroeder, Blair, Aznar ou Berlusconi, en rupture avec les privilèges
nationaux, qui ne sont que la traduction des privilèges bourgeois sur
le plan international.
La lutte contre la guerre est indissociable du combat social et de la lutte
contre la mondialisation capitaliste. En Europe, elle met à l'ordre du
jour la perspective incarnée par un vieux mot d'ordre du mouvement communiste
quand il était encore révolutionnaire, mais infiniment plus à
notre portée qu'alors, celui des " Etats-Unis socialistes d'Europe
".
Galia Trépère
" La véritable histoire de Lutte ouvrière " ou la double nature de Barcia-Hardy
L'étonnement
devant la suffisance, la fausse modestie imbue d'elle-même au point que
son horizon social et politique se limite à son propre univers, tel est
le sentiment que l'on éprouve à la lecture de l'uvre littéraire
de Bourseiller-Barcia intitulée " La véritable histoire
de Lutte ouvrière ". Sous la forme d'une interview, Robert Barcia
alias Hardy nous raconte sa vie qu'il intitule sans gêne, mais de façon
ô combien révélatrice, " la véritable histoire
de Lutte ouvrière ".
Cette identification qui relève d'un processus psychologique que je n'ai
pas les compétences d'analyser donne et un mauvais roman et une mauvaise
histoire. L'histoire romancée d'Hardy par Barcia manque de toute évidence
d'humanité, tellement tout y est passé au crible d'une morale
bien-pensante et l'histoire réécrite de Lutte ouvrière
par Hardy est une telle auto-justification de Barcia-Hardy qu'elle n'a aucune
dimension
historique.
Bien sûr, ceux qui veulent connaître le passé méconnu
de LO y trouveront des repères. Mais l'intérêt de ces repères
n'existe qu'en rapport aux silences antérieurs, au refus de la transparence
au point que le livre n'apporte aucune explication sérieuse des raisons
pour lesquelles Lutte ouvrière a joué un rôle important
et profondément utile dans l'histoire du mouvement révolutionnaire
des dernières décennies. Mais cela, Barcia-Hardy n'est pas en
mesure de l'expliquer, Barcia paralyse Hardy et réciproquement.
Ceci dit, ce livre est à la fois en négatif l'explication de la
crise que connaît LO depuis 1995 et en positif un point marqué
par ceux qui avaient milité pour transformer LO au sens où la
transparence s'est imposée.
Certes, cette transparence est bien relative parfois même mensongère.
J'en prendrai un seul exemple car il concerne directement d'anciens militants
de LO qui ont été exclus en 1997 dont moi-même.
Il s'agit d'un épisode sans intérêt, anecdotique mais qui
servit de point de départ à une campagne qui devait aboutir à
l'exclusion de plus de 70 militants de Lutte ouvrière, et que la presse
avait décrit comme " l'exclusion d'un couple accusé d'avoir
fait l'amour dans une caravane de propagande ". Il est clair que ce
que rapporte la presse ne correspond pas à la réalité.
Le plus souvent, les caravanes étaient des activités pleines de
dynamisme dans tous les domaines
Ceci dit, quand Barcia-Hardy écrit
" Nous n'avons rien reproché au couple en question. Les reproches,
nous les avons adressés au responsable local qui avait, de fait, placé
ce couple à la direction de la caravane. " (p23),
il dit une contrevérité. Il est vrai que la mise en accusation
visait le responsable, moi-même en l'occurrence. Mais, soit dit en passant
pour rétablir la vérité des faits, ces camarades, exclus
par la suite avec nous, n'avaient été nullement placés
à la direction de la caravane. Il m'était effectivement reproché
de les avoir laissés en couple dans une activité de l'organisation.
Nos lecteurs intéressés trouveront en annexe de cet article les
échanges de courriers qu'avait entraînée cette " affaire
" et qui témoignent.
Par ailleurs, si certains épisodes sont racontés avec une curieuse
précision, d'autres sont effacés de l'histoire de LO. Le livre
ne manque pas de ces mensonges par omission. Deux exemples : il n'y est pas
question de la minorité de LO, ni de Jacques Morand, d'Huguette Chevireau
ou de Michelle Verdier, militants aujourd'hui de la minorité de LO (Hardy
ne cite que les noms des militant(e)s de confiance), ni bien sûr des exclus
de 1997.
Il n'est pas question d'eux mais d'une certaine façon ce livre est l'aboutissement
indirect de leur combat dans le même temps qu'il l'éclaire.
Il en est l'aboutissement parce que nous nous battions pour la transparence,
dénonçant une clandestinité qui n'était en réalité
qu'une politique du secret puisque, comme Hardy le démontre lui même,
les RG savaient tout même si la presse ne voulait rien savoir et si les
militants, eux, ne pouvaient rien savoir. En voulant donner " un contenu
concret, vivant, dynamique " à l'appel d'Arlette Laguiller à
un parti des travailleurs, nous voulions ouvrir l'organisation, la transformer
en un cadre ouvert et démocratique disponible à l'unité
des révolutionnaires.
Ce livre éclaire le combat des exclus parce qu'il révèle
la véritable faiblesse aujourd'hui de LO, son paradoxe.
L'ancien dynamisme de LO qui lui a permis de jouer un rôle essentiel dans
l'émergence d'une extrême-gauche ouvrière et populaire n'appartient
que pour bien peu à la personnalité d'Hardy, du moins à
celle que Barcia nous décrit.
L'apport de LO trouve son origine dans la politique menée par Barta à
la Libération, politique d'indépendance vis à vis des partis
que De Gaulle associa à son pouvoir, pour formuler une politique pour
le mouvement social de l'époque, la mettre en uvre avec efficacité
au point de diriger la grève Renault de 47, qui provoqua une vague de
grèves et obligea les ministres communistes à quitter le gouvernement.
A cette époque, Hardy n'a joué aucun rôle comme il l'écrit
lui-même, il était absent, d'abord démissionnaire puis malade.
Quand le courant UCI s'est reconstitué, puis quand LO a pris la relève
de Voix ouvrière après 1968, c'est cette orientation politique
d'indépendance de classe vis à vis des partis réformistes
et staliniens qui a justifié et permis son existence. C'est ce qui lui
a permis de se développer en construisant une organisation d'extrême-gauche
réellement liée au monde du travail et capable de formuler ses
idées et sa politique en sa direction. C'est ce qui explique l'écho
rencontré par Arlette. Hardy y contribua certes beaucoup mais, comme
il le dit lui-même, rien n'aurait été possible sans Pierre
Bois, Arlette Laguiller et bien d'autres militants soucieux de préserver
cette politique d'indépendance de classe. Ceci dit, maintenir le cap
d'une orientation politique dans une période de recul ne signifie pas
nécessairement développer les capacités de lui donner toute
sa signification au moment où l'extrême-gauche sort de son isolement.
Simulacres de révolutionnaires, disait Barta cité par Hardy, le
mot est exagérément dur et méprisant. Les choses sont plus
simples. Le temps a sélectionné et façonné les personnalités
de ceux qui voulaient être des révolutionnaires, qui ont apporté
toutes leurs capacités et leur dévouement à la lutte. Ils
ont été façonnés par une période dominée
par le stalinisme et le réformisme, où les luttes de la classe
ouvrière ne sortirent que bien rarement du cadre syndical. Le paradoxe
est qu'au moment où le stalinisme s'effondre, qu'il s'agit de conquérir
une large influence au sein du mouvement ouvrier vivant, le passé rattrape
Hardy, le garde prisonnier l'empêchant d'anticiper sur la marche des événements,
de formuler une politique, paralysant Lutte Ouvrière elle-même.
Une époque s'en va, une autre commence. Poussé par la logique
du combat politique, Hardy s'explique, accepte la transparence. Ainsi, il révèle
l'imbécillité et aussi la véritable fonction de cette politique
du secret tout en essayant de préserver son influence. Cette démarche
et le livre qu'elle produit sont dérisoires, la vie reprend ses droits,
Hardy est obligé de s'y plier. Pour se justifier, il adopte la pose du
pessimisme et de la solitude, " Nous sommes les seuls
", soucieux d'appliquer l'idée de tout changer pour que
rien
ne change.
Curieuse façon de comprendre l'histoire que de se sentir seul au moment
où l'ensemble de l'extrême-gauche a fait plus de 10 % des voix
à l'élection présidentielle et où la contestation
sociale et politique retrouve ses forces. Curieuse façon aussi de témoigner
du passé en parlant de soi. L'un explique l'autre, mais la lutte et les
combats collectifs ne peuvent se laisser enfermer dans le solipsisme
Nos camarades de Lutte ouvrière sauront ouvrir les yeux devant ce cynisme
qui voudrait se parer de grandes vertus morales pour pratiquer cette démocratie
dont Hardy fait l'éloge et prendre en main l'avenir de leur propre courant
politique qui n'appartient à personne.
Il ne s'agit ni de juger de ce même point de vue moral ni de s'indigner,
mais de comprendre politiquement comment le recul du mouvement ouvrier a produit
un tel paradoxe où la psychologie d'un petit patron cohabite avec les
aspirations révolutionnaires. Comprendre aussi que ce paradoxe est une
illustration du paradoxe général du mouvement trotskiste, continuation
du mouvement ouvrier révolutionnaire séparé de sa propre
classe. La double nature d'Hardy en est un aspect. Il y en a bien d'autres,
comme ces errements politiques qui prêtèrent au stalinisme des
vertus révolutionnaires.
Les uns et les autres relèvent du même mécanisme de fond,
la volonté de se hisser au dessus des conditions objectives et des limites
objectives de ses propres conditions de vie. Finalement, une volonté
révolutionnaire sans laquelle, quels que soient les destins individuels,
le mouvement révolutionnaire n'aurait pas survécu à la
vague de réaction du fascisme et du stalinisme.
Aujourd'hui, s'ouvre une nouvelle période qui verra à nouveau
les idées du socialisme et du communisme révolutionnaire fusionner
avec le mouvement des masses opprimées. Y uvrer nous conduit nécessairement
à nous libérer des simulacres et errements du passé
Yvan Lemaitre
Annexes : échanges de correspondances entre Dominique Chablis et Yvan Lemaitre au sujet d'une question de couple dans Lutte ouvrière
YVAN -12/07/1996 - Lettre à Dominique Chablis
Chère Dominique,
J'ai bien reçu ton petit mot qui m'a, j'avoue, un peu surpris. J'espère
ne pas trop te décevoir en te disant que je n'ai pas pu " muter
" Q.. Il ne le souhaitait pas, nous non plus, et ne semblait pas trop gêné
de la présence de sa copine, ce qui après tout, ne me semble pas
trop surprenant, voire plutôt normal. Donc, Q. et O., il s'agit d'elle
si j'ai bien compris, seront ensemble en caravane.
J'espère que cela ne te pose pas trop de problèmes. Nous ne sommes
ni moines-soldats ni petits soldats et je crois même qu'il n'est pas mauvais
que nos camarades, garçons et filles, apprennent à militer, en
toute camaraderie et sens des responsabilités, indépendamment
de leurs relations personnelles, passées, présentes ou... à
venir.
Espérons que ces camarades sauront assumer leurs responsabilités
tant sur le plan militant que dans leurs relations personnelles. Et ce qui se
passe entre minuit et sept heures du matin ne devrait pas trop influencer le
déroulement de notre travail. Et si, après tout, dame nature fait
son uvre, je ne crois pas que qui que ce soit ait à en souffrir
!
Bien à toi et bien fraternellement.
DOMINIQUE CHABLIS - datée du 13/07/1996, transmise le 9/09 - Lettre à Yvan
Cher Yvan,
Si mon petit mot t'a un peu surpris, la réponse que tu m'as faite ne
me surprend pas qu'un peu et j'ajouterai qu'elle me choque plus encore.
D'abord sur le fond : tu te places sur un faux terrain en parlant du "
sens de la responsabilité " des copains, voire sur " ce qui
se passe entre minuit et 7h du matin ".
Le problème est que pour qu'il y ait " sens des responsabilités
", il faut qu'il y ait comportements communs et acceptés. Autrement
dit éducation et règles -mais oui - communes. Car nos comportements
ne suivent ni la pente commune, ni les conformismes courants.
Bien sûr que nous comptons sur le sens des responsabilités des
membres d'un couple qui se trouvent à participer ensemble à une
activité quelconque. Mais avant d'en arriver là, il a le plus
souvent fallu que nous inculquions à nos camarades un mode de comportement
qui soit individuel (pas individualiste) et autonome et non celui d'un couple.
De plus, il a fallu, pour les générations plus anciennes, et il
faut toujours, pour les plus jeunes, leur apprendre non seulement à ne
pas afficher leurs relations mais, de plus, à ne même pas les laisser
percevoir (même " entre minuit et 7h du matin "). Cela n'est
ni évident, ni spontané dans la société actuelle.
Il y a surtout un autre aspect qui fait partie de nos règles et des comportements
que nous tentons d'inculquer à nos jeunes et faire respecter par nos
moins jeunes camarades, même si c'est avec plus ou moins de succès
pour ces derniers. C'est tout simplement de ne pas militer en couple. Le problème
alors n'est plus une question de comportement. Le problème est d'accepter
d'être séparé dans les activités et de s'y livrer
indépendamment l'un de l'autre. A leur entrée dans l'organisation,
lorsque cela est techniquement possible, nous les intégrons même
systématiquement dans des cercles ou cellules différentes afin
de le leur apprendre.
Tu crois, écris-tu, que nos camarades doivent apprendre à militer
" en toute camaraderie ". Mais c'est pour cela, justement, qu'ils
doivent apprendre de nous à militer séparément.
Pour apprendre à militer ainsi, il faut que nos camarades acceptent de
ne pas militer systématiquement en couple et, au contraire, surtout les
jeunes et les responsables, donnent l'exemple du fait qu'un couple est constitué
de deux membres qui existent, et donc militent, séparément.
Nous essayons d'inscrire séparément les membres d'un couple aux
stages ou en caravane. Tu devrais le savoir. Bien sûr, les camps représentent
une certaine difficulté pour imposer ces règles à tous
car il s'agit de vacances. Mais, d'une part, cela ne devrait pas se produire
aussi souvent que cela se produit et, d'autre part, il ne s'agit pas de justifier
ce qui doit rester l'exception.
Que Q. et O. aient un comportement correct dans une caravane, je veux bien le
croire, mais vis-à-vis des plus jeunes et des moins jeunes, ils ne doivent
pas donner l'exemple de militer sans être capables de le faire indépendamment
l'un de l'autre. Une caravane n'est pas un camp et ce que nous acceptons dans
un camp n'a pas à devenir une règle pour les caravanes ou les
autres activités. De plus, les " extérieurs " doivent
être des cadres pour avoir leur place chez nous et, en tant que tels,
ils doivent, pour ne pas être des " chefs ", commencer par donner
l'exemple. Ce n'est pas parce que nos règles souffrent des tas d'exceptions,
qu'il faut s'asseoir dessus.
Tu aurais donc dû faire de ton mieux pour les inscrire dans des caravanes
séparées, comme je te le demandais et ne pas prendre de si haut
cette demande. J'accepte de recevoir des leçons, encore faut-il qu'elles
soient bonnes.
Enfin, sur la forme, je te signale que je ne l'ai pas plus appréciée.
Ironiser, tu devrais l'éviter pour les choses sérieuses. J'ai
toujours appris qu'il y avait des comportements petits-bourgeois que nous combattions
car ils ont une traduction politique. J'ai appris aussi que notre identité
politique, par rapport à de nombreux groupes, ne repose pas seulement
sur des positions politiques différentes. Nos positions politiques différentes,
justement, viennent de comportements différents prenant le contre-pied
des comportements petits-bourgeois. Et ce sont ces comportements, traduits dans
la façon de raisonner, qui ont une traduction politique. C'est pourquoi
je n'accepte pas cette ironie qui fait partie de ces comportements.
Enfin, je dirai (mais manquerais-je d'humour ?) que je n'ai pas particulièrement
apprécié l'allusion aux " moines-soldats ". Si l'utilisation
de cette expression, juste après le CC, est involontaire de ta part,
cela indique sans doute au moins des convergences humoristiques avec M.. Et
si elle est volontaire, c'est une provocation envers Hardy.
Je suis profondément d'accord avec ce qu'Hardy a dit au CC à ce
propos : à choisir, il vaut mieux être des moines-soldats plutôt
que des petits-bourgeois faisant de la politique. Tu n'es sans doute pas d'accord.
Il y a déjà un moment G. m'avait parlé d'une réponse
semblable que tu lui avais faite à propos d'un autre couple de Bordeaux,
ou du même je ne sais plus. Le problème était celui d'un
couple qui affichait ses relations (récentes, je crois) : le groupe peut,
sur le plan du conformisme social, fort bien remplacer le Maire pour officialiser
un mariage.
La répétition fait craindre que ce soit une philosophie et que
ce soit ainsi que sont formés les camarades de Bordeaux.
Si tu n'es pas d'accord avec ces conceptions, qui ne sont pourtant pas nouvelles,
pose le point au CE. Et si tu es d'accord, dis-le. Mais il n'est pas acceptable
que des secteurs de l'organisation évoluent dans des directions différentes,
voire contradictoires.
Il ne s'agit pas de questions mineures et cela n'en a jamais été.
Il faut donc espérer que tout cela n'est que fortuit ou ne restera qu'un
différend momentané.
Cordialement
YVAN - 15/09/1996 - Lettre à Dominique Chablis
Chère Dominique,
Naïveté ou sans doute penseras-tu, vu ton état d'esprit,
hypocrisie voire dissimulation, mais je ne pensais pas que mon petit mot me
vaudrait une telle charge de ta part.
Je veux bien croire que "ma philosophie" pour reprendre tes paroles
représente un danger, je dois bien le croire puisque tu le dis, mais
à ta place j'aurais eu la modestie de me demander quelle est cette prétendue
"philosophie" qui se manifeste déjà au moins depuis
deux ans. Depuis quand ai-je commencé à dévier du droit
chemin, à tomber dans la faute ? Tout cela me semble pour le moins exagéré,
déplacé, sur le fond erroné voire malveillant, reflet d'un
état d'esprit étonnant.
Mon petit mot était peut-être un petit pavé à l'humour
contestable mais quand on commence à prendre des règles pour le
fond, je crois qu'il vaut mieux commencer par essayer d'en rire avant d'en faire
un sujet de procès. Et je croyais que la discussion gardait entre nous
le ton de la camaraderie et qu'il était possible de discuter de l'application
des règles sans être soupçonné de je ne sais quelle
remise en cause ou hérésie.
J'avoue que ta réponse m'apparaît comme une véritable provocation,
un procès d'intention puisque l'affaire est entendue par avance et pour
le moins à la légère. Et le zèle à prouver
est tellement maladroit qu'on a le sentiment qu'il s'agit d'une accusation à
effet rétroactif, une justification obligée d'attitudes passées.
D'abord, je voudrais te rappeler que nous discutons de camarades qui spontanément,
d'eux-mêmes, s'étaient inscrits dans des caravanes différentes
et cela bien que l'un d'entre eux au moins soit éduqué depuis
plus de dix ans pour une part modeste certes mais néanmoins réelle
par moi. Nous n'avions donc aucun problème avec les règles, du
moins pour ces copains. Sans compter que ces camarades qui vivent à six
cents km l'un de l'autre ont, ne serait-ce que par contrainte, une certaine
autonomie. Là encore tu ne l'avais pas remarqué. Qu'est-ce qui
t'aveugle ?
Et tu me demandais de muter Q. d'une façon que j'ai perçue un
peu légère. Outre le fait que tu ne t'es même pas posé
le problème que nous avions peut-être des raisons pour inscrire
ce copain à cette caravane, je n'y reviendrai pas, ça ne t'intéresse
pas, je suis toujours un peu choqué quand nous nous croyons le droit
de muter, déplacer les uns ou les autres sans trop de tact ni de raison.
C'est ce que j'ai ressenti dans ton mot, ce qui a justifié mes six lignes
de réponse... Et me vaut un procès.
Autre raison à mes yeux de ne pas muter le copain, je ne voulais pas
donner ma " bénédiction "- si tu permets, mais reprends
tes propos sur le mariage par le groupe -, à un couple qui ne le demandait
pas d'ailleurs d'après ce que j'ai compris de leur attitude. Même
le divorce est une reconnaissance du mariage, les séparer eût été
les marier. Pour ma part, la seule attitude qui me semblait en accord avec notre
philosophie, ou ce qu'humble mortel j'en comprends, était de dire à
Q., " les nécessités du travail vous mettent ensemble, j'espère
que vous êtes des militants, prenez vos responsabilités ".
Il n'y avait pas de mariés, mais des camarades ayant des relations personnelles,
compagne et compagnon, bossant ensemble, ce qui n'a rien d'incompatible à
moins d'avoir une vision perverse des choses.
Voilà une affaire simple. Alors pourquoi deux pages d'agression ?
Outre ce que je viens de te dire, la forme trahit le fond. Par exemple tu parles
à propos d'une deuxième "affaire" sortie de mon "dossier"
d'un "autre couple de Bordeaux". Ce "couple", tu as vraiment
la manie de marier tout le monde, était composé d'une copine de
Paris et d'un copain qui effectivement travaille et milite à Bordeaux.
Je ne crois pas que ce soit l'homme qui décide du sexe géographique
du couple...
Et j'en arrive au nud de l'affaire, "la répétition".
Là nous rentrons dans une littérature dont je n'avais pas l'habitude
sous la plume d'une camarade. Pensez donc, il y a deux ans déjà,
pardon "un moment" écris-tu, puisque tu n'as pas fait l'effort
de vérifier ce dont tu parles.
Un couple donc, non seulement de Bordeaux, mais qui " affichait ses relations
". Alors je suis pris de terreur, vade rétro... Entre parenthèses,
bon ou mauvais, je crois que l'humour, voire l'ironie est inséparable
du sérieux. Petite remarque tout en ayant conscience de mon manque de
talent.
Quelle faute avaient commise ces camarades ? T., copine de Paris allant à
la fête de Toulouse est passée par Bordeaux voir un camarade avec
lequel elle avait une relation personnelle dont tu m'excuseras de ne pas connaître
la nature exacte mais qui d'une façon ou d'une autre s'apparente à
une relation de couple bien que je crois qu'elle n'avait pas grand chose à
voir avec le mariage. Q., encore lui, lui a proposé de venir à
Toulouse dans " nos voitures " selon l'expression de G. à l'époque.
A Toulouse sans même daigner m'en parler, soucieux sans doute de jouer
les bons missi dominici, G. en a fait le reproche aux copains, et a demandé
à T. de repartir en train. Une simple brimade. J'ai trouvé ça
minable. Et je le trouve encore. Voilà, et la répétition
s'arrête là. La liste de mes fautes semble close.
On croit rêver. Et à partir de là tu tiens tout un raisonnement
!
Je conçois que des camarades soient devenus vigilants aux " dangers
" de voir " des secteurs de l'organisation évoluer dans des
directions différentes ". La fraction et la très longue histoire
de sa formation, nous posent de ce point de vue sûrement un intéressant
sujet de réflexion quant à la duplicité et à l'impuissance
du formalisme des règles à la révéler. Je ne crois
pas qu'il en soit de même pour les " bordelais ", expression
si souvent entendue et qui me déplaît profondément. Il n'y
a pas de " bordelais ", mais des camarades de la même organisation
qui militent en toute transparence et sans la moindre duplicité, là
où ils sont mais dans le mépris du localisme. Du moins c'est ma
philosophie. Petite parenthèse, le parisianisme est tout aussi localiste.
Chacun son clocher !
Et je ne peux m'empêcher à lire ta lettre de penser qu'il y a une
volonté de justifier après coup, accusations à effet rétroactif,
une attitude de méfiance à l'égard des camarades qui militent
dans la même section que moi, attitude que j'ai souvent ressentie, à
tort ou à raison, mais parlons-en puisque tu l'as mis et exprimé
brutalement par écrit, et qui m'a toujours profondément blessé.
Et cela d'autant que toute ma " philosophie ", ce n'est pas au demeurant
" la mienne ", est à l'opposé de toutes ces accusations
ridicules. Hardy, le jour où au secrétariat d'été
tu lui as passé mon petit mot, m'a accusé dans le même sens
si j'ai bien compris de faire un " isolat ". Outre que dire cela publiquement,
en mon absence, n'est pas d'une correction dans les rapports entre camarades
extraordinaire, c'est surtout une pure vue de l'esprit. Elle m'étonne,
me blesse puisqu'Hardy ne peut ignorer qu'il peut venir quand il veut, c'est
une évidence, qu'il a toujours été bien accueilli comme
tous les camarades, que ma porte lui est ouverte. Alors pourquoi ces reproches
? Je ne comprends pas.
Et pourquoi me laisserait-on prendre une mauvaise direction, sans rien me dire
? Mon mot à G., quoi qu'on en pense, ou celui que je t'ai adressé,
sont-ils ceux de quelqu'un qui s'isole, ou l'inverse, ceux d'un militant qui
refuse l'isolement et veut discuter ? Réponds honnêtement.
Ma " provocation " envers Hardy. Là encore, je suis surpris
de ta brutalité non seulement à mon égard mais à
celui d'Hardy. Il n'y a pas trace dans le compte rendu du CC, peut-être
ne l'as-tu pas lu, de la phrase "historique" que tu cites, je suppose
de mémoire. J'ai aussi en mémoire et je l'avais bien évidemment
en tête en plaisantant dans mon mot, ce que j'avais entendu au CC. J'avais
compris l'inverse, que nous n'étions pas des moines-soldats, tout au
plus soldats, là aussi nous ne discuterons pas des différentes
interprétations du mot. Je crois que nous sommes contre la vie monacale
ou en caserne qui ont pour effet de pervertir les hommes et de favoriser les
murs contre nature. Et je ne crois pas qu'Hardy nous demande de signer
la phrase que tu cites. Les moines-soldats étant par ailleurs des petits-bourgeois.
Quant à mes convergences humoristiques avec M., je ne connais pas ce
camarade, si ce n'est par quelques allusions au CE. Je ne crois pas être
très proche de lui, mais comme tu le connais beaucoup mieux que moi sans
doute es-tu meilleur juge.
Je ne pense pas, ai-je le droit, que les relations entre les idées et
les règles, les idées et les comportements soient aussi mécaniques
que tu le décris, et surtout je crois que l'influence déterminante
appartient aux idées. Ce sont elles qui nous fabriquent et nous façonnent,
pas les règles surtout si elles prennent l'allure d'un règlement
intérieur voire deviennent des brimades. Je dis une évidence,
je crois, pour chacun d'entre nous.
Alors, il faudrait aussi apprendre aux militants à ne pas laisser "
percevoir " leurs relations personnelles. Je ne sais pas, que veut-on dire
pas là ? J'ai peur de ne pas être un excellent militant, car je
crois que j'en suis incapable ! Nous devons, je crois, apprendre à nos
camarades l'entière disponibilité à la collectivité,
aux idées, au besoin de comprendre quelles qu'en soient les conséquences,
le mépris des faux semblants, de l'hypocrisie, de la duplicité.
Il y a souvent chez des camarades qui masquent leurs relations personnelles
des attitudes désagréables, voire méprisantes et c'est
en général les copines que ça touche le plus. Sans parler
que derrière cette application formaliste des règles, il peut
s'introduire bien des comportements ni très socialistes ni très
bolcheviques. Pour ne pas partir je ne dis pas en couple mais avec son compagnon
ou sa compagne, ça existe, oui, en caravane ou en camp, des jeunes ou
des moins jeunes peuvent avoir bien d'autres préoccupations... Quand
les idées ne précèdent pas et ne définissent pas
le contenu des actes, n'importe quelle motivation se glisse dans n'importe quelle
règle.
Et puis un seul regard suffit et peut en dire tellement sur les sentiments et
leur nature. Alors Dominique, il n'y a plus que le voile pour masquer ces regards...
A trop vouloir en faire, on étouffe tout. Mais la vie a des droits, ça
ne peut choquer que des morales de vieux garçon.
Quant à former, éduquer, des personnalités autonomes, indépendantes
oui, bien sûr, c'est le début du début de nos idées,
mais cela ne peut se faire, je crois, qu'à travers une vie large, ouverte,
publique, honnête où chacun accepte et apprend à être
jugé en toute fraternité. La discrétion est une chose,
se cacher une autre, ne jouons pas les Tartufe. Sinon, nous finirions par sélectionner
des gens dont la seule vertu sera de se plier aux " règles "
et pourquoi pas de dénoncer les couples " clandestins "...
ce que personne ne veut bien évidemment.
J'espère que ton jugement à mon égard me réserve
une douce clémence et que ma plaidoirie n'aura pas été
ni trop longue ni trop ennuyeuse.
Bien à toi et toujours fraternellement.
Yvan