| Débat militant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°56
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11
décembre 2004
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| Sommaire : | ||||||||||
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Les partis de gouvernement empêtrés dans la cohabitation et la pensée unique |
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| Petites et grandes manuvres après la victoire du " oui " au PS. François Hollande n'impose pas son nom | ||||||||||
| Notes de lecture : Impérialisme et militarisme : actualité du XXIéme siècle | ||||||||||
| Socialisme ou barbarie, l'actualité de la perspective révolutionnaire | ||||||||||
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Les partis de gouvernement empêtrés dans la cohabitation et la pensée unique
28
novembre, 1er décembre, le grand show de Sarkozy au congrès de
l'UMP, le referendum du PS sur la Constitution européenne. Les deux événements
ont été abondamment commentés dans le petit monde de la
classe politique et de ses analystes, suscitant avant qu'ils aient lieu, toutes
sortes d'hypothèses. N'allaient-ils pas créer l'événement,
bouleverser la vie politique, voire, chose extraordinaire après tant
d'années de cohabitation, faire renaître un clivage gauche-droite
dont la disparition s'était manifestée avec fracas dans la crise
du 21 avril 2002 ?
La rupture n'a pas eu lieu. Le 1er décembre, le Parti socialiste a confirmé,
par un vote nettement majoritaire lors de son referendum interne, son adhésion
à l'Europe libérale. Une " bonne nouvelle "
saluée avec satisfaction et empressement par Giscard, Barroso, le nouveau
président de la Commission européenne et bien entendu, Chirac
qui n'a pas manqué d'en souligner la signification par une accolade démonstrative
au Premier ministre socialiste espagnol, Zapatero. D'ores et déjà
est annoncé pour le 11 février 2005 un grand meeting européen
pour le " oui " à la Constitution, dont les
têtes d'affiches seront Chirac, Schröder, Zapatero.
Au point que les dirigeants du PS supplient maintenant Chirac de dissocier le
referendum sur la Constitution du " débat national ",
d'être fair-play
Donnant, donnant, en somme.
De cette piètre comédie, paraît sortir grandi le petit Nicolas,
Sarkozy, qui " y pense " plus que jamais et s'est fait introniser
à la tête de l'UMP, le 28 novembre, dans un show à l'américaine,
aussi spectaculaire que ridicule. Sur l'estrade du Bourget, il a égrené
le chapelet de ses préjugés réactionnaires, mettant au
rang de " ses valeurs essentielles " le " travail,
dont l'ambition ultime semble être de s'en débarrasser pour en
faire le moins possible " et " la patrie : la
France, République si généreuse avec ses enfants, se trouve
si souvent malmenée ou insuffisamment aimée en retour ! ".
Il s'est attaqué aux fonctionnaires : " nul ne peut
prétendre être installé à vie dans un statut que
son mérite ne justifie plus ", " à
l'assistanat et au nivellement ", et n'a pas manqué de
redire son intention de faire que " la République se saisisse "
des " questions " religieuses " parce que, a-t-il déclaré,
je ne veux pas d'argent de l'étranger pour financer nos lieux de cultes
et que je ne veux plus d'imans qui ne parlent pas un mot de français ".
La
nouvelle donne rattrapée par le passé
Travail, famille, patrie, religion et communautarisme, tels sont les ingrédients
de la démagogie populiste dont Sarkozy entoure son programme. Le programme
en lui-même est semblable à celui du gouvernement Raffarin parce
qu'il répond aux exigences du Medef, il est réactionnaire. Charlie
Hebdo a publié récemment des extraits d'un discours de Dutreil,
ministre de la Fonction publique et de la réforme de l'Etat, à
la Fondation Concorde, un club à penser de la droite, qui donne un exemple
des objectifs que se fixe le gouvernement contre les fonctionnaires : " Les
retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à
la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très
lourdement. [
] Licencier dans les back office de l'Education nationale,
c'est facile, on sait comment faire. [
] Mais pour les enseignants, c'est
plus délicat. Il faudra faire un grand audit. " Mais c'était
dit pour ainsi dire en privé, ou du moins dans un club restreint.
Sarkozy, lui, se présente publiquement comme le candidat du " changement ",
du parler vrai, en rupture avec la " pensée socialiste ",
c'est-à-dire avec Chirac et la cohabitation. Il veut incarner une " droite
décomplexée ", encore plus réactionnaire.
A peine Sarkozy avait-il organisé son sacre de candidat pour 2007 que
Chirac reprenait l'offensive, s'affichait avec Zapatero, ressortait Juppé,
autre candidat possible pour 2007 et remettait en selle Raffarin, accompagné
d'une brochette de ministres.
Gaymard, proche de Chirac, remplace Sarkozy à l'Economie : " D'un
profil plus lisse, plus sage, plus social que son prédécesseur,
ce n'est pas le genre à déplacer les lignes, à réclamer
une "réforme profonde" des 35 heures ou à ouvrir tous
les fronts à la fois. Avec Gaymard, on peut dire sans se tromper qu'un
autre style va s'installer à la tête de la politique économique,
même si, ajoute le journal, sur le fond, celle-ci ne devrait guère
changer
même si le cuisinier change, le menu est le même,
reste à savoir si la sauce prendra ".
Le contrat de Raffarin pour 2005, c'est encore plus d'heures supplémentaires
pour les patrons au-delà des 35 heures, et lorsqu'il prétend faire
baisser le nombre des chômeurs de 10 %, il n'est question que de
contrats précaires baptisés du nom de " contrats d'avenir ",
d'emplois de " services à la personne ", autrement
dit de domestiques, d'apprentissage et surtout de radiations plus nombreuses
des chômeurs grâce à un contrôle renforcé. La
loi Borloo de " cohésion sociale " est un concentré
d'attaques contre les droits du monde du travail.
Et on voit Villepin reprendre les idées de Sarkozy sur le financement
des cultes religieux, lui aussi veut des " imams parlant français ".
" Chirac-Sarkozy : la nouvelle donne ", titraient
à la une les Echos, le 29 novembre, au lendemain de son intronisation
à la tête de l'UMP. De fait, c'est cette rivalité, bien
plus que la pseudo-opposition entre le gouvernement et le PS, qui domine la
vie politique et l'entraîne encore plus à droite.
Quant au Medef, il exerce sa pression en permanence. " On ne nous
écoute pas à gauche, on ne nous écoute pas à droite
[...] Nous sommes des déçus de l'alternance ", déclarait
récemment Seillière à France Europe Express. Les entreprises
françaises ont fait 8 milliards d'euros de profits sur le seul dernier
trimestre, mais le patronat réclame encore, aucun gouvernement n'en fait
assez ni ne trouve grâce à ses yeux.
La
cohabitation " en haut " contre la " La France
d'en bas "
Pour faire accepter sa politique auprès de l'opinion, Chirac a pu bénéficier
du consensus républicain du 5 mai 2002 que le PS lui offre aujourd'hui
une nouvelle occasion de prolonger. Mais rien n'y fait, personne n'est dupe,
sa politique n'est pas pour autant acceptée, loin de là.
Dans le même discours cité plus haut, Dutreil, le ministre de la
Fonction publique, exprimait les véritables difficultés du gouvernement.
" Comme tous les hommes politiques de droite, j'étais impressionné
par l'adversaire [les salariés de la Fonction publique]. Mais je pense
que nous surestimons considérablement cette force de résistance.
Ce qui compte en France, c'est la psychologie, débloquer tous ces verrous
psychologiques. "
" Le problème que nous avons en France, c'est que les gens
sont contents des services publics. L'hôpital fonctionne bien, l'école
fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours,
expliquer que nous sommes à deux doigts d'une crise majeure
".
En un mot, mise à part quelques troublions, éternels mécontents,
tout va très bien, Monsieur le président
En effet, vu d'en haut, tout semble aller très bien. Le gouvernement
est discrédité, sa politique suscite mécontentement et
révolte mais il réussit à la faire voter et appliquer.
Il bénéficie de l'appui que lui apportent tant le Parti socialiste
que les directions des grandes confédérations syndicales.
Réagissant au remaniement ministériel, le dirigeant de FO, Mailly,
" attend du gouvernement qu'il dégage des marges de manuvre
pour soutenir la consommation " et qu'il " relance
l'activité économique ". Quant à Thibault,
ses objectifs sont l'unité syndicale
avec la CFDT et un million
d'adhérents et il s'affirme encore et toujours prêt à négocier,
y compris le nouveau contrat de travail que vient d'annoncer Borloo, une sorte
de contrat d'intermittence faisant alterner période de travail, chômage
et formation, le tout pris en charge par l'Etat et les collectivités
locales.
Mais cet atout pour le gouvernement, cet appui, préparent un retournement
de situation. Le social-libéralisme, la pensée unique, qui a pesé
sur le mouvement social et l'a paralysé, n'est plus vraiment opérant.
Le PS et ses alliés, comme les bureaucraties syndicales sont entraînées
dans le même discrédit que le gouvernement Raffarin lui-même.
Une
expérience politique à large échelle qui mûrit les
conditions de l'émergence d'un parti des travailleurs
L'atonie de la situation sociale ne doit pas masquer l'état d'esprit
réel des salariés, et en particulier, des jeunes générations.
La politique réactionnaire du patronat et du gouvernement, le recul social
qu'elle entraîne, la précarité et la misère, suscitent
mécontentement et révolte qui ne parviennent pas à s'exprimer
dans un mouvement d'ampleur nationale, même limité à un
seul secteur, mais qui se manifestent dans chaque mobilisation partielle, locale,
où les travailleurs ont le sentiment qu'ils peuvent contrôler eux-mêmes
leurs luttes.
Les travailleurs sont bien conscients que seule leur mobilisation, leurs luttes,
peut enrayer l'offensive patronale et gouvernementale, mais ils sont bien conscients
aussi du rapport de forces. En l'absence d'une direction pour les luttes, alors
qu'une profonde défiance, légitime, s'exprime à l'égard
des grandes confédérations syndicales, à quoi bon participer
à des journées d'action qu'on sait être sans lendemain si
on n'a pas la force, nous-mêmes, d'en faire la première étape
d'un véritable mouvement.
Malgré tout, la journée du 7 décembre dans l'Education
nationale n'a pas été l'échec annoncé et attendu.
Dans bon nombre d'établissements, elle a donné lieu à des
assemblées générales et des discussions sur les moyens
de s'opposer à la loi Fillon. Les manifestations, qui étaient
loin d'être ridicules, ont vu refleurir les banderoles du mouvement du
printemps 2003, les tracts d'établissements, et les cortèges étaient
particulièrement dynamiques et très jeunes, incluant parfois des
lycéens.
Depuis, les quelques mois qui nous séparent du mouvement de 2003, c'est
une expérience politique à grande échelle qui s'est faite
: dissipation des dernières illusions qu'avait pu susciter le PS, hypocrisie
du " virage social " du gouvernement, menace d'un populisme
réactionnaire à la Sarkozy, politique de collaboration des directions
syndicales, confirmée par la dernière " rentrée
sociale "
L'expérience continue, la conviction se renforce qu'il ne faut pas attendre
d'en haut les changements, ni des partis des gouvernements ni des directions
des appareils syndicaux.
Cette maturation des consciences crée les conditions de l'émergence
d'un parti des travailleurs en tant qu'instrument pour les luttes.
Galia
Trépère
Petites
et grandes manuvres après la victoire du " oui " au PS
François Hollande n'impose pas son nom
" Je
ne veux pas de maisonnettes à côté de la maison centrale.
Le PS n'est pas un lotissement, c'est un immeuble collectif, et il faudra veiller
à ce qu'il n'y ait pas de tapage nocturne ", a martelé
François Hollande à l'issue du conseil national réuni samedi
4 décembre à Paris. Rasséréné par les presque
59 % de " oui "
lors du référendum interne au PS sur la Constitution européenne,
le député de Corrèze pose ces conditions.
Désormais, il dit " je ". Hollande est le patron ;
et il revendique d'autant plus ce titre aujourd'hui qu'il porte l'entière
responsabilité de cette consultation directe des militants à haut
risque sur l'Europe : il a décidé seul d'en appeler au vote
des socialistes, une proposition inédite que d'aucuns jugeaient " merdique ",
à l'instar de Jack Lang.
" Il y avait deux réponses possibles, il n'y en a plus qu'une
au PS, c'est le "oui", il y aura une seule campagne, pas deux, reprend
en boucle Hollande. Nous sommes le parti de la démocratie mais aussi
celui de la cohérence ". Les 120 027 militants ont
tranché : 58,62 % pour le " oui ", 41,38 %
pour le " non " ; et la participation atteint 83,19 %
- un résultat record proche de celui du congrès d'Épinay
où François Mitterrand avait pris en main le Parti socialiste
en 1971.
Le parti ne sort pas pacifié des trois mois de campagne où les
militants socialistes se sont entredéchirés. Tant s'en faut !
Fabius est neutralisé, au moins momentanément, comme l'ensemble
des courants défendant le " non " à la Constitution
européenne ; mais un rejet du traité au printemps 2005 redistribuerait
entièrement le jeu. Et l'arrivée à la tête du PS
de Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang qui ne font nullement
mystère de leurs ambitions présidentielles porte le danger au
sein même du camp du " oui "
Un
vote dans la continuité de vingt années de politique anti-sociale
La prochaine étape interne au calendrier du premier secrétaire
est le projet socialiste pour 2007 dont la troïka Aubry DSK Lang a la charge.
L'enjeu, aux yeux du député de Corrèze, est de préparer
le rapide retour aux affaires de la gauche gouvernementale que les résultats
électoraux du PS en 2004 laissent augurer.
Sur France 2, le 9 décembre, François Hollande a cherché
à dessiner les contours du projet d'une " gauche durable "
pour 2007. Il n'est jamais question, bien sûr, de mobilisations ouvrières
pour s'opposer aux attaques de la droite contre les acquis du monde du travail
dans le discours du premier secrétaire. La présidentielle et les
législatives accaparent, en revanche, toute son attention.
Retraites, assurance-maladie, EDF, 35 heures, fonctionnaires, Air France :
Hollande botte en touche. " Je veux en finir avec le double discours "
qui fait du PS " le parti le plus à gauche dans l'opposition "
tranche-t-il. Quels sont ces engagements en cas de retour au pouvoir du PS ?
" Nous n'augmenterons pas les impôts mais nous ne les baisserons
pas ", a-t-il consenti. Et encore, le député de
Corrèze entendait utiliser ces " Cent minutes pour convaincre "
que " le social-libéralisme n'est pas [son] modèle " !
Le " réformisme de gauche " auquel se réfère
Hollande n'est pas nouveau. Pas plus que l'adhésion des socialistes à
la Constitution européenne ne marque une rupture. Et il suffit de confronter
les positions du PS d'aujourd'hui à celles d'hier pour s'en convaincre.
Par ailleurs, faire accroire que Fabius est le garant du " socialisme
français " est cocasse. C'est lui qui a endossé
la responsabilité du tournant de la rigueur en succédant à
Mauroy en 1984. C'est lui qui, en 1986, a négocié et signé
l'Acte unique. C'est encore Fabius qui, en 1992, lançait au côté
de
Valéry Giscard d'Estaing la campagne unitaire UDF-PS pour le
" oui " à Maastricht. Et, de surcroît, l'ancien
locataire de Matignon et ses proches prétendent faire toujours partie
de la majorité issue du congrès de Dijon qui a entériné
en mai 2003 la social-libéralisation du PS. L'appel de Fabius en faveur
du " non " ne remet nullement en cause la politique qui
a toujours été la sienne, et ce jusqu'au gouvernement Jospin dont
il a été le ministre de l'Économie et des Finances.
Leur campagne pour un " non " du PS à la Constitution
européenne n'exonère pas plus les Mélenchon et consorts
qui ont découvert le " social-libéralisme de soumission "
après le 21 avril, soulignant que c'était moins le bilan de la
gauche plurielle que l'échec électoral qui, à leurs yeux,
imposait de tourner la page.
Au-delà des hommes et des femmes, ce sont les idées imprégnant
l'orientation des gouvernements de gauche depuis l'élection de Mitterrand
à la présidence de la République en 1981 qui prévalent.
Refuser cette évidente continuité conduit immanquablement à
attribuer aux tenants du " non " des vertus qu'ils n'ont
pas.
Un
" non " à la Constitution européenne qui en rappelle
d'autres
Une idée curieuse se répand depuis le 1er décembre :
celle de la force inattendue du " non ". Que le " non "
socialiste ait rassemblé un peu plus de 40 % des suffrages n'est
pas négligeable effectivement, mais nullement une surprise.
À Dijon, les trois motions minoritaires - celles présentées
par Nouveau Monde, par le Nouveau Parti socialiste et par Forces militantes -,
qui déjà faisaient campagne contre la Constitution, pesaient 38 %.
Les partisans de Fabius ne s'étaient plus comptés depuis le congrès
de Rennes en 1990 où ils avaient réuni 28,84 % des suffrages,
mais ils étaient toujours crédités de 15 %. L'addition
des voix des courants minoritaires en mai 2003 et des fabiusiens devait logiquement
assurer la victoire du " non "
On est donc loin du
compte.
De surcroît, ce n'est pas la première fois qu'une pareille proportion
des adhérents du PS s'oppose à la construction néolibérale
de l'Europe, comme on l'écrit parfois. En 1996, la Gauche socialiste
avait soumis au vote un amendement appelant à " tourner
la page de Maastricht " ; la proposition de la GS avait obtenu
40,7 % - et ce, sans le renfort des troupes de Laurent Fabius qui
se battaient alors pour le respect des critères de convergence.
Numériquement le " non " ne marque aucune évolution,
sinon à la baisse donc.
Bien plus remarquable à noter que la force arithmétique du " non "
est la faiblesse politique de ses représentants, l'inconsistance de leur
combat. Pour mémoire, la Gauche socialiste a applaudi en 1997 à
l'arrivée de Jospin au pouvoir, et encensé continûment sa
politique jusqu'au 21 avril.
Que Fabius puisse apparaître comme le chef de file des opposants à
cette prétendue Constitution témoigne des limites d'un " non " :
aucun des courants qui le défend n'attaque réellement le bilan
des années Jospin. Et pour cause : tous, à un titre ou à
un autre, ont participé au pouvoir.
On parlait d'implosion du PS ; d'aucuns dissertent encore sur la rupture
du 1er décembre : pas les protagonistes du " non ".
" Je ne commettrai pas l'erreur de déserter le socialisme
pour l'abandonner à ceux qui le dévoient, prévient,
tonitruant, Emmanuelli. Je ne leur ferai pas le cadeau d'aller dissoudre
les forces électorales socialistes dans des tentatives sans traduction
politique ". " Je ne signerai pas avec Copernic ",
précise-t-il à l'adresse des militants socialistes tentés
d' " aller voir ailleurs ". L'impayable Mélenchon
avait lâché le pot aux roses avant même le vote des socialistes
dans Libération le 1er juillet 2004 : " il faudra bien
que le oui et le non de gauche se retrouvent sur un candidat à la présidentielle ".
C'est tout l'enjeu des mécanos qui se mettent en place pour rassembler
" oui de gauche " et " non de gauche ".
Au premier rang, on trouve le PCF et, dans son sillage, les maigres troupes
de " la gauche de la gauche ", regroupées
lors des régionales en Île-de-France dans Alternative citoyenne.
À l'époque, le président de la Fondation Copernic, le grand
ordonnateur aujourd'hui de " l'appel des 200 ", Yves Salesse,
annoncé un temps candidat dans la région Sud-Est, avait apporté
un soutien appuyé à l'orientation initiée par Marie-George
Buffet.
La volonté de rééquilibrer " la " gauche
au profit de sa composante non-socialiste alimente les reclassements. Et le
" non de gauche " se présente comme un laboratoire
idéal pour explorer les rapprochements entre " anti-libéraux ".
C'est le sens des propositions du PCF.
Mais il faudra un peu plus que les rodomontades de Buffet sur France 2, le 9
décembre, pour faire oublier sa participation et celle des communistes
au gouvernement Jospin pendant cinq ans.
Des
mécanos pour rassembler " oui de gauche " et " non de
gauche "
Se démarquer de ce marigot est la première des obligations.
Les révolutionnaires doivent dire " non " à
la constitution, et le faire entendre. Mais exprimer un " non "
vraiment de gauche, c'est commencer par refuser de se joindre à ceux
qui comme les dirigeants du PCF et des Verts disent " oui "
aux socialistes depuis des décennies au Parlement, dans les régions,
dans les départements comme dans les villes. La direction Buffet comme
les minoritaires des Verts n'incarnent nullement l'alternative dont la classe
ouvrière a besoin.
Affirmer un " non " indépendant des divers rabatteurs
de voix pour le PS est un préalable pour développer une campagne
unitaire digne de ce nom.
Un ralliement des révolutionnaires aux cadres initiés par les
alliés des socialistes serait une dérobade devant leurs responsabilités
alors que s'affirme depuis 1995 un pôle en rupture avec la gauche gouvernementale
et ses nouveaux ralliés que symbolise Alternative citoyenne en Île-de-France.
L'appel de la fondation Copernic pose de ce point de vue bien des problèmes :
il fait l'impasse sur les responsabilités partagées par le PS,
le PCF et les Verts dans la mise en place de la politique de régression
sociale que les signataires de " l'appel des 200 " rejettent
en théorie.
Le PCF a engagé une offensive, à laquelle se prête Salesse
aujourd'hui et certainement Nikonoff demain - les résultats de la
consultation des militants d'ATTAC sur la Constitution européenne seront
rendus publics ce jour mais la victoire du " non " ne fait
aucun doute.
Analysant le vote des socialistes sur la Constitution, Francis Wurtz a laissé
entrevoir l'attitude conciliante que Marie-George Buffet et les communistes
adopteraient " pour rassembler toute la gauche "
en 2007 : " Nous n'avons jamais imaginé que le Parti
socialiste serait en totalité conquis à cette idée [le
" non "]. Mais qui aurait pensé, il y a peu, que
plus de 40 % du PS dirait non ? Je crois donc qu'au contraire l'objectif
politique énoncé par Marie-George Buffet a déjà
atteint un seuil qualitatif et quantitatif très intéressant. Paris
ne se bâtit pas en un jour. "
Et pour faire bonne mesure, le PCF engage une campagne pour des " forums
programme " en invitant l'ensemble des forces de gauche à s'inscrire
dans cette " construction commune ", une manière
de découpler les questions liées à l'Europe de celle du
pouvoir, et de préparer ainsi le terrain à un ralliement aux socialistes
malgré les divergences sur la Constitution européenne.
Travailler aux convergences anti-libérales pour assurer l'alternance :
l'objectif de Buffet contentera certainement d'aise Hollande et tous les prétendants
socialistes à l'investiture en 2007.
Les révolutionnaires ont un autre programme.
Lutte ouvrière fera campagne pour le " non ". Son
congrès en a pris la décision. La LCR l'a annoncé également
depuis longtemps. LO et la LCR n'ont pas seulement en commun d'être pour
le " non ". Ils défendent une perspective identique.
C'est tellement vrai, qu'ils ont ensemble mené la campagne des Européennes.
C'est la voie à poursuivre. Se résoudre à l'impossibilité
de convaincre les résistances qui s'expriment dans la Ligue comme dans
LO, ce serait accepter par avance la division comme un fait acquis ; ce
serait tourner le dos à la bataille pour l'unité des révolutionnaires
sans laquelle rien ne se construira de neuf.
On ne peut faire entendre notre " non " sans faire
campagne en notre nom.
Serge
Godard
Notes
de lecture
Impérialisme et militarisme : actualité du XXIéme siècle,
Claude Serfati, Cahiers libres, Ed Page deux, 22 €
Claude Serfati
part du constat de ce qu'il appelle " le retour " de l'impérialisme
dans la littérature politique depuis le 11 septembre 2001, notion reprise
à leur compte par les apologistes mêmes du système. Ces
derniers lui donnent un contenu progressiste, civilisateur, comme le faisaient
leurs prédécesseurs, il y a un siècle, parlant de " la
mission civilisatrice de l'occident ". Claude Serfati précise
dès l'introduction : " Cette catégorie désigne
pour nous un mode d'existence du capitalisme, dont les fondements ont été
mis en place dans le dernier quart du XIXè siècle
entre
1876 et 1914, période au cours de laquelle près d'un quart de
la surface du globe fut approprié par une demi-douzaine d'Etats ".
Et il pose la légitime et nécessaire question : " Dans
quelle mesure, un siècle après son élaboration, la catégorie
de l'impérialisme garde-t-elle sa pertinence ? " Il
développe la question en se référant à des éléments
essentiels de sa définition, lutte pour le partage du monde, capital
financier, pillage des pays pauvres, économie mondiale
" L'impérialisme
a survécu, soit, écrit-il. Il a changé, soit. L'objectif
de cet ouvrage est d'en analyser la nouvelle configuration ".
Il précise, " en résumé, on peut dire que
l'impérialisme, c'est l'ère de la domination du capital financier
et rentier ".
Cependant plutôt que de donner une description globale de l'évolution
de l'impérialisme, de ses transformations, des différences entre
l'impérialisme de l'époque d'Hobson ou de Lénine et cet
" impérialisme néolibéral "
d'aujourd'hui, le livre apporte des éléments de compréhension.
Il s'attache surtout à illustrer une idée, " un régime
social de domination qui met la rente au centre de sa production dépend
directement de sa puissance de coercition ", c'est-à-dire
du militarisme. L'exemple de l'Afrique comme théâtre privilégié
de " ces guerres spécifiques de la mondialisation impérialiste "
illustre le propos.
Face aux idéologues qui prétendent que la mondialisation ouvre
une ère de paix qui tourne la page du militarisme du début du
siècle dernier qui a abouti aux deux guerres mondiales, il démontre
qu'il n'en est rien.
Il décrit " ces transformations qui ont dessiné la
configuration concrète du capitalisme et formé une nouvelle étape
de son histoire " et le moteur principal de ces transformations
en cours depuis le début des années 80 : " les
politiques néolibérales mises en uvre pour faire face à
une baisse significative du taux de rentabilité du capital ".
Ce qu'il désigne plus loin comme " l'offensive du capital
contre le travail ".
" La reconstitution d'un puissant capital financier au cours des
années 1980 doit peu aux "lois du marché" et beaucoup
aux mesures gouvernementales de déréglementation et de privatisation
"
Il illustre ces grandes manuvres par l'étude de l'évolution
des flux de capitaux et souligne ses principales conséquences, l'aggravation
des inégalités, l'accentuation de la concurrence et la constitution
d'une " armée de réserve mondiale ".
" Sous le terme mondialisation, écrit-il, l'analyse
économique désigne une forme d'organisation de la production et
des échanges structurée par de grands groupes "globaux"
(encore nommés firmes ou entreprises multinationales, ou firmes transnationales
par la CNUCED) ". Il poursuit en soulignant : " la
mise en concurrence mondiale des producteurs constitue par son ampleur actuelle
et à venir l'élément central et largement explicatif de
la mondialisation ". Phénomène illustré par
des chiffres et des faits.
En conséquence s'opère " un grand retour en arrière
dans les pays développés ". Délocalisation,
chantage à la délocalisation, sous-traitance
" suppressions
des acquis et des droits sociaux ", remise en cause " des
fondements mêmes du droit du travail "
Claude Serfati dénonce ensuite les effets dramatiques de " la
mise en place de droits de propriété sur les processus du vivant
et sur l'activité intellectuelle ". " La rente,
explique-t-il, accentue à l'extrême la séparation entre
la propriété et la production ". Généralisée
au domaine de la santé, " elle devient une arme d'extermination
massive ".
Puis il aborde la question " des guerres spécifiques à
la mondialisation ". " Les guerres, écrit-il,
doivent être envisagées dans leurs relations à l'économie
et aux rapports sociaux. Le militarisme possède donc une historicité ".
Les derniers événements de la Côte d'ivoire donnent à
ce chapitre une grande pertinence. Il y démontre comment s'articulent
les plaies vives de la colonisation et les déséquilibres de la
mondialisation pour déboucher sur des guerres sans issue. Serfati parle
d'un véritable " mode de destruction qui frappe d'abord
les individus avant d'engloutir les richesses existantes ".
La deuxième partie de l'ouvrage aborde l'impérialisme sous l'angle
" continuité et différences ".
Il souligne " deux différences majeures " :
d'abord, " le capital financier bénéficie depuis
vingt ans de l'appui inconditionnel des politiques néolibérales
et dispose, grâce à la mondialisation, d'une base planétaire
d'accumulation ". Ensuite, " la conjonction du capital
financier et de la puissance militaire ". Si ce dernier point
n'est pas nouveau, il est plus achevé de par la place prise par les USA
dans la politique mondiale.
On aurait aimé trouver une discussion plus serrée avec les définitions
et analyses de Lénine. Son angle d'abord est essentiellement celui de
l'" alliance de la finance et du militaire ", notant que
" l'histoire ne procède ni par répétition
cyclique, ni de façon linéaire ".
Pour lui, la mondialisation " caractérise néanmoins
une nouvelle phase de l'évolution du capitalisme
comme universalisation
de la domination du capitalisme ". Il y aurait une nouvelle phase
d'accumulation primitive du capital à l'échelle mondiale au sens
où se reproduirait le processus qui a accouché dans la violence
du capitalisme : expropriation des producteurs et soumission de toute activité
productive au besoin du capital par les moyens de la violence.
On souscrit, c'est le processus même de l'accumulation capitaliste en
général qui inévitablement conduit à la crise, et,
aujourd'hui, à l'époque de son " universalisation ",
à une crise globalisée, une crise de la civilisation.
Il souligne, reprenant les analyses de Marx que le capitalisme est " le
seul mode de production dans lequel les impératifs d'expansion économique
sont endogènes ".
L'impérialisme tel qu'il s'est constitué au début du siècle
dernier résultait de ces impératifs. " Dernière
phase et apogée de la domination politique mondiale du capital "
écrivait alors Rosa Luxembourg. L'échec des vagues révolutionnaires
qui ont suivi les deux guerres mondiales ont ouvert une nouvelle période
de développement de ces mêmes impératifs qui aboutit à
une nouvelle phase d'accumulation du capital à l'échelle mondiale,
par les méthodes de violence, à l'universalisation de sa domination
et en même temps, phase ultime.
Serfati s'interroge, un nouveau départ pour le capitalisme ? La
réponse est plutôt l'universalisation de la crise. L'hégémonie
américaine se déploie en proportion de son affaiblissement. Le
parallèle avec la fin de l'hégémonie de la Grande-Bretagne
surpassée par les USA au XXème siècle vient à l'esprit.
Cette fin s'est opérée à travers une crise économique
et deux guerres mondiales, ce qui fait dire à Claude Serfati qu'" il
faudrait beaucoup plus que le dynamisme industriel d'une partie des pays de
l'Asie pour modifier le rapport de force impérialiste ".
Il analyse ensuite l'influence du militarisme sur les pays développés.
L'alliance militarisme-mondialisation ne signifie nullement une politique rationnelle
dont les acteurs auraient la maîtrise. Elle est la conjonction d'intérêts
sociaux, politiques, et l'exemple irakien prouve à quel point ses acteurs
peuvent être dépassés par les conséquences de leurs
décisions et engagés dans une " fuite en avant " non
maîtrisée.
Il établit le lien entre militarisme et politique sécuritaire.
Il aborde la discussion sur la fin des Etats pour répondre en particulier
à l'idée de Negri et Hardt, l'empire qui, selon eux, serait " caractérisé
fondamentalement par une absence de frontières ; le gouvernement
de l'empire n'a pas de frontière ".
Et il revient sur la pertinence de menace de guerres inter-impérialistes.
Selon lui, trois facteurs contribuent à rendre ce risque improbable :
l'affaiblissement de la suprématie américaine, l'interdépendance
financière, industrielle et commerciale créée par la mondialisation,
les liens de solidarité qui se sont constitués entre les grandes
puissances.
Ceci dit, cela " ne signifie pas pour autant la fin de la guerre
comme composante de la rivalité interimpérialiste ".
L'Europe occupe une place importante dans " l'appropriation des
rentes financières " puisque les pays membres de la zone
euro arrivent en tête des placements financiers dans le monde.
Son émergence est décrite de façon pragmatique. En critiquant
l'idée d'une nouvelle bourgeoisie européenne, il la définit
comme " un ensemble composite, qui constitue une "réponse"
aux processus de mondialisation du capital pour autant qu'on admette que celle-ci
ne signifie pas la fin des Etats, mais, pour les plus puissants d'entre eux,
leur reconfiguration ".
La vanité des prétentions européennes à défendre
d'autres valeurs que celles des Etats-Unis est dénoncée comme
un masque idéologique derrière lequel se profile le projet d'une
" Europe puissance " rivale des USA. Le projet de constitution
européenne inscrit certes la politique de défense commune " en
étroite coopération avec l'organisation du Traité de l'Atlantique
Nord ". Mais il est clair que cette dernière est un élément
essentiel de la politique commune qui obéit aussi aux besoins de l'industrie
d'armements qui tend à se concentrer au niveau européen sous l'égide
des Etats.
Ce livre d' " économie politique de la mondialisation "
est une mise en accusation du " mode de production dominé
par le capital " qui met en péril tant la nature que l'humanité,
les deux sources de richesses pour reprendre la formule de Marx. Ce mode de
production " qui met la rente au centre de sa reproduction
dépend directement de la puissance de coercition ". La
démonstration est sans contestation possible, impérialisme et
militarisme sont organiquement liés. On regrettera cependant que la dimension
historique du phénomène qui sous-tend tout au long de l'ouvrage
la démonstration ne soit pas plus mise en valeur. C'est elle en effet
qui permet de penser la suite, d'agir. Ecrire la continuité du développement
capitaliste, définir l'enchaînement de ses différentes phases,
intégrer dans cette histoire la nouvelle phase qui commence, permet en
retour d'écrire la continuité du combat contre ce mode de production
pour en finir avec la propriété privée capitaliste, la
maturation des forces sociales de contestation.
Sans doute, cela aurait-il donné une plus grande unité à
la démonstration et des éléments pour construire une nouvelle
perspective.
A lire, une idée de cadeau pour les fêtes
Yvan
Lemaitre
Socialisme
ou barbarie, l'actualité de la perspective révolutionnaire
Les
apologistes du nouveau libéralisme impérialiste n'ont pas de meilleur
faire-valoir de leur " liberté " et de leur " démocratie "
au nom desquels ils produisent de quoi à détruire la planète
tout entière, que d'invoquer les crimes et horreurs du XXe siècle.
Ils les résument en une même condamnation morale du fascisme et
du communisme. Pour mieux en escamoter les causes fondamentales, la folie de
la société de classes, ils mêlent dans la même condamnation
morale le bourreau et sa victime, la réaction et la révolution,
confondant dans une même peur le communisme et le stalinisme
Voilà les agents du mal désignés, le bien, c'est la liberté
et la démocratie de l'économie de marché. Ils prétendent
combattre les monstruosités du totalitarisme à l'aide du totalitarisme
de quelques formules manichéennes. Contre les forces du mal, ils mobilisent
les forces régénératrices du marché. Mais leur liberté
est d'abord et avant tout la liberté d'exploiter, d'opprimer et de piller
la planète, leur démocratie, au mieux un théâtre
d'ombre, jeux du cirque parlementaire dont la population est spectatrice.
Ces idéologues du néolibéralisme sont eux-mêmes dupes
de leurs propres incantations sans même comprendre que le danger du totalitarisme
qu'ils croient conjurer a été enfanté par les forces que
ces aveugles imaginent comme des forces de progrès. Leur liberté,
leur démocratie ne sont que des slogans publicitaires pour vendre le
totalitarisme de la finance et du marché. Ces slogans simplistes ne trouvent
leur force de conviction que dans l'abdication de toute pensée critique
sous la pression des médias, propriété des quelques mains
bien visibles qui dirigent et manipulent le marché.
Si le XXIe siècle doit assurer l'avènement des forces de progrès,
de paix, de liberté, et de démocratie, il devra enlever le pouvoir
aux forces sociales qui ont engendré les crimes du XXe. Et le terrible
enseignement de ce siècle passé, que l'immense majorité
des intellectuels et autres faiseurs d'opinion dans leur soif de compromis essaient
d'oublier, c'est qu'il n'y a pas de troisième voie. L'immense concentration
des richesses, des instruments de pouvoir et de domination entre les mains de
la classe capitaliste ne laisse pas d'autre issue que le socialisme ou la réaction.
La croissance de la " nouvelle économie " ne se fait
qu'au prix d'une dégradation constante des conditions d'existence des
travailleurs et des peuples, conséquence directe de la lutte du Capital
contre le Travail. Cette croissance exige pour se maintenir un approvisionnement
toujours plus grand en énergie, c'est-à-dire en nouveaux profits,
qu'elle consomme et brûle immédiatement. Cette énergie,
c'est le travail humain et les richesses naturelles. Elle en dévore toujours
plus, au prix d'une aggravation constante de l'exploitation et c'est toute la
société qu'elle tire en arrière.
Il n'y a pas de croissance neutre, il n'y a pas de loi de l'économie
au-dessus des rapports entre les classes. L'économie est bien au contraire
l'arène où se déroule une impitoyable lutte de chaque instant
pour l'appropriation des fruits du travail.
La logique de la croissance, c'est une concentration toujours plus grande du
pouvoir économique et politique qui se soumet toute la vie sociale, économique,
scientifique, culturelle, artistique ou des loisirs. Les travailleurs sont non
seulement dépossédés des fruits de leur travail mais aussi
de la culture dont les richesses qu'ils produisent permet le développement.
Toute la société est dépossédée d'elle-même,
aliénée aux appétits grandissants et dévorants de
l'oligarchie financière.
Les acquis du passé sont engloutis dans cette vertigineuse course à
la concentration des pouvoirs, même les vieux cadres juridiques bourgeois,
la petite propriété privée et les États sont bousculés
par le développement des multinationales dont la concurrence se déroule
à l'échelle de la planète et qui cherchent à se
construire des assises au niveau de continents entiers. Tous les anciens équilibres
juridiques, étatiques, sociaux, comme les rapports de force entre les
puissances et les nations sont déstabilisés par cette bataille
économique dont la planète est l'enjeu.
La précarité est la règle. Il n'y a plus de stabilité
possible et il n'y a plus de sécurité possible, pas plus pour
les vieilles nations que pour les jeunes, nées des luttes de libération
nationale après la Deuxième guerre mondiale. Pour l'immense majorité
des laissés pour-compte de cette curée généralisée
pour le profit, la sécurité et l'équilibre, c'est le défi
à ce monde fou, c'est la lutte en permanence pour défendre ses
droits de citoyen, son droit au bien-être, cette vieille idée de
la révolution bourgeoise du XVIIIe siècle, le droit au bonheur.
La révolution des techniques et de la communication a pour contrepartie
inévitable une révolution sociale et politique qu'elle rend indispensable
et possible.
À défaut, la folie de la concurrence capitaliste entraînerait
le monde dans le chaos des crises réactionnaires, des violences et des
guerres dont les engrenages plongeraient l'ensemble de l'humanité dans
une barbarie dont l'horreur serait proportionnelle au développement des
techniques et des sciences mises au service de l'avidité, de la cupidité
capitalistes sans limites et sans freins.
Cette folie inhérente au système lui-même rentre constamment
en conflit avec la réalité de l'organisation sociale de la production
et des échanges, avec les besoins collectifs des hommes. Les peuples
n'ont pas oublié les drames du passé pas plus qu'ils n'oublient
leur souffrance quotidienne et leurs causes. Ils ne laisseront pas les mêmes
enchaînements provoquer de nouveaux drames.
Les expériences et les leçons du passé que bien des intellectuels
cherchent désespérément à oublier, sont inscrites
dans l'histoire des peuples, leur mémoire. Peuvent-elles reprendre vie,
devenir lucidité, actions et luttes au rythme des événements
futurs, des luttes pour la conquête de la démocratie et des fruits
du progrès, au fur et à mesure que les peuples, dans leur nouvelle
marche en avant, affirmeront leur force ?
La bourgeoisie est amenée à remettre en cause et, à échéance
plus ou moins longue, menace de faire disparaître, les éléments
démocratiques que les luttes et la pression du monde du travail avaient
introduits dans la société bourgeoise. Pour maintenir sa domination,
elle pourrait être conduite à faire appel au fascisme ou à
de nouvelles formes de réaction, embrigadant ses propres victimes au
service de son ordre réactionnaire. Une telle hypothèse, pour
qu'elle puisse se réaliser suppose d'abord que ses victimes soient privées
de leur conscience politique, désarmés.
C'est bien cela qui est advenu lorsque, durant le siècle dernier, la
crise de l'impérialisme a entraîné le monde par deux fois
dans une guerre mondiale pour le partage du monde.
L'histoire ne se répètent certes pas mais nous avons tout lieu
de penser que si les opprimés laissaient faire les mêmes causes
produiraient les mêmes effets. Entre socialisme et barbarie, il n'y a
pas d'alternative.
Aujourd'hui, les forces du socialisme ont considérablement progressées.
La classe des salariés est porteuse
de l'avenir de toute la société
À
en croire les apologistes du libéralisme, les privilèges comme
la concurrence seraient indispensables à la production des richesses,
au progrès !
Le monde à l'envers, perversion qui prétend que ce n'est pas le
travail qui crée les valeurs nouvelles, mais le capital !
Intoxication qui vise à déposséder moralement les travailleurs,
à les priver de la conscience d'eux-mêmes, à les désarmer.
Cette imposture, vivement mise à nu sous l'éclairage des faits,
se retourne contre ses défenseurs intéressés.
Les progrès sociaux ont toujours été le fruit du travail
et des luttes des classes opprimées, non pas venus d'" en haut ",
mais conquis par " en bas ". Depuis la révolution
bourgeoise, qui a elle-même été l'uvre des classes
pauvres, c'est par les luttes de la classe ouvrière qu'ont été
arrachés à la bourgeoisie, tous les éléments de
progrès sociaux, les libertés et les droits démocratiques.
Le mouvement ouvrier, loin de se développer de façon linéaire,
a connu des périodes d'essor suivies de longues périodes de recul.
Chaque étape de son histoire contient en germe l'étape du développement
suivant.
Loin d'avoir épuisé ses possibilités, la classe ouvrière,
aujourd'hui, se trouve confrontée aux mêmes tâches historiques
que par le passé.
La révolution à venir sera l'uvre d'une classe ouvrière
incomparablement plus nombreuse, plus concentrée et plus puissante à
l'échelle internationale du fait de l'industrialisation du monde entier,
une classe moderne, la plus éduquée de par l'évolution
des techniques. Les décennies passées représentent le temps
nécessaire pour que mûrissent les conditions économiques,
sociales et politiques de cette nouvelle révolution dont est grosse la
société.
C'est la bourgeoisie elle-même qui est en train de détruire les
illusions selon lesquelles le capitalisme pouvait permettre le développement
de la société. Ces illusions avaient pu se nourrir dans le passé
du fait que la bourgeoisie assurait bon an mal an aux masses populaires de quelques
pays riches dont la France, des conditions d'existence acceptables ou du moins
qui pouvaient laisser espérer une amélioration. Aujourd'hui, la
perpétuation de sa domination apparaît de plus en plus clairement
comme un fléau pour toute la société : d'un côté,
les richesses sont croissantes, de l'autre, se développe la misère
pour des couches toujours plus nombreuses de la population.
La faillite du capitalisme, son incapacité à assurer les progrès
de la société font naître chez des couches de plus en plus
larges de travailleurs la conscience de la nécessité de se donner
les moyens d'intervenir dans la lutte sociale et politique pour leur propre
compte. Cette transformation se fait encore de façon moléculaire,
mais elle se fait en profondeur, ruinant les illusions tant sur la capacité
de la bourgeoisie à apporter le moindre progrès que sur la neutralité
de ses instruments politiques de domination.
La crise économique et sociale nourrit la crise parlementaire, elles
se conjuguent dans une crise globale, terreau de la montée des idées
réactionnaire et des intégrismes.
La défense et les progrès de la démocratie sont directement
dépendant des avancées du monde du travail.
Derrière
la République présidentielle, la dictature du capital
La bourgeoisie, quel que soit le gouvernement qui la sert, ne peut diriger la
société démocratiquement : ses intérêts
sont en opposition avec ceux de la majorité de la population. Plus le
pouvoir économique se concentre entre quelques mains, plus le pouvoir
politique se concentre aussi.
La réforme du quinquennat, présentée comme une extension
de la démocratie, n'a été qu'une manuvre pour essayer
de faire plébisciter par la population une réforme politicienne
antidémocratique. Il s'agissait d'éviter de nouvelles cohabitations
en favorisant l'élection d'un Président de même couleur
que la majorité parlementaire, pour donner plus de stabilité au
pouvoir exécutif.
Les droits démocratiques comme toutes les libertés sont des conquêtes
des luttes de la classe ouvrière avec lesquelles la bourgeoisie a dû
composer pour les utiliser à son avantage. La façade démocratique
derrière laquelle la bourgeoisie exerce sa domination ne masque pas pour
autant son vrai visage : le mépris social, les préjugés
de classe, le conservatisme, la peur des opprimés. La démocratie
dont la bourgeoisie s'accommode, est limitée par les rapports d'argent
autour desquels est organisée la vie sociale. Le véritable pouvoir
est le pouvoir économique qui met à son service quelque gouvernement
que ce soit, faisant de la démocratie parlementaire un simple leurre.
C'est là, quant au fond, l'explication de la crise politique latente
qui a connu un épisode aigu lors de l'élection présidentielle
de 2002. Le choc du 21 avril exprime la rupture croissante entre les classe
populaires et les partis institutionnels qui prétendent les représenter.
La dictature de l'argent qui privent ceux qui font véritablement marcher
la société de toute participation directe à la vie politique,
laissera la place à une véritable démocratie : celle du
plus grand nombre qui devra se donner les moyens de briser la résistance
des capitalistes.
L'État est au service des riches, des capitalistes, des banquiers avec
sa police, son armée, ses tribunaux et ses prisons. Les travailleurs
ne pourront pas l'utiliser tel quel pour le faire servir à leurs propres
besoins.
La bourgeoisie se proclame la seule classe démocratique, championne des
libertés et de la démocratie. Le Parlement serait l'expression
même de cette vie démocratique alors qu'il n'est qu'un théâtre
d'ombres où les politiciens tentent, de plus en plus difficilement, de
faire croire que les élections peuvent changer quelque chose.
Le pouvoir de la bourgeoisie c'est la domination d'une classe minoritaire et
parasitaire qui, propriétaire des moyens de production, soumet l'ensemble
de la société à ses seuls intérêts. Les décisions
sont prises, non pas au Parlement, mais dans les Conseils d'administration des
grandes entreprises et des banques, dans les couloirs des ministères.
Cette démocratie, limitée pour la population, se restreint aussi
pour les bourgeois eux-mêmes du fait que le pouvoir économique
est exercé par quelques groupes financiers. Tant que les salariés
n'auront aucun pouvoir de décision, aussi bien sur leurs lieux de travail
que sur les choix économiques qui conditionnent l'avenir de la société,
la démocratie ne peut être qu'un leurre. Le principal frein à
l'exercice le plus large de la démocratie réside dans le maintien
de la propriété privée. Les droits démocratiques,
c'est le droit d'exercer un contrôle sur la marche de la société,
des entreprises, des banques et de l'État, pour défendre son droit
à l'existence.
L'abolition de la propriété privée capitaliste est la condition
nécessaire à l'existence même de la démocratie.
L'impasse
et la faillite du réformisme
Depuis qu'à la fin du XIXe siècle, le socialiste Millerand a pour
la première fois participé à un gouvernement bourgeois,
et que Bernstein a fait la théorie du réformisme - l'idée
que le capitalisme était capable de dépasser ses contradictions
et que le rôle des Partis socialistes était d'aider à cette
évolution en participant au gouvernement à la tête de l'État
de la bourgeoisie -, la politique réformiste, qu'elle soit social-démocrate
ou stalinienne, n'a conduit qu'à des reniements, des trahisons, des crimes
contre la classe ouvrière et les peuples. La platitude des idées
réformistes a pris le visage du lâche soutien à la politique
de la bourgeoisie et à ses pires crimes.
La tâche essentielle qui revient aujourd'hui aux militants révolutionnaires,
est d'arracher les travailleurs à l'influence des idées et des
conceptions réformistes. L'emprise de ces idées et conceptions
a des raisons historiques, économiques et politiques. Les raisons économiques,
c'est l'impérialisme ; les raisons politiques, ce sont la faillite
des Partis socialistes et la dégénérescence stalinienne
des Partis communistes.
Aider les plus larges masses à s'émanciper des préjugés
réformistes n'est pas une tâche de propagande abstraite mais une
tâche concrète, politique, qui s'appuie sur l'expérience
que font à large échelle les travailleurs du système capitaliste,
de la logique de la société d'exploitation, et de la propriété
privée capitaliste, comme de tous les mensonges qui visent à la
masquer ou à la justifier. C'est tous les jours aussi que les travailleurs
peuvent faire cruellement l'expérience des valeurs morales de la bourgeoisie,
fondées sur l'élitisme, l'individualisme, le mépris du
travail.
Cette tâche est vitale si on ne veut pas que la faillite du réformisme
qui accrédite le préjugé que seule la bourgeoisie est apte
à diriger la société, laisse le terrain aux démagogues
de droite et d'extrême droite, flattant les préjugés réactionnaires
de l'individualisme, du mépris de la collectivité, de l'apologie
de la violence. À ces préjugés, les révolutionnaires
opposent l'esprit de classe, le combat collectif qui fait la force des faibles
et de toutes les classes exploitées.
Les
menaces d'un nouveau populisme de droite et d'extrême droite
Depuis quelques années en Europe, émerge, à côté
de l'ancienne extrême droite, représentée en France par
le Front national, un nouveau populisme de droite ou d'extrême droite,
qui forme des gouvernements comme en Italie ou y participe, comme en Autriche.
C'est le résultat de la crise de la démocratie parlementaire qui
s'exprime dans la désaffection des couches populaires à l'égard
des partis traditionnels de droite ou de gauche, une usure accélérée
des gouvernements en place, des taux record d'abstention aux élections.
L'alternance, rendue possible par les illusions que pouvaient susciter des équipes
gouvernementales se réclamant de politiques différentes, ne fonctionne
plus. C'est une politique unique qui est menée au pouvoir par tous les
partis, la politique de régression sociale qu'exige l'oligarchie financière.
L'offensive contre le monde du travail est menée avec autant de brutalité
par le gouvernement allemand, dirigé par le social-libéral Schröder
que par le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.
C'est d'ailleurs, également, le règne de la pensée unique,
rentabilité, compétitivité, économie de marché.
Le Front national avait effectué sa percée dans les couches populaires,
au début des années 80, en spéculant sur le mécontentement
qu'y suscitait la politique anti-ouvrière menée par les partis
de gauche au nom des idées socialistes et communistes. Le nouveau populisme
de droite et d'extrême droite, prenant appui sur l'effacement des clivages
gauche-droite, avec la conversion de la social-démocratie au social-libéralisme,
prétend s'élever au-dessus des clivages de classe pour faire accepter
à la population la politique de l'oligarchie financière.
Sa démagogie, comme celle de l'extrême droite classique, se nourrit
de tout ce qui a été semé par la politique réactionnaire
des gouvernements, la lutte contre l'immigration, le tout sécuritaire,
la hargne anti-ouvrière, le retour à la religion.
La menace est d'autant plus sérieuse que la politique des bourgeoisies
s'accommode de moins en moins de la démocratie réelle. Il est
significatif que l'offensive des patronats et des gouvernements sur le plan
social s'accompagne d'attaques contre les droits démocratiques :
renforcement des appareils policiers et de l'arsenal de lois répressives
au nom de la lutte anti-terroriste ou du tout sécuritaire, limitation
du droit de grève, " sanctions " contre les chômeurs
ou ceux qui " abuseraient " de la Sécu
Mais
la bourgeoisie, surtout si la crise s'aggrave, peut aller plus loin, jusqu'à
l'étouffement de toutes les libertés démocratiques et le
choix de solutions fascistes.
Le mouvement ouvrier luttera d'autant plus efficacement contre ce danger qu'il
sera capable d'arracher les couches populaires à l'influence de ces démagogues
populistes qu'il sera en mesure de les entraîner dans la lutte pour un
plan d'urgence sociale et démocratique, qu'il avancera ses propres solutions,
une perspective révolutionnaire. Il favorisera pour cela l'unité
la plus large, mais combattra toute forme de front républicain qui le
mettrait à la remorque des partis qui ont fait le lit de l'extrême
droite par leur politique hostile aux intérêts de la population.
Le Pen en deuxième position à l'élection présidentielle
de 2002, c'est le résultat de la politique menée pendant 20 ans
par le social-libéralisme. Mais le Front républicain prôné
par les partis de gauche au deuxième tour a donné à Chirac
les moyens d'un populisme, encore marqué par la cohabitation, dont s'affranchit
aujourd'hui Sarkozy pour postuler à représenter un populisme brutal,
qui concurrence l'extrême droite, à moins qu'il ne s'apprête
à gouverner avec elle ou ses dissidences.
Le
progrès social, c'est le progrès des droits démocratiques
pour toute la population laborieuse
Si la nécessité du communisme est contenue dans le développement
même du capitalisme et de ses contradictions, l'avènement d'une
société nouvelle ne peut résulter d'une simple évolution
linéaire, économique, pacifique vers une organisation consciente
de l'économie. Au contraire, la logique des rapports de classe tend vers
l'aggravation des contradictions du système.
Aujourd'hui, les conditions objectives d'une transformation révolutionnaire
existent comme jamais dans le passé.
La bourgeoisie est une classe de plus en plus minoritaire et parasitaire. En
1936, c'était " 200 familles " qui détenaient
les leviers du pouvoir économique, l'évolution économique
a restreint le nombre des possédants qui sont de plus en plus riches
mais de plus en plus minoritaires. Leur rôle dans l'économie est
infime. Ils ne jouent plus aucun rôle actif, se contentant de faire fructifier
leurs capitaux sous la protection de l'État. Le parasitisme des classes
dominantes, du capital financier, est sans limites et s'exprime de façon
particulièrement cynique dans les opérations et spéculations
financières, à travers lesquels les grands capitalistes se battent
pour s'approprier les richesses produites faisant de l'économie un gigantesque
casino. L'oligarchie financière délègue ses responsabilités
à toutes sortes de managers, qui constituent une sorte de " bourgeoisie
salariée " sans stabilité ni avenir.
La petite bourgeoisie se rapproche, de par ses conditions d'existence de la
condition des salariés. Elle est prolétarisée et n'a plus
guère d'espoir de grimper les échelons de l'ascension sociale.
La perte de ses illusions l'éloigne du préjugé selon lequel
ses intérêts seraient du côté des possédants
et contribue à éliminer bien des obstacles au plus large rassemblement
de toute la population travailleuse derrière la classe ouvrière
contre la minorité qui détient les rênes du pouvoir, tant
économique que politique.
Après une longue période de recul, sont en train de se créer
les conditions d'un renouveau du mouvement ouvrier. Le poids de la classe ouvrière
dans la société est de plus en plus important malgré la
mise à l'écart de la production de tous ceux qui sont privés
d'emploi. Jamais dans toute son histoire, la classe ouvrière n'a eu autant
de force. Le développement économique de ces dernières
décennies, loin de voir disparaître la classe ouvrière,
comme le prétendaient des sociologues bien souvent de gauche, l'a renforcée
et cela à l'échelle mondiale. Toute la marche de la société
dépend d'elle. Du pilote de ligne à la production assistée
par ordinateur, ou au travail sur les chaînes de production, des millions
d'hommes et de femmes salariés, concentrent entre leurs mains toutes
les compétences techniques, scientifiques, intellectuelles.
Parce qu'elle est concentrée dans les usines, la classe ouvrière
manie tous les jours les moyens techniques les plus modernes que la bourgeoisie,
malgré son incurie, est obligée de développer. Elle a l'habitude
de se poser les problèmes collectivement, d'agir dans un cadre commun
pour prendre les initiatives sans lesquelles la production ne pourrait se faire.
Qualités qu'elle saura utiliser pour son propre compte, sa propre émancipation.
Les classes privilégiées affichant leur irresponsabilité
sociale laissent à l'État le souci d'assurer, de plus en plus
mal, le fonctionnement de ce qui dans la société est utile à
la collectivité. Elles ne dirigent pas leur propre organisation économique,
elles sont dirigées par la logique du profit. Dans les faits, la bourgeoisie
prouve quotidiennement qu'elle est une classe incapable de diriger, que son
rôle est un frein pour toute la société.
La classe ouvrière pour en finir avec cette incurie ne pourra se contenter
de mettre en place son propre gouvernement, même sous le contrôle
des masses, même émanation directe de ces masses, de comités
de travailleurs élus dans les entreprises, les bureaux ou les quartiers.
Elle devra démanteler, désorganiser l'appareil d'État de
la bourgeoisie, le " brise " selon l'expression de Marx
et mettre en place son propre appareil d'État, comme l'ont fait les ouvriers
parisiens de la Commune en 1871 et les travailleurs russes en 1917.
La différence essentielle avec l'appareil de la bourgeoisie, c'est qu'il
sera démocratique, composé de gens du peuple et non de hauts fonctionnaires
inamovibles comme dans l'État bourgeois. Ceux qui le composeront seront
éligibles et révocables à tout moment et leur salaire sera
celui d'un travailleur. La classe ouvrière est riche d'hommes et de femmes
dévoués, altruistes, désintéressés ;
ils rempliront les tâches utiles à tous dans l'intérêt
du plus grand nombre.
Tout ce qui paraît insoluble dans la société actuelle, trouvera
ses solutions par la discussion, la confrontation, la mise en commun des expériences
et du savoir faire.
Pas
de droit au contrôle, de démocratie sans luttes et organisation
Pour en finir avec les méfaits du capitalisme, pour imposer une autre
répartition des richesses, pour que la fragile croissance actuelle ne
signifie pas pour le monde du travail l'aggravation des inégalités
sociales, il est nécessaire que l'ensemble de la population impose son
contrôle démocratique sur l'économie comme sur la marche
de la société. La question des salaires, de la lutte contre le
chômage et la précarité ne peut être posée
sur le seul plan syndical. L'ensemble des revendications du monde du travail
conteste la politique de la bourgeoisie et ne peut trouver de réponses
satisfaisantes sans que soit affirmé le droit de la population à
exercer son contrôle.
Sans ce contrôle, chaque acquis est contesté, remis en cause par
la logique même des rapports capitalistes. Ce sont ces rapports de domination
et d'exploitation qu'il s'agit donc de contester.
Les droits démocratiques ne peuvent simplement s'octroyer, ils se conquièrent
par en bas.
La
rupture révolutionnaire avec le capitalisme, c'est la démocratie
la plus large et la plus directe au service de la collectivité
Dans la société bourgeoise, l'État emploie des fonctionnaires
qui sont des membres de la classe ouvrière contraints de se plier aux
directives qui leur sont données par leurs supérieurs hiérarchiques
et surtout à la logique de la société bourgeoise. L'État
bourgeois lui-même, est contraint d'assumer certaines tâches au
service de l'ensemble de la population. La révolution, en brisant les
rapports de domination bourgeois, mettra l'administration, les services de statistiques
et de recensement, les moyens de communication et d'information, à la
portée du plus grand nombre. Dans le même temps qu'elle démantèlera
la machine étatique bourgeoise, elle réutilisera tout ce qui,
en son sein, peut être utile à la collectivité, en l'intégrant
dans le contrôle démocratique de tous dont elle en fera un des
instruments.
La révolution est l'acte démocratique et autoritaire par lequel
les travailleurs s'emparent du pouvoir économique et imposent, le temps
nécessaire, leur dictature à la minorité qui n'aurait pas
renoncé à l'absurdité de la propriété privée
bourgeoise.
Au droit bourgeois fondé sur la propriété privée
se substitue une nouveau droit fondée sur la propriété
collective et sociale des moyens de productions.
Le
développement des dernières décennies a mûri les
bases matérielles pour l'émergence d'une société
communiste
Pour les apologistes du capitalisme, ce qu'il est convenu d'appeler " la
chute du communisme ", c'est-à-dire la restauration de la propriété
privée dans l'ex-URSS, aurait ruiné le rêve d'une organisation
économique et sociale plus humaine et plus rationnelle que l'économie
de marché. Ils oublient que le capitalisme apparaît aujourd'hui
comme un système social sans perspectives progressistes qui engendre
la misère et la violence. Ils ne comprennent pas que les idées
du communisme ne sont nullement une utopie ou un rêve. Elles expriment
la nécessité de libérer le travail humain de la propriété
privée bourgeoise qui le paralyse et l'entrave, qui crée l'anarchie
dans la production comme dans la répartition des richesses. C'est la
propriété privée bourgeoise qui empêche le formidable
développement des techniques, des moyens de production, des moyens de
communication et de transport, d'être pleinement au service des hommes
et qui aboutit à la concentration de la richesse à un pôle,
de la misère à l'autre.
La production est de plus en plus sociale. Elle ne peut exister que par la coopération
la plus grande des hommes et des femmes qui créent les richesses. Pour
que cette coopération donne sa pleine mesure, il faut mettre fin à
la propriété des classes riches possédant les moyens de
production, les capitaux, s'appropriant ainsi les fruits du travail humain.
Le communisme, c'est la libération de l'ensemble des forces créatrices
du carcan de la propriété privée, c'est-à-dire l'expression
générale des conditions actuelles de la lutte des classes.
Pour
une société sans classe et sans État
Les communistes ne se battent pas pour en finir seulement avec l'oppression
capitaliste. Ils pensent que de l'évolution historique résulte
la possibilité d'en finir avec toute forme d'oppression, donc, avec la
division de la société en classes et avec l'État. La classe
ouvrière, en détruisant la propriété bourgeoise
et en abolissant le salariat, créera les conditions de l'avènement
d'une société sans classes et sans État.
Car l'État de la classe ouvrière sera simplifié à
l'extrême dans la mesure où les tâches seront exercées
dans le sens de la collectivité. Simplifié, il sera destiné
à disparaître, à dépérir au fur et à
mesure que la démocratie s'élargira, que chacun s'habituera à
agir en respectant les règles de la vie sociale, utile à lui-même
comme aux autres. Le développement de la production selon un plan discuté
et conscient, permettra de supprimer rapidement les mesures de contrainte et
l'État n'ayant plus de raison d'être, disparaîtra, se fondra
dans la société devenue maîtresse de son destin.
L'administration des hommes par la contrainte cédera la place à
l'administration des choses, selon la formule d'Engels.