| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°70
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13
juillet 2005
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| Sommaire : | ||||||||||
| Le temps de la discussion, de la solidarité, de l'unité... | ||||||||||
| Face aux ordonnances Villepin, l'urgence de la lutte | ||||||||||
| 1905 en Russie - Le prolétariat postule à diriger la révolution | ||||||||||
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Le
temps de la discussion,
de la solidarité, de l'unité
La
France, paraît-il, serait dans la déprime. " La France
est morose. Du Non au référendum à l'échec de Paris
pour les JO, rien ne semble marcher dans un pays miné par le chômage
et le manque de confiance en l'avenir " écrit Le Parisien.
Aller savoir quel est le lien entre le Non, et les JO
Toujours est-il
que la France serait sans projet, ni volonté, dépressive.
Pourtant, tout aurait pu être si bien, le Oui l'emportait, la droite et
la gauche étaient pourtant la main dans la main, Paris promue ville olympique
pour 2012, là encore droite et gauche marchaient la main dans la main,
là encore, Bernard Thibault avait donné de sa personne pour rassurer
chacun qu'il n'y aurait pas de conflits sociaux pendant la durée des
JO
Rien n'y a fait.
Tout ça, c'est la faute à Chirac, à cette " monarchie
socialisante " comme l'appelle, sans rire, Méhaignerie,
député UMP proche de Sarkozy. Vivement une droite, une vraie qui
redonne confiance à la France ! Et c'est sans doute pour lui redonner
cette pêche qui lui manque tant que Sarkozy et l'UMP voudraient réformer,
c'est-à-dire supprimer l'ISF, l'impôt sur les grandes fortunes.
Villepin tergiverse alors que Thierry Breton se dit d'accord pour réformer
ce qui n'est à ses yeux que " tout simplement un impôt
de plus sur les économies et le logement de nos concitoyens ".
Tout est dit, cette France, c'est la France qui paie l'ISF ! Elle déprime
de ne plus savoir quoi faire de son argent, atteinte d'une boulimie financière
sans projet ni avenir et cependant insatiable
C'est de ce parasitisme
dépressif et, en conséquence, agressif, que souffre la société.
Le monde du travail a, lui, bien d'autres problèmes. Les départs
en congés pour ceux qui partent ou se préparent à partir,
loin de faire oublier les difficultés financières les rappellent.
Aux difficultés du moment s'ajoutent les inquiétudes de la rentrée
même pour celles et ceux qui pourront échapper aux contraintes
du travail. La joie des congés, l'instant de liberté, renforcent
le mécontentement, la colère latente
L'écart entre la France de l'ISF et la France d'en bas, l'immense majorité
de la population, se creuse. Les inégalités s'affichent indifférentes
aux difficultés du plus grand nombre, au dénuement, à la
misère. La boulimie financière des classes privilégiées
devient insupportable comme leur arrogance provocatrice.
Et si, plus d'un mois après la victoire du Non, la situation sociale
et politique semble calme, l'initiative entre les mains d'un gouvernement sans
crédit ni autorité, ce calme pourrait bien être de ceux
qui précèdent les tempêtes.
Partout, est posée la question des salaires, il n'est plus possible de
vivre ne serait-ce qu'avec le SMIC, il n'est plus possible d'accepter des salaires
de misère quand la richesse s'étale, provocante.
Le calme apparent qui suit la victoire du Non ne correspond en rien à
une reprise en main de la situation par la droite libérale et sa complice,
la gauche social-libérale, mais bien à un mûrissement des
consciences.
En 2004, la grande majorité des travailleurs s'étaient détournés
des élections ou avaient choisi, sans illusion, de sanctionner la droite
en votant pour la gauche libérale. Le 29 mai, ils ont massivement sanctionné
cette droite et cette gauche libérales.
Le Non des urnes a été porté par le non des luttes, mais
ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire la défense des intérêts
des travailleurs tant sur le terrain social que politique, n'ont d'expression
organisée capable de coordonner les luttes, de leur offrir une perspective
d'ensemble. Au contraire même, l'absence d'une telle force laisse la place
à des projets politiques qui visent à détourner les aspirations
à l'unité sur le terrain de l'unité avec
la gauche
bourgeoise et libérale.
Cette nouvelle expression politique des intérêts du monde du travail,
force organisée, militante, se construira par le regroupement de tous
ceux qui ont tiré les enseignements des dernières années :
quel que soit le gouvernement en place, la classe ouvrière doit se donner
les moyens d'exercer sa pression, de faire valoir ses droits, de les imposer
par tous les moyens de la lutte. Le Medef ne craint pas de le faire, avec un
culot sans borne, il revendique le droit aux privilèges de la classe
qu'il représente et légitime le droit à l'exploitation
de la population au nom de ses propres intérêts égoïstes
et bornés.
La population et les travailleurs doivent se donner les moyens politiques de
combattre ces prétentions des classes parasites pour affirmer les droits
du travail sur le capital.
Un vaste et profond mouvement d'opinion anticapitaliste se forme au lendemain
du 29 mai, il est en train de prendre conscience de lui-même, se cherche,
cherche son expression politique. Nous devons uvrer au regroupement de
son aile la plus radicale, celle qui a conscience que la crise que nous connaissons
est une crise organique du capitalisme qui n'est pas réformable.
Cela signifie, partout, dans les collectifs, dans les syndicats, les associations,
avec les autres forces politiques du Non, formuler les intérêts
généraux du mouvement ouvrier, populaire autour de ses revendications
et proposer à chacun, par delà les divergences et désaccords,
de s'unir pour les porter, les défendre, les imposer.
La préoccupation des travailleurs n'est pas l'avenir et les espoirs de
la gauche gouvernementale mais bien d'avoir une politique pour les luttes afin
de changer le rapport de force. Et c'est dès maintenant que se prépare
le rendez-vous de la rentrée.
Il se prépare par le débat démocratique, faire les bilans
des politiques passées pour être en mesure d'aborder avec lucidité
les échéances à venir. Il se prépare dans la solidarité,
solidarité avec les postiers pour soutenir les quatorze de Bordeaux-Bègles,
solidarité avec les travailleurs de Citroën-Aulnay pour empêcher
le licenciement du secrétaire de la CGT, solidarité avec ceux
de Nestlé, solidarité aussi avec les travailleurs sans-papiers
menacés par les mesures xénophobes de Sarkozy
Démocratie, solidarité, veulent dire unité, unité
autour de la défense de nos camarades comme de nos revendications, unité
pour regrouper nos forces et faire savoir à Villepin et compagnie que
loin d'avoir la moindre confiance de la population, il leur faudra affronter
sa colère, sa révolte, déterminées et conscientes.
Yvan
Lemaitre
La
crise de l'Europe capitaliste, expression de la crise de domination des bourgeoisies
et de leurs Etats
La
campagne pour le Non fut une victoire politique et les résultats du 29
mai ont représenté un recul significatif pour le régime
politique de la bourgeoisie française et ses intérêts et,
de façon plus générale, pour les formes de domination politique
que les différentes composantes de la bourgeoisie se sont données
en Europe en ayant comme axe la construction de l'Union européenne.
La mobilisation politique qui a permis cette victoire n'a pas été
accompagnée d'une vraie critique révolutionnaire de cette construction
européenne. Tout le contraire. À partir de l'appel Copernic, les
principales forces de gauche qui ont milité pour le Non ont développé
en même temps une construction purement illusoire sur l'Europe " sociale
et démocratique ".
Tôt au tard, les faiblesses se payent et cette adaptation a eu et a ses
effets. On a pu le mesurer dans l'attitude et la mobilisation du 16 juin qui
fut surtout un acte de pression auprès du Conseil européen, comme
si cette réunion des chefs d'État était un cadre neutre
de négociations qui pouvait donner de bons résultats pour les
travailleurs et les peuples.
Une
erreur grave de perspective
La Déclaration de Nanterre de 25 juin - rencontre nationale des
collectifs unitaires - confirme cette orientation. Au lieu d'indiquer que
l'Europe capitaliste est en crise, le document formule une série de fausses
perspectives qui peuvent nous conduire droit dans le mur. Et le langage utilisé
n'est pas neutre. L'horizon théorique est le keynésianisme et
l'on rejette le marxisme parce qu'il serait réducteur ; l'horizon
politique est une nouvelle mouture d'union de la gauche plutôt que la
perspective d'un gouvernement de travailleurs ; l'horizon de travail ne
se dégage pas du réformisme ; l'Europe " sociale
et solidaire " et non l'Europe socialiste et des peuples.
L'analyse des décisions du Conseil sur le budget permet d'illustrer l'importance
de cette opposition. La déclaration affirme que : " le
refus partagé par les principaux pays de l'Union de toute augmentation
du budget communautaire au moment où l'élargissement à
dix nouveaux membres introduit une profonde fracture économique et sociale
en son sein, interdit toute politique de solidarité et de réduction
des inégalités, conduit au dumping social et fiscal, empêche
l'adhésion des peuples à un projet commun ". Michel
Husson partage cette analyse (Rouge, 16 juin et étude de texte
N° 4 sur la Constitution, Rouge, 6 janvier).
Le soi-disant budget communautaire n'est même pas un " budget "
dans le sens bourgeois du terme. C'est un accord de nature à satisfaire
les clientèles, les politiques et les affaires, de chaque gouvernement
de l'U.E. alimentée par les budgets nationaux et les impôts à
la consommation. Les Parlements n'interviennent pratiquement pas. Pour cette
raison, une partie importante est destinée aux subventions aux agriculteurs
et aux aides régionales. Il est plafonné à 1,24 %
du PIB et aujourd'hui, il atteint 1 %, pour un montant de 106 milliards
d'euros. Blair propose de réduire les dépenses actuelles et d'appuyer
sa politique ; Chirac essaye de sauver les subventions ; les nouveaux
adhérents demandent des aides régionales importantes et ainsi
de suite. Chaque bourgeoisie défend ses intérêts immédiats
et aurait tort de critiquer seulement Blair. Il faut toujours commencer par
sa propre classe dominante
Il est bien évident que ce budget ne peut financer d'aucune manière
une " politique de solidarité et de réduction des
inégalités " et revendiquer son augmentation est
un contre-sens pour les travailleurs. Par contre, il faudrait demander l'annulation
de ce budget, totalement antidémocratique. Les institutions et les mécanismes
de Bruxelles ne peuvent pas tourner dans un sens contraire aux intérêts
du capital.
La crise européenne
et l'élargissement
L'élargissement comme opération politique et économique
des bourgeoisies fondatrices de l'UE est la vraie origine de cette crise du
Conseil européen. L'élargissement est à la fois un révélateur
et un catalyseur de la décomposition des institutions européennes.
Bruxelles ne peut jouer d'aucune manière le rôle de vache à
lait pour rassurer les gouvernements des PECO (Pays d'Europe centrale et orientale).
Pour donner un ordre d'idée des montants financiers en débat,
il faut se rappeler que le budget de l'Allemagne a consacré plus de 75
milliards d'euros à des transferts vers les nouveaux Lander de l'Est
et que l'U.E. prévoie 13 milliards pour l'ensemble des PECO. Derrière
ces chiffres, il y a le fait que cet élargissement aggrave la crise de
décomposition des institutions des pays européens au lieu de renforcer
l'U.E.
La restauration bourgeoise et capitaliste dans les PECO est un élément
centripète et pas centrifuge pour l'unité capitaliste de l'Europe
et l'élargissement ne peut cacher cette dynamique. Les pays de l'UE ont
accepté que les nouveaux membres soient en même temps membres de
l'OTAN ; les Etats-Unis ont trouvé un nouveau levier.
Nous devons dire clairement que les États nationaux en Europe sont en
crise, que les États de l'élargissement sont particulièrement
en état de décomposition et que les institutions européennes
sont en train de devenir un facteur immédiat d'aggravation de la crise
au lieu d'être un cadre de stabilité. C'est la signification de
l'impasse du Conseil européen en ce qui concerne le " budget ".
Face à une crise de cette nature, une crise organique du système,
il faut affirmer une perspective ouvrière, socialiste. Les fantômes
de l'Europe solidaire et démocratique à partir des institutions
actuelles sont une illusion dangereuse et paralysante. Le débat n'est
pas abstrait mais bien politique et pratique. La crise capitaliste est une menace
et déjà une réalité. La réponse des travailleurs
doit être à la hauteur, en termes de mobilisation, de programme
d'urgence, de perspective ouvrière et socialiste.
Marcelo
N.
Face
aux ordonnances Villepin,
l'urgence de la lutte
" Dans
un contexte marqué par un choc politique violent, il faut un déclic
psychologique " déclarait Villepin pour éclairer
ses objectifs politiques ! Le déclic sera, n'en doutons pas, à
la hauteur de la provocation. Nous l'espérons du moins tant les ordonnances
Villepin sont un pas important dans l'objectif affiché par la nouvelle
présidente du Medef comme par la droite, la remise en cause du Contrat
à durée indéterminé et de tous les acquis juridiques
qui s'organisent autour.
Les ordonnances
Villepin : " l'urgence " pour aider les patrons à
licencier
Dès son discours de politique générale, Villepin a annoncé
la création du Contrat Nouvelle Embauche pour les Très Petites
Entreprises. Il prévoit une période d'essai de 2 ans avec un complément
d'allocations chômage apporté par l'Etat (donc par l'argent public)
et un énième " accompagnement personnalisé "
pour le reclassement en cas de rupture du contrat par l'employeur.
Ces contrats ne changeront rien à la question du chômage. Les TPE
n'embaucheront pas davantage car il n'y aura pas plus de travail, sans compter
que cela fait un bon moment qu'elles ont toute " facilité "
d'embaucher des salariés précaires en CDD ou en intérim.
La seule question qui importe pour la bourgeoisie est la liberté de licencier
comme elle l'entend. Comme l'a expliqué le président des PME :
" En rendant moins contraignant le licenciement, vous faciliterez
l'embauche (
) Vous avez fixé un cap, il va falloir le tenir, sinon
la désillusion serait cruelle " !
Dans le Code du travail, cette période d'essai n'est pas définie
autrement que par la jurisprudence, ce qui laisse toute liberté aux patrons
vu le rapport de forces. La rupture de contrat ne sera pas considérée
comme un licenciement : donc, pas d'entretien préalable, pas de
préavis obligatoire (même si le gouvernement dit maintenant qu'il
pourrait se faire au prorata du temps passé), pas de nécessité
pour l'employeur de motiver le licenciement, donc pas de possibilité
pour le salarié de le contester. Le licenciement pourra être simplement
signifié verbalement.
Ce contrat est même un recul par rapport au CDD qui ne peut être
rompu " qu'en cas de faute grave ou de force majeure ".
Par ailleurs, le licenciement pendant une période d'essai n'ouvre droit
à aucune indemnité de fin de contrat comme il en existe en intérim
ou en CDD.
Cette super période d'essai prive le salarié de ses droits : quel
salarié osera faire grève, osera refuser les heures supplémentaires
ou les conditions de travail dangereuses ou même se mettre en arrêt
maladie ?
Cette mesure menace également de nombreuses conventions collectives.
Dans combien de branches, le patronat sera-t-il tenté de dénoncer
la convention collective qui prévoit des périodes d'essai très
limitées ? Combien de patrons chercheront à licencier des
salariés anciens en CDI pour les remplacer par des nouveaux jeunes en
période d'essai permanente ?
Par ailleurs, il est clair que le gouvernement compte bien généraliser
ce type de contrats. D'emblée, il a annoncé à propos des
TPE : " Moins de 10, moins de 8, nous ne savons pas et cela
va être soumis à concertation avec les partenaires sociaux ".
Les directions syndicales se sont donc précipitées pour discuter
avec Borloo et Larcher en expliquant qu'il pourrait y avoir des avancées
alors que les ordonnances étaient déjà annoncées.
Mais dès que Seillière a déclaré que ces mesures
n'étaient qu'une " modeste impulsion ", la
réponse est venue rapidement : Villepin a porté la mesure
aux entreprises de
20 salariés, faisant passer le nombre de salariés
assujettis à la nouvelle mesure de 19,7 % à 28,7 %.
Borloo interrogé sur la définition d'une TPE a d'ailleurs ironisé :
" Les TPE, c'est 50, 250 salariés
".
Pour développer ces Contrats Nouvelle Embauche, Villepin compte également
étendre aux TPE le chèque-emploi qui existe déjà
pour les personnels de maison. Il remplacerait à la fois le bulletin
de salaire et le contrat de travail, supprimant ainsi toute une série
d'obligations d'information de la part de l'employeur : convention collective,
charges patronales visibles, définition du poste de travail, des horaires,
etc. : autant d'éléments que ne pourra pas contester le salarié.
C'est un retour au travail à la tâche ou à la journée.
Et toujours
plus d'exonérations pour les patrons
En modifiant les seuils de déclenchement, de 10 à 20 salariés,
pour les cotisations logement, formation professionnelle et transport, Villepin
fait également un cadeau de 500 millions d'euros aux patrons. Au passage,
l'embauche des jeunes de moins de 25 ans ne sera pas prise en compte dans le
calcul de ces seuils.
Il réaffirme aussi l'objectif de l'exonération de toute cotisation
patronale pour les emplois payés au Smic d'ici 2007. Alors que le nombre
de salariés au Smic a progressé de 16 % en un an, on imagine les
conséquences à la fois sur les salaires et sur les caisses de
sécu et de retraite.
Dans les cadeaux aux patrons, figurent aussi le " soutien et l'accompagnement "
des jeunes au chômage avec une carotte de crédit d'impôt
de 1000 euros et surtout le bâton pour les contraindre à accepter
n'importe quel contrat dans n'importe quel secteur et à n'importe quel
salaire.
Cette politique des crédits d'impôts revient à financer
une partie du salaire avec de l'argent public. D'après un syndicat des
impôts, le coût des baisses d'impôt sur le revenu et des crédits
d'impôt sur la période 2000-2005 s'élèverait à
plus de 50 milliards d'euros
Soit une année de recettes de l'impôt
sur le revenu ! Et après, Breton part en campagne en déclarant
que " L'impôt sur le revenu ne sert pas à financer
des écoles ou des hôpitaux : il ne sert pratiquement qu'à
payer les intérêts de la dette "... et pour cause.
" Il faut travailler plus " et " briser
des tabous " dit-il en lançant le cumul des revenus du
travail et de retraite pour faire travailler les plus âgés et imposer
des retraites misérables ou la suppression de la taxe Delalande sur le
licenciement des salariés de plus de 50 ans.
Enfin, à défaut de mesures contre le chômage, le gouvernement
prend des mesures contre les chômeurs avec la mise en uvre du rapprochement
de l'ANPE et des Assedic, les demandeurs d'emploi seront soumis à un
contrôle renforcé avec obligation d'accepter les emplois proposés
sous peine de perte des allocations.
Une politique
globale d'attaques contre les droits des salariés
Avec ses ordonnances, le gouvernement veut permettre à la bourgeoisie
de profiter davantage de la pression du chômage pour faire baisser le
" coût du travail " en s'attaquant aux quelques protections
qui peuvent exister encore dans le code du travail avec les CDI.
La bourgeoisie a mené depuis des années une offensive avec l'aide
des gouvernements successifs pour augmenter son taux de profit. Elle a utilisé
la pression du chômage pour généraliser l'intérim,
la précarité, les bas salaires. Aujourd'hui, elle mène
une offensive contre les protections qui subsistent encore dans le Code du travail
ou dans les conventions collectives pour traduire dans le droit toutes ces attaques
et se donner les moyens d'exploiter " librement " la force
de travail.
Les lois Aubry ont, les premières, remis en cause le cadre de la semaine
hebdomadaire de travail dans le Code du travail. Cela a permis d'introduire
l'annualisation et la flexibilité, mais aussi la division des salariés
par la déréglementation du salaire minimum avec l'introduction
de Smic différents.
En 2004, le rapport de Virville et les 44 propositions du Medef faisaient campagne
pour le contrat de mission, CDD de très longue durée sur la base
d'un " projet déterminé "
Un
contrat qui incluait directement le licenciement. Ce même rapport envisageait
également la possibilité de payer au forfait jour des salariés
itinérants non cadres, moyen d'exploiter davantage les salariés
de la sous-traitance en ne leur payant pas les heures supplémentaires.
De même, le plan Borloo de cohésion sociale, entré en vigueur
depuis janvier 2005, a repris les revendications du Medef sur la question des
licenciements, en particulier avec la restriction de la définition du
licenciement économique ou le raccourcissement des délais pour
dénoncer les licenciements.
La bourgeoisie a son propre plan d'offensive : il faut faire céder
les " verrous " sur le temps de travail ou sur les
quelques protections des salariés contre les licenciements.
La nouvelle présidente du Medef, Parisot, l'a dit clairement : " remettre
en cause le droit du travail, c'est permettre aux entreprises de respirer ".
Répétant la méthode des attaques sur la Santé, elle
propose maintenant " de lancer un dialogue économique avec
les centrales syndicales, pour trouver un accord sur un socle d'analyse partagé.
Dans le débat récent sur le pouvoir d'achat, j'ai été
frappée de voir que les différents acteurs polémiquaient
sans avoir établi, au préalable, de diagnostic ".
La bourgeoisie mène la lutte de classe, dit sa politique et ce qu'elle
veut. Face à cette offensive, il faut un plan de luttes pour le monde
du travail autour de ses revendications : interdiction des licenciements,
augmentation générale des salaires, embauche massive dans les
services publics. Il faut tirer le bilan de ces politiques de " diagnostic
partagé " qui ont conduit aux défaites de 2003 et
sur la Sécu et renouer avec les idées de la lutte de classes.
Villepin parle de " déclic psychologique ",
il agresse et provoque, il nous faut débattre partout, dans les syndicats,
les collectifs, de comment donner une suite aux mobilisations du 10 mars, du
16 mai, au " Non " au référendum sur le terrain
du monde du travail.
Les militants ont à formuler une politique pour les luttes, pour regrouper,
armer les consciences à travers chaque nouvelle attaque, chaque conflit
même local, former de nouvelles équipes militantes associant les
jeunes. Avec eux, il nous faut réapprendre à agir ensemble en
pensant l'activité syndicale elle-même de façon politique,
c'est-à-dire aider les travailleurs à s'approprier leur propre
combat, à le prendre en main, à le diriger.
Denis
Seillat
1905
en Russie
Le prolétariat postule
à diriger la révolution
L'histoire
a retenu le 9 janvier comme point de départ de la révolution de
1905, jour où " le prolétariat se mit en marche pour
la première fois sous un étendard qui lui appartenait en propre,
vers un but qui était bien à lui " (Trotsky).
Les récits de cette journée mettent souvent en avant l'arriération
de ses acteurs, les masses ouvrières de Pétersbourg et leurs familles,
endimanchées et sans armes, en procession pacifique vers le Palais d'Hiver,
derrière le pope Gapone, avec icônes et oriflammes, apportant à
leur souverain une supplique, pétition qui dépeignait toutes les
persécutions et l'exploitation qu'ils subissaient. Du froid et des courants
d'air qui traversaient les fabriques, à l'état de misère
et de servitude qui sévissait dans les campagnes, la pétition
exprimait tout de la condition des masses opprimées et leur exaspération.
Des milliers d'ouvriers avaient quitté leurs usines, leurs quartiers,
" prêts à mourir " plutôt que
de supporter plus longtemps leur condition, et convergeaient vers le palais.
Le tsar répondit à ses sujets en dressant la troupe devant eux.
La brutalité policière finit en bain de sang, laissant sur le
pavé des centaines de morts et des milliers de blessés.
Le Dimanche rouge fut le point de départ du mouvement révolutionnaire
qui se développa tout au long de l'année 1905.
Si les masses ouvrières,
encore crédules, se retrouvèrent derrière le pope Gapone,
porté par les circonstances à leur tête, ce Dimanche rouge
avait une signification plus profonde qui n'échappa pas au régime :
au-delà du cortège symbolique qui demandait " justice
et protection " à son monarque, il y avait le prolétariat,
en lutte pour ses droits.
Depuis le 3 janvier, des milliers d'ouvriers étaient en grève
à l'usine Poutilov. La grève s'était étendue en
plusieurs jours, gagnant tous les secteurs de l'industrie, du commerce et des
transports jusqu'au 10 janvier où elle avait atteint sa pleine puissance.
La pétition décrivait la situation des masses ouvrières
opprimées, mais en même temps, elle exprimait leur exaspération
et leur réveil. Elle exprimait la force du prolétariat qui entrait
en lutte, demandait une assemblée constituante élue au suffrage
universel et posait ses revendications de classe en exigeant le droit de grève
et la journée de huit heures.
Catherine
Aulnay
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camarades trouveront sur notre site la suite de cet article qui s'inscrit dans
la série que débatmilitant consacre à l'année 1905.
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