Crise politique et montée des luttes, un mouvement en train de se créer, à construire
La victoire des 35 " recalculés " de Marseille marque une étape importante. C'est non seulement un revers pour le patronat et le gouvernement, mais une rupture dans les rapports politiques existants. Comme s'est exclamé Seillère : " depuis des années, nous avons fait des progrès considérables et signé de nombreux accords avec les syndicats favorables à la réforme. Or, tout cela est combattu comme si le résultat du dialogue social n'était pas positif [ ] les accords légitimes sont, sans cesse, remis en cause par la loi et la rue, remis en cause par les juges, avec des chicaneries sans fin ".
La pression
du monde du travail
Le message a été compris de tous, à tel point que 4 syndicats
d'EDF (CGT, FO, CFDT et CFTC) ont rompu les négociations sur la privatisation
et claqué la porte du deuxième " groupe de travail "
mis en place par Sarkozy, appelant les électriciens et les gaziers à
la grève le 22 avril et à une manifestation nationale le 27 mai.
Les syndicats n'ont dès lors pas d'autre choix que d'aller à la
bataille, même s'ils y vont manifestement à reculons, prêts
à tout moment à se dégager, et ne proposent rien avant
le 27 mai. Il n'empêche, la pression des salariés les a obligé
à rompre les négociations engagées, et c'est ce qu'attendaient
tous ceux qui, l'an dernier, ont voté contre la réforme des retraites
à EDF, désavouant alors l'ensemble des directions des confédérations
syndicales.
Sous la pression du monde du travail, les rapports politiques sont aujourd'hui
déstabilisés, ce qui ouvre de nouvelles brèches pour la
contestation et la lutte sous toutes leurs formes, de l'intervention des intermittents
lors de la cérémonie des Molières à la pétition
politique des médecins chefs de services hospitaliers.
La défaite de la droite aux régionales a été la
revanche du mouvement de mai-juin. Elle a révélé à
tous la faiblesse du gouvernement et elle est, de fait, un encouragement pour
les luttes, pour l'intervention sur le terrain social et politique de tous ceux
qui veulent agir pour enrayer la machine.
La victoire des chercheurs, le recul du gouvernement face aux intermittents,
sont autant de signes de sa faiblesse et de l'embarras du patronat, autant d'encouragements
pour l'ensemble du monde du travail.
Les initiatives qui se prennent un peu partout dans le pays de constitution
de collectifs contre la réforme de la Sécu, pour le droit à
la Santé pour tous, vont dans ce sens, confortent et attirent, entraînent
tous ceux qui veulent peser sur la situation et résister.
Quelles perspectives
pour le mouvement ?
Partout se mène le débat : quelles perspectives pour les
luttes. Aujourd'hui, on le sent tous, il y a tout un mouvement qui est en train
de se créer, qui se cherche, débat et qu'il faut construire. De
nombreux militants de ce mouvement, dont beaucoup étaient partie prenante
de mai-juin mais dont certains s'éveillent au combat social, éprouvent
le besoin de tisser les liens, de créer les ponts nécessaires
pour donner à ce mouvement une unité, une cohérence et
pour faire converger les initiatives et les luttes.
Beaucoup, l'an dernier, ont discuté de la grève générale
en cherchant à caricaturer ceux qui posaient le problème de la
nécessité d'étendre le mouvement. Ceux qui combattaient
cette politique nous expliquaient que la grève générale
ne se déclenche pas en appuyant sur un bouton
Mais c'est bien ce
problème qui est posé au mouvement social et au monde du travail,
et que se posent une partie des militants : comment construire le mouvement,
à la base pour permettre les convergences pour créer un rapport
de forces pour une autre répartition des richesses.
Il est une évidence pour tous que le gouvernement et le patronat ne nous
laisseront pas le choix. Toutes les réformes visent à baisser
le coût du travail pour augmenter la part des profits, avec des conséquences
dramatiques pour le monde du travail et les plus démunis.
Les attaques en cours contre la protection sociale et la santé écarteraient
une fraction de la population de l'accès aux soins. En même temps,
le gouvernement aggrave les attaques contre les services publics. Après
avoir annoncé la suppression de 5000 postes au ministère des Finances
(qui font suite aux milliers de suppressions de postes dans tous les services
publics par le non renouvellement des départs en retraite), Sarkozy vient
d'annoncer le " gel " de 7 milliards de crédits.
Et Raffarin vient de signer les décrets d'application pour la mise en
place du plan d'" épargne retraite populaire ", contenu
dans la loi Fillon, selon lui, tout " en préservant le régime
par répartition qui demeure, grâce à la réforme,
le socle de notre système ".
Parallèlement, le Medef mène une campagne pour la liquidation
des droits des salariés sous prétexte de " modernisation
du code du travail ". C'est l'ensemble du code du travail qui
est remis en cause.
Face à l'ensemble de ces attaques, tout le monde voit bien que seule
une lutte large et profonde, entraînant l'ensemble du monde du travail,
pourra imposer un recul au patronat et au gouvernement. Bien peu sont dupes
des dirigeants des confédérations syndicales qui acceptent de
discuter doctement avec le gouvernement et qui se sont associés au " diagnostic
partagé " de Mattéï, se rangeant derrière
le gouvernement et le Medef pour dire qu'il y a un grave problème avec
le déficit de la Sécu. Pas plus que quand Thibault, Chérèque
ou Mailly vont discuter avec Borloo, ministre de l'Emploi et de la Cohésion
sociale, de " modernisation sociale ".
Et personne ne se fait d'illusion sur le débat parlementaire que nous
promettent Raffarin
et le PS. Raffarin a invité la gauche à
discuter et à s'associer à la réforme de la Sécu
et le PS a demandé très sérieusement au gouvernement de
" mettre en place à l'Assemblée, dès le début
du mois de mai, les conditions d'un échange projet contre projet ".
Ravi, Debré a créé une " mission d'information
parlementaire sur l'assurance-maladie ". Tout aussi ravi, Douste-Blazy
a " salué cette initiative " : " le
Parlement, encore plus que les autres acteurs, a un rôle essentiel à
jouer [
] j'espère que l'opposition parlementaire saura dépasser
les luttes stériles ". Et le Parti socialiste a accepté
de participer à la mission d'information, déclinant seulement
l'invitation à la
coprésider. Quelle audace !
Tout le monde voit bien que se rejoue le même scénario que pour
les retraites. Un mouvement contre la réforme de la Sécu aura
à affronter le parlement s'il veut réellement imposer le retrait
du projet du gouvernement comme il aurait dû le faire au printemps dernier.
C'est une des questions qui est au cur des discussions sur le mouvement
qui se prépare.
Le débat a lieu aussi sur faut-il se battre pour une réforme alternative,
faut-il en particulier proposer une réforme du financement de la Sécu,
ou bien faut-il s'attacher à construire le mouvement, à l'organiser
pour lui permettre d'inverser le rapport de forces et d'imposer un autre partage
des richesses. Le débat sur la fiscalité (faut-il moduler les
cotisations des entreprises en fonction des emplois créés ou supprimés)
et sur quelle " bonne " réforme possible constitue
une impasse pour le mouvement, esquivant de fait le problème de l'affrontement
entre la classe ouvrière et le patronat.
Unir
les militants de la lutte
Il est clair qu'aujourd'hui une page est tournée. Le mouvement social
est en train de s'organiser à la base, de façon démocratique,
par delà les corporatismes et les clivages d'appareil syndicaux ou politiques.
Les collectifs qui se constituent à travers la lutte pour la sécu,
comme ceux qui se sont maintenus depuis le mouvement de l'an dernier, témoignent
de cette renaissance de la démocratie, d'un renouveau du mouvement ouvrier.
Cela est certes encore timide mais indique la voie. Il s'agit d'aider à
la construction et à l'organisation du mouvement, en faisant en sorte
que chacun formule sa politique, ses idées, que les divergences s'expriment
et que les travailleurs et les assemblées générales tranchent.
Nous avons un rôle déterminant à jouer : être au sein
du mouvement les militants de la lutte, de l'unité, en y menant le débat
sur ses perspectives y compris politiques.
L'ensemble du mouvement comme ses militants n'ont pas à craindre d'agir
sur tous les plans.
Il s'agit aujourd'hui de regrouper tous les militants de la lutte, tous ceux
qui sont convaincus qu'il n'y aura pas d'autre alternative que l'affrontement
et ne craignent donc pas la crise. L'heure est à l'union de tous ceux
qui veulent dire : " qu'ils cèdent ou qu'ils partent ! ".
Carole
Lucas
Embarrassé par sa victoire électorale aux régionales, le PS engagé dans une cohabitation imprévue
Pas plus que quiconque, les dirigeants du PS n'avaient prévu le vote
massif qui s'est porté sur leurs listes, lors des élections régionales.
Et si, pour bien des commentateurs, ce raz-de-marée électoral,
" ressuscite sans ambiguïté le clivage droite-gauche ",
comme l'affirmait Serge July dans Libération le 29 mars, eux-mêmes
sont loin de faire la même analyse.
La discussion s'aborde du point de vue des politiques des uns et des autres
et non de la discussion d'une évidence, la droite et la gauche ne sont
pas la même chose et ont des intérêts propres d'appareils
rivaux.
Lors du conseil national de son parti, le 3 avril dernier, François Hollande,
après s'être félicité, et avoir félicité
ses alliés de l'ancienne gauche plurielle, de leur succès commun,
laissait percevoir son inquiétude en évoquant la profondeur de
la crise politique : " Jacques Chirac fait courir un grave
risque au pays avec un Premier ministre aujourd'hui désavoué,
un gouvernement dévalué et composé pour beaucoup de naufragés
du suffrage universel. Une majorité déboussolée et une
droite divisée. Et surtout, des citoyens mécontents du présent,
inquiets de l'avenir et hostiles au pouvoir, lequel est désormais menacé
par l'immobilisme ou la crise, ou peut-être les deux. Si la droite a tout
à craindre, la gauche ne peut se réjouir d'une situation faite
d'abord d'abattement et de colère. "
A vrai dire, c'est surtout la " colère " que craint
le PS. La préoccupation essentielle de ses dirigeants est de ne rien
faire qui puisse encourager les mobilisations sociales, tout en s'efforçant,
au moins jusqu'au 13 juin, de se donner l'apparence d'une opposition, sinon
résolue, du moins ferme, au gouvernement. Un équilibre difficile
à tenir. Son opposition n'est en effet que posture, elle tourne même
le plus souvent à la pantalonnade, et cette comédie pourrait bien
convaincre un plus grand nombre de travailleurs et de jeunes qu'il est décidément
illusoire de compter sur les élections pour faire reculer le gouvernement,
que la seule solution est la lutte.
Du " contre-pouvoir "
des régions au respect de la légalité parlementaire
A entendre Ségolène Royal, le soir de son élection en Charente-Poitou,
le PS allait se servir du pouvoir qu'il venait de gagner dans les régions
pour s'opposer aux projets du gouvernement. Elle s'engageait également
à se servir des dispositifs institutionnels pour contrôler les
subventions données au patronat et à faire en sorte qu'il ne s'en
serve pas pour licencier. Un engagement qui n'a rien de révolutionnaire,
bien que copié sur une des mesures d'urgence avancée par nos listes
pendant la campagne, mais aucun de ses collègues, présidents de
région, ne s'est laissé aller à une telle démagogie.
Dans le Nord-Pas de Calais, par exemple, le PS a prévu de doubler le
budget des aides aux entreprises, et Frêche en Languedoc-Roussillon ou
Forni en Franche-Comté n'ont pas tardé à manifester leur
agacement devant les déclarations enthousiastes de la nouvelle égérie
du PS.
D'ailleurs, Hollande lui-même affirmait, dès le conseil national
du PS le 3 avril : " Une clarification s'impose donc si l'on
veut éviter de semer des illusions trompeuses. La première clarification,
c'est que nous ne sommes pas dans une cohabitation d'une nouvelle forme, d'un
nouveau type, où deux pouvoirs aux moyens quasiment équivalents
coexisteraient pour mener la politique de la Nation. Non, c'est le gouvernement
qui a la responsabilité exclusive de cette charge. Et c'est toujours
le Parlement qui vote la loi. Et même dans un état fédéral,
cette confusion ne peut s'installer, encore moins dans une République
modérément décentralisée comme la nôtre.
La deuxième illusion à lever, c'est que nous ne sommes pas non
plus dans un contre-pouvoir organisé. Les Régions, comme les Départements,
ne peuvent contrecarrer à eux seuls les effets négatifs de la
politique gouvernementale. "
Pour récuser la cohabitation, c'est l'impuissance qui est évoquée.
Mais attention, cela ne signifie pas, d'après Hollande, la coexistence
pacifique. Le PS a des exigences, aussi bien à la présidence des
conseils régionaux qu'à celle des conseils généraux.
Après avoir violemment protesté contre le vote en première
lecture d'un des volets de la loi de décentralisation, les présidents
de conseils régionaux PS, reçus, comme ils l'avaient demandé
par Raffarin, ont fait mine de claquer la porte
au bout d'une heure et
demie de discussion et non sans avoir eu le temps d'accepter un deuxième
rendez-vous.
Comme beaucoup d'élus, mais de droite cette fois, les élus du
PS craignent que les nouvelles charges transférées de l'Etat aux
régions les obligent à augmenter les impôts locaux. Le " grand
uvre " de Raffarin sur la décentralisation - qui
ne fait que suivre les recommandations du rapport Mauroy, lui-même père
des premières lois de ce type - est décrié jusque
dans l'UMP, dont 43 députés se sont abstenus ou n'ont pas participé
au vote. Barrot, le président du groupe UMP à l'Assemblée
a qualifié le texte de loi de " brouillon ". Quant
à Debré, le président de l'Assemblée, il ne manque
jamais une occasion de dénoncer " l'intégrisme décentralisateur "
comme d'ailleurs les " intégristes du libéralisme ".
Mais le PS, lui, avait menacé de ne pas appliquer les lois dont l'exécution
relève des collectivités territoriales. Les conseils généraux
de gauche " n'appliqueront pas le RMA ", avait dit
Dray lors du conseil national du 3 avril. " Si le gouvernement
veut mettre en place le RMA, c'est à lui de le faire, au niveau national. "
Promesse déjà oubliée. " Nous ne pouvons tout
de même pas nous situer dans la désobéissance civile ",
a précisé Lebreton, président du conseil général
des Côtes d'Armor et patron de la Fédération nationale des
élus socialistes et républicains. Et l'ancien ministre de la Fonction
publique, Sapin, de renchérir, " On n'a jamais vu un républicain
ne pas appliquer la loi ". Ce avec quoi Ségolène
Royal est bien d'accord, car, a-t-elle dit, " nous pourrons saisir
le Conseil constitutionnel ".
Dialogue social,
concertation et cohabitation
après le 13 juin
A voir la rapidité avec laquelle le PS renie les quelques engagements
qu'il avait pu prendre, on comprend que Hollande ait réclamé à
plusieurs reprises que le gouvernement fasse connaître le plan qu'il envisage
pour réformer la Sécurité sociale, " au mois
de juin, mais avant le 13 juin, date des élections européennes ".
Assez tôt pour que le PS puisse faire de la dénonciation du projet
gouvernemental un de ses axes de campagne, sans avoir à faire connaître,
lui-même, ses propres propositions de réforme. Car il y a un accord
fondamental entre le PS et le gouvernement, comme avec tous ceux qui avancent
la soi-disant nécessité de réformer la Sécu. Et
quoi d'étonnant puisqu'ils partagent le même diagnostic du Haut
conseil de l'Assurance maladie dont faisait partie le PS.
Au conseil national du PS, le 3 avril, Hollande rappelait celui-ci : " le
diagnostic est connu, il est accablant pour le gouvernement. Le déficit
cumulé dépasse 40 milliards d'euros, c'est historique. Et, pour
la seule année 2004, le déficit de la branche maladie dépassera
15 milliards. " La même dramatisation mensongère
que celle employée tout dernièrement par le ministre de la Santé,
Douste-Blazy, évoquant " 12 milliards d'euros de déficit,
23000 euros par minute ". Le PS a d'ailleurs affirmé, en
octobre dernier, sa volonté de " responsabiliser "
le patient, en restreignant le remboursement de soins (" le droit
à bénéficier de soins ne peut constituer un droit de tirage
illimité ").
Alors c'est à bon droit, et de façon tout à fait crédible
que Chirac, lors de son intervention télévisée, a pu faire
appel à la " maturité " de l'opposition
pour " dépasser les clivages ", comme elle
avait su le faire pour voter sa loi sur la laïcité, afin, cette
fois, de " sauver " le système de la Santé.
Aucun des partis parlementaires n'a refusé de se rendre à Matignon
pour y rencontrer Raffarin. Mieux, le PS a été à deux doigts
d'accepter la coprésidence, aux côtés de l'UMP, d'une commission
parlementaire proposée par le président de l'Assemblée
nationale, Debré. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée,
Ayrault, a finalement refusé. " Les socialistes sont prêts
à participer à la mission d'information et à apporter leurs
propres idées pour sauver la Sécurité sociale, mais ils
ne sont pas favorables à l'idée d'une coprésidence de cette
mission. Il nous paraît plus sain que chacun soit dans son rôle.
Il faut que la majorité s'assume. Nous n'acceptons pas de servir de béquille
au gouvernement qui ne sait même pas où il va sur ce projet ".
Tous les mots de la déclaration sont pesés, et choisis
pour
laisser la porte ouverte, après le 13 juin.
Et, au devant de la scène, Sarkozy se déploie pour proposer à
la droite une politique de rupture avec toute cohabitation, une politique libérale
et répressive visant à unifier la droite tout en tentant de neutraliser
l'extrême droite en venant sur son propre terrain.
Un parti pour
le partage du pouvoir au sein des institutions ou un parti pour les luttes,
il n'y a pas d'autre choix possible
Une chose est certaine, le PS n'appellera pas à la mobilisation contre
la réforme de la Sécu. Comme lors de la mobilisation contre la
réforme sur les retraites, il invoquera la légalité du
Parlement contre le gouvernement de la rue. Le 3 avril, Hollande a exposé
la philosophie générale du PS sur cette question. " La
démocratie, c'est la clarté. Nous sommes donc prêts au débat
chaque fois qu'il est ouvert. Nous fournirons, à chaque étape,
des orientations et des propositions pour garantir les fondements de l'assurance
maladie. Mais, le lieu de la décision, c'est le Parlement ; et c'est
là que chacun, gouvernement, opposition, prendra sa responsabilité
devant le pays et devant les Français, à travers le vote de la
loi. Il n'y a pas d'autre manière de faire, il n'y a pas d'autre règle
en démocratie ". La démocratie reconnue par le PS,
comme par la droite, c'est une pseudo-démocratie, qui tient la population
à l'écart des décisions qui l'intéressent directement,
une démocratie qui s'arrête là où commencent les
intérêts des actionnaires, en l'occurrence, sur la question de
la Sécu, des assurances privées et des trusts pharmaceutiques.
C'est la démocratie parlementaire, étriquée, la seule que
peut concéder la bourgeoisie.
Le Parti communiste prétend, lui, offrir une véritable alternative.
" Dans les urnes et dans les luttes ", disaient les
affiches de campagne de Marie-George Buffet. Soit, mais tout dépend comment,
on se sert des élections et des institutions. A noter d'ailleurs que
dans les conseils régionaux, l'attitude du PC est à géométrie
variable. Plus exactement, et c'est un fait nouveau, les élus du Nord
pas de Calais, dont Bocquet, ont refusé toute vice-présidence
et se sont abstenus sur l'élection du président du Conseil régional,
afin de pouvoir garder leur entière liberté de parole et de vote.
C'est un fait positif qu'on peut mettre à l'actif de l'influence exercée
par l'extrême gauche. Mais c'est une attitude exceptionnelle, unique.
Mais ce devrait être la règle pour tout parti se réclamant
de la défense des intérêts du monde du travail.
Marie-George Buffet affirme vouloir mener la lutte contre les projets du gouvernement
sur la Sécurité sociale, mais elle aussi, comme les dirigeants
du PS, est ouverte à une concertation destinée à imposer
l'idée de la nécessité d'une réforme de la Sécu,
selon le même scénario que pour la réforme des retraites.
Le PC aussi, alors, jugeait que c'est au Parlement que se prennent les décisions,
et que le rôle des luttes se bornait à faire entendre, au Parlement,
des " propositions alternatives ".
Cette façon de concevoir les luttes est en relation avec la conception
plus générale d'un parti ayant pour objectif de participer au
pouvoir au sein des institutions et bien sûr au gouvernement. " Notre
vocation, c'est de gouverner, affirme Marie-George Buffet interviewée
par Libération à l'occasion de la parution de son livre
(Un peu de courage !). Mais on ne pourra pas y aller dans les
mêmes conditions qu'en 1997
Après 1981, 1988 et 1997, la gauche
ne pourra pas décevoir une quatrième fois. L'autre grande question,
c'est comment gérer notre participation gouvernementale
"
A une question du journaliste portant sur l'extrême gauche, elle avait
répondu auparavant : " Ce qui nous démarque
de l'extrême gauche, c'est que nous pensons que c'est la gauche tout entière
qu'il faut bousculer. Je ne pense pas qu'il y aura une alternative politique
en divisant la gauche ou qu'on puisse créer un pôle à l'extérieur
du PS qui établirait les conditions de cette alternative. C'est la gauche
qu'il faut révolutionner ! Aux régionales, c'est ce discours
qui a été entendu : nous portions la contestation du système
capitaliste, de la politique libérale du pouvoir, mais nous annoncions
que nous voulions le rassemblement au second tour pour faire gagner la gauche ".
" Faire gagner la gauche "
pour aller un jour
prochain au gouvernement avec le PS, voilà au moins qui est clair, et
on ne peut plus juste. Marie-Georges Buffet voudrait vanter un réformisme
conséquent et courageux qui n'a pas peur d'aller au charbon et, au final,
elle nous invite à tomber dans les bras du PS, c'est à dire, du
social-libéralisme qu'elle prétend combattre. L'alternative, réforme
ou révolution, s'exprime aujourd'hui en d'autre terme. La réforme,
c'est la soumission au social-libéralisme, l'impuissance et la passivité.
Il n'y a pas d'autre voie que la rupture avec le capitalisme, la révolution,
c'est-à-dire, au quotidien, la pratique consciente et lucide de la lutte
de classe. Nous, nous nous situons du point de vue de la classe salariée,
pas du point de vue du citoyen, c'est à dire le mensonge de la démocratie
bourgeoise qui prétend nier les classes.
S'engager pleinement dans les luttes sociales réelles, vouloir imposer
au gouvernement de reculer pour remballer son projet sur la Sécu, c'est
mener la lutte de classe sur tous les terrains, politiques et sociaux, sans
craindre d'affronter la prétendue légitimité du parlement
et tous ses défenseurs.
Pour notre part, nous ne craignons pas de dire au gouvernement comme au parlement,
qu'ils cèdent ou qu'ils partent !
Galia
Trépère
1998-2004 : L'extrême gauche consolide ses résultats mais perd au change
" Défaite "
pour les uns ; " laminée " pour les autres :
à en croire les commentaires avisés qui inondent la presse, l'extrême
gauche aurait connu son " 21 avril à l'envers "
lors du premier tour des régionales. À la présidentielle
de 2002 les trois candidats trotskiste dépassaient la barre des 10 %.
En 2004, les listes LO-LCR font moins de 5 %. Les chiffres semblent sans
appel. Et les " analystes " du Monde, de Libération
comme du Figaro ont déjà refermé le dossier !
L'extrême gauche est condamnée à la marginalité à
perpétuité
Le jugement serait plus nuancé si les 4,58 % de 2004 étaient
rapprochés des 4,38 % de 1998. Les listes LO-LCR ont rassemblé
1 077 824 voix le 21 mars, soit 140 000 de plus qu'il y a six
ans. La progression est limitée certes, mais incontestable. Et si la
loi n'avait pas été modifiée par la gauche d'abord, par
la droite ensuite, pour s'assurer des exécutifs stables, les révolutionnaires
auraient retrouvé leurs vingt-trois élus. Nous perdons au change,
et plutôt deux fois qu'une. Malgré une augmentation du nombre de
nos voix par rapport aux élections régionales de 1998, nous n'avons
plus aucune représentation dans les conseils régionaux !
Oui, nous consolidons nos scores de 1998 - scores présentés
à l'époque comme une
percée. Notre présence
s'est surtout diffusée sur l'ensemble du territoire. Il y a six ans,
LO et la LCR étaient en lice - séparément - dans
70 départements, mais seulement dans huit régions complètes.
En mars, les révolutionnaires étaient en compétition partout
dans le pays, à l'exception de la Corse. Dans sept des vingt-deux régions
métropolitaines, nos candidats dépassent la barre des 5 %
(Limousin : 6,61 % ; Picardie : 6,52 % ; Pays
de la Loire : 6,06 % ; Centre : 5,61 % ; Haute-Normandie :
5,58 % ; Nord-Pas-de-Calais : 5,10 % ; Champagne-Ardenne :
5 %). C'est également le cas dans trente-cinq départements.
Nous dépassons par deux fois les 7 % : dans la Sarthe avec
7,49 % et en Haute-Vienne avec 7,40 %. À huit reprises, nous
oscillons entre 6 et 7 % : Aisne (6,97 %), Oise (6,52 %),
Indre-et-Loire (6,49 %), Hautes-Pyrénées (6,42 %), Creuse
(6,33 %), Loire-Atlantique (6,24 %), Maine-et-Loire (6,20 %)
et Somme (6,12 %).
En revanche, l'extrême gauche recule, en 2004, en pourcentage et en voix,
dans vingt-cinq des soixante-dix départements où elle concourrait
en 1998. Cela mérite d'y réfléchir. Et, au-delà,
de ces quelques cas, cela pousse à s'interroger sur des résultats
globalement en deçà de ceux que les instituts de sondages laissaient
entrevoir jusqu'au premier tour.
Est-ce, comme d'aucuns l'expliquent, la conséquence d'une mauvaise campagne,
appuyée sur un mauvais programme ? Ce serait prêter à notre
programme un poids qu'il n'a - malheureusement ! - pas. Instiller
l'idée que le vote extrême gauche serait essentiellement un vote
d'adhésion est un non-sens, obscurcissant la situation, empêchant
de saisir ce qui s'est joué en mars dernier. Ce n'est pas une surprise :
de nombreux électeurs ont voté Arlette Laguiller, Olivier Besancenot
ou Daniel Gluckstein en 2002 pour sanctionner la gauche gouvernementale au pouvoir
depuis cinq ans, sans pour autant adhérer à nos idées.
Nous ne sommes plus en 2002 !
Et, revenu dans l'opposition, l'ex-gauche plurielle a d'autant mieux capté
les suffrages de ceux qui s'en étaient détournés qu'elle
était la seule permettant de sanctionner la droite et de la balayer des
exécutifs régionaux. C'est ce qui explique le " vote
utile " dès le premier tour pour la gauche gouvernementale,
réduisant dans de nombreux départements les résultats des
listes LO-LCR. La très forte mobilisation au second tour - une augmentation
sans équivalent de 1 500 000 suffrages exprimés ;
3 000 000 de voix supplémentaires gagnées par la gauche -
a démontré cette volonté d'en finir avec la droite, coûte
que coûte, quitte à voter pour ces partis de gauche désertés
par les mêmes électeurs il y a deux ans. De surcroît, la
présence de listes autonomes, notamment celle du PCF, a détourné
une frange de l'électorat qui avait préféré l'extrême
gauche en 2002 et en 1998 - une fraction des électeurs communistes,
fautes de listes autonomes du PCF aux régionales de 1998 dans quasi tous
les départements, s'étaient reportés " naturellement "
sur celles de LO et de la Ligue, gonflant ainsi nos rangs.
Ces deux éléments éclairent d'un autre jour les résultats
de nos listes. Les rares études qualitatives disponibles sur l'électorat
de l'extrême gauche insistent d'ailleurs sur la combinaison d'un " vote
d'adhésion " aux idéaux et projets des révolutionnaires,
d'un " vote sanction " contre la politique de la gauche
gouvernementale et d'un " vote d'influence " visant à
aiguillonner la politique d'une gauche au pouvoir - la part du second et
troisième terme fluctuant selon que la gauche gouverne ou non. Cela s'est
pleinement révélé en 2002 par les votes d'électeurs
se réclamant par ailleurs du PS et du PCF pour l'extrême gauche
et ses candidats.
On glose beaucoup sur la " vague rose " qui aurait balayé
les candidats LO-LCR. Mais justement
La résistance des révolutionnaires
dans ce contexte doit être soulignée. Nos 4,58 % ont dès
lors un autre poids, attestant qu'une frange significative de la classe ouvrière
a rompu avec le social-libéralisme et ses représentants. Devancer
les listes du PCF en Gironde, dans les Landes, en Haute-Loire, dans le Doubs
et en Haute-Saône, celles des Verts en Corrèze, dans la Creuse
et en Haute-Vienne, a pour les révolutionnaires un caractère inédit.
Et des études au niveau des bureaux de vote démontreraient certainement
la consolidation d'un électorat d'extrême gauche dans nombres de
quartiers ouvrier autrefois acquis au parti communiste.
Cette rupture est fondamentale. Elle marque toute la période ouverte
par la chute du stalinisme. C'est elle qui fonde le projet d'un parti révolutionnaire
des travailleurs ; c'est elle qui fixe aux militants de la Ligue, de LO
et du PT des responsabilités nouvelles. Sous ce rapport, la référence
à 1981 qu'on retrouve ici et là pour souligner l'importance de
la " vague rose " comporte le risque de gommer ce qui distingue
1981 et 2004. La victoire de Mitterrand était l'aboutissement d'un long
processus d'union de la gauche amorcé en 1965 s'appuyant sur un PS et
surtout un PCF implanté dans la classe ouvrière et bénéficiant
de nombreux relais, syndicaux notamment. Après plus de vingt années
dans l'opposition pour les socialistes, plus de trente pour les communistes,
la gauche unie derrière Mitterrand revenait au pouvoir.
Nous ne sommes plus en 1981. Et vingt années de politique antisociale
sous la droite comme sous la gauche ont laissé des traces durables. Le
basculement des régionales, deux ans seulement après le 21 avril,
s'inscrit dans une toute autre séquence que 1981, marquée en profondeur
par l'accélération de la vitesse avec laquelle s'usent les équipes
de gauche et de droite aux affaires. 2004 élargit la fracture ouverte
en 2002.
" Les listes LO-LCR n'ont pas confirmé la percée
de la présidentielle de 2002 ", s'entêtait la semaine
passé Le Figaro. Le Monde de mercredi fait dans la surenchère
: nous aurions été " Battues dans les urnes ".
Mais si les uns et les autres s'en donnaient la peine ils constateraient que
les régionales de 1998 déjà n'avaient pas " confirmé "
le score historique d'Arlette Laguiller en 1995. L'histoire se répète.
Les résultats cumulés de LO et de la LCR étaient bien loin
d'atteindre les 1 615 552 voix d'alors. Et cela n'a pas empêché
le 21 avril, et les près de trois millions de suffrages pour les candidats
révolutionnaires ! La sentence de nos détracteurs sur notre
prétendue disparition de la scène serait toute différente
s'ils prenaient, comme élection de référence, au lieu de
la présidentielle, les législatives organisés à
quelques semaines d'intervalles seulement. Le différentiel est autrement
significatif. Les candidats de LO et de la Ligue ont rassemblé 622 451
voix en juin 2002 (2,47 % des exprimés), soit une perte sèche
de 2 300 000 électeurs. Partant, le rebond de 2004 est impressionnant :
avec 1 077 824 voix les listes LO-LCR doublent quasiment leur score.
Ironie de l'histoire, on trouve ce type de rapprochement hasardeux y compris
dans l'extrême gauche française et internationale.
Les faits sont têtus. Si on s'en tient au scrutin de même type,
la progression de la gauche révolutionnaire est continue depuis 1995.
Elle est parfois fulgurante comme entre les présidentielles de 1995 et
2002, plus limitée pour les autres élections. Les législatives
de 2002 n'échappent pas à la règle. Le gain est de 80 000
voix sur 1997. Les sondages calculant la sympathie pour l'extrême gauche
concorde avec cette analyse : 1 % en 1988, 1,5 % en 1995 et 4 %
aujourd'hui. L'augmentation enregistrée est continue depuis quatorze
ans, et correspond au socle électoral constaté lors des régionales.
Mais le changement intervenu depuis 1995 ne se mesure pas uniquement en nombre
de sympathisants ou d'électeurs, polarisés, fidélisés.
Il apparaît d'abord dans les cortèges de l'extrême gauche.
L'affluence aux meetings des régionales, souvent plus nombreuse qu'en
2002, témoigne de la profondeur des transformations en cours. Nos scores
électoraux rappellent les difficultés qui demeurent pour que s'exprime
une conscience de classe débarrassée du poids du passé,
pour qu'émerge une nouvelle expression de la radicalité dont les
grèves et les manifestations sont porteuses depuis dix ans.
Les suffrages captés par les candidats du PCF en mars sont autant de
voix en moins pour ceux de LO et de la LCR. Ils soulignent en premier lieu qu'il
ne suffit pas que les révolutionnaires se rassemblent pour les élections
pour incarner une alternative crédible. D'une certaine façon,
nous ne le serons jamais sur ce terrain-là ; nos réponses
appellent autre chose qu'un bulletin de vote. Mais nos voix, comme celles que
nous n'arrivons pas à attirer, sont autant d'indices sur le chemin à
parcourir pour sortir l'extrême gauche de la situation dans laquelle elle
est restée pendant des décennies, pour qu'elle se pense comme
une direction pour le mouvement ouvrier. Cela nécessite une révolution,
à commencer chez les révolutionnaires et dans leur organisation
afin que nous sortions de l'état d'esprit de petits groupes rivaux pour
penser et agir comme un parti.
Les mois à venir seront décisifs. Une nouvelle campagne LO-LCR
débute, au moment où la droite engage une nouvelle confrontation
avec la classe ouvrière. Les Européennes sont évidemment
une tribune idéale pour populariser le programme d'action des révolutionnaires.
Elles doivent, en premier lieu, être un tremplin à la mobilisation.
Serge
Godard
Echos des rencontres militantes contre les licenciements de Rennes
Samedi 17 avril
a eu lieu à Rennes une réunion de militants d'entreprises concernées
par les plans de licenciements en réponse à l'appel lancé
par les salariés de Thomson et de STMicroélectronics (en lutte
contre les 700 suppressions d'emplois). Cet appel visait à : " refuser
ce fatalisme qui consiste à dire et à tenter de nous faire croire
que l'on ne peut rien faire contre les plans sociaux. "
" appeler l'ensemble des salariés, des travailleurs intérimaires
et précaires, confrontés à des plans sociaux, avec leurs
structures de luttes et leurs organisations syndicales à se rencontrer. "
" fédérer nos expériences et jeter les bases
d'un grand mouvement contre cette barbarie sociale. " Ces licenciements
" répondent à une logique de course aux profits de
la part de sociétés faisant d'énormes bénéfices. "
Avec près de 200 militants, d'une vingtaine d'entreprises, venus de Bretagne,
de Bordeaux, Paris, Rouen, Grenoble, Cholet, des Charentes, etc., représentants
tous les syndicats, CGT, CFDT, SUD et même CFTC qui ont répondu
à cet appel, cette première rencontre est un succès.
La dénonciation des licenciements boursiers a été importante
(Michelin/Cholet, LU-Danone, STM, Euro-Moteurs). De même pour la sous-traitance
et la précarité.
Un camarade de la menuiserie de Saint Nazaire a raconté que 70 %
des travaux des Chantiers étaient fait par la sous-traitance et qu'au
mois de mai, près de 8000 salariés risquaient de se retrouver
sur le carreau du fait du manque de construction prévue, ajoutant qu'il
allait falloir se battre très fort.
Un autre de CPCF de Bordeaux a appelé à lutter contre toutes les
formes de licenciements, tandis qu'un militant de SKF-Seine et Marne demandait
une loi interdisant tous les licenciements dans les entreprises qui font des
profits.
Des salariés d'Alstom Saint-Malo ont dénoncé les subventions
du Conseil de l'Europe pour fermer leurs entreprises. Ils ont dit comment de
nombreux salariés sont non seulement victimes de la perte de leur emploi,
mais perdent aussi leurs repères sociaux et familiaux en se retrouvant
dispersés.
Le Collectif de Rouen a raconté comment il s'était créé.
Des salariées du textile ont fait le bilan du sinistre des entreprises
de Bretagne qui disparaissent les unes après les autres, les patrons
délocalisant au Maroc, en Tunisie, dans les pays de l'Est et en Asie
sans qu'aucune mesure véritable de reclassement ne soit prise.
Ceux de Métal-Europ, eux, ont créé une association :
" Cur de Fondeurs ", qui regroupe 97 %
des anciens travailleurs. Elle se donne pour but de soutenir moralement et d'agir
en justice pour obtenir réparation du préjudice. Ils ont dénoncé
les fédés et les confédés qui se contentaient de
leur dire : " Battez-vous les gars ", tout comme
les élus qui " légifèrent, mais pas sur la
défense de l'emploi. ".Ils ont donné un coup de
chapeau à l'action des femmes, qu'elles soient salariées ou femmes
de salariés.
Beaucoup ont tenu à dire que ce n'est pas parce que les confédérations
et fédérations ne faisaient rien, voire étaient un obstacle
à la mobilisation, qu'il fallait se résigner. Un salarié
de Noxia Froid précisant qu'il " était venu à
cette réunion pour chercher des solutions avec les autres ".
Un avocat, Maître Brun, a raconté l'évolution du droit sur
le licenciement depuis trente ans, et Thierry Renard de Sud a dénoncé
les projets du Medef et le contenu du rapport de Virville.
Le débat qui a suivi s'est nourri des expériences des uns et des
autres. Beaucoup ont rappelé LU-Danone, se demandant s'il ne fallait
pas prévoir et organiser une manifestation nationale. D'autres se sont
posé le problème de contourner l'obstacle des Fédérations
et des Confédérations. Un autre qu'il ne fallait pas se faire
d'illusions sur le résultat des élections régionales. La
question d'une coordination nationale, d'une fédération des entreprises
en lutte a été posée, celle d'un appel national également
ainsi que la façon de s'adresser aux autres salariés pour créer
les conditions d'un mouvement d'ensemble.
L'échange des idées sans arrières pensées et sans
sectarisme était au cur de la rencontre.
Si les discussions ont été riches, cette première réunion
s'est terminée par un simple engagement à se revoir pour explorer
toutes les pistes. La question des perspectives reste totalement ouverte.
Mais ce manque n'a pas ébranlé la détermination des participants.
Tout au contraire, ils tenaient à exprimer leur satisfaction d'être
venus, de travailler à continuer pour construire un réseau militant
afin de sortir de l'isolement dans lequel les attaques boite par boite tentent
de nous enfermer.
Ces réunions s'inscrivent pleinement dans les évolutions depuis
95 au sein du monde du travail, avec les comités inter-pro, les comités
de liaisons, la manif du 9 juin des Lu-Danone.
Ils traduisent une volonté militante à la base de faire sauter
les verrous, prendre langue avec les autres, chercher des solutions et des perspectives
communes. Ce sont de nouvelles graines de semer. Et les révolutionnaires
se doivent d'en être, pour écouter, réfléchir en
commun, faire connaître partout ces initiatives et proposer des perspectives,
formuler ensemble une politique pour les luttes.
Charles
Boulay
La Chine : de la révolution nationale à l'intégration au marché
Après son intégration dans l'OMC en 2002, la Chine vient d'introduire,
le 5 mars dernier, une modification de sa Constitution, à propos des
" biens privés légaux " déclarés
désormais " inaliénables ". En fait,
la propriété privée a été réintroduite
depuis longtemps, mais c'est un processus qui s'accélère.
Comment est-on passé d'une révolution paysanne, en 1949, d'une
mobilisation de millions de paysans qui relevaient la tête face à
l'exploitation féodale, d'une révolution dirigée par des
communistes qui, quelques années plus tôt se réduisaient
à une poignée de combattants de la Longue Marche, réfugiés
dans les montagnes, à une Chine intégrée aujourd'hui dans
le marché mondial, immense terrain ravagé par la mondialisation
capitaliste ?
La révolution de 1949 a eu une portée immense puisqu'elle a permis
à la Chine de sortir de la féodalité par des méthodes
radicales, elle a suscité l'enthousiasme de jeunes révolutionnaires
en Europe qui se sont dits " maoïstes ".. Et
surtout, elle a ouvert la voie, au décours de la Deuxième guerre
mondiale, aux bouleversements révolutionnaires des mouvements de décolonisation
qui ont mis en branle des millions d'opprimés contre l'impérialisme.
La révolution chinoise nous intéresse aussi parce qu'elle a suscité
de nombreux débats au sein de l'extrême gauche et en particulier
du mouvement trotskiste, autour de la théorie de la révolution
permanente de Trotsky. Trotsky écrivait en 1928-31 : " Pour
les pays à développement bourgeois retardataire et, en particulier
pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution
permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs
tâches démocratiques et de libération nationale ne peut
être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de
la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes ".
Est-ce que la théorie de la révolution permanente s'est vérifiée
à travers les évènements en Chine ? Est-ce qu'elle permet
d'expliquer la nature du maoïsme qui aurait accompli les " tâches
démocratiques et de libération nationale " ?
En réalité, le problème est complexe et a suscité
de nombreux débats qui restent encore actuels aujourd'hui.
Pour chercher à comprendre l'évolution de la Chine, il faut revenir
sur son passé révolutionnaire. Un passé révolutionnaire
riche puisqu'il y a eu au 20ème siècle trois révolutions
: une première en 1911 qui a imposé une république, une
deuxième en 1925, dans la foulée de la révolution russe
et de la vague révolutionnaire des années 20, qui a été
écrasée en 1927, - que Harold Isaacs décrit dans son
livre la " tragédie de la révolution chinoise " -,
et la révolution victorieuse de Mao et du parti communiste en 1949. Pour
essayer de comprendre où va la Chine, question qui n'est pas simple et
qui reste ouverte, il ne s'agit pas de faire des pronostics.
Continent à elle seule, grand comme les Etats-Unis, avec une population
de plus d'1,2 milliard d'habitants qui représente un cinquième
de la population mondiale, les changements en cours en Chine sont d'une portée
primordiale.
Quels sont les rapports qui vont se créer avec la grande puissance d'Extrême-Orient,
le Japon, rivale pour le contrôle de l'Asie ? Quel rôle peut
jouer la classe ouvrière chinoise, une des plus nombreuses du monde,
avec ses 286 millions de travailleurs, dans cette évolution ? L'évolution
en cours des conditions objectives portent-elles en elles-mêmes le mûrissement
d'une nouvelle révolution pour le 21ème siècle ?
Ce texte vise à apporter des éléments de discussion dans
le cadre du débat qu'impose au mouvement trotskiste, plus largement au
mouvement révolutionnaire, l'évolution actuelle de la Chine.
Olivier Thomas et Valérie Héas
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