| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°95
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2
mars 2006
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| Sommaire : | ||||||||||
| Réussir le 7, c'est préparer ses suites | ||||||||||
| " Battre la droite et réussir à gauche " : le programme du PCF | ||||||||||
| 48ème congrès de la CGT : un syndicat pour le renouveau de la lutte des classes ou pour l'accompagnement des reculs ? | ||||||||||
| Fusion Suez-GDF, monopoly financier et contradictions de l'Europe capitaliste | ||||||||||
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Réussir
le 7, c'est préparer ses suites
Le Sénat,
terminant le travail de l'Assemblée nationale, a voté, mardi 28,
le volet concernant le Contrat première embauche du projet de loi sur
" l'égalité des chances " présenté
par le gouvernement. Cela n'empêche pas la contestation contre le CPE
de se développer, la mobilisation de prendre de l'ampleur, avec des occupations
de facs et des manifestations dans plusieurs villes, les jeunes restant bien
décidés à faire reculer le gouvernement, que la loi soit
votée ou pas.
C'est dans ce contexte que se prépare la journée d'action du 7
mars, en passe de devenir le point de convergence de tous les mécontentements.
Car la contestation contre le CPE n'est pas la seule difficulté à
laquelle se heurte le gouvernement. Mardi 28, les personnels de la Recherche
publique étaient de nouveau dans la rue pour lui rappeler ses engagements
non tenus. Le même jour, les statistiques du chômage, largement
commentées par la presse, étaient de nouveau en hausse, après
une période de soi-disant baisse, renvoyant Villepin et Borloo à
leurs rodomontades sur l'efficacité de leur " plan d'urgence
pour l'emploi ". Comme un malheur n'arrive jamais seul, une enquête
du Ministère du travail, publiée également mardi 28, donnait
la mesure du recul du pouvoir d'achat des salariés les moins payés :
en 2005, 16,8 % des salariés (hors intérim et agriculture)
ont été payés au Smic horaire, contre 15,6 % en 2004
et 14 % en 2002. Cela concerne 2,5 millions de salariés, 3,8 millions
si on y ajoute l'agriculture et l'intérim. Et sur dix de ces salariés,
quatre sont employés à temps partiel. Illustration, s'il en était
besoin, de l'" égalité des chances " version
Villepin-Borloo
A cela s'ajoutent les conséquences de la décision prise ce week-end
par Villepin, de la fusion de Gaz de France avec le groupe Suez, sous prétexte
de protéger celui-ci d'une tentative d'OPA de la part du groupe italien
Enel. Quelques mois après l'ouverture du capital de GDF, cette opération
constitue une privatisation de fait de l'ancienne entreprise publique, au mépris
de la loi fixant à 70 % la part de capital détenue par l'Etat.
Reniant ses engagements, le gouvernement a décidé de modifier
cette loi, provoquant la colère des salariés qui craignent, à
juste tire, de faire les frais d'une opération dont les premiers bénéficiaires
seront les actionnaires principaux de Suez.
Tout cela contribue à accentuer la contestation sociale. Confronté
aux échecs patents de sa politique, à la baisse de sa côte
de popularité, Villepin tente de faire face, en intervenant personnellement
sur tous les fronts. Le week-end dernier, après avoir décidé,
au nom du " patriotisme économique ", de la fusion
Suez-GDF, il est parti à la Réunion, tenter d'apaiser une population
révoltée par l'inertie de l'Etat face à l'épidémie
de chikungunya, avant de se précipiter au salon de l'agriculture, manger
de la volaille en espérant que cela rassure les producteurs frappés
par les mesures contre la propagation de la grippe aviaire
Pour tenter de désarmer une éventuelle contestation de la privatisation
de GDF, le Ministre des finances, Breton, en présence des dirigeants
de Suez et GDF, recevait, dès lundi, les différentes organisations
syndicales. Manifestement pas convaincues par les nouvelles promesses du gouvernement
et des patrons, la CGT, FO et la CGC se disent opposées à la fusion.
Elles appellent à l'organisation d'une riposte, sans pour autant la définir,
attendant pour cela de rencontrer les autres organisations syndicales.
D'ores et déjà, FO-Energie appelle à la grève pour
le 7 mars. La fédération CGT de l'Energie appelle aussi se joindre
au mouvement, et de fait, il y a fort à parier que les salariés
de GDF et d'EDF seront en première ligne, le 7, de la mobilisation contre
le gouvernement.
Le PS s'apprête contre la privatisation de GDF à mener la même
politique que contre le CPE : une campagne, perdue d'avance, d'amendements
au Parlement lorsque le gouvernement présentera le projet de loi permettant
de baisser la part de l'Etat au sein de GDF. Et attendre 2007 : " si
nous revenons aux responsabilités, a dit Hollande, nous aurons
à faire en sorte que la garantie sur le capital public de GDF soit confirmée "
Une politique de faux semblants, le PS n'ayant pas d'autre but, en s'associant
aux manifestations contre le CPE, que de tenter de dévoyer la contestation
profonde qui se manifeste à l'égard de la politique du gouvernement,
à son propre profit dans la perspective des élections de 2007.
Quant au PC, il n'a, lui aussi, de perspective à proposer que dans le
cadre d'un retour au gouvernement.
Des préoccupations en total décalage avec les aspirations des
jeunes et de bien des militants du rang pour qui la journée d'action
du 7 mars prend le sens d'une grande journée de grève et de manifestation
contre le gouvernement et sa politique. Les appels à la grève
se multiplient, des liens se tissent entre salariés et étudiants.
Un large front se constitue contre le CPE, le chômage, la précarité,
contre les privatisations et une politique entièrement dévouée
aux gros actionnaires, au capital.
Partout où c'est possible, dans les entreprises, les syndicats, dans
les collectifs quand ils existent, il faut relayer la pression qu'exercent les
jeunes, depuis le début de leur mobilisation contre le CPE, sur les confédérations
syndicales et les organisations politiques de gauche. Cela doit contribuer à
faire du 7 le point de convergence de tous les mécontentements. Cela
doit être également, et dès maintenant, l'occasion de discuter
de ce que l'on fait au lendemain du 7.
Le 7 ne doit pas rester une journée sans lendemain de plus. Il doit être
un point d'appui pour continuer le mouvement, l'élargir. Préparer
dès maintenant les suites, défendre l'extension et la convergence
du mouvement, c'est aussi militer pour que se regroupent tous ceux qui ne veulent
pas laisser le mécontentement être dévoyé derrière
une nouvelle union de la gauche pour 2007.
Eric
Lemel
" Battre
la droite et réussir à gauche " :
le programme du PCF
Après les " 27 propositions " présentées
il y a tout juste un an (dont nous avions rendu compte dans Débat militant
n°65), le PCF revient à la charge avec un quatre pages que distribuent
massivement ses militants : " Battre le droite et réussir
à gauche ".
La difficulté est double pour le parti de Marie-George Buffet :
sur le plan des initiatives, celle de Villepinte le 26 novembre qui a clôt
une première série de forum était un échec ;
et cela d'autant plus que sur le plan politique, l'idée d'un ralliement
au Parti socialiste qui finira par s'imposer au cours de cette année
n'est pas spécialement pour plaire à une bonne partie de la base
militante et électorale du PCF (qui semble d'ailleurs toujours aussi
fragile face à la concurrence et à l'influence de la LCR et de
LO si on en croit les derniers sondages).
On comprend donc que Marie-George Buffet fasse mine de s'interroger : " Mais
la gauche a-t-elle une alternative crédible à proposer ? ".
La réponse est sans surprise : " Pour batte la droite,
il faut une gauche rassemblée. Et pour réussir à gauche,
il ne faut pas revivre les désillusions du passé, il faut une
politique qui réponde vraiment aux attentes des citoyens ".
D'un côté une logique parlementaire et institutionnelle, et de
l'autre l'espérance d'une vraie politique de gauche, c'est évidemment
la quadrature du cercle que tente de résoudre la place du Colonel Fabien,
d'où l'insistance répétée à chaque page :
il s'agit " d'un
projet politique réellement nouveau, rompant avec les erreurs et les
échecs du passé ", il s'agit de " rompre vraiment avec
les logiques libérale ".
Or ce qui frappe justement, c'est l'extrême prudence des mesures qui sont
proposées, pour ne pas dire parfois leur indigence.
" 7
propositions pour commencer à changer vraiment la vie " ?
Certes, parmi les propositions, on trouve malgré tout quelques unes avec
lesquelles nous pourrions être d'accord : " Une sécurité
sociale universelle allant vers les 100 % ", " Le
droit à la retraite à 60 ans après 37,5 annuités
et 75 % du salaire des dix meilleures années " et
" Le droit de vote et d'éligibilité pour les résidents
étrangers ". Malheureusement, dans un passé récent,
le PS et le gouvernement Jospin (avec la participation du PCF) ont contribué
à aller exactement dans le sens le contraire. Quant au droit de vote,
c'était l'une des 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981, oubliée
depuis lors.
Pour le reste, il n'y a guère de contradiction entre les timides promesses
du PCF et celles que pourrait envisager le Parti socialiste avant de gouverner,
sans avoir besoin de beaucoup se déjuger ensuite une fois au gouvernement.
Sur la question centrale de l'emploi et des licenciements, l'indigence est manifeste :
le miroir aux alouettes de la CGT sur la " sécurité
d'emploi ou de la formation " reprise ici n'a d'intérêt
pour les travailleurs que si il s'accompagne d'un lutte déterminée,
non pas pour accompagner, mais pour lutter contre les licenciements. Or il n'y
a absolument rien sur l'interdiction des licenciements, tout juste un vague
pouvoir de suspension afin de discuter de propositions alternatives, dispositif
qui existe déjà en partie pour les CE et n'a jamais rien empêché.
Il n'y a rien non plus sur la nature des emplois à créer alors
que la précarité est au cur des préoccupations et
des luttes actuelles du monde du travail ; et rien de précis sur
la flexibilité du temps de travail qui est au cur de la loi Aubry
censée être " améliorée ".
Sur les salaires, c'est vraiment le service minimum ! Le Smic à
1500 euros bruts est évidemment assez différent des 1500 euros
nets que la LCR réclame avec une grande partie du mouvement social (mais
il a beaucoup à voir avec la proposition de Fabius lancée il y
a quelques mois). Les 5 % d'augmentation pour tous les fonctionnaires sont
à comparer aux 300 euros que la LCR défend et qui n'ont rien d'excessif
(cela correspond simplement aux pertes de pouvoir d'achat du point d'indice
calculé par les syndicats pour les fonctionnaires depuis 20 ans, de l'ordre
de 20 % soit 300 euros pour un salaire de 1500 euros
net !).
Quant aux salariés du privé, il devront se contenter d'un " Grenelle
des salaires ", simple copié-collé de Stauss-Kahn et
de quelques autres, et qui n'est rien d'autre qu'un attrape-nigaud, à
moins d'avoir quelques millions de grévistes sur le dos !
Pour enrayer l'insécurité sociale, les mesures autres que celles
concernant la sécu et les retraites sont vraiment de la poudre aux yeux :
600 000 logement à loyers modérés en 5 ans soit 120
000 par an, cela ne fait guère davantage que les promesses de Borloo
(100 000 par an) ; 150 000 enseignants en 5 ans, c'est en fait
le remplacement des départs à la retraite : c'est mieux que
ce qu'annonce la droite, mais cela ne permettra aucune des améliorations
demandées par les syndicats.
Contre " l'engrenage sécuritaire ", la " police
de proximité " est pour le PCF à compter parmi les mesures
de prévention ! Quant aux lois répressives sur lesquelles
il faudrait revenir, il n'est pas précisé si cela inclut les lois
Chevènement et Vaillant, adoptées elles aussi avec la complicité
du PCF au gouvernement. De même sur les services publics, seules les privatisations
les plus récentes de la droite sont explicitement mises en cause, et
pas celles de Jospin (et de Gayssot !) pourtant champion en la matière.
Il est vrai qu'un " plan de reconquête et d'extension des services
publics " est évoqué, oubliant les télécommunications,
mais évoquant l'eau ou la SNCF. Mais il faudrait être précis
pour savoir si cela engage vraiment à quelque chose. De même sur
la lutte contre les discriminations, il est bien difficile de se prononcer puisqu'il
n'y a rien de précis à part l'allocation-autonomie pour la jeunesse
et le droit de vote aux immigrés déjà évoqués.
Mais c'est sans doute sur le dernier chapitre concernant le développement
durable et solidaire que le PCF a réservé sa note d'humour. Après
avoir dénoncé le productivisme et prôné une diversification
en matière d'énergie, le texte inclut en effet dans un même
mouvement les énergies renouvelables et " l'énergie
nucléaire 100 % publique ". Nous voilà donc rassurés
puisque c'est du service public ! Mais si c'est pour faire la même
politique ?
" 3
moyens pour réussir " ?
C'est évidemment la question des moyens qui est essentielle, avec celle
de la méthode. Or le texte oscille entre deux sortes de mesures, et fait
même un peu le grand écart entre les deux.
Certaines mesures sont justes, comme l'abrogation définitive du traité
constitutionnel européen. Mais on imagine mal comment Hollande et Srauss-Kahn
pourraient manger leur chapeau sur cette question, de même qu'on les imagine
mal (eux ou d'autres) adhérer à un projet de VIème République
mettant fin au présidentialisme et généralisant la proportionnelle
à toutes les élections
Concernant l'Europe, le programme
propose un catalogue de bonnes intentions sur la BCE et l'OMC mais dont on se
demande comment il serait possible de les imposer aux différents gouvernements
et à la classe capitaliste, sans un rapport de force qu'une simple majorité
aux élections ne permettra certainement pas de remplacer.
A l'évidence donc, ces mesures peuvent paraître assez radicales
mais elles ne sont pas destinées à être sérieusement
discutées avec le PS. Quant aux autres, elles sont censées au
contraire démontrer leur faisabilité. Mais du même coup,
elles sont assez insignifiantes, ou pas justes sur le fond.
Il y a d'abord évidemment la question de l'argent et de sa " maîtrise ".
Concernant la fiscalité et les cotisations sociales, si rien n'est chiffré
en matière d'impôts (alors que les changements d'assiette et les
allégements sont parfaitement mesurables depuis plus de 25 ans, droite
et gauche confondues !), il y a au moins une certitude : pas question
de supprimer les subventions aux patrons, alors que cette revendication (défendue
ensemble par LO et la LCR) avait été au cur de la campagne
de 2004 en obligeant tous les autres partis à se positionner sur cette
question. Au contraire : ce qui est discuté, ce sont les moyens
de moduler l'impôt et les cotisations sociales. Or c'est très exactement
cela une politique d'exonération : moduler à la baisse sous
prétexte de créer des emplois ! Même l'idée
discutée à l'époque par le PCF qu'il faudrait contrôler
les fonds publics (à défaut de les supprimer) n'est plus vraiment
discutée.
Sur le crédit et l'épargne, le PCF semble avoir la mémoire
courte. Le fait de se prononcer pour un " grand service public du
crédit " ne garantit absolument rien : le Crédit
lyonnais nationalisé par Mitterrand a laissé aux contribuables
une ardoise de plus de 18 milliards d'euros qui n'ont pas été
perdus pour tout le monde ! Il en va de même pour la Caisse des dépôts
et consignation qui collecte aujourd'hui l'épargne populaire, et qui
sert surtout de roue de secours au capital privé.
Pour le reste, il y a surtout beaucoup de bavardage. La " démocratie
sociale " inscrite dans la constitution mais sans que soient inscrites
des mesures précises et aussi vitales que l'interdiction des licenciements
est un leurre. Pour qu'il y ait négociation, les travailleurs ont surtout
besoin de rapport de force et non de " principes ", comme
celui des accords majoritaires, surtout au vu des politiques menées par
les syndicats, dont la CGT !
Mais l'objectif de ce programme n'est il pas justement de nous convaincre que
l'essentiel serait de bien voter et de faire confiance ensuite aux " représentants
de la nation ", ou aux représentants syndicaux, plutôt
que d'armer le monde du travail pour préparer les luttes ?
Quelle
" Union populaire majoritaire " ?
" Imaginons que pour les prochaines élections présidentielles
et législatives, les forces antilibérales travaillent ensemble
un projet de société et un programme de gouvernement, une conception
citoyenne de la politique. Imaginons que cela débouche pour ces deux
scrutins sur des candidatures unitaires
". La ficelle
est certes un peu grosse puisque immédiatement après, le texte
prend bien soin de préciser " sa conviction qu'une candidature
communiste serait efficace pour porter cette union "
Mais
imaginons en effet.
Il y a au moins une chose qu'il faut reconnaître au Parti communiste,
c'est la cohérence entre la grande modestie de son programme et le choix
essentiel pour le PCF de gouverner avec le PS, avec ou sans candidature unitaire
au premier tour (puisque c'est le deuxième tour qui compte vraiment pour
aller au gouvernement). Le PCF a concocté pour l'essentiel un programme
de gestion réformiste du capitalisme, suffisamment édulcoré
-même un an avant les élections- pour qu'en discutant avec le Parti
socialiste, il y ait la possibilité de s'y rallier tranquillement sans
donner non plus le sentiment de se renier complètement.
Ce seul fait suffit à montre la vraie nature de la posture qu'a adopté
le PCF en se réclamant de " l'antilibéralisme ".
Il confirme qu'il n'y a pas en réalité de véritable barrière
entre une " gauche antilibérale " lorsqu'elle est
représentée par un PCF soi-disant bien ancré à gauche,
et une " gauche social-libérale ", avec un PS qui
serait beaucoup plus à droite et donc beaucoup moins fréquentable.
Si il y a une vraie ligne de démarcation, c'est bien celle qui sépare
la gauche gouvernementale de la gauche anticapitaliste et révolutionnaire,
comme le montre l'examen des " Propositions de la LCR contre le libéralisme ".
La différence ne tient pas seulement à la nature des revendications
(mais elles sont évidemment essentielles car il n'y aura pas le début
d'une amélioration des conditions de vie et du rapport de force en faveur
des travailleurs sans commencer à s'en prendre au droit de propriété
privé et à la logique du profit qui dominent entièrement
les choix économique en régime capitaliste). Elle tient aussi
à la démarche et la méthode.
Du début à la fin, le texte de la LCR insiste sur quelques éléments
clés : pour " répondre aux besoins immédiats
des couches populaires ", il faut " remettre en cause
les règles du capitalisme, le pouvoir de la bourgeoisie à contrôler
le monde ". Ce sont ces " exigences " qui
" doivent constituer les bases d'un front social et politique pour
agir dès maintenant contre le gouvernement Villepin ".
Ce sont elles qui doivent " permettre de mener un débat
constructif sur ce que doit être une alternative antilibérale et
anticapitaliste au gouvernement actuel, fondée sur les mobilisations "
(page 1). Ce sont elles enfin qui nécessitent de construire une " force
politique qui prenne cette tâche en main " et qui permette
de " prendre le chemin d'une réelle alternative qui rompe
avec le cadre institutionnel du capitalisme et s'appuie sur les mobilisations
pour instaurer le contrôle de la population sur la marche de la société
et des entreprises " (page 4).
Entre le programme électoral, institutionnel et vaguement réformiste
du PCF, et les " mesures d'urgence " que propose la LCR
(qui sont encore loin évidemment d'un programme communiste), il y a bien
deux logiques différentes. Cela ne veut pas dire que nous ne pourrions
pas converger avec bon nombre de militants du PCF comme avec bien des militants
de gauche et du mouvement ouvrier en général, car l'expérience
de la gauche au gouvernement a d'ores et déjà favorisé
ces convergences, de même que bien des expériences communes de
luttes menées ensemble ont tissé des liens irremplaçables.
Cela veut simplement dire que pour continuer à profiter de l'opportunité
que nous avons aujourd'hui de discuter avec les militants du Parti communiste,
et pour essayer réellement de les influencer, il faudra encore avoir
beaucoup de conviction, et une vraie confiance dans nos idées sans laquelle
rien ne sera possible.
Jean-François
CABRAL
48ème
congrès de la CGT :
un syndicat pour le renouveau de la lutte des classes
ou pour l'accompagnement des reculs ?
Les attaques du
patronat et du gouvernement redoublent contre les jeunes et les salariés.
Le CPE, passé en force au Parlement, venant après le CNE, annonce
la prochaine étape : la mise à mal du CDI et la précarité
généralisée pour tous, jeunes, seniors, tous les travailleurs.
Face à cette situation, la riposte tarde à se généraliser.
Les directions syndicales, bien obligées de proposer quelques perspectives,
ne font rien dans le sens de la généralisation nécessaire.
La prochaine étape annoncée par toutes les directions syndicales,
ainsi que les organisations étudiantes et lycéennes, pour le 7
mars, pourrait être un pas dans le sens de cette généralisation.
Mais aucune confédération syndicale ne veut d'une lutte d'ensemble.
La direction confédérale de la CGT a, d'ores et déjà,
annoncé qu'elle ne lancera pas, pour ce jour-là, un appel à
une grève interprofessionnelle sous le prétexte que c'est aux
syndicats de base d'en être à l'initiative.
En quoi est-il antagonique que la direction prenne ses responsabilités
en appelant tous les salariés à une grève interprofessionnelle
et que les syndicats de base s'emparent du mot d'ordre et s'en fassent les organisateurs ?
Maryse Dumas, dans une interview dans la NVO du 17 février, à
une question du journaliste lui demandant si la grève ne serait pas plus
efficace que la seule manifestation, tire en touche et répond :
- " Ce qui peut faire céder le gouvernement, c'est
l'ampleur du mouvement
"
Et aussi :
- " Nous ne lésinerons pas sur les efforts à
produire aussi bien en termes d'explications que d'encouragements à l'action
"
Mais en même temps, dans un communiqué confédéral,
elle nous appelle à nous servir de l'appel de FO à la grève
interprofessionnelle, à laquelle elle se refuse d'appeler pour la CGT...
Comprenne qui pourra !
Ces contorsions sont bien révélatrices des contradictions qui
traversent notre syndicat dont la direction voudrait nous entraîner toujours
plus loin vers un syndicalisme d'accompagnement des reculs mais se heurte, à
chaque étape, à la réalité d'une situation sociale
qui pousse les salariés et la base militante vers la résistance
et la lutte.
Dans une première partie sur les textes du 48ème congrès
de la CGT, nous avons discuté des conséquences de la mondialisation
sur la condition salariée et nos perspectives syndicales. Dans cette
deuxième partie, nous discuterons de l'état des luttes et de la
politique qu'il serait nécessaire de mettre en uvre pour aller
vers leur généralisation.
Ce
n'est pas la combativité qui manque, c'est une perspective d'ensemble
La gravité des attaques et des reculs subis n'apparaît pas de façon
claire dans les textes qui nous sont proposés. Tout est dit pour laisser
penser que la situation n'est pas si grave et qu'il y aurait moyen, sans lutte
d'ensemble, d'améliorer les choses.
Rapport d'activité, page 4 : " L'image d'un syndicalisme
uniquement contestataire qui serait le nôtre a régulièrement
été alimentée, faisant souvent l'impasse sur les propositions
alternatives dont nous pouvons être porteurs ".
Nous ne voyons pas les choses avec les mêmes lunettes. Ce qui inquiète
les militants, à la base, ce n'est pas que la CGT serait trop " contestataire ",
mais, au contraire, trop souvent absente de l'initiative des luttes, plus soucieuse
de " négociation " - mot qui revient
sans cesse - plutôt que de contestation.
Ce qui inquiète bien des militants, c'est le suivisme derrière
la CFDT dans cette politique d'accompagnement et de négociation des reculs.
La CFDT s'étant faite la championne de cette politique, où elle
a supplanté FO, qui, du coup, a perdu des points et tente de se replacer
sur un créneau, plus " contestataire ".
La direction confédérale justifie sa politique vis-à-vis
de la CFDT par les nécessités de l'unité syndicale.
Oui, l'unité syndicale est nécessaire. Chaque fois que c'est possible.
Mais pas au prix de s'aligner sur les capitulations !
Marchons devant. Proposons une politique offensive pour la lutte, s'appuyant
sur un programme de revendications d'urgence pour répondre au chômage
de masse, à la précarité et à la baisse des salaires.
Et proposons à toutes les organisations syndicales d'en être partie
prenantes avec nous. Et que chacune choisisse sa politique !
En courant ainsi derrière la CFDT, que veut la direction de la CGT ?
Occuper le même créneau, celui de l'organisation la plus docile,
celle qui dégaine le stylo le plus rapidement, être un " syndicalisme
de proposition ", selon les paroles-mêmes de Dumas ?
Et ainsi faire oublier l'image de la CGT contestataire, celle de la lutte de
1995 à la SNCF ?
Mais comment ne pas comprendre que cela revient à renoncer à ce
qui reste, d'une certaine façon, la spécificité de la CGT,
un syndicalisme pour la lutte.
La place pour le syndicalisme d'accompagnement est pourtant déjà
bien trop occupée. La CGT n'a rien à gagner sur ce terrain de
la capitulation et de l'accompagnement des reculs, face au patronat et à
la grande bourgeoisie ! C'est au contraire, en renouant avec les idées
de l'émancipation sociale et de la lutte de classe qu'elle offrirait
à ses militants et aux travailleurs de vraies perspectives.
Les textes évoquent sans cesse les négociations. De quelles négociations
peut-il s'agir, sans dire qu'il faut auparavant changer le rapport des forces
par la lutte ?
N'avons-nous pas payé assez cher ces soi-disant négociations avec
un patronat et un gouvernement qui consultent les directions syndicales et appliquent
intégralement le programme, annoncé à l'avance, de destruction
de nos droits et acquis ?
En opposant les " propositions alternatives " à
" un syndicalisme contestataire ", voudrait-on faire
croire que des perspectives de changement pourraient exister sans bouleverser
réellement les choses ? Et cela en pleine offensive de mondialisation
libérale qui affiche ses objectifs de reprise de tous les acquis ouvriers ?
Un tel " optimisme " de façade nous semble
peu sérieux et coupé de la réalité.
Les salariés n'ont nul besoin de paroles consolantes. Notre rôle
de militants syndicaux doit être, au contraire, de partir de la réalité,
telle qu'elle est, pour se donner les moyens de la changer.
Les luttes n'ont pourtant pas manqué, ces dernières années,
et le rapport d'activité en dresse la liste : retraites, sécurité
sociale, intermittents du spectacle, chercheurs, enseignants, EDF, Lundi de
Pentecôte, SNCM, RTM, etc.
Les salariés ont répondu présents, avec des moments très
forts, comme le 4 octobre ou le 10 mars, mais, force est bien de le reconnaître,
nous n'avons pas réussi à faire reculer le pouvoir.
Rapport d'activité, page 6- : " La forte mobilisation
n'a pas permis d'empêcher le vote du projet de réforme
a
sans doute permis d'éviter des reculs plus graves
Mais un tel résultat
est, bien sûr, insatisfaisant
"
Plus qu'insatisfaisant, nous avons été battus et, provisoirement,
les patrons ont gagné ! Et il serait nécessaire de le dire !
Discutons
sérieusement des échecs
et de leurs causes réelles
Comment les textes proposés analysent-ils les raisons de ces échecs ?
Evoquant un débat récurrent dans nos rangs, il est dit -rapport
d'activité, page 7- " Rappelons que pour la CGT, la grève
générale ne se décrète pas. Elle est le résultat
de la généralisation de la grève et des mobilisations tant
dans le public que dans privé. "
Mais pour que la grève ait une chance de se généraliser,
encore faut-il que la direction marche devant, et appelle les travailleurs,
les militants à la préparer consciemment.
Quel militant isolé, quel syndicat ou même quelle fédération
a les moyens, les forces, pour impulser et préparer un tel mouvement
d'ensemble cherchant à s'appuyer sur des réseaux militants de
milliers de travailleurs dans tout le pays ?
Au passage, notons que l'idée que la CGT " n'a jamais appelé
à une grève générale " n'est pas entièrement
vraie.
C'est, au contraire, dans les époques où elle a pris la tête
des luttes, en y appelant tous les salariés, comme pour la journée
de 8 heures, au début du 20ème siècle, que la CGT s'est
construite, et a gagné un large crédit qu'elle conserve partiellement
aujourd'hui.
C'est cette même logique, développée aujourd'hui, qui explique
que, pour la journée du 7 février contre le CPE, il n'y ait eu
aucun appel à la grève, ni de la Confédération,
ni des UD, sous prétexte de laisser chaque syndicat en prendre l'initiative.
Tout comme il n'y a pas d'appel interprofessionnel de la confédération,
à ce jour, pour la journée du 7 mars.
Un tel appel, s'il était lancé, ne résoudrait pas tout,
bien évidemment, mais il contribuerait à donner confiance à
beaucoup de militants d'entreprises, grandes et surtout petites, qui y verraient
un encouragement et un appui pour appeler à débrayer et à
manifester. En l'absence d'un tel appel, comment peuvent faire alors les salariés
des petites ou des moyennes entreprises qui prennent les choses au sérieux
et qui veulent " en être " ?
Car les journées d'actions, organisées en semaine pendant le temps
de travail et sans appel à la grève, sont réservées,
de fait, au milieu des syndicalistes militants pouvant quitter le travail plus
facilement.
C'est bien le contraire qu'il faut faire : donner confiance aux travailleurs
pour qu'ils entrent largement dans la lutte !
Appeler à la grève clairement, pour construire un mouvement d'ensemble,
serait le moyen de donner une perspective à ces journées restées
sans lendemain. Car de telles journées pourraient peser, apparaître
comme des étapes, si l'on disait qu'il s'agit consciemment de préparer
ce mouvement d'ensemble, de compter nos forces, en avançant un réel
plan de lutte.
Mais, pour cela, encore faut-il dire haut et fort que nous voulons construire
un tel mouvement !
A l'inverse, B. Thibault dans la NVO du 10 février (page 5) déclare,
à propos de la mise en place du CPE : " Si le Premier
ministre accélère la cadence, nous accélérerons
la mobilisation. "
Après le passage en force, avec le 49/3, quelle " accélération "
de plus nous faut-il ?
Le rapport d'activité explique l'échec des luttes du fait que
les salariés n'auraient pas répondu assez nombreux à notre
appel.
On nous dit d'abord :
Page 6 - : " La forte mobilisation - environ 4,5 millions
de personnes ont participé à une forme ou une autre d'action -
n'a pas permis d'empêcher le vote du projet de réforme. "
Pour déplorer ensuite :
" Au plus fort de l'affrontement, nous n'avons diffusé que
(souligné par nous) 3,5 millions d'exemplaires d'un même matériel
de masse. "
On peut toujours regretter de ne pas avoir fait plus
Mais diffuser 3,5
millions de tracts, c'est toucher le triple et plus encore de travailleurs et
c'est un effort important de milliers de militants
que la direction méprise
quelque peu !
Une façon classique pour les appareils de s'affranchir de leurs responsabilités
dans l'échec, en accusant les militants de base, pas assez actifs ou
dévoués, d'en être responsables ! D'autant que, si
nous voulons mobiliser le plus largement, nous savons aussi que la classe ouvrière
ne sera jamais toute entière et en même temps dans la rue.
Le sentiment général des salariés et des militants est
plutôt que le 10 mars ou le 4 octobre, des occasions ont été
manquées, le nombre y était, tant du public que du privé,
la révolte était largement partagée, au-delà des
rangs très nombreux des grévistes et des manifestants, mais ces
journées sont restées sans lendemain par refus des directions
syndicales d'appeler à une suite sérieuse.
Et ce sont des voies et des moyens de préparer une offensive d'ensemble
du monde du travail qu'il s'agit de discuter dans le cadre de la préparation
du congrès comme par la suite.
Denis
Seillat et Gérard Vila
Fusion
Suez-GDF, monopoly financier
et contradictions de l'Europe capitaliste
La
fusion de GDF avec Suez, pour soi-disant contrer une OPA du groupe italien Enel,
est un nouvel épisode du vaste processus de concentration qui se développe
dans le secteur européen de l'énergie (production et distribution
du gaz et de l'électricité).
Ce secteur est actuellement constitué de huit grands groupes : E.On
et RWE en Allemagne, Endesa et Gas natural en Espagne, EDF, Suez et GDF en France,
Enel en Italie. Ces groupes ont un rayon d'action qui va bien au delà
de leurs frontières " nationales ". Ainsi, Suez contrôle
la quasi-totalité de la production et de la fourniture de l'énergie
électrique belge ; EDF contrôle une bonne part de l'électricité
italienne, suite au rachat de la société italienne Edison
Et tous interviennent plus ou moins dans d'autres pays, en dehors de l'Europe.
Tous se mettent en position en prévision de l'ouverture complète
des marchés européens de l'énergie, en juillet 2007. Depuis
juillet 2004, les secteurs de l'électricité et du gaz sont dissociés
et les fonctions sont séparées : entreprises de production,
gestion des réseaux, fournisseur. Les entreprises et les professionnels
de tous les pays européens ont la possibilité de choisir leur
fournisseur d'électricité ou de gaz. En juillet 2007, cette mesure
sera étendue à l'ensemble des consommateurs. C'est dans cette
perspective que le gouvernement a cassé le monopole public que constituait
EDF-GDF, pour le transformer en deux sociétés anonymes, séparées,
du moins pour l'instant, afin d'être plus à même de participer
au monopoly financier, et prêtes à affronter la " concurrence
libre et non faussée ".
Pour faire face à la concurrence, il faut trouver des marchés,
et pour cela, racheter des entreprises implantées dans des pays dans
lesquels on n'est pas soi même implanté. C'est ce que visait Enel,
en tentant de s'approprier Suez pour avoir accès au marché français.
C'est ce que vise E.On en tentant de s'approprier Endesa pour avoir accès
au marché espagnol
Ce processus conduit inévitablement à
une concentration, et devrait aboutir, à terme, à ce que ne subsistent,
d'après les pronostics du PDG d'E.On, que trois grands groupes européens
de l'énergie.
Une seule règle, dans ce monde de guerre économique : être
assez gros pour pouvoir manger l'autre, sans courir le risque d'être mangé.
Ou s'associer pour faire face.
C'est le sens de la fusion de Suez et GDF. Séparément, ils constituaient
chacun un groupe de petite taille. Ensemble, ils constituent le second groupe
européen de l'énergie, juste derrière EDF et devant E.On.
Voilà le véritable sens du " patriotisme économique "
de Villepin : contribuer à ce que se construise, au profit des quelques
actionnaires " français " de Suez, un groupe industriel
capable de jouer dans la cour des grands, avec, en cadeau, une entreprise publique
et son marché.
Là est l'essentiel, même si le gouvernement n'est pas indifférent
aux conséquences du mouvement de déréglementation de l'énergie
qui sont imprévisibles dans une Europe capitaliste sans véritable
Etat, tiraillée entre des intérêts nationaux contradictoires.
Le secteur de l'énergie est un secteur économique d'une importance
capitale pour un pays. Elle conditionne la vie quotidienne de toute la population,
mais aussi, et c'est ce qui intéresse au premier plan patrons et gouvernement,
le fonctionnement de tout le système de production et d'échange.
Elle suppose la possibilité pour l'Etat d'assurer un contrôle sur
ce secteur. Ce contrôle devient quasiment impossible avec des groupes
multinationaux qui ne connaissent plus de frontières et qui sont soumis
aux jeux de la finance internationale.
Cette défense des privilèges nationaux est au cur des contradictions
de l'Europe capitaliste.
Le plan de fusion entre Suez et GDF, préparé depuis des mois en
cachette, comme l'ont affirmé Mestrallet et Cirelli, les PDG des deux
groupes, était resté dans les tiroirs dans l'attente de circonstances
permettant d'imposer la fusion, malgré l'obstacle constitué par
la loi imposant à l'Etat de détenir 70 % du capital de GDF et
la probable opposition que cette privatisation allait susciter chez les salariés
de l'entreprise.
Le prétexte a été fourni par l'annonce de l'intention d'OPA
de Enel sur Suez. Villepin est intervenu immédiatement, n'hésitant
pas à présenter sa décision " patriotique "
comme destinée a " assurer à la France la maîtrise
de son énergie ". Alignant mensonges sur mensonges, il annonçait
l'absorption de Suez par GDF, alors que c'est évidemment l'inverse qui
se produit, Mestrallet, PDG de Suez, devenant le PDG du nouveau groupe, qui
verra le jour en décembre.
Face à la privatisation de fait de GDF, la fédération CGT
de l'énergie a publié un communiqué affirmant son hostilité
au projet de fusion : "
la fusion Suez-Gdf face à
Edf consacrerait la mise en concurrence de deux grandes entreprises nationales
de l'électricité et du gaz. C'est un beau gâchis qui se
prépare. Que va-t-il demeurer de l'intérêt national et des
principes du service public ? La Cgt est hostile à cette opération
et demande que s'ouvre dès lundi un vrai débat qui porte sur les
enjeux économiques et financiers de l'avenir du secteur énergétique
".
Une façon de se placer sur le terrain où l'attend Villepin, celui
d'un " intérêt national " qui n'a aucune réalité,
si ce n'est celle des intérêts des quelques gros actionnaires.
La direction de la CGT persiste dans la politique de " propositions "
à laquelle elle s'est cantonnée dans son opposition au processus
d'ouverture du capital d'EDF et de GDF.
Quant au PS, Hollande, dénonçant " l'improvisation
et la précipitation " du gouvernement, a affirmé
que le " PS jouera son rôle au Parlement "
quand le gouvernement présentera un projet de loi permettant de baisser
la part de l'Etat au sein de GDF
Et, a-t-il ajouté : " si
nous revenons aux responsabilités, nous aurons à faire en sorte
que la garantie sur le capital public de GDF soit confirmée "
Pas question, donc, de revenir sur la privatisation d'EDF-GDF et la fin du monopole
public du secteur de l'énergie.
Les opérations de fusion en cours constituent effectivement un immense
gâchis, des milliards d'euros sont dilapidés en transactions financières,
des milliers d'emplois menacés. La production et la distribution de l'énergie
conditionnent le fonctionnement de toute la vie économique, de la vie
quotidienne de chacun, aux moyens de production et d'échange. Il est
aberrant d'en laisser la responsabilité entre les mains de groupes dont
la seule préoccupation est d'assurer les profits de leurs actionnaires.
Il faut mettre fin aux privatisations en cours, revenir à un service
public de l'énergie, réellement organisé en fonction des
besoins et non de la rentabilité, c'est-à-dire sous le contrôle
de la population.
E.L.
Retour sur le forum social mondial de Caracas
Du
7 au 10 mai prochains, se déroulera à Athènes le Forum
Social Européen, dans sa 4e édition.
La réunion d'Athènes a lieu un an après la victoire du
Non à la Constitution et au milieu d'une dure bataille, en France, entre
les cosignataires politiques de cette victoire sur l'élection présidentielle.
Certains pensent que les partisans du " non " constituent
un bloc politique et devraient présenter une candidature unitaire. Ils
s'organisent à travers " l'altermondialisme ". D'un
autre coté, Athènes aura lieu alors que les mobilisations au niveau
européen sont dans une impasse parce qu'elles buttent sur l'acceptation
par les organisations syndicales et politiques du cadre fixé par Bruxelles
et le traité de Rome.
Le prochain Forum Social Européen mérite donc réflexion
ce qui nécessite d'essayer de tirer les leçons du Forum social
mondial de Caracas qui vient de se réunir à la fin du mois de
janvier. Athènes se situe dans la continuité du mouvement des
Forums, gagné par la crise et la morosité.
Avant le Forum, l'éditorial signé par Ignacio Ramonet du Monde
Diplomatique du mois de janvier, montrait la gravité de cette crise :
" Mais, au fil du temps, ce but [la stratégie de mettre
en échec la globalisation libérale] s'est estompé, et même,
dans certains esprits, totalement effacé
à Porto Alegre
en janvier 2005 [le FSM précédent] on a pu constater une sorte
d'épuisement de la formule initiale. "
Mais les lecteurs de Rouge (2 février) peuvent lire que " la
sixième étape du FSM au Venezuela fut une réussite. "
Caracas aurait effacé Porto Alegre. Le Forum Social et l'altermondialisme
continuent leur marche en avant.
Est-ce bien la réalité ?
Les
résultats politiques de Caracas
Le bilan publié par Rouge se moque des critiques adressées au
FSM : " L'éternel pronostic de la mort des FSM ou de
son absorption par la social-démocratie ne s'est pas produit. "
Ce n'est pas si simple...
Les Forums ont commencé en 2001 et, jusqu'à 2005, ils ont connu
une progression apparente : au Brésil et à Porto Alegre (nombre
de participants, activités) et dans le monde (extension en Europe et
dans d'autres régions). Mais cette progression cachait des résultats
politiques beaucoup plus contrastés.
Au Brésil, le FSM a été intégré à
la stratégie politique de Lula, pour épauler sa marche vers le
pouvoir. Lula est une variation particulièrement corrompue de la social-démocratie :
on parle au nom des travailleurs pour exécuter la politique du capital.
Au Brésil, le Forum a été " absorbé ".
Une évolution à laquelle a participé même l'aile
gauche à Porto Alegre, Démocratie socialiste, un courant du PT
faisant partie du Secrétariat unifié.
Changer la société sans lutter pour le pouvoir, exclure les partis
politiques, utiliser la " démocratie participative "
pour évacuer la rupture avec le capitalisme et les institutions bourgeoises :
le programme des promoteurs du FSM est en réalité un obstacle
pour une vraie mobilisation politique et sociale des travailleurs, de la jeunesse,
de la population.
L'exercice du pouvoir par Lula en était la démonstration et le
président du Brésil fut chahuté en 2005. Les Forums devaient
se réunir ailleurs et l'on a inventé alors la formule des " forums
décentralisés ".
Mais Caracas ne pouvait pas fournir une porte de sortie aux impasses de Porto
Alegre. Chavez s'est permis de critiquer une réunion qui ne débouche
pas sur l'action mais en même temps, il a défendu le bloc des gouvernements
de " gauche " en Amérique Latine : Venezuela,
Brésil, Argentine.
Les lignes centrales d'orientation politique des animateurs du FSM oscillent
alors entre le " mouvement ", qui nie la nécessité
d'une action politique des travailleurs, et l'adaptation à l'exercice
du pouvoir et à l'application d'une politique qui fait payer la crise
aux peuples de l'Amérique Latine. L'assemblée des mouvements sociaux
qui, d'habitude, synthétise les résultats politiques du FSM a
adopté une résolution tiède et fade, qui, de fait, est
un appui à ces gouvernements. Cette résolution est incapable de
se situer sur le terrain de la rupture avec l'impérialisme, le FMI, le
capital financier, pour ne pas parler d'une rupture avec le capitalisme et la
bourgeoisie.
Le seul résultat pratique, c'est l'appel à une journée
mondiale contre l'occupation de l'Irak, qui, par ailleurs, était déjà
acquise.
Chavez peut parler du " socialisme du XXIè siècle "
et pratiquer l'alliance avec Lula et Kirchner, leurs politiques de paiement
de la dette, d'affairisme, de contrôle et de répression des organisations
d'exploités. Les FSM sont le lieu de ce type d'équilibre qui est
" globalement négatif " pour la lutte d'émancipation
en Amérique Latine.
Il
faut inverser le mouvement
La préparation d'Athènes devrait tenir compte du bilan de Caracas
: clarifier les enjeux, fixer des positions claires, proposer un programme d'urgence
et d'action en Europe, postuler à unifier les mouvements de lutte, défendre
la perspective de gouvernements des travailleurs.
L'antilibéralisme peut être le chemin le plus court pour arriver
à une politique
capitaliste. La démonstration a été
faite par Lula et elle peut se répéter en France, avec la nouvelle
version de l'Union de la Gauche, et en Europe avec l'adaptation aux institutions
de Bruxelles et l'acceptation de l'Union européenne et du Traité
de Rome. L'Italie pourrait vivre ce scénario dans les prochains mois
: un gouvernement de centre-gauche qui exécute une politique néolibérale
avec la participation d'une aile gauche, ex-staliniens et même gauchistes.
L'évolution des forces rassemblées par le mouvement des Forums
demande aujourd'hui plus qu'hier une critique claire de toute adaptation à
" l'autonomisme " et à " l'altermondialisme " et
une opposition complète à la soit-disant " unité antilibérale
". Athènes ne doit pas reproduire les résultats de Caracas...
Marcelo
N.