| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°88
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12
janvier 2006
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| Sommaire : | ||||||||||
| Contre la droite populiste et libérale, face à la gauche social libérale, construire une opposition ouvrière et populaire | ||||||||||
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Contre
la droite populiste et libérale,
face à la gauche social-libérale,
construire une opposition ouvrière et populaire
La
semaine qui vient de s'écouler a été l'occasion, pour Chirac
- " empiétant sur la gauche, irritant la droite ", selon
la presse -, d'occuper le devant de la scène médiatique en présentant
ses vux à la presse, aux fonctionnaires, aux forces vives de la
nation
Rien de bien intéressant dans le fourre-tout des vux du président,
sinon l'occasion de faire apparaître encore un peu plus clairement la
situation politique pour ce qu'elle est réellement : Chirac, Villepin
et Sarkosy, comparses de la même droite populiste et libérale,
tandis que le PS travaille à regrouper ses alliés de gauche, sur
la base de l'espoir retrouvé d'une victoire en 2007 et sur un programme
social libéral
qui n'est autre que celui de Chirac. Ou vice-versa.
" Chirac
s'inspire à gauche "
Proposant une réécriture de l'article de loi sur la colonisation,
la réforme des cotisations patronales et la défense de la politique
agricole commune, critiquant Sarkozy et promettant l'amplification de la lutte
contre la délinquance, plaidant pour l'égalité des chances
,
Chirac aurait " beaucoup emprunté à la gauche "
à l'occasion des diverses présentations de vux auxquelles
il vient de se livrer.
Pour assurer le financement de la protection sociale, il dit vouloir "
basculer une fraction des cotisations patronales sur une cotisation assise sur
l'ensemble de la valeur ajoutée des entreprises ", une ancienne
revendication de la CGT, reprise par le PS lors du congrès du Mans.
A la suite de Sarkosy, il a également repris de la CGT l'idée
de la " sécurité sociale professionnelle ", visant
à une " véritable sécurisation des parcours professionnels
".
A propos de la réforme de l'Etat, il a confirmé, dette de l'Etat
oblige, la diminution des effectifs de fonctionnaires par non remplacement des
départs en retraite. Et il l'a assortie, comme ses ministres Villepin
et Sarkosy, de la promesse de verser la moitié de l'argent ainsi économisé,
sous forme de primes, aux fonctionnaires restants
Les faux-semblants populistes et démagogiques de Chirac, qu'ils soient
ou pas empruntés à la gauche et aux syndicats, ne peuvent cacher
la politique qu'il sert : continuer l'offensive du patronat contre les travailleurs
et la population la plus pauvre, tout en donnant des ouvertures au " syndicalisme
de proposition " des confédérations syndicales, en leur
offrant des perspectives de négociation sur des pseudo-solutions aux
questions sociales, comme la sécurité sociale professionnelle
ou la taxation des entreprises sur la valeur ajoutée.
Et de fait, les syndicats n'ont pas tardé à répondre sur
le terrain du président. Concernant la proposition de taxation sur la
valeur ajoutée, la CGT " se réjouit que le débat,
réclamé depuis vingt ans, soit ouvert ", et, syndicalisme
de proposition oblige, Le Duigou en a rajouté, demandant une " meilleure
répartition de la charge de la contribution entre les entreprises
" afin que le secteur industriel ne soit pas défavorisé devant
le secteur des services.
A la sortie de la séance des vux aux fonctionnaires, si FSU et
CGT dénonçaient le " troc entre emplois et salaires
", la représentante de la CFDT, affirmait : " Certaines
idées sont excellentes mais maintenant, mettons-les en uvre !
". Faisant semblant de s'interroger sur les réelles intentions de
Chirac, elle ajoutait : " on verra dans quelques jours à l'épreuve
des faits quelle est la volonté du président de la République
et du gouvernement d'avancer sur les dossiers importants de la Fonction publique
".
Tous attendent la reprise, jeudi 12, des discussions sur les salaires avec le
ministre de la Fonction publique.
tandis
que la gauche social libérale accuse Chirac de plagiat
C'est Cambadélis qui le dit : " empruntant la nation à
Jean-Pierre Chevènement et le social au Parti socialiste, il tente de
camper un dernier Chirac, à la fois social-démocrate et dérisoire
". En clair, Chirac est accusé de marcher sur les plates-bandes
du PS, de lui voler son programme pour essayer de détourner les électeurs
du vote socialiste. Réciproquement, cela veut dire que le PS n'a pas
d'autre programme, pour l'" alternance ", que la liste de vux
de Chirac. Il n'a rien d'autre à opposer à Chirac que l'accusation
de ne pas vouloir réellement mettre ce programme en uvre.
Non que les dirigeants du PS manquent d'imagination, ou que leurs " convictions
de gauche " soient trop faibles, mais tout simplement parce qu'il n'y
a pas place pour une autre politique que la politique libérale dans le
cadre du système, les années de cohabitation l'ont largement démontré.
C'est pourquoi le PS ne compte pas sur les vertus de son programme pour "
gagner " en 2007. Il mise sur les conséquences de l'échec
des luttes sociales de ces dernières années. Le mécontentement
de toute une partie des travailleurs et de la population, n'ayant pas su trouver
son débouché politique dans un mouvement d'ensemble, peut chercher
un exutoire dans les élections. Comme lors des régionales de 2004,
le candidat socialiste pourrait bénéficier d'un vote " utile
", quoique sans illusion, destiné avant tout à sanctionner
la droite au pouvoir.
C'est dans cette perspective qu'il faut placer la mise en scène de Ségolène
Royal, candidate à la candidature, campagne d'image et de séduction,
sans contenu politique. Toute à son rôle, Ségolène,
portée par les sondages, s'est envolée vers le Chili, soutenir
sa consoeur Michelle Bachelet, candidate socialiste en passe de devenir présidente.
Elle était chaperonnée par Jack Lang, soucieux d'être, lui
aussi, sur la photo, tandis que les autres dirigeants socialistes concélébraient
leur synthèse, ce dimanche, devant les mânes de François
Mitterrand.
Ce pèlerinage à Jarnac des dirigeants du PS, à l'occasion
du dixième anniversaire de la mort de Mitterrand, procède du même
souci médiatique. Il s'agit d'élever ce " grand homme ",
unificateur de la gauche devant l'Eternel, au pinacle, puis de s'en revendiquer.
Tous y sont allés de leur louange, tel Mélenchon : " On
est dans l'émotion. C'est la résurrection, un miracle mitterrandien
de plus. Il renaît, on le disait mort, enterré, un certain nombre
sautait à pieds joints sur sa tombe, et hop! grâce au bon sens
populaire, le revoilà ! Ça remet tout le monde à sa place
".
Dans les urnes
comme dans les luttes, la voix des travailleurs
Cette exhumation opportuniste de Mitterrand est l'occasion de nous rappeler
que c'est au cours de ses quatorze années de présidence que se
sont constituées les ruptures politiques et sociales entre toute une
partie de l'électorat populaire et ouvrier, et les partis de gauche.
Ruptures qui se sont manifestées dès 1995 par les 5 % du vote
Laguiller à la présidentielle et le mouvement de décembre
95 contre le plan Juppé, puis confirmées au premier tour de la
présidentielle de 2002, avec la sanction infligée à Chirac
et à Jospin, les 10 % de l'extrême gauche, et le score catastrophique
de Robert Hue, payant les années de collaboration du PC avec le PS.
Aujourd'hui, les dirigeants du PS mettent en place une nouvelle alternance à
gauche en espérant neutraliser ou étouffer, par l'intermédiaire
du PC, l'extrême-gauche.
Loin de se prêter à ces manuvres, l'extrême-gauche
préserve son indépendance vis à vis de la gauche gouvernementale.
Pour le mouvement ouvrier, ce qui est à l'ordre du jour, ce n'est pas
l'alternance dans le cadre des institutions bourgeoises. Cette alternance droite-gauche
tant voulue par Mitterrand n'est qu'une machine à duper le peuple.
Ce qui est à l'ordre du jour, c'est mettre un coup d'arrêt par
les luttes et les mobilisations au recul social. Et pour cela préparer
un mouvement d'ensemble en dégageant les enseignements des échecs
passés.
Le mouvement du printemps 2003, contre la décentralisation dans l'Education
nationale, et contre la réforme des retraites dans l'ensemble de la Fonction
publique, n'a pas été capable de passer outre les obstacles opposés
par les confédérations syndicales à l'extension du mouvement,
et il a fini par s'incliner devant le vote au Parlement de la réforme
des retraites.
Depuis, bien qu'il ait pris conscience de la nécessité d'un mouvement
d'ensemble pour imposer ses revendications, le mouvement ouvrier n'a pas encore
trouvé la force de surmonter les obstacles qui s'opposent à la
convergence de ses luttes, la politique délibérée des directions
syndicales.
Il lui faut tirer les leçons de ces échecs, apprendre à
les surmonter, se constituer en force militante organisée, capable de
défendre ses propres intérêts, en toute indépendance
des partis de la gauche gouvernementale et des appareils syndicaux. Dans les
luttes sociales mais aussi politiques, dont les batailles électorales
à venir.
Eric
Lemel
Les tâches théoriques du mouvement ouvrier
Les collectifs de A Contre Courant (ACC), Carré Rouge et L'Emancipation Sociale (France) et des militants liés à la revue-site A l'Encontre (Suisse) invitent à des journées de travail qu'ils organisent en commun à Paris les 14 et 15 janvier 2006. Pour expliquer leur démarche, en exposer les fondements, ils ont rédigé et diffusé un texte d'appel dans lequel est ainsi défini " le contexte et la nature de cette démarche commune " : " Les salarié(e)s et l'ensemble des couches du prolétariat, soit la majeure partie de l'humanité, se trouvent confrontés à l'échelle mondiale à une conjoncture historique marquée à la fois par l'extrême urgence avec laquelle il faudrait répondre à la montée vertigineuse de la barbarie capitaliste et par un état, peut-être sans précédent, d'impréparation politico-théorique pour le faire. "
Il y a là
un constat auquel nous souscrivons. Nombre de militants ressentent ce besoin
d'un réarmement politique, théorique du mouvement ouvrier, il
est une préoccupation essentielle.
La renaissance du mouvement ouvrier ne viendra pas seulement d'une recomposition
à gauche de la gauche ou de la patiente accumulation primitive d'un capital
révolutionnaire mais elle suppose un effort collectif, militant de réactualisation
de la théorie et de la pratique communistes qui conditionne les possibilités
et l'efficacité du travail révolutionnaire.
" Ce travail commun, écrit le texte de l'appel, sera fondé sur la volonté de contribuer - à notre échelle - à la redéfinition d'une perspective de transformation de la société qui sorte du cadre de l'anti-libéralisme, dont nous apprécions les apports récents mais dont nous mesurons les grandes limites, avec les conséquences négatives qui pourraient en découler. " Cette redéfinition d'une perspective de transformation de la société s'appuie sur la portée révolutionnaire des transformations en cours dans le cadre même du capitalisme. Ainsi, sortir du cadre de l'antilibéralisme, c'est reprendre le débat réforme ou révolution pour faire la critique d'un nouveau réformisme, qui voit dans les maux et les drames dont souffrent l'humanité non la conséquence du système lui-même mais celle de la politique libérale.
Cette double tâche est au cur du moment que nous vivons où chacun éprouve le besoin de réévaluer le passé pour avoir la force de faire face à l'avenir, c'est à dire dégager du passé du mouvement ouvrier les acquis théoriques, politiques, pratiques nécessaires à la préparation des combats à venir. C'est dans ce contexte et cette préoccupation que s'inscrivent aussi les discussions autour du projet de manifeste au sein de la LCR et de sa proposition de rerédaction que des camarades du courant Démocratie révolutionnaire ont soumis au débat. L'ensemble de ce travail doit être pris en compte.
Ainsi sommes nous attentifs à la démarche définie dans l'appel aux journées de travail des 14 et 15 janvier.
Ce texte se voudrait une contribution abordant quelques points à partir de nos tâches pratiques éclairant le lien entre le travail théorique et le travail militant. Nos amis lecteurs pourront en poursuivre la lecture en cliquant sur le lien ci-après.
Yvan Lemaitre