| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°89
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19
janvier 2006
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| Sommaire : | ||||||||||
| Malgré les dissonances sur le calendrier, socialistes et communistes s'entendent sur l'objectif | ||||||||||
| La dette publique : le pillage organisé des richesses collectives au profit de la finance | ||||||||||
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Malgré
des dissonances sur le calendrier,
socialistes et communistes s'entendent sur l'objectif
François
Hollande presse le pas. Et fixe le cap : " Faire que 2006, année
de vérité, serve à préparer le choix essentiel de
2007 : faire gagner la gauche. " Le rassemblement des socialistes était
une première étape. Le congrès du Mans a débouché
sur la synthèse entre partisans du oui et tenant du non au référendum
sur le traité constitutionnel. Reste désormais à engager
la seconde phase : l'union de la gauche.
" Battre la droite ! " : tel est le nouveau cri de ralliement au PS.
Et, rue de Solferino, on n'entend nullement laisser passer son tour en 2007,
et ce d'autant moins que les résultats du parti, en 2004, lors des élections
régionales, européennes et cantonales, crédibilisent la
perspective de l'alternance.
À dix-sept mois du premier tour de l'élection présidentielle,
la direction socialiste relance donc l'idée d'" un contrat de gouvernement
" négocié avec ses partenaires Verts, radicaux et communistes.
Mieux, elle envisage dorénavant de leur réserver, lors des élections
législatives qui suivront immédiatement la présidentielle,
des circonscriptions " gagnables " afin de permettre aux Verts et
radicaux de constituer un groupe parlementaire et aux communistes de conserver
le leur.
Lors de ses vux, le premier secrétaire du PS a mis en garde ses
alliés contre la désunion qui avait conduit à l'élimination
de Lionel Jospin en 2002 : " Que vaut-il mieux pour eux : présenter
un candidat à l'élection présidentielle en prenant le risque
de faire perdre la gauche ou avoir un groupe parlementaire, ce qui suppose aussi
de faire gagner la gauche ? " François Hollande prévient
: " il n'y aura de dynamique que dans l'unité, et de confiance dans
l'alternance que dans la cohérence et le respect : c'est la gauche durable
".
La réponse des communistes ne s'est pas fait attendre. " Un tel
scénario, qui revient à marchander une fusion de la gauche autour
du Parti socialiste, est absolument irréaliste " tranche le communiqué
qui a suivi les déclarations du premier secrétaire.
François Hollande veut précipiter les échéances.
Marie-George Buffet refuse d'accélérer le rythme.
La députée de Seine-Saint-Denis s'en tient à la démarche
qu'elle a adopté pendant la campagne référendaire et constamment
réaffirmé depuis : il s'agit de créer " une majorité
politique pour le changement ", par conséquent de " faire bouger
toute la gauche " des sociaux-libéraux à l'extrême
gauche.
" Il faut travailler tous azimuts, défend la secrétaire nationale
du PCF. On est dans une situation difficile : la droite cogne au niveau social,
démocratique, elle mène une guerre idéologique, il y a
besoin à gauche d'un véritable bouillonnement populaire et citoyen
qui pose la question de l'alternative antilibérale. Il y a besoin de
lutter et les gens lutteront d'autant mieux qu'ils penseront qu'une autre politique
est possible. Si on ne bouge rien à gauche d'ici 2007, notre peuple sera
à nouveau déçu, soit parce que la droite repassera, soit
parce que la gauche au pouvoir ne mènera pas une politique de rupture.
"
Partant, place du Colonel Fabien, on repousse toute discussion d'un contrat
de gouvernement avec les formations de l'ex-gauche plurielle ; on accepte en
revanche, côté communiste, de débattre des conditions d'un
accord programmatique " pour que la gauche gagne et change vraiment la
vie "
Ne pas laisser penser qu'un accord est immédiatement possible avec les
socialistes sans en écarter toutefois la perspective : c'est cette nuance
qui explique la polémique opposant depuis le début de l'année
PS et PCF à propos de la réunion unitaire des partis de la gauche
de gouvernement le 8 février à la Maison de l'Amérique
latine à Paris.
Amorcer avec les trois autres composantes de l'ex-gauche plurielle " la
recherche d'un accord de gouvernement autour de propositions communes permettant
de diriger le pays ", c'est l'objet de la rencontre pour la rue de Solferino.
Les communistes militent quant à eux pour une discussion beaucoup plus
ouverte, et notamment intégrant l'extrême gauche. C'est ce qui
a motivé le refus du PCF de signer le texte d'appel à la rencontre
unitaire du 8 février tout en confirmant sa participation. Place du Colonel
Fabien, on cherche coûte que coûte à empêcher le développement
des courants révolutionnaires qui se renforcent depuis 1995 face aux
partis gouvernementaux.
Buffet ne veut pas hypothéquer si rapidement ses chances de rassembler
autour du PCF la gauche antilibérale, un projet auquel elle travaille
depuis la campagne du non. " Nous avons permis à toute la gauche
du "non" de se retrouver sur les mêmes estrades, rappelle la
députée de Seine-Saint-Denis. Nous avons partagé notre
temps de parole avec les forces du "non" de gauche qui en étaient
privées. Il y a d'autres enjeux mais je pense que le Parti communiste
peut jouer ce même rôle, aujourd'hui et pour 2007. "
Le PCF se veut un " point d'équilibre de la gauche " permettant
la jonction entre sociaux-libéraux et extrême gauche. L'unité
dont est porteuse Buffet et son équipe vise explicitement à ramener
dans le giron de la gauche gouvernementale cette gauche des luttes qui émerge
depuis dix ans et qu'incarnent Olivier Besancenot et Arlette Laguiller.
Le projet de l'équipe entourant la secrétaire nationale du PCF
entend substituer à ce pôle des luttes, en rupture avec les socialistes,
mais également avec ses alliés communistes, un rassemblement antilibéral
dont Buffet serait évidemment la porte parole. Si elle s'y prêtait,
l'extrême gauche ruinerait l'acquis que représente cette rupture
entre gauche gouvernementale et gauche révolutionnaire.
Le ralliement en Île-de-France de la " gauche radicale " à
la liste de la Gauche populaire et citoyenne lors des régionales en 2004
témoigne suffisamment du danger. Ces secteurs de " la gauche de
la gauche " sont liés aujourd'hui à la tête de la région
aux sociaux-libéraux. Et ce sont ces mêmes réseaux qui sont
à l'origine de l'appel " du lundi " dont le but est d'"
éviter la dispersion des candidatures aux prochaines élections
en 2007 et 2008 ". Ils travaillent depuis 2002 pour rééquilibrer
" la " gauche au détriment des sociaux-libéraux dans
le cadre d'une perspective gouvernementale.
L'antilibéralisme - conséquent ou non - que les uns et les autres
revendiquent ne se confond pas avec l'anticapitalisme défendu par les
militants de la LCR ou de Lutte ouvrière. La ligne de clivage n'est pas
entre social-libéralisme et antilibéralisme ; la seule pertinente
à nos yeux demeure celle qui sépare réforme et révolution.
Le réformisme a amené nombre de militants socialistes et communistes
sincères au réformisme sans réforme, et du réformisme
sans réforme à l'acceptation passive du social-libéralisme.
L'adaptation aux exigences de la bourgeoisie est inhérente à la
gestion loyale du capitalisme : toutes les expériences accumulées
par la gauche gouvernementale le démontrent. On ne peut se débarrasser
du capitalisme sans révolution. Ce n'est pas une formule. C'est le point
de départ à la reconstruction d'un mouvement ouvrier entièrement
libéré des illusions démocratiques.
Le débat récurrent sur les candidatures unitaires, qu'il soit
encouragé par la direction communiste ou par les partisans de l'appel
" du lundi ", cantonne le combat contre la droite sur le terrain électoral
et repousse l'échéance de la riposte à 2007. Battre la
droite ? Évidemment que nous voulons chasser Chirac, Villepin et Sarkozy
et leur politique anti-ouvrière ! Mais nous n'entendons pas ramener au
pouvoir une gauche qui de 1997 à 2002 a mis en uvre les plans que
poursuit la droite aujourd'hui.
La seule perspective qui vaille, c'est de contribuer à armer les travailleurs
contre les projets de droite comme de gauche sans attendre dix-sept mois ; c'est
de populariser la nécessité et la possibilité d'une contre-offensive
du monde du travail, sur la base d'un plan d'urgence sociale et démocratique
; et la lutte contre les illusions électorales participe pleinement de
cette bataille.
La campagne du non a témoigné de l'écart séparant,
d'un côté, le point de vue des appareils désireux de capitaliser
sur un plan électoral et négocier au mieux avec les partenaires
socialistes et écologistes les échéances de 2007 et, d'un
autre côté, celui des militants de base du PCF, du PS comme des
nombreux inorganisés engagés dans les comités applaudissant
Olivier Besancenot évoquant les mobilisations sociales et repoussant
toutes alliances avec les sociaux-libéraux. Là est l'avenir.
uvrer au rassemblement de ces hommes et de ces femmes sur des bases indépendantes
de la gauche gouvernementale est une des exigences majeures de la période
à venir où les pressions à l'" unité "
contre la droite vont se multiplier tout azimut.
Maintenir cette boussole : c'est l'enjeu du 16e congrès de la LCR qui
s'ouvre aujourd'hui à La Plaine-Saint-Denis.
Serge
Godard
Chili
: Face au renouveau du mouvement ouvrier et populaire,
les vieilles recettes d'une Présidente socialiste
Les politiciens
de gauche -et de droite ! - en mal de popularité ont tous essayé
de capter l'image sympathique donnée par Michelle Bachelet, élue
confortablement ce 15 janvier à la tête du Chili. Son image est
d'autant plus sympathique que c'est une femme et qu'elle a battu le multimillionnaire
Piñera, le " Berlusconi chilien ", propriétaire de la
compagnie aérienne LAN-Chile et d'une chaîne de télé,
avec, parmi de hauts membres de son alliance, des pinochétistes notoires
Première femme de gauche élue à la tête d'un pays
latino-américain (après les réactionnaires " Evita
" Perón en Argentine, et Violeta Chamorro, de la contre-révolution
nicaraguayenne
), elle rejoint ainsi le camp des présidents de gauche
qui ont émergé ces dernières années, après
son prédécesseur le socialiste Ricardo Lagos, Lula, Chávez,
Vázquez en Uruguay et Evo Morales en Bolivie
Derrière ces élections, ce qui transparaît, c'est le renouveau
du mouvement ouvrier et populaire face à l'offensive de la mondialisation
et de l'impérialisme
que ces dirigeants sont tout prêts à
canaliser, sans autre perspective que socio-libérale et réformiste.
Une femme de
gauche à la tête de la Concertación
Après la visite surmédiatisée de Ségolène
Royal, Hollande en a profité pour réaffirmer son projet "
d'une gauche durable, unie, renouvelée " en ajoutant : " c'est
une femme qui est Présidente (au Chili), comment pourrais-je l'oublier
! "(Vux à la presse du 16/01/06).
Les hommes de gauche ne perdent pas une occasion de faire des appels à
l'union
derrière leur politique de droite, Lang précisant
même : " La gauche française doit suivre le modèle
de la gauche chilienne qui a su se retrouver autour d'un programme et d'une
candidate " : suivez mon regard
Michelle Bachelet, la candidate socialiste de la coalition de gauche et du centre
appelée Concertación, a en effet l'aura d'une militante socialiste
de la première heure, dont le père, général resté
fidèle à Allende, est mort dans les geôles de Pinochet,
et qui a subi des tortures dans la sinistre Villa Grimaldi
Aujourd'hui, elle plaisante en se présentant : " Femme, divorcée,
socialiste et agnostique : tous les péchés réunis ! ",
ce qui la rend proche des plus démunis.
Mais dès le soir de son élection, elle a rendu un hommage ému
à son père, dont elle a rappelé le " sens du service
public, l'amour de l'ordre, le don du commandement " (Il avait en effet
été chargé par Allende de remettre de l'ordre dans la distribution
alimentaire en 1973, contre les initiatives populaires).
Et elle a ajouté que ses souffrances lui avaient seulement donné
envie de se réconcilier, pour conclure : " Mon gouvernement sera
le gouvernement de l'unité de tous les Chiliens ", s'adressant aussi
à ceux de droite qui n'avaient pas voté pour elle !
qui dirige
le Chili depuis 1990
Et c'est bien là la politique de la Concertación, résultat
d'un pacte politique pour l'après Pinochet entre la Démocratie
Chrétienne, l'alliée du dictateur contre Allende et le mouvement
populaire, et la gauche reconstituée autour du PS.
Car, après que le mouvement ouvrier a été décapité
par la dictature sanglante de Pinochet avec ses milliers de victimes, le Chili
est devenu l'arène ouverte de la mondialisation avec privatisations,
licenciements, endettement forcenés, d'abord du fait des Chicago Boys
de Milton Friedman, puis, suite à la crise de 1982 (au cours de laquelle
le chômage est passé de 15 % à 31 %), et celle de 1999.
Les premières réactions sont venues en 1983, à l'appel
du Congrès syndical des mineurs, dans les quartiers populaires, les poblaciones
(les bidonvilles de la périphérie des grandes villes), puis de
la jeunesse estudiantine.
C'est ce mouvement de contestation sous influence des réseaux ayant pu
survivre à la dictature, qui a commencé à ébranler
la dictature. Pinochet a fini par édicter, en 1988, une Constitution
sur mesure l'instaurant chef des armées à vie, mais laissant la
place de Président, après référendum, à un
civil.
Lors de chaque élection, la droite a été battue car elle
rappelait sans cesse Pinochet et son régime, sans même s'en cacher.
C'est ainsi que la Concertación s'est retrouvée au pouvoir depuis
1990. Et c'est sous sa direction que le Chili est arrivé à la
deuxième place pour les inégalités sociales dans le continent,
avec entre 9 et 12 millions de pauvres sur 15 millions d'habitants (selon des
statistiques indépendantes).
Il est devenu le meilleur élève du FMI, de la Banque mondiale
et de l'OMC dans la région, ainsi qu'un pilier de la politique étrangère
de l'ONU et des Etats-Unis dans le monde.
Candidat zélé au Mercosur et à l'ALCA, il a pratiqué
avec discipline les coupes sombres dans les dépenses publiques, la flexibilisation
du travail, la libéralisation des secteurs de la santé et de l'éducation
avec des licenciements massifs
C'est ainsi que dans ce pays, parmi ceux
qui avaient la moyenne bourgeoisie la plus nombreuse, les traditions culturelles
et démocratiques les plus implantées d'Amérique latine,
il n'y a, par exemple, plus une seule Université publique
Au Sud du pays, la minorité indigène mapuche est toujours aussi
réprimée ; 25 % d'entre eux sont indigents ; ce mois-ci encore,
18 de leurs militants ont été arrêtés en se battant
pour la reconnaissance de leurs droits, en particulier contre les multinationales
qui leur prennent leurs terres, qui détruisent et polluent la forêt
Au niveau international, le socialiste Lagos, actuellement au pouvoir, a ainsi
mis à la tête de la force d'intervention de l'ONU en Haïti
que le Chili dirige, un ex-officier de Pinochet connu
Son gouvernement s'est fait le champion de la " réconciliation nationale
", symbolisée par le fameux indulto (" pardon ") aux ex-militaires
putschistes qui, à l'image de Pinochet, ne sont toujours pas jugés
quand ils ne sont pas encore en poste (13 hauts officiers actuels sur 36 sont
des ex de Pinochet !), au grand dam des associations de familles de prisonniers
et de disparus.
Armer le renouveau
qui vient d'en bas
Dans ce contexte, des transformations profondes, économiques, sociales
et politiques ont vu le jour dans le pays. A la faveur de la mondialisation
et de la politique d'exportations massives, l'agro-buisness s'est répandu
dans les campagnes, et les petits paysans qui ont dû vendre leurs terres
ont rejoint les ouvriers licenciés dans les ceintures des grandes villes.
Les femmes ont été nombreuses dans les milieux populaires à
se retrouver chefs de famille, à devenir des salariées à
part entière pour le compte des multinationales, en particulier dans
les services.
Ces transformations entraînent progressivement des prises de conscience
dans les milieux populaires.
Ce mois-ci, dans la région de Rancagua, 8 000 travailleurs en CDD pour
la compagnie nationale d'exploitation du cuivre Codelco, (principale production
du pays dont les cours s'envolent aujourd'hui), se sont mis en grève
illimitée parce qu'ils touchaient moitié moins que les travailleurs
embauchés. Ils ont coupé des routes à l'aide de barricades
en feu. Signe des temps : une grève très dure avait déjà
éclaté dans cette entreprise en 1991 ; c'étaient alors
les embauchés qui se battaient pour des augmentations de salaires
Voici ce qu'a déclaré le responsable du syndicat lors de la grève
: " Ce n'est pas seulement la responsabilité des employeurs en CDD,
car la législation donne à la Codelco les outils pour mettre fin
à ces pratiques abusives et, cependant, même si c'est encore une
entreprise d'Etat, elle n'arrête pas ces abus. Bref, la Concertation qui
gouverne notre pays, applique et perfectionne chaque jour la surexploitation.
(
)Il est indispensable de combattre le réformisme qui n'attaque
pas le système capitaliste et qui pousse à la modération
des luttes syndicales. Il faut combattre le bureaucratisme présent dans
les actuelles centrales syndicales qui privilégie le dialogue avec l'Etat
et le capital par-dessus les luttes et les intérêts des travailleurs,
la lutte des classes, en définitive. Le chemin des travailleurs, ce n'est
ni Bachelet, ni Piñera, mais la lutte et l'organisation ".
Les revendications et la lutte de ces travailleurs, qui s'est soldée
par 43 arrestations, sont bien loin des timides revendications de l'alliance
Juntos Podemos Más (" Ensemble nous pouvons plus ", dont le
slogan est " Un autre Chili est possible "). Créée par
le PC avec le soutien de syndicalistes, associations, de l'organisation la plus
connue de l'extrême gauche (le MIR), elle a été rejointe
par le responsable du Parti Humaniste, Tomás Hirsch, devenu finalement
le candidat de la coalition.
Après avoir obtenu un peu plus de 5 % des voix au premier tour, cette
coalition a appelé à l'abstention
sauf si Bachelet s'engageait
à prendre davantage en compte les problèmes sociaux et surtout
renoncer au système électoral dit binominal !
Après de vagues promesses de la candidate socialiste ne s'engageant surtout
pas pour des hausses de salaires, ni contre le travail précaire, ni la
répression syndicale (la grève n'est toujours pas officiellement
autorisée au Chili) ni celle des indigènes, le PC a appelé
à voter Bachelet.
Mais si Bachelet n'a donné aucune garantie concrète aux modestes
demandes de cette coalition, elle en a donné de vraies aux milieux patronaux.
Elle se revendique entièrement de la politique de son prédécesseur
Lagos. Et elle a rappelé le 15 Janvier : " nous devons stimuler
les entreprises qui entreprennent et avancent " en disant que la première
et principale réforme qu'elle compte mettre en route est celle du système
des retraites, déjà privatisées, mais dont les caisses
sont en grave déficit, ce qui annonce de nouveaux coups durs contre les
plus pauvres.
Au Chili comme en Amérique latine et dans le monde, l'heure est au renouveau
du mouvement social. Pour répondre aux dégâts réalisés
durant ces 10 dernières années par l'offensive du capitalisme
financier, l'oubli des leçons passées est préjudiciable.
Tout au contraire, l'expérience de la gauche et de ses alliés
du centre, gravée dans la chair des classes populaires qui l'ont si durement
payée, doit nous servir pour apprendre, pour donner des réponses
qui arment le mouvement ouvrier et populaire renaissant.
Sophie
Candela
La
dette publique : le pillage organisé des
richesses collectives au profit de la finance
Le
14 décembre dernier, le rapport de la Mission sur la dette du Ministère
des finances, présenté par Michel Pébereau, PDG de BNP-Paribas,
a annoncé à grand renfort médiatique l'endettement abyssal
de l'Etat français, qui atteint cette année 1 100 milliards d'euros,
passant de 63 % du PIB en 2003 à 66 %. L'Etat dépense
trop, constate le rapport, son endettement atteint aujourd'hui un niveau tel
que l'économie serait en danger... Le terrain ainsi préparé,
Villepin s'est empressé de lancer sa campagne politique sur la réduction
de la dette publique, relayé par les médias, et tous d'en rajouter
sur les " gaspillages " des budgets de la fonction publique et de
la protection sociale.
Les solutions sont simples, a indiqué Pébereau, " elles ne
sont ni de droite ni de gauche " et relèvent du " bon sens
". Des économies seront réalisées en éliminant
les " sureffectifs " dans la Fonction publique grâce au départ
à la retraite des fonctionnaires. Quant au Ministre de la Fonction publique,
Christian Jacob, il n'a rien d'autre à proposer aux fonctionnaires qu'une
augmentation dérisoire de 0,5 % au 1er juillet 2006, alors que les syndicats
estiment la perte de pouvoir d'achat à plus de 5 % depuis 2000.
Les restrictions budgétaires visent donc les salariés, tandis
que le gouvernement, au nom de la lutte pour l'emploi, continue de multiplier
les cadeaux au patronat. Il vient d'étendre le Contrat nouvelle embauche
(CNE) au-delà des petites entreprises, avec un Contrat Première
Embauche (CPE) qui aggrave la précarité pour les jeunes. De la
même façon, l'invention des " licenciements préventifs
" permettra aux entreprises de licencier en prévision de difficultés
économiques à venir. Et dans les dépenses qui creusent
le déficit de l'Etat, Villepin se garde bien de remettre en cause les
milliards distribués au patronat sous la forme d'exonérations
de cotisations, de la baisse de l'impôt sur les bénéfices
des sociétés et autres subventions directes, sous prétexte
d'aides à l'emploi.
Annonçant sa volonté de faire de la réduction de la dette
la priorité du gouvernement, il a réuni le 11 janvier une "
Conférence nationale des finances publiques ", regroupant des représentants
des syndicats, des collectivités locales et autres acteurs sociaux et
économiques. Comme il l'avait fait avec la réforme des retraites,
puis celle de la sécu, le gouvernement voudrait faire de cette "
conférence " un tremplin vers un nouveau " diagnostic partagé
". La CFDT, dans un communiqué rédigé à l'issue
de la réunion, ne se dérobe pas. Pour elle, le " mal "
ne fait pas de doute, " l'augmentation continue de la dette publique est
dommageable pour l'économie de notre pays
", [
] L'ambition
de retour à l'équilibre budgétaire d'ici 2010 nécessite
de la puissance publique plus de rigueur politique et plus de cohérence
dans ses choix. Pour être compris et partagé, " le programme
de stabilité " devra répondre à des exigences d'équité
et de justice sociale, qu'il s'agisse de santé, d'éducation, d'accès
aux services publics. En tout état de cause, le désendettement
du pays ne peut se faire par un simple transfert des charges sur les ménages
".
Ce " diagnostic partagé " accepte le cadre de " négociations
" défini par le gouvernement : augmentation des impôts pour
les moins riches, réduction des dépenses par la réduction
du nombre de fonctionnaires et de leur pouvoir d'achat, vente des " actifs
non stratégiques ", c'est-à-dire poursuite de la privatisation
des entreprise publiques
.
La dette publique,
un fonctionnement " normal " de l'Etat capitaliste
Le total de la dette de l'Etat -1 100 milliards d'euros- atteint 66 % du Produit
intérieur brut. Cela sans compter les retraites des fonctionnaires qui
lui font dépasser les 2 000 milliards d'euros, soit 120 % du PIB. Elle
concerne tous les niveaux de l'Etat, de la nation aux collectivités locales,
en passant par les services hospitaliers publics.
La France n'est pas le seul pays industrialisé à crouler sous
les dettes et cette maladie n'est pas réservée aux pays pauvres
qui sont soumis, à travers elle, au pillage de leurs richesses. La dette
moyenne de la zone euro s'élève à 70,4 % du PIB, en Italie
à plus de 100 %. Le Japon doit 6 500 milliards d'euros, les Etats-Unis
6 800 milliards d'euros.
Personne, parmi les économistes et les hommes d'Etat, de droite comme
de gauche, ne cherche d'ailleurs à annuler cette dette. Et lorsque Villepin
parle de revenir en cinq ans à " l'équilibre budgétaire
", ça n'est pas pour annuler la dette, mais pour la ramener à
60 % du PIB, le maximum défini par les critères de Maastricht.
Et surtout, c'est une façon de justifier des mesures pour " rentabiliser
" l'Etat.
Cette dette a un coût, qui grève sévèrement les finances
publiques, au point que la plus importante ligne budgétaire du budget
de l'Etat, après l'Education nationale, est celle du " service de
la dette ", les intérêts que doit verser l'Etat à ses
divers créanciers. Depuis les années 1980, où le total
de la dette publique s'élevait à 20 % du PIB, elle n'a cessé
d'augmenter. La charge de la dette est passée de 4 % du budget de l'Etat
en 1980 à 15 % en 2005.
Avec une rapidité plus ou moins grande, selon les périodes, ce
qui permet d'alimenter une fausse polémique entre PS et gouvernement
sur la responsabilité des uns et des autres dans cette aggravation de
l'endettement public. Mais, au-delà de cette polémique, il est
clair qu'un des facteurs essentiels de cet accroissement est la politique, présentée
comme " soutien à l'emploi ", menée par tous les gouvernements
depuis le début des années 1980.
Durant cette période, des sommes astronomiques ont été
versées aux entreprises sous forme de subventions. Ce sont aussi des
milliards d'euros d'exonérations de charges de toute sorte, dont ont
bénéficié les patrons. Milliards d'euros qui manquent dans
les budgets des caisses de retraites, de chômage, de sécurité
sociale, et que l'Etat compense en partie. Comme il compense en partie les baisses
de taxe professionnelle versées par les entreprises aux communes. Ce
mécanisme présente un double phénomène : d'une part
les entreprises paient de moins et moins d'impôts et de salaire socialisé
sous forme de charges sociales ; d'autre part, les compensations versées
par l'Etat aux caisses ou aux collectivités locales viennent en prélèvement
sur les finances publiques, qui sont amputées d'autant.
Les ressources de l'Etat sont essentiellement constituées par le prélèvement
par l'impôt sur les revenus de la population travailleuse. Car les impôts
indirects comme la TVA ou la TIPP (taxe sur les carburants), qui touchent indistinctement
tous les consommateurs, constituent 55 % des ressources financières de
l'Etat, tandis que l'impôt sur le revenu, qui favorise les catégories
les plus riches et qui vient de bénéficier de réductions
successives, n'en constitue que 20 %, celui sur les sociétés,
14,6 %. Ce sont donc les revenus des salariés, du public comme du privé,
des petits artisans et commerçants, de la population laborieuse en général,
qui alimentent les caisses de l'Etat, et qui sont ensuite distribuées
aux entreprises et aux groupes financiers sous forme de subventions et d'exonérations.
Les intérêts
de la dette, une rente pour les classes privilégiées
La dette publique offre à l'Etat un excellent moyen d'assurer aux financiers
et privilégiés une manne régulière de plusieurs
milliards d'euros par ans, par le biais de l'intérêt de la dette.
Les taux de l'ordre de 3,5 % sont plus faibles que les taux de profit que peuvent
procurer certains investissements industriels ; mais les bons du Trésor
et autres obligations d'Etat ont le gros avantage d'être sûrs et
réguliers. 98 % des titres relatifs à la dette de l'Etat français
sont négociables en Bourse, et alimentent le casino de la finance. 51
% de la dette serait détenue par des institutions " non résidentes
", banques, assurance, fonds de pension ne résidant pas en France,
les 49 % " résidents " se partageant entre assurances (31 %),
organismes de placement (SICAV,.. 10 %), banques (7 %)
Le pillage des richesses sociales produites par le travail par le biais de la
dette publique n'est pas un mécanisme spécialement mis au point
par les pays impérialistes, avec l'aide du FMI et de la Banque mondiale,
pour continuer le pillage des pays pauvres. Il fait partie intégrante
du système capitaliste, dans tous les pays, et assure un flux continu
d'argent de la poche du contribuable vers celle des gros actionnaires des grandes
entreprises et des groupes financiers.
La composition de la commission constituée par T. Breton autour de Pébereau,
pour établir un rapport sur la dette, mérite, à ce titre,
un petit coup d'il. Aux côtés de Pébereau, président
de BNP-Paribas, on trouve, parmi d'autres : Michel Camdessus, ancien directeur
du FMI ; Jean Michel Charpin, directeur de l'Insee, auteur, en 1999, d'un rapport
de sinistre mémoire, intitulé " L'avenir de nos retraites
", à la demande du premier ministre Jospin ; Pascal Lamy, patron
de l'OMC ; Edouard Michelin, PDG ; Nicole Notat
Cela suffit à juger, et de " l'objectivité " de la commission,
et des véritables préoccupations du gouvernement dans sa campagne
pour retrouver " l'équilibre financier " : justifier une nouvelle
étape dans les attaques contre les salariés des services publics
et tenter de désarmer préventivement leur résistance en
organisant un nouveau " diagnostic partagé ".
L'annulation de la dette publique passe par le contrôle
sur les entreprises et la finance
Les partis gouvernementaux de gauche comme de droite, les organisations syndicales,
tous se joignent au concert de lamentations organisé autour du niveau
de la dette. Chacun y va de sa solution, par quel biais on pourrait désendetter
l'Etat, en particulier par quelle fiscalité
Mais tous se placent
sur le terrain du gouvernement, préparé par le rapport Pébereau.
Et sur ce terrain, il n'y a pas de solution au désendettement de l'Etat.
D'ailleurs, la gauche plurielle au gouvernement a largement prouvé qu'elle
n'avait pas d'autre politique à proposer. Non par manque de conviction
" antilibérale ", mais parce qu'il n'y a qu'une politique possible
dans le cadre du système capitaliste : organiser la diminution de la
part des salaires dans les richesses produites par le travail social, et transférer
la différence dans la poche de la bourgeoisie.
La solution commence avec le refus des travailleurs de l'Etat, des collectivités
locales, des hôpitaux, de tous les services publics d'accepter les "
remèdes " que gouvernement et confédérations syndicales
préparent avec le " diagnostic partagé " sur la dette.
Elle est dans un " tous ensemble " pour faire reculer le gouvernement
sur ses projets, comme ont réussi à le faire, par leur action
collective, les dizaines de milliers de dockers européens venus à
Bruxelles manifester au moment du vote au Parlement de la directive sur la libéralisation
des services publics portuaires.
C'est en mettant en uvre par leurs luttes un plan d'urgence sociale et
démocratique que les salariés et la population peuvent imposer
leur contrôle sur les comptes de l'Etat et des grandes entreprises, exproprier
les groupes financiers qui font leur profit de la dette, les nationaliser et
les unifier dans un seul organisme de crédit, une banque à travers
laquelle l'Etat, sous le contrôle de la population, pourrait orienter
l'argent public vers des activités créatrices de biens utiles
à tous.
Catherine
Aulnay, Eric Lemel