| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°97
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17
mars 2006
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| Sommaire : | ||||||||||
| La jeunesse défie Villepin et le Parlement, Vers la grève tous ensemble contre la précarité et le chômage ! | ||||||||||
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La
jeunesse défie Villepin et le Parlement,
Vers la grève tous ensemble
contre la précarité et le chômage !
Au cri de " CPE
au Karcher ", " Si la rue ne gouverne pas, le Medef
s'en chargera ", les manifestations de jeudi ont rassemblé
500 000 personnes, essentiellement des jeunes dont de très nombreux
lycéens. Le mouvement s'élargit, s'approfondit et prend confiance
en lui : 66 universités sur 84 sont en grève ou bloquées,
rejointes par des lycées, et 68 % de l'opinion soutient les manifestants
et demande le retrait du CPE.
" Cela nous concerne tous. Le CPE, c'est une entreprise de précarisation
de l'ensemble de la société " expliquait un jeune
alors que dans les cortèges compacts et bruyants, les lycéens
aux avant-postes, venus souvent des banlieues et des quartiers populaires dire
leur révolte, étaient au coude à coude avec des élèves
des grandes écoles.
Villepin, en refusant de reculer, en faisant coûte que coûte passer
la loi, a mis la barre extrêmement haut et donne de fait une dimension
politique aux manifestations : il oblige tout le monde à contester une
loi votée au Parlement, même ceux qui de toute évidence
ne le souhaitaient pas...
Une
longue maturation
Bien des jeunes engagés dans le mouvement contre le CPE ont participé
à la lutte l'an dernier contre Fillon, marquée par des occupations
massives de lycées. Déjà l'an dernier, les jeunes contestaient
le Parlement, exigeant le retrait de la loi Fillon, bravant à la fois
les députés et la répression policière, alors qu'en
2003 le mouvement pour les retraites avait lui calé face au Parlement.
L'an dernier, les syndicats, y compris ceux de l'éducation, avaient laissé
les jeunes se battre seuls malgré la solidarité exprimée
par des enseignants et les parents, alors que les manifestations avaient rassemblé
un million de personnes quelques semaines plus tôt, le 10 février.
De la même manière en fin d'année, les directions syndicales
ont laissé à elle-même la révolte des banlieues,
restant sans quasiment de réaction face à la promulgation de l'Etat
d'urgence, après avoir laissé isolés les marins de la SNCM
et avoir enterré le 4 octobre, refusant de lui donner une suite.
Aujourd'hui, la pression de la jeunesse a amené l'ensemble des organisations
syndicales et de la gauche à s'associer à la lutte et à
contester la loi, même si le 16 mars, elles ont refusé d'appeler
nationalement à la grève. Le succès des manifestations
essentiellement composées de jeunes jeudi, comme l'ampleur annoncée
de la mobilisation de samedi, mettent les directions syndicales devant des responsabilités
auxquelles elles peuvent difficilement se dérober.
Pour la première fois depuis longtemps, le sentiment grandit qu'on peut
renverser le rapport de forces et " gagner ". Une même
révolte unit l'ensemble du monde du travail et la jeunesse. Les profits
records annoncés par les entreprises du Cac40 (+ 50 % en moyenne
en 2005 alors que la croissance du PIB a été de
1,4 %)
éclairent sur la raison d'être du CPE, alors même qu'un rapport
du Ministère du travail souligne qu'" en 2003, les établissements
du privé d'au moins dix salariés ont licencié trois fois
plus souvent pour motif personnel que pour motif économique. Les licenciements
pour motif personnel ont augmenté de 40 % entre début 2001 et
fin 2003 ".
Face à la régression sociale imposée par la marche du capitalisme,
la concurrence " libre et non faussée ", le
mûrissement des consciences se poursuit depuis la campagne du 29 mai.
Cette nouvelle volonté militante prend confiance en elle sur le terrain
de la lutte, loin du terrain institutionnel sur lequel certains auraient voulu
la cantonner. Et chaque pas en avant en appelle un nouveau.
La
crise politique s'approfondit
Plus Villepin affirme qu'il tient bon, plus l'opinion se radicalise.
Son discrédit a provoqué des turbulences à droite
Chirac a attendu mardi pour " totalement " le soutenir
Sarkozy, le regard rivé sur 2007, s'est fixé une ligne de conduite
à son image, toute en subtilité : " Solidarité
avec le gouvernement et lucidité sur la situation politique. Unité
sans crispation. Ordre sans violence. Fermeté sans rigidité "
tandis que Fillon, après De Charrette, faisait entendre sa différence :
" c'est toujours une erreur de ne pas prendre le temps de la concertation ".
Mais tout ce petit monde n'a guère le choix car, comme s'en est brutalement
ému un député de la " majorité ",
" si le gouvernement bouge sur le CPE, c'est toute l'UMP qui est
morte "
Villepin, Sarkozy, De Robien ont néanmoins mis un bémol par rapport
aux jeunes, le ton a changé : après les stigmatisations et
les mensonges grossiers, ils essayent désormais d'être polis...
Parisot
pousse Villepin à aller plus loin
Quant à Parisot qui jusqu'alors était restée en dedans,
elle aussi vient de se porter au secours de Villepin, " le premier
de nos Premiers ministres à avoir fait le choix clair, courageux et nécessaire
de combattre le chômage ". Une aide intéressée
qui oblige du coup Villepin à assumer le contenu de sa politique au moment
où il serait tenté de faire comme si...
Et le Medef de demander une " réforme " englobant
" les contrats de travail, l'assurance-chômage et le service
public de l'emploi ", espérant que " tout
le monde accepte ces discussions et se mette autour de la table le plus vite
possible ". Si Parisot émet des " réserves "
sur le CPE, c'est pour mieux aborder la question essentielle, celle de la fin
du CDI.
Le
PS tente de canaliser le mouvement
et offre une porte de sortie à
Villepin
La réaction de la jeunesse a mis tout le monde au pied du mur, y compris
le PS contraint par la mobilisation de " contester "
bien malgré lui le Parlement. D'où son empressement, tandis que
les jeunes défient l'Assemblée, à se replacer sur le terrain
institutionnel en faisant un recours " solennel "
devant le Conseil constitutionnel.
Le PS en appelle à la Constitution pour obtenir le retrait du CPE. Il
craint la rue et la généralisation du mouvement, et offre une
porte de sortie à Villepin : si le conseil constitutionnel refuse
le CPE, Villepin s'inclinera devant les " sages "
et pourra entamer l'offensive en invitant tout le monde autour de la table discuter
ses " propositions ". Le PS a d'ores et déjà
fait connaître les siennes, qui parlent d'elles-mêmes : Contrat
de sécurité formation pour Hollande, Emplois-sécurité-formation
pour Fabius, " Véritable flexi-sécurité à
la française " pour Lang
tous prévoient " des
subventions directes aux employeurs " ou " des allègements
de charges "
Quant à Royal, si sous la pression elle
a annoncé la suspension des subventions régionales aux entreprises
qui signent des CNE et CPE, elle chante les louanges de Blair, champion de la
précarité, qui vient de lancer la privatisation de l'éducation.
Il est clair que le PS n'accompagne le mouvement que pour mieux le canaliser.
Et ce que Hollande reproche surtout à Villepin, c'est de ne pas faire
son boulot, ramener l'ordre : " Votre intervention télévisée
devait calmer les esprits, elle a déclenché la colère...
Vous prenez le risque d'ouvrir un conflit long et lourd ".
L'organisation
démocratique de la lutte... pour la lutte et sa généralisation
Le mouvement, lui, affirme clairement son indépendance, son droit à
la contestation, à l'exigence d'un autre avenir, à faire de la
politique. Les AG étudiantes sont l'occasion d'une importante politisation,
un lieu de débat, de confrontation, de démocratie vivante.
Une nouvelle génération militante fait l'expérience de
l'organisation démocratique, nécessité de la lutte et outil
de sa généralisation. Des comités de mobilisation composés
de centaines de jeunes militants du mouvement se constituent dans les facs mais
aussi dans les lycées, permettant à la jeunesse de contrôler
son mouvement, faisant sa force. La " coordination nationale "
composée de représentants élus des facs en grève
a prévu d'associer les lycées en lutte lors de sa prochaine réunion
à Dijon et cherche le contact avec les collectifs de précaires.
" Nous n'aurons que ce que nous saurons prendre "
dit un slogan bombé sur les murs de la Sorbonne
La jeunesse est la force motrice du mouvement, elle exerce sa pression par sa
propre action. Il lui faut interpeller les organisations syndicales et politiques,
s'adresser directement aux salariés, uvrer à l'extension
du mouvement au sein de la jeunesse mais aussi dans le monde du travail. La
démocratie du mouvement sera d'autant plus large et vivante qu'elle s'ouvrira
sur l'extérieur.
Salariés,
étudiants, lycéens, même combat !
Unifier le mouvement de la jeunesse, des salariés, des chômeurs,
contre la précarité et le chômage, pour un emploi pour tous,
la garantie du salaire, est ressenti par beaucoup comme la tâche de l'heure.
Des jeunes, des militants syndicaux tentent de prendre des initiatives, tissent
des liens à la base, inter générations, qui font tomber
les appréhensions réciproques et encouragent.
Les étudiants donnent volontiers la parole dans les AG aux militants
d'entreprises venus leur rendre visite. Tandis que des personnels Atos et des
enseignants rejoignent la grève. Dans les entreprises, le sentiment gagne
qu'il faut mener ensemble cette lutte commune.
La pression du mouvement a contraint les centrales syndicales à tenir
bon face à l'invitation grossière de Villepin, reprise par Chirac,
de venir " améliorer " le CPE. Même
Chérèque, qui a approuvé la réforme des retraites
en 2003, de la sécu en 2004, de l'Unedic en 2005, a refusé. Tout
en freinant en choisissant de ne pas appeler à la grève les 16
et 18 mars, les centrales syndicales n'ont d'autre choix que de suivre la jeunesse,
et elles ont d'ores et déjà annoncé une rencontre pour
la suite le 18 au soir
Mais la suite s'écrit dès maintenant, dans la préparation
des manifestations de samedi, dans les syndicats, les AG, pour que la journée
du 23 mars à laquelle ont d'ores et déjà appelé
les étudiants, soit une journée de grève interprofessionnelle.
Car comme l'écrit la coordination nationale " c'est un mouvement
d'ensemble, une grève générale des jeunes et des travailleurs
qui est nécessaire pour gagner ".
Personne ne sait jusqu'où ira le mouvement, si Villepin reculera ni comment,
mais déjà est posée la question des perspectives, des débouchés
social et politique autour desquels peut s'organiser une réelle contre-offensive.
Carole Lucas
48ème
congrès de la CGT :
un syndicat pour le renouveau de la lutte des classes
ou pour l'accompagnement des reculs ?
La direction de
la CGT espérait pouvoir préparer le prochain congrès par
quelques débats bien encadrés, à l'abri du tumulte des
luttes sociales, mais l'actualité et la jeunesse viennent, avec beaucoup
d'impertinence, balayer ces espérances.
Face à la contestation qui monte dans les rangs ouvriers et dans la jeunesse,
à l'exigence partagée largement d'un mouvement d'ensemble vers
une grève générale, les directions syndicales se voient
contraintes à un périlleux exercice : comment surfer sur le mouvement,
et, pourquoi pas, s'en servir pour tenter de regagner un crédit largement
perdu par des années de capitulations, tout en contrôlant le mouvement,
le canalisant, pour empêcher qu'il ne déborde le cadre institutionnel.
D'autant que la politique de négociation à tout prix des directions
avec le gouvernement et les patrons apparaît de plus en plus pour ce qu'elle
est : un leurre dont elles sont les seules dupes.
Comme on vient de le voir avec la privatisation de Gaz de France que représente,
de fait, la fusion de Suez et de GDF, qui a fait dire à la direction
CGT qu'elle a été trahie puisque Sarkozy avait " promis "
que l'Etat resterait majoritaire à 70 %.
Ou encore avec la participation de la CGT - que l'on apprend à cette
occasion - aux côtés de toutes les confédérations
syndicales, du patronat et du gouvernement, depuis un an, à la " Commission
de concertation sur la recodification du Code du travail ". Alain
Guinot, un des négociateurs de la CGT, se plaint amèrement dans
un courrier adressé à Gérard Larcher, ministre délégué
à l'Emploi, du manque de loyauté de la délégation
patronale et gouvernementale qui amuse la galerie, pendant des mois, avec cette
soi-disant concertation cependant que pleuvent les ordonnances et les mesures
passées à coup de 49/3 contre le Code du travail et les conditions
de travail des salariés.
Si les patrons et le gouvernement ne respectent plus les lois de la chevalerie,
où va-t-on ?
Comme en 2003 pour les retraites, ou contre la privatisation d'EDF, comme à
Marseille, c'est encore une fois la base, aussi bien dans la jeunesse que dans
les rangs ouvriers, qui impose aux directions d'aller toujours plus loin qu'elles
ne le voudraient.
De la même façon qu'en 2003, mais cette fois dès le début
de la lutte, se mettent en place, à la base, des collectifs interprofessionnels
regroupant des militants de tous syndicats, partis ou associations, qui veulent
faire sauter le verrou des directions et cherchent le lien avec la jeunesse
en lutte.
En 2003, notre mouvement avait reflué après le vote par le Parlement
de la loi sur les retraites. Aujourd'hui, le mot d'ordre de tous devient :
" Ce que le Parlement a fait, la rue peut le défaire ".
La lutte a gagné en confiance et en maturité.
Voilà un contexte qui secoue sérieusement l'arbre de la paisible
préparation d'un congrès de recentrage bien encadré.
Dans un premier chapitre consacré à ce congrès, nous avons
abordé la situation des salariés et de notre syndicat dans le
contexte de recul imposé par la mondialisation. Dans le deuxième,
nous avons analysé la riposte ouvrière face à ces reculs
et les raisons de l'échec des luttes.
Dans ce troisième chapitre, nous posons la question du programme qui
nous est nécessaire pour changer le rapport des forces face à
l'urgence sociale et aller vers un mouvement d'ensemble.
Nous analysons aussi les réponses qu'y apporte la direction de la CGT,
et notamment la Sécurité Sociale Professionnelle.
Quel
programme pour les luttes ?
On peut, bien sûr, discuter des raisons qui ne nous ont pas permis de
vaincre, mais il nous faut répondre, en positif, à la question
qui est dans toutes les têtes : que faire face aux méfaits de la
mondialisation capitaliste, aux reculs, au chômage de masse et aux délocalisations,
aux bas salaires, à la précarité ?
Assez de dérobades ! Notre syndicat doit prendre toutes ses responsabilités
pour populariser, par une campagne de masse, l'idée de la construction
d'un mouvement d'ensemble pour changer le rapport des forces et imposer une
redistribution des richesses.
C'est là que serait le rôle de la direction, plutôt que tirer
en touche en ironisant sur un " bouton " sur lequel il suffirait
d'appuyer pour tout déclencher !
Face à la catastrophe sociale, pour construire ce mouvement d'ensemble,
il nous faut un programme unificateur de revendications d'urgence. Ce programme
ne pourra être élaboré, dans le cours de la lutte, que par
les travailleurs eux-mêmes, mais on peut d'ores et déjà
en tracer les grandes lignes :
Faute de défendre
clairement de telles perspectives, que nous proposent les textes de congrès
?
Le
Nouveau Statut du Travail Salarié : la " bonne recette "
qui permettrait de défendre nos intérêts de salariés
sans toucher au capital
La Sécurité sociale professionnelle, le NSTS nous sont présentés
comme la solution passe partout face au chômage et à la précarité.
Texte d'orientation
-II 17, page 16- : " Le NSTS doit garantir le droit à
l'emploi stable et/ou statutaire, l'éducation et la formation tout au
long de la vie, la reconnaissance et la progression des qualifications et des
salaires, la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, l'intégrité
physique, mentale et la santé, la retraite solidaire, une véritable
démocratie sociale ".
On ne peut que partager le souci de répondre à la terrible dégradation
de la situation et mettre les salariés à l'abri de la précarité
et de l'incertitude des lendemains.
Mais quand on entend Sarkozy, Chirac ou Parisot dire : " La
Sécurité Sociale Professionnelle, voilà une bonne idée "
et les rédacteurs des textes considérer cela comme une avancée,
on ne peut qu'être méfiant.
Si patrons et gouvernement semblent partager cette idée, c'est qu'elle
ne doit pas être bonne !
Au sujet du financement
de ce NSTS, le texte d'orientation propose : II 23, page 16 : " Les
entreprises de la branche ou du bassin d'emploi doivent être mises à
contribution, la solidarité organisée entre les branches, au travers
de la mise en place d'un fonds mutualisé. La réorientation des
fonds publics en faveur de l'emploi complète ce dispositif
".
Il faudrait être bien naïf pour croire que le patronat ou le gouvernement
accepteraient sans résister, avec toute l'énergie dont ils sont
capables, d'être " mis à contribution "
ou de " réorienter les fonds publics en faveur de l'emploi ".
Cette thèse du texte d'orientation ne pourrait être prise au sérieux
que si elle s'accompagnait d'une proposition d'action pour imposer, par une
lutte d'ensemble résolue, aux patrons et à l'Etat cette taxation
des bénéfices et cette réorientation de l'impôt en
faveur des travailleurs. Et elle n'y est pas !
Les militants de la CGT, les syndiqués, les salariés, savent que
de la seule " négociation " avec patrons et
gouvernants ne peuvent sortir que des minima sociaux misérables, un Pare,
ou le RMI généralisé pour des millions d'entre nous, sans
cesse menacés de perdre ces maigres ressources si nous n'acceptons n'importe
que boulot de misère.
L'absence de mot
d'ordre pour la lutte est bien représentatif des illusions réformistes
dans lesquelles les dirigeants actuels de la CGT voudraient enfermer le syndicat
: on pourrait, sans toucher au système capitaliste et à la loi
du profit, trouver de " bonnes " revendications permettant
d'améliorer la situation des salariés, que de " bons
patrons " et un Etat " compréhensif "
accepteraient sans rechigner.
Le développement et la crise du capitalisme, la mondialisation financière,
en mettant à sac tous les acquis ouvriers sur toute la planète
démontrent le côté ridicule de telles illusions !
Mais, plus fondamentalement, de notre point de vue de classe, ne s'agit-il seulement,
lorsque l'on nous jette à la rue, que d'obtenir le droit à des
indemnités de chômage ?
Non ! Ce qui est en question c'est le Droit au travail pour tous. Comme
de la première des dignités !
Le chômage, en coupant des millions de travailleurs de la vie sociale,
est un élément de démoralisation, de dissolution de notre
classe.
Exiger ce droit est-il utopique ? Non, si nous disons que nous ne pourrons
l'imposer qu'en inversant le rapport de forces.
Notre programme est un appel à la lutte. Il ne pourra se réaliser
que par une lutte d'ensemble de toute la classe ouvrière, osant intervenir
dans la sacro sainte propriété privée patronale, contrôlant
les comptes des entreprises, tout comme des services publics, par l'intermédiaire
des comités de lutte, des syndicats, des Comités d'entreprises,
des associations d'usagers. Nous nous organiserons pour imposer nous-mêmes
le partage du travail entre tous les salariés disponibles, selon les
nécessités et les possibilités de la production et du service
public, par la baisse du temps de travail.
Nous ne sommes pas des fanatiques du travail, nous exigeons le temps de vivre.
Aujourd'hui, le développement de la production, les progrès des
techniques, permettraient de ne consacrer qu'un temps réduit au travail
le plus contraignant, comme le prouve le chômage de masse massif. Nous
exigeons, et pas pour un avenir lointain, non seulement tous les moyens de vivre
dignement, mais du temps pour vivre, pour participer à la vie sociale
et politique, accéder à la culture.
Seule une importante réduction du temps de travail, que les salariés
en lutte sauront chiffrer, permettra l'embauche massive dans tous les services
utiles à la population : écoles, santé, transports, afin
qu'ils deviennent de réels services publics pour toute la population
et sous son contrôle.
Aujourd'hui, à l'heure où nous écrivons, la mobilisation
de la jeunesse, avec l'entrée en lutte des lycéens, semble se
radicaliser. Cette mobilisation représente un immense espoir pour tous
les salariés.
L'idée que l'on peut gagner, que l'on peut " les faire reculer ",
prendre enfin notre revanche, est en train de gagner des points parmi les militants,
mais aussi dans un milieu salarié très large.
Le mouvement actuel peut être l'amorce d'une reprise de l'offensive par
toute la classe ouvrière.
C'est pourquoi la question d'un programme unificateur pour une lutte d'ensemble,
que nous avons abordée dans ce chapitre, un plan d'urgence sociale et
démocratique, est posée devant nous comme une question d'actualité.
Un vaste débat s'ouvre, suscité par la mobilisation, sur les réponses
des différentes forces sociales et politiques face à la politique
du patronat et de l'Etat. Les organisations ouvrières ont à apporter
leur réponse, tracer une perspective pour l'ensemble de la population
travailleuse et la jeunesse.
L'heure n'est pas à négocier à reculons les volontés
du patronat, mais à populariser les réponses d'urgence à
la crise sociale et politique à laquelle conduit la politique du patronat
et de l'Etat et à préparer la mobilisation pour les mettre en
uvre.
Ce sont bien les questions que pose le mouvement actuel.
Denis Seillat - Gérard Villa