| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°66
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1er
juin 2005
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| Sommaire : | ||||||||||
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A propos du film " The Take " et les occupations d'usines en Argentine |
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Pour
que la victoire du Non aide à une
contre-offensive des travailleurs,
pour leurs droits, par delà les frontières
" Le
non a gagné et tout est bouleversé " concluait,
non sans dépit, l'éditorialiste du Figaro le 30 mai, jour où
Raffarin donnait sa démission. Mardi, Chirac nommait Villepin premier
ministre et lui adjoignait son rival, Sarkozy. Affaibli au point de ne rien
pouvoir trancher, Chirac constitue un gouvernent bicéphale. Les pitreries
élyséennes occupent le devant de la scène alors que sur
les lieux de travail et dans les quartiers la joie du camouflet infligé
à la droite et à la gauche libérale se mêle à
bien des interrogations, des inquiétudes voire une apparente indifférence
aux suites du référendum.
Il est clair que les provocations de la clique chiraquienne incapable de surmonter
ses propres divisions ne peuvent que souligner le décalage entre le monde
du travail et celui des politiciens, des partis institutionnels, du pouvoir.
La crise sociale et politique qui s'est exprimée dans le Non connaît
une brusque aggravation. Après un nouvel épisode aigu, l'onde
de choc fait son travail, bouleverse les vieux équilibres construits
à travers la cohabitation droite-gauche et la collaboration de classe
des directions syndicales ralliées au social-libéralisme.
Sous sa pression, le vieux monde se craquelle alors que la classe ouvrière
n'a pas encore assez repris confiance en elle pour s'engager dans une contre-offensive
sur le terrain réel de la lutte de classe.
Le sens et la portée du Non n'acquièrent toute leur importance
que mis en perspective, dans l'enchaînement initié par le 21 avril
et le 5 mai de la présidentielle de 2002 et la montée des luttes,
en perspective aussi de la décennie qui s'achève, " la
décennie Chirac ". De façon plus générale,
il vient comme l'aboutissement d'une période.
" Un mai 68 dans les urnes " disait un journaliste,
un nouveau " Dix ans, ça suffit ! ".
Certes, il n'y a pas d'équivalence entre la grève générale
et le référendum, bien évidemment, mais à travers
lui s'est exprimée la révolte contre une société
bloquée, asphyxiée par l'exubérance du parasitisme financier,
révolte au cur de laquelle se trouve la jeunesse des lycées
et des banlieues. Les analogies ne donnent que des éclairages, mais ce
printemps 2005 ouvre bien une nouvelle période riche en possibilités
du point de vue de la renaissance du mouvement ouvrier.
C'est une nouvelle étape qui peut contribuer à l'émergence
d'une nouvelle conscience de classe au sein même d'une large fraction
de l'opinion populaire. Il n'y a là aucun automatisme. Les menaces et
les dangers représentés par la montée des idées
réactionnaires, sont bien présents, mais le mouvement ouvrier
est en position de reprendre l'offensive.
L'issue progressiste et démocratique à la crise chronique dans
laquelle le capitalisme plonge la société dépend des capacités
du monde du travail à apporter ses propres réponses. Le rôle
des révolutionnaires est de les formuler, de les mettre en uvre
avec lui.
" L'esprit
de mai " balayé
Le vote du 29 mai apparaît sans ambiguïtés comme un vote des
ouvriers et des classes populaires contre les partis de la cohabitation et la
politique favorable aux classes privilégiées qu'ils mènent
depuis plus de vingt ans. Il est la revanche sur le terrain électoral
de l'échec des luttes sociales, amplifie le rejet du 21 avril 2002. Il
est aussi la revanche sur le 5 mai 2002 de tous ceux qui, à gauche, n'ont
pas digéré le vote Chirac.
Le chantage, voter non, c'est voter avec l'extrême-droite n'a pas eu de
prise, pas plus que le chantage au chaos.
L'opinion populaire a d'abord et avant tout obéi à son propre
sentiment, indépendante des élites porte-parole des classes privilégiées.
Elle s'est laissée guider par sa propre colère, sa propre révolte
comme pour dire : " Vous nous avez bernés en agitant,
après le 21 avril, le danger de l'extrême droite que vous avez
vous-mêmes mise en selle et nourrie pour, le 5 mai 2002, nous faire voter
Chirac. Eh bien, cette fois, c'est Non. "
C'est Non parce que les conséquences des capitulations devant la droite
et le patronat leur ont laissé les mains libres pour imposer leurs réformes,
multiplier les attaques contre le monde du travail, amplifier leur offensive
contre les acquis sociaux.
Vote protestataire, commentent les médias. A l'évidence puisque
de toute façon c'était le seul vote possible.
Les dirigeants du PS accusent aujourd'hui Chirac et le gouvernement d'être
responsables de la victoire du Non. C'est indiscutable, mais n'est-ce pas eux
qui leur ont laissés les mains libres après avoir participé
à la construction de cette Europe libérale, anti-sociale aux services
des multinationales. N'est-ce pas Jospin qui déclarait que le Oui de
droite et le Oui de gauche étaient compatibles ?
Les travailleurs ont rejeté les uns et désavoué les autres.
Ils ont exprimé leur indépendance, discuté, et, sans céder
au chantage, avec calme et maturité, rejeté cette constitution
qui voulait leur faire approuver une politique entièrement soumise aux
intérêts des classes dominantes.
Les
luttes s'invitent dans les urnes
Leur Non est une revanche face au mépris et à l'arrogance du pouvoir,
il est un effet différé du mouvement de 2003 comme les collectifs
ont été, sur le plan politique, le prolongement des collectifs
inter-pro de 2003. Ils ont été l'expression du besoin d'unité
et de démocratie.
Le Non a été porté par les mobilisations. Il a puisé
sa force dans les manifestations du 10 mars, dans le mouvement de la jeunesse
des lycées, dans la journée de désobéissance civique
du 16 mai comme dans les luttes des salariés de Carrefour, de Total,
et de bien d'autres.
La question sociale, la question de la répartition des richesses, a été
au centre du débat. A l'économie de marché, à "
la concurrence libre et non faussée " se sont opposés les
besoins des classes populaires, l'exigence d'une économie qui soit aux
services des besoins sociaux et non de l'avidité d'une minorité
de gros actionnaires.
Surmontant les obstacles qu'il n'avait pas eu les moyens de franchir sur le
terrain des luttes sociales, le mécontentement a condamné le capitalisme
libéral.
Et la seule réponse de Chirac est encore plus d'arrogance, de morgue
et de mépris que symbolisent, dans leur personne même, Villepin
et Sarkozy.
" La nouvelle impulsion " annoncée par Chirac,
c'est la politique défendue par Sarkozy, une exacerbation du libéralisme
au nom de la défense d'une France forte. Les voilà bien ces champions
de l'Europe qui se drapent maintenant dans un nationalisme digne de De Villiers
ou Le Pen.
Désavoués, rejetés, ils s'accrochent au pouvoir et s'acharnent
à poursuivre une politique qui épuise l'économie, aggrave
le chômage, la précarité, prend sur le niveau de vie de
la population pour nourrir les profits.
Ignorant une fois de plus le verdict des urnes au lieu de partir et de céder
la place, ils provoquent l'opinion, cherchent à intimider.
La répression dont sont l'objet les animateurs du mouvement lycéen
comme les scandaleuses poursuites judiciaires dont sont l'objet les postiers
de Bordeaux laissent entrevoir ce que sera le dialogue social pour le gouvernement
Villepin-Sarkozy, le gouvernement de deux ministres de l'Intérieur.
Unité
pour les droits des travailleurs
Face à l'arrogance et au mépris du pouvoir, ce qui est à
l'ordre du jour, c'est de renforcer, d'élargir l'unité qui a pris
corps durant la campagne pour le Non.
A la nouvelle offensive de la droite et du patronat qui entendent retourner
la situation en leur faveur et reprendre l'initiative, il faut opposer le front
uni des travailleurs et de leurs organisations.
La grève des cheminots de ce 2 juin apparaît comme une première
réponse à Chirac-Villepin-Sarkozy au même titre que la défense
des postiers de Bordeaux qui est en train de s'organiser.
La dynamique unitaire dans ce qu'elle a de profond, de démocratique,
de dépassement des cartels d'organisations, vient d'en bas, du regain
militant
C'est cette dynamique que les militants du mouvement social,
quelle que soit leur appartenance politique, doivent amplifier.
Le patronat et le gouvernement entendent jouer des divisions qu'ils ont su attiser
en profitant des reniements de la gauche et des capitulations des directions
syndicales dominées par le social-libéralisme ou le réformisme.
L'essentiel aujourd'hui est de surmonter ces divisons pour unir les forces de
ceux qui entendent résister, prolonger le Non des urnes pour développer
les mobilisations.
L'heure n'est pas à la préparation des échéances
électorales de 2007 mais à concrétiser la force du Non,
à lui donner un prolongement dans les luttes.
Les collectifs qui ont surgi à travers le pays ont su exprimer, donner
force et vie à la révolte des classes populaires. Bien que souvent
engoncés dans les limites de l'antilibéralisme, ils ont porté
le débat, argumenté, mobilisé, armé. La victoire
du Non peut contribuer à poursuivre la mobilisation pour coordonner les
résistances et discuter de la politique nécessaire à ces
résistances, aux luttes.
Les révolutionnaires sont pleinement partie prenante de cette tâche.
Tous ensemble, traçons la perspective de l'unité des travailleurs
pour les salaires et leurs droits, ici, et avec nos frères de classe
par delà les frontières, en Europe.
L'unité n'exclut pas les divergences, les discussions. De nouvelles pratiques
militantes animent les relations entre militants, la démocratie ouvrière
reprend ses droits. C'est un énorme progrès.
Les révolutionnaires ne sont ni des sectaires ni des dogmatiques. Nous
ne sommes en rien détenteurs d'une quelconque vérité mais
participons, de l'intérieur même du mouvement, à la lutte
de classe de façon la plus lucide, la plus consciente possible aidant
aux prises de conscience à travers les expériences individuelles
et collectives.
Le travail de construction du parti ne relève nullement d'une simple
délimitation programmatique extérieure aux masses, à leur
préoccupation mais participe du processus d'auto-organisation des masses
elles-mêmes au sein desquelles vivent et militent les révolutionnaires.
Notre programme résulte de la constatation d'un fait dont la bourgeoisie
et son Etat apportent des démonstrations quotidiennes : la domination
de la propriété privée capitaliste est incompatible avec
le progrès et la démocratie.
C'est l'expérience même qui convaincra tous ceux qui pensent que
seule serait en cause la politique libérale sans qu'il soit nécessaire
de transformer de façon radicale le système économique
et social.
Les exigences sociales sont indissociables des exigences démocratiques,
c'est-à-dire de la question du pouvoir. Au cur de la question de
la répartition des richesses, il y la question de la démocratie
et du contrôle : qui décide, les multinationales de l'industrie,
du commerce et de la finance ou les salariés et la population ?
Et c'est en travaillant à l'unité du monde du travail que nous
pourrons regrouper, démocratiquement, autour de la perspective d'un changement
radical de société.
Aujourd'hui, face à l'arrogance de la clique qui s'impose au pouvoir
au mépris de la démocratie, tout pas en avant passe par le front
uni des travailleurs et de leurs organisations, c'est-à-dire faire vivre
la démocratie dans le mouvement ouvrier.
Yvan
Lemaitre
La
répression n'intimidera pas
la nouvelle génération,
des manifestations au Non dans les urnes,
la jeunesse s'affirme
Le
mouvement lycéen, malgré l'acharnement policier et judiciaire,
ne baisse pas la tête. Au contraire, cette répression souligne
qu'il a été un des évènements majeurs d'une année
marquée tant par les luttes économiques des salariés que
par la lutte politique pour s'opposer à la constitution européenne.
Le mouvement de la jeunesse, qui connaît peu les cloisons formelles et
artificielles, a participé à la fusion des luttes sociales et
politiques en un combat commun contre la logique des profits qui détruit
nos droits démocratiques et sociaux. En cela, le mouvement lycéen
s'est intégré aux mobilisations nombreuses des travailleurs pour
les salaires, pour une autre répartition des richesses et contre l'augmentation
du temps de travail. Ce mouvement global a bouleversé la situation politique,
faisant du Non au référendum le prolongement politique des luttes
sociales.
Une nouvelle génération, libre du poids des appareils sociaux
libéraux tant syndicaux que politiques, est entrée en scène.
Sa révolte, sa spontanéité et la contestation sociale qu'elle
porte marquent une rupture avec les illusions d'une démocratie de marché
et participent d'une libération des consciences porteuse d'espoir pour
l'ensemble du mouvement social.
Rupture
et libération pour une nouvelle génération militante
A travers le combat des jeunes contre la loi Fillon, pour le droit à
la culture pour tous, s'est exprimée une contestation plus profonde et
plus globale, contre les inégalités, contre ce système
qui les produit et qui bafoue les droits des peuples, des travailleurs et des
jeunes.
En se confrontant directement avec l'inertie et la capitulation des directions
syndicales, puis avec le parlement et son corollaire, la répression policière,
une nouvelle génération militante s'est formée en accéléré.
L'Etat s'est révélé pour ce qu'il était, une machine
à imposer la loi des patrons par des parlementaires ou par des policiers.
Avec la jeunesse, les consciences se dégagent de la propagande du diagnostic
partagé, c'est-à-dire de la possibilité d'une culture accessible
à tous, d'une réelle égalité sociale, d'une réelle
démocratie dans le cadre de l'économie de marché. La rupture
s'opère avec le mensonge des politiciens de gauche comme de droite.
Lors de l'entre deux tours des Présidentielles de 2002, ce mensonge s'est
incarné dans " un sauveur de la démocratie ",
Chirac et le pacte républicain, plébiscité par les partis
de gauche l'appelant au secours face à leur faillite. En 2003 contre
Bush et la guerre en Irak, c'est ce même sauveur qui est appelé
en renfort pour masquer une mondialisation de moins en moins heureuse mais de
plus en plus guerrière. Demain, ils voudront nous faire accepter un nouveau
sauveur face à la crise économique et politique : la gauche plurielle
sous une autre forme. Mais une large fraction de la jeunesse, éduquée
dans ce mensonge, confrontée dans la lutte avec la réalité
d'un système d'exploitation que la répression participe à
dévoiler, est en train de rompre. Avec elle, c'est l'ensemble du mouvement
social qui commence à s'émanciper de l'illusion paralysante d'un
possible aménagement social du capitalisme qu'alimentent les directions
des syndicats et des partis de gauche.
Face à tous les obstacles institutionnels, politiques et syndicaux, la
jeunesse a fait l'expérience qu'elle ne pouvait compter que sur elle-même,
sur sa lutte, sa propre organisation, pour faire valoir ses droits. Son mouvement
l'a amenée à se confronter à la justice et à l'Etat,
à remettre en cause la légitimité du pouvoir, à
ne pas respecter l'ordre et les cadres établis par le système.
Cette expérience est partagée par l'ensemble du mouvement social,
participant de son renouveau, pour que se reconstruise une conscience de classe.
La
jeunesse s'empare du débat sur l'avenir de l'Europe
La jeunesse des lycées, à travers son mouvement, a pris goût
au débat démocratique, organisé à la base dans des
structures d'auto-organisation comme les coordinations et les assemblées
générales. Ce besoin de débat issu d'une mobilisation sur
l'avenir de l'éducation, a coïncidé avec celui sur la constitution
européenne posant la question de quelle Europe nous voulons, c'est-à-dire
de quelle société nous voulons.
Elle a alors été confrontée au même mensonge des
partisans du Oui, gouvernants depuis 20 ans et responsables de l'aggravation
des inégalités tant dans l'éducation que dans le reste
de la société. Ce mensonge défendu ouvertement dans tous
les médias, voulant nous faire croire en une Europe sociale, démocratique
et égalitaire sur la base d'une économie de marché capitaliste,
libérale et organisant la concurrence de tous contre tous, apparaît
clairement à une large partie de la jeunesse et du monde du travail,
suscitant la révolte et un rejet profond.
Dans certains lycées, des militants du mouvement ont conquis des espaces
de démocratie et de libertés politiques, organisant des réunions
pour discuter de la constitution en lien avec leur mobilisation et la répression
qu'ils subissent, associant des profs, des militants du mouvement social, créant
un tous ensemble social et politique contre le libéralisme.
Cette prise de conscience d'une jeunesse qui entre en lutte ne connaît
à priori pas de limites, sinon celles de l'idéologie libérale,
de droite comme de gauche, dans le camp du Oui comme dans celui du Non, qui,
désavouée, voudrait réanimer un sauveur, perpétuer
un mensonge, faire du vieux avec du neuf, bercer des vieilles illusions réformistes
les jeunes générations pour perpétuer l'ordre établi.
Le
renouveau du mouvement révolutionnaire passe par la jeunesse
Face à cette impasse, la tâche de l'heure pour les révolutionnaires
est d'aider les consciences à aller jusqu'au bout de la rupture avec
ce système, sa logique économique et les institutions qui les
servent. L'espace de liberté conquis à travers les mobilisations
de cette année nous aide à repenser le monde. A l'issue du référendum,
ce débat se situe sur une base européenne et internationaliste.
Du rejet du libéralisme à la remise en cause de l'économie
capitaliste, du besoin d'une Europe démocratique à la rupture
avec les institutions parlementaires bourgeoises tant nationales qu'européennes,
toutes les questions pour construire un autre projet de société
nous sont posées.
Pour penser un autre projet de société, un projet révolutionnaire
pour l'avenir, les révolutionnaires ont besoin de la vigueur et de l'audace
de cette nouvelle génération militante. Le gauchisme issu d'une
période où l'extrême gauche était marginalisée
par le stalinisme et les marges de manuvres de la social-démocratie
ne répond pas au besoin des jeunes. L'avenir du mouvement révolutionnaire
est dans la prise d'initiatives de la jeunesse, dans sa prise en main de toutes
les affaires qui concernent la société comme dans la remontée
d'une combativité ouvrière indépendante des vieux partis
de gauche.
Les débats qui s'ouvrent sur le débouché politique après
la victoire du Non comme celui qui est posé dans les lycées sur
les formes d'organisation à mettre en place pour maintenir les liens,
continuer et approfondir la lutte, sont les mêmes. Il s'agit de faire
vivre une démocratie directe dans les collectifs et les coordinations,
démocratie nécessaire pour construire un rapport de force, élaborer
un plan de riposte sociale, construire une force de lutte sociale et politique
pour imposer les droits démocratiques et sociaux des jeunes et des travailleurs
contre les gouvernements quelle que soit leur couleur politique. Cette nouvelle
force ne peut être que démocratique et révolutionnaire car
ne reconnaissant que la légitimité du pouvoir de la rue et des
luttes pour remettre en cause le capitalisme et organiser l'économie
au service de la satisfaction des besoins sociaux. Pour relever ce défi,
l'extrême gauche a besoin de faire peau neuve en se mettant au service
de la jeunesse pour repenser avec elle son héritage politique, le marxisme
révolutionnaire.
Une renaissance des idées du communisme, démocratique et révolutionnaire,
s'opère par l'intervention de la jeunesse qui en fait son affaire pour
apporter sa force, son énergie et sa vitalité au chantier de la
construction d'un parti des travailleurs.
Vincent
Campbell
A propos du film " The Take " et les occupations d'usines en Argentine
Ces dernières
semaines, les militants, ainsi que le grand public, ont pu découvrir
un chapitre important de l'histoire récente du mouvement ouvrier argentin
à travers le film " The Take ". Le phénomène
est assez rare dans le cinéma commercial et mérite d'être
souligné. Voir sur un écran les usines occupées, les assemblées
ouvrières
est nécessairement exaltant, mais également
une source de réflexion et un appel à la lutte. La sortie de " The
take " en offre l'occasion et appelle aussi quelques précisions.
L'occupation d'usines et leur mise en fonctionnement par les travailleurs est
un des aspects de la mobilisation historique de la classe ouvrière et
du peuple argentin qu'on identifie à l'" argentinazo "
(manifestations des 19 et 20 décembre 2001 suivies de la chute du gouvernement
De la Rúa). En fait, l'argentinazo n'est pas un événement
isolé ; il s'inscrit dans une période de la lutte des classes
qui n'est pas encore achevée. Le film reflète mal ce lien entre
" prise " (take) des usines et intervention révolutionnaire
du mouvement ouvrier. Par contre, il fait un raccourci abusif en 30 secondes
de l'histoire argentine et du péronisme, présenté comme
un moment supposé de prospérité. Il s'efforce d'expliquer
les " prises " comme le résultat d'une situation
de misère nouvelle, quand en réalité elles sont plutôt
une manifestation et un moteur de l'action directe des masses, propre à
toute période révolutionnaire.
En Argentine, près de 200 entreprises ont été occupées
à partir de 2001. Le mouvement a commencé avec la crise de 1998
en réponse aux manuvres des patrons (salaires non payés,
entreprises " vidées " de leur matériel, bâtiments
abandonnés
). Ces manuvres ont été au nombre
de 2000 dont les 10 % ont donné lieu à une intervention ouvrière
prolongée.
L'occupation et la gestion ouvrière ont été une réponse
à la crise capitaliste dans un cadre de mobilisation révolutionnaire.
Les situations ont été très diverses dans les différentes
usines et le sort de 200 occupations aussi. " The take ",
par contre, semble vouloir illustrer un schéma qui est celui de Naomi
Klein, réalisatrice du film, et non celui de la classe ouvrière
en Argentine : l'auto-gestion serait une nouvelle solution et un nouveau
mode d'organisation sociale, de production de la classe ouvrière et des
exploités.
Dans la réalité, dans la mesure où les occupations correspondent
à des situations diverses, dans une période très riche
de la lutte des classes, avec des retournements de situation, des hauts et des
bas, le sort de chaque usine doit mériter une attention particulière
et aucun schéma prédéterminé ne peut s'appliquer.
Le film présente 3 cas d'occupations et les exalte. A Forja San Martin,
quelques ouvriers qualifiés prennent l'initiative de constituer une coopérative
pour récupérer la production de l'entreprise, mais ils décident
de se maintenir à la marge de la mobilisation générale
de la classe ouvrière et de la population. Cette auto-gestion démontre
elle-même ses limites. A Zanon, dont le syndicat a été à
l'initiative de l'occupation et où les partis de gauche sont très
présents, les ouvriers font fonctionner l'usine avec un lien direct avec
la population et le mouvement ouvrier national et réclament l'expropriation
et le fonctionnement de l'usine sous contrôle ouvrier. Le conflit n'est
toujours pas fini. A Bruckman, une coopérative a été finalement
constituée pour reprendre la production sur des bases capitalistes, mais
le conflit avait connu des mobilisations très importantes. Les ouvrières
(une majorité des salariés étaient des femmes) avaient
réussi à occuper l'usine et à mobiliser le quartier, et
même la ville de Buenos Aires, avec des méthodes et des revendications
très combatives, mais finalement la direction de gauche de l'usine a
été renversée par un mouvement lié à l'église
qui a cherché un accord avec le gouvernement et les anciens patrons.
Comme on le voit, " toute théorie est grise et vert est
l'arbre de la vie ". La richesse de la lutte de la classe ouvrière
argentine mérite autre chose qu'une exaltation bancale de l'auto-gestion.
Le mouvement alter-mondialiste en Argentine qui est aujourd'hui très
marginal, a toujours pris position contre les formes de mobilisation de la classe
ouvrière : les piqueteros, les syndicats, les partis politiques.
Par contre, ils ont revendiqué la mise en uvre de projets productifs.
Ils ont essayé d'opposer l'ouvrier en tant que sujet productif et le
mouvement ouvrier comme sujet de lutte politique et sociale.
Les occupations
d'usine, l'argentinazo et l'ensemble des phénomènes associés
demandent un débat et un échange entre les militants français
et DM entend y contribuer.
Les militants intéressés par le thème des usines occupées
peuvent se procurer à La Brèche le livre " Fábricas
ocupadas " de Pablo Heller dont le prologue est de Jorge Altamira,
dirigeant du Parti Ouvrier, ainsi que d'autres documents. Par ailleurs, le CALPA
(comité de soutien aux luttes du peuple argentin) développe une
activité systématique de solidarité avec les luttes, et
de débats au sujet de la situation politique.
Le samedi 4 juin à 19h30, vous pourrez assister à une projection-débat
sur le thème des usines occupées et récupérées
en Argentine autour du film documentaire " Recuperada "
de Julie Lastmann à la salle Jean Dame, 17 rue Leopold Bellan (M°
Sentier). Le film et le débat vont être très riches et nous
vous invitons vivement à y participer.
Vous pouvez contacter le CALPA à info@calpa-paris.org ou au 21ter rue
Voltaire (Paris 11ème) et trouver des articles et informations sur le
site www.calpa-paris.org
Marcelo
N.