| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°72
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07
septembre 2005
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| Sommaire : | ||||||||||
| Villepin, Sarkozy, Parisot agressent, les directions syndicales tergiversent, aux travailleurs et aux militants de prendre l'initiative | ||||||||||
| Le PS, dominé par les ambitions personnelles, en quête de perspectives et d'une politique | ||||||||||
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Villepin, Sarkozy, Parisot agressent, les directions syndicales tergiversent, aux travailleurs et aux militants de prendre l'initiative
Pour le gouvernement, la rentrée est celle des attaques tous azimuts contre les salariés, les chômeurs, la population. Villepin a, de toute évidence, manqué le rendez-vous qu'il s'était fixé avec la confiance Derrière les rivalités électorales, le candidat de la " croissance sociale " et Sarkozy qui se veut celui de la rupture avec la droite de cohabitation, chassent tous les deux sur les mêmes terres et pour le même compte, main dans la main avec Parisot. Pour maintenir les profits dans un contexte de concurrence internationale exacerbée, la bourgeoisie a besoin de baisser par tous les moyens le coût de la force de travail.
Croissance de
l'exploitation et de la violence sociale
L'ensemble des mesures annoncées par le gouvernement ces derniers jours
se résume à des cadeaux aux plus riches (plafonnement des impôts,
remise en cause de l'ISF au nom de la " correction des aberrations ",
nouvelles exonérations de la taxe professionnelle) et à la remise
en cause des droits du monde du travail. La " croissance "
de Villepin, c'est celle des inégalités, le nivellement par le
bas des salaires alors que les prix flambent, c'est la chasse aux pauvres et
aux chômeurs avec la réintroduction des pénalités,
de la dégressivité des allocations, et l'instauration de contrôles
plus étroits pour les " bénéficiaires "
du RMI.
Alors que la presse publie le palmarès des grandes fortunes, le patronat
enchaîne les annonces de plans de licenciements, utilise la pression du
chômage et mène une véritable campagne d'opinion. Parisot
a ainsi multiplié ces derniers jours les déclarations : " On
ne peut pas donner ce qu'on n'a pas "
" la
précarité est inhérente à la condition humaine "
" le taux de chômage est anormalement élevé
un déshonneur pour notre pays ".
En même temps, cette championne du dialogue social vient de mettre sur
pied une commission de " dialogue économique "
afin d'établir avec les syndicats " un diagnostic commun
de la situation ". " J'ai du mal à croire
qu'on ne puisse pas trouver un terrain d'entente " a-t-elle déclaré
au sujet des négociations à venir
Les
syndicats englués dans le dialogue social et la cogestion
" Je ne fais pas a priori de procès d'intention à
la nouvelle équipe du Medef a déclaré de son côté
Mailly, on la jugera aux actes, en particulier au cours des prochaines négociations ".
Et il s'est rendu, ainsi que Chérèque, à l'invitation de
l'université d'été du Medef intitulée cette année
" Réenchanter le monde "...
Les confédérations syndicales sont anesthésiées
face à l'offensive du patronat et du gouvernement, embourbées
dans le diagnostic partagé et la cogestion (les négociations concernant
l'Unedic approchent et les directions ont quelques intérêts à
y défendre). Face à Villepin, que toutes sont allées rencontrer,
elles se sont dites " déçues ", Thibault
jugeant " qu'il est beaucoup plus à l'écoute des
suggestions patronales que de ce que disent et clament les organisations syndicales ".
Belle découverte ! Les directions des confédérations
ont
porté plainte devant le Conseil d'Etat
et il a fallu
bien du temps pour que, sous la pression de l'opinion et de leur base, elles
décident finalement d'une journée nationale intersyndicale et
interprofessionnelle pour l'emploi et les salaires, que Thibault a annoncé
comme devant " probablement " avoir lieu mardi 4
octobre.
Même si leurs tergiversations et le " suspense "
sur la date révèlent les rivalités et les limites que les
directions voudraient par avance lui fixer (Chérèque souhaitait
un samedi de façon à ne pas avoir besoin d'appeler à la
grève), la préparation de cette journée peut être
l'occasion pour les équipes militantes de se reconstituer et de mobiliser,
d'agir pour reconstruire le rapport de forces.
Une
colère qui ne demande qu'à exploser
Les conséquences de leur politique, de la guerre que mènent le
patronat et le gouvernement aux pauvres sont dramatiques. L'augmentation de
la pauvreté, le drame des incendies de logements insalubres à
Paris révèlent la réalité de leur société
qui condamne une fraction toujours plus grande des travailleurs à vivre
sans droits, pour certains entassés dans des logements vétustes,
sans eau, risquant leur vie et celle de leurs enfants à deux pas des
quartiers chics.
Parmi les travailleurs, les militants, il y a à la fois une profonde
révolte, la conscience que seules les luttes peuvent changer le rapport
de force et l'inquiétude devant les difficultés, des hésitations,
une sourde aspiration à retrouver le chemin des luttes pour se dégager
des échecs passés.
C'est ce qui s'est exprimé déjà le 29 mai, la volonté
de leur dire Non, de stopper leur logique destructrice.
Dans les réunions syndicales et partout où nous militons, dans
les collectifs, nous pouvons peser pour que cette journée intersyndicale
soit un succès, pour qu'elle aille au-delà de ce qu'ont prévu
ceux qui l'ont organisée sous la pression de leur base. Cela ne peut
se faire qu'en suscitant en même temps tous les débats, en faisant
les bilans de la politique du " diagnostic commun "
sans craindre de critiquer la politique des directions syndicales. Face à
l'offensive et à la propagande du patronat et du gouvernement, nous avons
besoin de faire notre propre propagande, c'est-à-dire aussi la critique
de la collaboration de classe, de ce poison qu'elle distille dans les rangs
des militants, la passivité, la résignation, le cynisme bureaucratique.
Le mécontentement cherche les moyens s'exprimer, le besoin de solidarité
est profond, et même si tout le monde mesure les difficultés de
construire un mouvement capable de faire reculer le patronat, la volonté
de rendre les coups est grande. Dans les syndicats, les unions locales, les
collectifs et partout où nous militons, nous avons besoin de discuter
d'un plan de lutte pour préparer cette journée mais aussi pour
envisager l'après, pour rassembler tous ceux qui veulent résister,
aider à la convergence des initiatives.
La préparation de cette journée est l'occasion d'uvrer à
l'unité, une unité démocratique, entre les organisations
mais surtout entre travailleurs. Elle sera l'occasion de dire dans la rue la
colère et la révolte. Patronat et gouvernement sont inquiets.
Ils ont raison. Leur démagogie populiste et réactionnaire, leur
mépris de la population les isole dans leur obsession du pouvoir. Ils
sont en train de franchir de seuil du tolérable. La colère s'accumule
face aux inégalités et aux destructions sociales, à l'arrogance,
et l'explosion n'est peut-être pas loin
.
Carole
Lucas
L'Humanité
du 29 août dernier a consacré une large place aux débats
qui se sont tenus lors de l'Université d'été de la Ligue
entre les différentes composantes qui ont fait campagne contre la constitution
dans les collectifs du Non. L'éditorial de ce numéro, paru au
lendemain de l'université d'été du PS qui se tenait en
même temps que la nôtre, était, en outre, consacré
à une analyse de " l'avenir de la gauche " et se
concluait par les deux paragraphes suivants :
" Si, au PS, certains se livrent, selon la formule d'Arnaud Montebourg,
à une " théorisation de sa propre impuissance ",
la possibilité de transformer véritablement la société
a également traversé les débats de la LCR. Celle-ci, avec
son concubinage avec LO, s'était enfermée dans la diatribe, et
donc dans une autre forme d'impuissance. L'expérience des actions communes
lors du référendum conduit beaucoup de ses militants à
envisager d'autres pistes.
L'avenir de la gauche est en fait plus ouvert que les débats d'ambition
ou les concours de petites phrases du week-end peuvent le laisser penser. En
engageant les autres forces à réfléchir et à se
confronter sur les axes d'une politique alternative, lors de la Fête de
l'Humanité et plus tard au mois d'octobre, Marie-George Buffet met le
doigt sur ce qui pourrait doter la gauche de la dynamique populaire qui a fait
la force du " non ". Et sur ce qui garantirait à
ses électeurs de rester décideurs."
L'Union populaire
majoritaire, une nouvelle formule pour une vieille politique
De toute évidence,
certains, au PCF, voudraient enfoncer un coin entre nos deux organisations.
Il y aurait d'un côté, LO, associée à la " diatribe "
et " l'impuissance ", de l'autre une Ligue qui, libérée
du " concubinage " avec LO, se poserait enfin la
question de " véritablement transformer la société ".
L'auteur de l'article, en même temps qu'il utilise pour les besoins de
sa démonstration les faiblesses de LO, son refus de la discussion publique,
met sur le même plan l'unité dans une campagne comme celle contre
la constitution européenne et l'unité politique dans une " alternative "
qui permettrait " de garantir aux électeurs de rester décideurs ",
une pure utopie si les " électeurs " se contentent
de rester électeurs.
Marie-George Buffet a précisé, dans une interview publiée
dans le même numéro de L'Humanité, ce qu'elle entend
par une " politique alternative ". " Je
l'ai dit à l'université d'été de la LCR samedi :
ce n'est pas seulement la gauche de gouvernement qui est en échec ces
dernières décennies, c'est toute la gauche. Personne n'a vraiment
réussi à changer la vie des Français, à contrer
l'offensive libérale. C'est toute la gauche qui doit se dépasser
pour construire un nouveau projet politique alternatif qui change vraiment la
vie. L'ambition est bien de construire, comme pour le référendum,
un rassemblement majoritaire, une union populaire, une majorité politique
en faveur d'autres choix, et non une simple opposition de témoignage,
même très déterminée. "
Autrement dit, Marie-George Buffet promet d'ouvrir une autre perspective que
celle, faillie, de l'Union de la Gauche des années 80 ou de la Gauche
plurielle des années 1997-2002. Certes, l'intention est louable, mais
il ne suffit pas de changer les mots pour changer la réalité,
bien des militants du Parti communiste, qui ont par le passé entendu
des discours semblables, en ont fait l'expérience. Cette " union
populaire majoritaire ", qu'est-elle d'autre qu'une nouvelle mouture
de la gauche gouvernementale de 1997, incluant toutes ses composantes, y compris
celles, comme le PS du Oui, qui ont fait campagne pour faire accepter par la
population une constitution européenne qui est un concentré de
toutes les attaques menées ces dernières années contre
les droits, sociaux et démocratiques, du monde du travail ?
Comme la perspective d'entrer dans un gouvernement de ce type est pour le moins
hypothétique, les dirigeants du PC bénéficient d'une marge
de manuvre, s'autorisent à se rendre à l'Université
d'été de la LCR, dans le même temps qu'ils invitent, lors
de la fête de l'Huma, des représentants de " toute
la gauche ". Ils ont besoin, en effet, de la fréquentation
de l'extrême gauche pour remobiliser leurs militants qui ne veulent pas
d'une nouvelle alliance avec le PS, et se refaire une santé électorale
en se donnant une image plus radicale. Leur hantise -et ils ne le cachent pas-
c'est rééditer la catastrophe de la présidentielle de 2002
où leur candidat, Robert Hue, s'était vu devancé et par
Arlette Laguiller et par Olivier Besancenot, avec un peu plus de 3 % des
voix.
Le PC veut évidemment inverser la tendance, ce dont lui pourrait être
gré, d'ailleurs, le Parti socialiste, non seulement à cause d'intérêts
électoraux, mais également du point de vue des intérêts
de la bourgeoisie elle-même qui s'inquiète de la possible cristallisation
de la contestation sociale dans un parti politique réellement indépendant
d'elle.
Marie-George Buffet pourrait s'interroger sur ce qui a été plus
utile aux travailleurs ces dernières années, " une
opposition très déterminée ", fût-elle
parfois " de témoignage " seulement, ou des
ministres qui ont tenté de faire passer des " ouvertures
de capital ", pour ne prendre qu'un exemple, pour autre chose
que des privatisations ? Cette politique, contrairement à ce qu'avance
Marie-George Buffet, ce n'était pas une " erreur ",
mais la conséquence d'un choix politique assumé, celui de gérer
les affaires de la bourgeoisie, dans le cadre des institutions. En outre, c'est
bien la gauche de gouvernement qui en est la seule comptable.
Le refus de participer à un gouvernement dans le cadre des institutions
et de la mainmise des trusts sur toute l'économie -et l'un ne va pas
sans l'autre- les dirigeants de gauche le qualifient au mieux de choix de " l'impuissance "
ou de manque " d'ambitions ", au PC, d'attitude " protestataire "
ou de refus de prendre ses responsabilités, de " mettre
ses mains dans le cambouis " au PS, quand ce n'est pas de " dangereux
extrêmisme ".
C'est bien parce qu'elle est restée indépendante du gouvernement
Jospin, comme elle le serait vis-à-vis de tout gouvernement de la bourgeoisie
que l'extrême gauche, la Ligue comme LO, a pu combattre cette politique,
permettre que se fassent entendre la voix et la protestation du monde du travail,
et contribuer à la renaissance de la contestation sociale et des mobilisations.
Loin d'être la voix de " l'impuissance ", elle a été
au contraire un encouragement à la résistance, à la mobilisation,
à l'organisation des forces pour la lutte.
Unir pour les luttes, débattre, regrouper les révolutionnaires
Derrière
cette polémique, il y a un débat de fond qui intéresse
tous les travailleurs, les militants, et que nous entendons mener partout et
avec tout le monde. Peut-on imaginer transformer la société sans
s'attaquer au capitalisme, réellement, c'est-à-dire par la prise
de contrôle par la population elle-même de l'économie ?
Toute l'expérience de la gauche gouvernementale nous montre que cela
n'est pas possible.
Nous ne croyons pas possible d'agir en faveur des classes opprimées en
étant à la tête, fût-on majoritaire dans l'opinion,
d'un Etat dont la vocation première est de protéger le droit des
classes possédantes à exploiter. Toute l'histoire récente
l'a montré, un gouvernement, même élu sur un programme radical,
finit par agir contre les intérêts de la population avant d'être
éliminé par une fraction plus réactionnaire de la classe
politique qu'il aura contribué à renforcé par ses propres
capitulations.
De toute évidence, nous ne sommes pas d'accord là-dessus, c'est
un des " sujets qui fâchent ", comme le disait
Olivier Besancenot lors de la table ronde qui a réuni les différentes
composantes des collectifs du Non à notre Université d'été,
mais le débat sur cette question est de la plus haute importance pour
l'ensemble du mouvement social, pour le monde du travail et tous ceux qui s'en
revendiquent. Il y a là un point essentiel qui nous réunit avec
nos camarades de Lutte ouvrière. Et on ne peut que se féliciter
que le débat se mène publiquement et largement.
C'est pourquoi tout en souhaitant et en proposant l'unité la plus large
pour préparer la riposte à l'offensive gouvernementale et patronale,
nous travaillons en même temps à regrouper tous ceux qui pensent
que la seule manière de transformer véritablement la société
passe par une rupture avec le capitalisme et les institutions qui le protègent,
tous les révolutionnaires, dont bien évidemment Lutte ouvrière,
du moins si celle-ci cesse de refuser la confrontation et l'engagement démocratique
dans la bataille politique.
Galia
Trépère
Le
PS, dominé par les ambitions personnelles,
en quête de perspectives et d'une politique
Le
PS, en cette rentrée marquée par l'offensive brutale de la droite
gouvernementale, et quelques mois à peine après la victoire du
non au référendum, semble au bord de l'implosion. Son université
d'été était une cacophonie dont émerge surtout une
pléthore de candidats à la candidature pour les présidentielles
: Lang, Strauss-Kahn, Aubry, Fabius et la liste reste ouverte, Ségolène
Royal, n'excluant pas, aux dernières nouvelles, de poser la sienne
Lors du dernier Conseil national du PS qui s'est tenu mardi 6 septembre et auquel
participaient tous les leaders, y compris Fabius, le ton était à
l'unité retrouvée autour de la critique du gouvernement Villepin.
Hollande voudrait reprendre l'initiative en tenant un discours plus à
gauche, mais cela ne peut masquer que l'heure est, avant tout, à l'affrontement
des ambitions rivales et que le PS n'a aucune politique à proposer pour
répondre aux difficultés voire aux situations dramatiques dans
lesquelles la population se débat : les impatients sont priés
d'attendre qu'il se mette " en ordre de marche "
pour 2007.
Le PS du "
non " prisonnier de sa politique passée
La crise qui secoue le PS et que le référendum a accentuée,
est une conséquence de la profonde rupture qui s'est installée
entre la gauche de gouvernement et son électorat populaire. Elle est
loin de se limiter à la division formelle entre " tenants du
oui " et " tenants du non " au référendum
à laquelle certains voudraient la cantonner. Le PS, parti de gouvernement,
est, fondamentalement, un " parti du oui ", en ce sens qu'il
a largement contribué à construire l'Europe des trusts, cette
même Europe des reculs sociaux que le Traité constitutionnel avait
pour but de sanctifier.
Le vote massif pour le non, en particulier chez les ouvriers et les jeunes,
est avant tout un désaveu de cette politique libérale. Et donc
de tous ceux qui l'ont menée dans le cadre de l'alternance gauche-droite,
qu'ils aient été pour le oui, comme Hollande et les anciens ministres
Lang et Strauss-Kahn ou pour le non, comme les anciens ministres, Fabius, Emmanuelli
ou Mélenchon.
Le rêve des tenants du non au sein du PS, au-delà de leurs ambitions
personnelles, est de s'appuyer sur le non pour tenter de redonner corps à
une politique de " gauche ", de promouvoir une " nouvelle
union de la gauche ", " anti-libérale ",
capable de regagner une partie de la confiance perdue dans l'électorat
populaire.
Mais pas un des dirigeants de la gauche du PS ne critique sa politique passée.
Mélenchon nous expliquait, à l'université d'été
de la LCR, que pour lui, cette nouvelle gauche devait se constituer autour d'un
nouveau " programme commun ", et qu'une de ses composantes
serait obligatoirement le PS du " ou ". Fabius se bat prudemment
pour la direction du PS en essayant de convaincre les uns et les autres que
son orientation est la seule susceptible de redonner au PS une influence dans
les classes populaires et donc la meilleure chance de maintenir les postes des
élus. C'est ce qu'il appelle " transformer le parti de l'intérieur ",
par le jeu des rapports de forces.
Mais à trop vouloir disputer le rôle d'unificateur du parti à
Hollande, Fabius et ses partisans lui laissent l'initiative et le PS du " non "
apparaît comme dominé par le oui.
Le jeu politique interne des leaders de la gauche du PS ces dernières
semaines est à cet égard révélateur. Fabius a été
écarté de la direction du PS dès le lendemain des résultats.
Les dirigeants de la gauche du PS - qui voudraient nous faire croire qu'ils
voient en Fabius un rempart anti-libéral -, protestent contre un
tel déni, prétendant qu'en toute rigueur démocratique,
c'est au contraire lui, Fabius, le seul membre de la direction du PS a avoir
fait le bon choix, qui devrait désormais assurer la direction politique
du PS. Dans la même logique, Peillon faisait campagne, avant l'université
d'été, pour convaincre les militants que Hollande, dont la politique
venait d'être désavouée par l'électorat de gauche,
ne pouvait continuer à assurer la direction. Il en est pour ses frais :
Hollande passe pour avoir réussi à sauver l'unité, et du
même coup sa peau de patron du PS.
Nous nous garderons bien de faire des pronostics sur la suite. Et d'une certaine
façon l'issue de ces batailles de pouvoir n'a guère d'importance
au sens où, contrairement à ce que certains s'acharnent à
croire, il n'y a pas de différence entre les politiques que les dirigeants
du PS mettraient en uvre s'ils revenaient au gouvernement. La construction
d'une " alternative politique à gauche " rompant
avec la politique d'alternance, que certains voyaient en germe dans la " gauche
du non ", semble pour le moins hypothétique
L'impossible
renouveau d'une union de la gauche
Au lendemain de l'Université d'été du PS, le PC, par la
voix de l'Humanité, notait que Hollande, avait, dans son discours
de clôture "
confirmé, qu'au-delà des désaccords
entre tenants du 'oui' et du 'non', le prochain congrès du PS opposerait
les tenants d'un discours de gauche et les partisans d'un social-libéralisme
affirmé ".
Certes ! Mais cela n'a pour autant pas amené la direction du PC
à changer de cap : pas d'avenir, pour elle, hors le retour au gouvernement
dans le cadre des " institutions démocratiques ".
Bien sûr, pour Buffet, cela devrait être dans le cadre d'une " union
populaire ", vraiment " en prise avec le peuple de
gauche ". Mais une " union populaire " dont
l'axe incontournable serait le PS, dont le PC reste directement dépendant
dans le cadre électoral. Autant dire que la direction du PC, tout comme
la dite gauche du PS, reste ainsi prisonnière des " partisans
du social-libéralisme affirmé " qui dirigeront immanquablement
tout futur bloc électoral de gauche.
L'évolution actuelle de l'opposition parlementaire suit sa propre logique.
Aux avant-postes de la cohabitation, elle a mené depuis plus de vingt
ans, en alternance avec la droite, une politique au service du patronat qui
a abouti à la rupture avec son électorat populaire. C'est la raison
de l'échec du candidat Jospin, expression brutale de cette rupture. Comme
réponse à cette situation, la gauche gouvernementale n'a alors
pas imaginé d'autre solution que de s'en remettre à la droite,
en appelant à voter Chirac, dans la logique même de la politique
de cohabitation.
Les résultats aux Régionales ont pu donner l'illusion d'un changement
de tendance (toutes les régions sauf une ont été gagnées
par le PS). Mais cette " vague rose " n'a pas protégé
le PS de la crise, accélérée par la division sur la campagne
pour le référendum.
Le PS n'a pas d'autre politique que de gérer les affaires de la bourgeoisie,
ce qu'il a fait depuis plus de vingt ans, ce qu'il continue à faire au
niveau des conseils régionaux. Voilà pourquoi il est cloué
au sol face à la droite, sans idée et sans politique.
Il lui laisse le terrain libre. Ce qui nous donne l'occasion de voir les dirigeants
de celle-ci se répartir tous les rôles de la farce : Sarkozy
se pose, pour 2007, en candidat de rupture avec la droite de cohabitation
dont il est actuellement ministre de l'Intérieur ; Bayrou pose,
lui, au meilleur opposant face au populisme ravageur de Sarkozy
derrière
Villepin qui se voit bien regrouper sur son nom, en 2007, le vote de tous ceux
qui ne veulent pas de Sarkozy comme président.
Au sein du PS lui-même, un certain nombre de dirigeants, dont Rocard et
Kouchner, sont tenté de jouer le match au centre. Prenant acte, en quelque
sorte, de la rupture avec l'électorat du gauche, ils sont prêts
à la rupture avec " les pseudo-marxistes "
Fabius et Mélenchon " et leurs utopies fripées ",
y compris au prix d'une scission. Kouchner l'avoue, il " aime autant
discuter avec les militants centristes qu'avec ceux d'Attac "
et " n'exclut pas de travailler sur certains sujets avec le président
de l'UDF François Bayrou ". C'est déjà tout
un programme
Changer la vie,
c'est changer le rapport de force entre les classes
Le terrain de l'affrontement politique se déplace des luttes parlementaires
à la lutte des classes sans fard. Le gouvernement mène tambour
battant la politique des patrons, la gauche parlementaire social-libérale
est sans politique, entraînant avec elle une " gauche du
non " impuissante et dominée par la situation. Par delà
les querelles internes, la démonstration est faite que, pour les travailleurs,
la réponse à leurs problèmes de ne peut venir de combinaisons
parlementaires.
Les illusions sur une alternative de gauche capable de représenter les
intérêts populaires se dissipent non seulement parmi la grande
masse des travailleurs mais parmi les militants et sympathisants du PC, de la
gauche du PS, des syndicats
Tout cela contribue à ce que la conscience
se développe parmi les travailleurs et les militants que seule une lutte
d'ensemble pour la défense de nos propres intérêts est capable
de changer le cours des choses.
Cette conscience est encore paralysée par le désarroi, par le
poids des échecs passés, il faut retrouver la confiance. Le 29
mai a montré qu'il était possible d'infliger un camouflet aux
partis de gouvernement sur le terrain électoral. Passer à l'offensive
sur le terrain des luttes nécessite un autre degré de conscience,
d'organisation, de mobilisation, de solidarité, et aussi d'unité.
C'est le défi que les travailleurs, les militants, ont à relever.
Eric
Lemel