| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°84
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8
décembre 2005
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| Sommaire : | ||||||||||
| Les collectifs du 29 mai étouffés par la politique du " rassemblement populaire majoritaire " et des candidatures unitaires | ||||||||||
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Les
collectifs du 29 mai étouffés
par la politique du " rassemblement populaire majoritaire "
et des candidatures unitaires
Samedi 3 et dimanche
4 décembre se sont tenues à Paris les Rencontres nationales
des collectifs du 29 mai, qui s'étaient constitués lors de
la campagne pour le non au référendum sur le Traité constitutionnel
européen. Ces Rencontres, organisées à l'initiative du
Collectif national du 29 mai, ont réuni, d'après les organisateurs,
quelques 280 personnes, un recul par rapport aux rencontres qui avaient eu lieu
à Nanterre le 25 juin, juste après la victoire du non.
A delà du nombre, ce recul s'exprimait aussi à travers les compte
rendus d'expérience faits par les divers participants. Certains collectifs,
peu nombreux, regroupant militants associatifs, politiques et syndicaux, sont
intervenus récemment dans les luttes sociales, comme à Marseille.
Mais de nombreux intervenants ont dit leur difficulté à faire
vivre leurs collectifs, réduits à une poignée d'irréductibles.
Dans beaucoup de cas, les collectifs ont été vidés de leur
contenu et participants pour devenir des lieux de rencontres entre dirigeants
locaux de partis, instrument pour des manuvres politiciennes.
Le collectif national coiffe maintenant le mouvement même s'il est simplement
un cartel d'organisations qui procède par négociations sans retour
avec les collectifs de base. Et ces collectifs attendent du collectif national
des perspectives, des argumentaires, des campagnes nationales auxquelles se
raccrocher pour tenter de prolonger la " dynamique du 29 mai ",
de trouver une occasion de " gagner " à nouveau
contre le libéralisme... " sinon, disaient certains,
le vote du 29 mai n'aura servi à rien, car la politique libérale
se poursuit ". Au centre des préoccupations de bien des
participants, il y avait la question des candidatures communes pour les prochaines
échéances électorales. Elles leur apparaissaient comme
la concrétisation, en quelque sorte allant de soi, de la nécessité
de construire " une alternative au libéralisme ",
qui était annoncée comme un des objectifs principaux de ces rencontres.
Finalement, le " consensus " a fait que ces Rencontres
n'ont pas pris position pour des candidatures unitaires antilibérales
tout en en reconnaissant le prétendu besoin. Mais les travaux, loin d'apporter
les réponses aux préoccupations politiques réelles qui
se sont exprimées, ne sont pas sortis de la confusion à laquelle
les condamne la référence à l'" antilibéralisme ",
associée aux préoccupations électorales. La déclaration
finale qui a clôturé les Rencontres, (www.collectif29mai.org),
en est le meilleur témoignage.
Derrière
l'antilibéralisme le plus radical, le réformisme le plus ordinaire
Un des raisonnements centraux des auteurs de la déclaration (auquel ont
été intégrés, au cours des Rencontres, quelques
amendements ayant fait " consensus ") est que le vote majoritaire
pour le non aurait été l'expression de l'opposition d'une majorité
d'électeurs à un " modèle " de société,
la société libérale, représentée politiquement
par les libéraux et les sociaux-libéraux. On peut y lire, par
exemple, que " les libéraux n'ont pas réussi à
susciter une adhésion à leur modèle de société ",
ou encore que " nos concitoyens et concitoyennes n'ont pas changé
d'avis depuis le 29 mai. Les sondages attestent toujours de leur rejet majoritaire
du libéralisme (et même du capitalisme et des actionnaires !) ".
Cette façon de poser le problème n'est ni naïve, ni anodine.
Elle nous présente l'organisation de la société, les conditions
de vie qui nous y sont faites, comme étant le fruit du choix des gouvernants
entre plusieurs " modèles ", selon leurs orientations
politiques, et indépendamment de tout contexte socio-économique.
La dégradation sociale est vue comme un des résultats de la politique
libérale, et non comme le produit de la lutte des classes menée
par les patrons, avec l'appui des gouvernements, pour assurer leurs taux de
profits. Le capitalisme et les rapports de classe disparaissent du terrain politique.
Les causes des reculs sociaux, des attaques incessantes que subissent les travailleurs
et la population ne sont pas à chercher dans les rapports sociaux mais
dans " l'idéologie " de ceux qui assument les fonctions
du pouvoir de l'Etat.
A oublier les rapports sociaux et la division de la société en
classes sociales, on en arrive à poser les problèmes à
l'envers. On peut lire, par exemple, à propos des luttes qui ont eu lieu
ces derniers mois, que " Ces luttes buttent sur l'offensive patronale
et gouvernementale "
Comme si la véritable cause
de ces luttes, ça n'était pas, justement, la riposte des travailleurs
contre l'offensive patronale et gouvernementale. Comme si les échecs
ou les succès de ces luttes dépendaient du caractère, plus
ou moins libéral, du gouvernement, et non de la capacité du mouvement
ouvrier à se donner les moyens de sa victoire, quel que soit le gouvernement !
Cette façon de placer la lutte des classes cul par-dessus tête
n'est bien entendu pas fortuite et s'enchaîne tout naturellement sur l'idée
que " ces luttes seront d'autant plus efficaces qu'elles pourront
s'appuyer sur des propositions alternatives en rupture avec les politique libérales
et leur accompagnement social-libéral "
L'" alternative politique antilibérale " qui
est sous-jacente à tout ce raisonnement est bien connue : un " bon "
programme de gauche, voire " radicalement antilibéral ",
et les candidats qui vont avec
Reste à convaincre les électeurs populaires qui se sont déplacés
massivement pour voter non le 29 mai de le faire aussi pour voter pour cette
" alternative politique ", qui a quand même
un petit air de revenez-y
Mais puisque la " la dynamique
du 29 mai " a démontré " qu'un rassemblement
populaire majoritaire était possible ", en route, donc,
pour ce rassemblement populaire majoritaire cher à Marie Georges Buffet !
Les collectifs auront l'occasion d'y contribuer à travers des " Forums
unitaires pour l'alternative " qu'ils sont invités à
organiser partout en France
La lutte contre
la directive Bolkestein, une perspective pour ranimer la " dynamique du
29 mai " et maintenir " l'espoir " ?
Une part des débats des Rencontres a été consacrée
au problème de l'abrogation de la directive Bolkestein, perçue,
à juste titre, comme une arme de guerre contre les travailleurs. Le vote
au Parlement européen de cette directive doit avoir lieu en janvier ou
février. Les animateurs du Collectif du 29 mai y voient l'occasion d'une
mobilisation des collectifs, dans le prolongement de la campagne pour le non.
Il serait, d'après eux, possible de " gagner ",
ce qui serait, toujours d'après eux, un atout considérable pour
" maintenir l'espoir de changement " qui serait né
de la victoire du 29 mai.
Deux actions sont prévues : une grande manifestation européenne
à Strasbourg le samedi avant le vote et une campagne de pétitions,
sous forme de cartes postales, en direction de Chirac, afin qu'il s'oppose à
l'abrogation de la directive. Mais, aux dires même des organisateurs,
l'organisation de cette manifestation se heurte à bien des difficultés :
d'une part, une manifestation sera vraisemblablement organisée pas la
CES, et il n'est pas sur qu'il sera possible de s'entendre avec elle sur le
jour. D'autre part, comment faire pour que cette manifestation soit un succès
capable d'en imposer au Parlement européen ? Quant à espérer
transformer Chirac, en le noyant sous des cartes postales, en opposant au libéralisme,
cela se passe de commentaires.
Le collectif national et les collectifs " pour une autre Europe "
sont très ambigus sur la directive Bolkestein parce que le débat
sur la crise de la construction européenne s'est arrêté
à Nanterre en juin et le point de vue dominant reste, de fait, l'adhésion
aux institutions de Bruxelles. On oppose une " bonne " construction
de l'Europe à une " mauvaise ", ce qui empêche
les collectifs de faire leur la revendication de l'abrogation des traités
Européens.
Et ainsi, la lutte contre la directive Bolkestein devient le thème favori
de cet antilibéralisme creux dont le radicalisme reste purement verbal
et parlementaire.
Une ébauche
de programme pour d'éventuelles candidatures unitaires antilibérales
De fait, sous le couvert du " consensus ", la déclaration
finale des Rencontres entretient le flou artistique le plus total et une belle
hypocrisie sur les soi-disant candidatures unitaires. Car comment pourraient
se concrétiser ces " propositions alternatives en rupture
avec les politiques libérales et leur accompagnement social libéral ",
le tout s'appuyant sur " un rassemblement populaire majoritaire "
dont parle la déclaration, autrement que dans des " candidatures
unitaires antilibérales " ? La déclaration
oublie même d'indiquer que ce processus devrait se faire sur la base d'une
rupture politique et d'une mobilisation politique. De ce fait, il se situe sur
un terrain complètement étranger non seulement au mouvement ouvrier
mais aussi à l'expérience positive du 29 mai, l'intervention politique
de couches importantes de la population. Il réduit la question " antilibérale "
à un accord électoral purement opportuniste.
La déclaration ne dit pas non à l'appel aux candidatures unitaires,
elle en prépare en fait le terrain par son contenu politique. Ces candidatures
" unitaires " ouvrent la voie à toutes les adaptations,
qui, dans cette période vont tourner autour de la synthèse du
PS. Il faut se rappeler simplement, par exemple, que José Bové
est le candidat " unitaire " de quelqu'un comme Francine
Bavay et que le dirigeant de la Confédération Paysanne a déjà
annoncé son accord avec Fabius. Quand on parle de candidats, les noms
et les procédures pour les choisir sont déterminants, parce que
ce sont les questions à résoudre. La question de l'alignement
derrière Fabius est tout à fait cohérent pour certains
et un participant des Rencontres a pu interpeller Yves Salesse parce que, dans
son rapport introductif, il gardait le silence sur la gauche gouvernementale
et plus particulièrement sur le PS et sa nouvelle direction de synthèse,
qui intègre une partie de la " gauche du non ".
Dans les Rencontres, le thème des candidatures a été introduit
à partir de " l'Appel pour des candidatures Unitaires en 2007
et 2008 " sorti une dizaine de jours avant et distribué et
commenté à profusion. L'Appel mérite une analyse en luii-même
(nous y reviendrons dans le prochain numéro de Débat militant)
car il est aujourd'hui la base de l'offensive " unitaire ".
Il est difficile, bien sûr, de prédire quelle forme prendront ces
candidatures unitaires, ni d'ailleurs si elles se concrétiseront. Mais
ce qui est certain, c'est que ces candidatures communes ne pourront se constituer
qu'en tenant les militants à l'écart. Les congrès de la
LCR et celui du PCF se tiendront avant les " assises " nationales
que le collectif du 29 mai se propose d'organiser, mais pendant les " Forums
unitaires pour l'alternative ". Les décisions seront prises
dans ce cadre dans un jeu de débat intérieur aux organisations
et aussi des pressions extérieures, à l'initiative des tendances
les plus favorables à l" unité antilibérale ".
Rompre avec
le réformisme pour faire vivre la démocratie militante nécessaire
à la lutte des classes
Ces méthodes sont en contradiction avec l'activité et le fonctionnement
des collectifs, dans ce qu'ils avaient de plus positif :un début
de renouveau de démocratie au sein du mouvement ouvrier. Car là
où ils fonctionnent, là où ils sont profondément
impliqués dans les luttes contre les licenciements, contre les privatisations,
les lois d'exception, les collectifs n'ont pu trouver leur force que dans les
relations démocratiques entre militants, propre aux nécessités
de la lutte contre l'adversaire de classe. Les collectifs n'ont de raison d'être
que s'ils sont des organes d'unité pour les revendications des travailleurs
et des classes populaires. Sinon, ils seront étouffés par les
rivalités électoralistes, et cela d'autant plus qu'elles ne se
discutent pas démocratiquement. C'est déjà le cas du " collectif
national " et l'avertissement fait en séance plénière
par la représentante de Solidaires est justifié. L'adoption d'une
position électorale est un arrêt de mort pour ce qui reste de valable
dans les collectifs.
Comme l'ont exprimé beaucoup de participants aux Rencontres, il y a un
besoin impératif de " perspectives politiques " pour
faire face à l'offensive du patronat et du gouvernement, des perspectives
politiques pour les luttes. Raison de plus pour que les révolutionnaires
disent clairement leurs idées, ne mettent pas leur drapeau dans la poche.
Il faut dire clairement que le problème aujourd'hui est d'affirmer l'existence
d'une politique de lutte de classes, en opposition avec les alternatives antilibérales.
En toute transparence, il s'agit de dissocier sans nécessairement les
opposer le cadre de front unique autour des luttes et le cadre nécessaire
à la défense et à la mise en uvre d'une politique
de classe visant à la transformation de la société en s'attaquant
à la propriété privée.
Cela implique que pour les élections les révolutionnaires ne craignent
pas de se battre sous leur propre drapeau, comme en 1995, en 2002 ou lors des
élections de 2004. Et qu'ils soient aussi capables de s'unir pour affirmer
un front anticapitaliste face au réformisme antilibéral. Les obstacles
existent certes. La méthode et l'orientation du plan d'urgence devraient
nous permettre de les surmonter.
Sinon, la politique de front unique dans les collectifs sera noyée par
les manuvres électorales et les révolutionnaires pris dans
la mélasse de l'antilibéralisme.
La démocratie pour les luttes exige la clarté politique.
Eric
Lemel, Marcelo N.