| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°99
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31
mars 2006
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| Sommaire : | ||||||||||
| Le gouvernement provoque : le 4 avril, on bloque le pays ! La démocratie et la légitimité sont celles de la lutte | ||||||||||
| Le congrès du PCF, ou la " stratégie " de l'ambiguïté | ||||||||||
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Le
gouvernement provoque :
le 4 avril, on bloque le pays !
La démocratie et la légitimité sont celles de la lutte
Le
Conseil constitutionnel a " validé sans réserve " le
CPE et Chirac s'apprête à promulguer la loi tandis que De Robien
envoie les flics devant les lycées et que les tribunaux condamnent les
premiers lycéens à de la prison ferme.
Le gouvernement provoque et a reçu, durant la journée de jeudi,
une première réponse : l'approfondissement du mouvement, de nouveaux
lycées basculant dans la grève et le blocage. Comme le disait
jeudi le lycéen responsable de l'UNL arrêté lors d'une manifestation,
" leurs provocations légitiment la radicalisation du mouvement ".
Le pouvoir, désavoué par tous les sondages, affronte aujourd'hui
l'ensemble du pays en affrontant la jeunesse et en maintenant le CPE et la loi
sur " l'égalité des chances ", loi
réactionnaire qui instaure l'apprentissage à 14 ans, le travail
de nuit dès l'âge de 15 ans et prévoit un " contrat
de responsabilité parentale " pouvant conduire à
la suppression des allocations familiales.
Une nouvelle étape vient d'être franchie qui ouvre une crise politique.
Pour l'ensemble du monde du travail et de la jeunesse, l'heure est à
la préparation du 4 avril pour bloquer tout le pays, tous ensemble, pour
exiger le retrait du CPE et de la totalité de la loi.
La
force du mouvement
Mardi 28, nous étions trois millions, lycéens, étudiants,
salariés, au coude à coude dans la rue pour refuser le CPE, le
CNE, l'aggravation de l'exploitation. Un chiffre supérieur à ceux
des plus grosses manifestations de 1995 et de 2003.
Alors que le mouvement s'étend depuis deux mois parmi les jeunes, que
la grève et les blocages sont revotés dans les universités
et se propagent dans les lycées, des centaines de milliers de salariés
des petites et grandes entreprises, du privé et du public, sont pour
la première fois depuis le début du mouvement descendus massivement
dans la rue. Au-delà de la solidarité, chacun a conscience qu'il
s'agit d'une même lutte, tous ensemble contre la précarité
et la politique du gouvernement.
Mardi, dans les cortèges compacts, chacun commentait les chiffres et
s'interrogeait sur la suite : comment préparer la prochaine étape,
comment infliger un véritable recul au gouvernement et renverser le rapport
de forces ? Aujourd'hui, cette question est encore plus à l'ordre du
jour : il s'agit non seulement de ne pas laisser les jeunes seuls face à
la répression et aux provocations, mais c'est tous ensemble qu'il nous
faut affronter le gouvernement, exercer la pression de la rue.
La
crise politique est ouverte
" La République ce n'est pas les préalables, ce n'est pas
l'ultimatum " avait asséné Villepin à l'Assemblée
nationale le 28 mars en réponse à l'exigence des trois millions
de manifestants. Un appel au respect de la République rappelant ses propos
à l'automne dernier, face à la révolte des banlieues :
" Il n'est pas question que la République s'incline ".
Chirac s'apprête à promulguer la loi alors que 78 % de l'opinion
ne lui fait pas confiance et que 83 % est contre le CPE. Totalement discrédité,
le pouvoir prétend affronter l'ensemble du pays.
Villepin et Chirac donnent ainsi la mesure de la bataille : en exigeant le retrait
de la loi, les manifestants contestent le Parlement de la République
et le Conseil constitutionnel, ces institutions totalement illégitimes
comme est illégitime ce gouvernement qui a imposé le CNE par ordonnance
pendant les vacances d'été, a fait décider le CPE en pleine
nuit par une poignée de parlementaires et a passé en force au
49-3 la loi sur l'égalité des chances.
Chirac, Villepin, De Robien fixent la barre au mouvement : imposer la légitimité
des exigences du monde du travail et de la jeunesse dans la rue par la lutte,
et en retour, décréter leur propre illégitimité
!
La
gauche et le ridicule de l'appel à Chirac
Le Parti socialiste n'a pu faire autrement que de participer aux manifestations
même s'il a bien du mal à faire entendre une différence
sur le terrain de la précarité (et pour cause
ses recettes
sont les mêmes : nouveaux emplois aux nouvelles initiales
et nouvelles
subventions aux entreprises. Strauss-Kahn va même jusqu'à employer
le vocabulaire de Sarkozy, défendant la " flexi-sécurité
"). Mais s'il s'est joint au mouvement, le PS n'en est que plus pressé
de trouver une issue respectant le cadre institutionnel, craignant la crise
sociale et l'irruption des masses sur le terrain de la lutte.
C'est la raison de son recours devant le Conseil constitutionnel, espérant
qu'un rejet du texte oblige le gouvernement à inviter les " partenaires
sociaux " à trouver une issue " négociée ".
Anticipant malgré tout la réponse, Fabius et Strauss-Kahn s'étaient
adressés dès le début de la semaine à Chirac pour
lui demander de remettre le CPE en délibération à l'Assemblée
pour une " deuxième lecture ", comme l'avaient demandé
avant eux Hollande, Buffet et Bayrou ou, depuis, le parti radical de Borloo
Pour Fabius, c'était " la seule solution " pour sortir de "
l'impasse " actuelle tandis que Strauss-Kahn estimait, lui, que le rôle
de Chirac " est de mettre fin à cette situation de tension dangereuse
pour le pays "
En appeler à l'arbitrage de Chirac face à Villepin, la suite des
évènements a montré s'il en était besoin le ridicule
de la chose
C'est pourtant également le sens de la lettre que les cinq confédérations
(CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) ont envoyée le 28 au soir à Chirac.
" Attachés aux valeurs républicaines et démocratiques,
nous vous saisissons solennellement afin qu'en application de l'article 10 de
la Constitution, vous demandiez au parlement une nouvelle délibération
de la loi égalité des chances excluant notamment l'article 8 relatif
au Contrat Première Embauche. C'est, pour les cinq confédérations
syndicales, la condition nécessaire et indispensable à l'ouverture
rapide du dialogue social auquel nous souhaitons participer et qui est actuellement
totalement bloqué " ont-elles écrit.
Alors que nous sommes trois millions dans la rue, demander à ce même
Parlement, qui depuis 2002 a voté toutes les lois réactionnaires,
de revoir la loi a quelque chose de pas très sérieux... Sans compter
que les confédérations ne mettent l'accent que sur le CPE et non
sur l'ensemble de la loi sur l'égalité des chances.
Les
syndicats entraînés par la force du mouvement emmené par
la jeunesse
La jeunesse, en lutte depuis deux mois dans les universités, a mené
et gagné la bataille de l'opinion. Par sa détermination, grâce
à la démocratie militante de son mouvement, elle l'a élargi.
Elle a entraîné et donné confiance, dans ses propres rangs
d'abord mais aussi parmi les salariés. Et elle a imposé le tempo
aux directions syndicales, malgré leur crainte de la crise.
La réponse des cinq confédérations syndicales, la semaine
dernière, à l'invitation de Villepin à " renouer le
dialogue " a finalement tourné court du fait de la pression des
jeunes et des salariés : bien évidemment bredouilles et plutôt
ridicules à leur sortie, les 5 n'ont eu d'autre choix que de refuser
l'invitation suivante. Le Monde rapporte qu'au sortir de l'entrevue avec Villepin,
Chérèque, dirigeant de la CFDT, rageait : " Villepin ne nous
aide sur rien. Alors je ne vois pas pourquoi nous ferions un effort pour aider
un gouvernement qui ne nous a prévenus qu'au dernier moment, sur une
loi que nous n'avons pas choisie ". Un aveu
Deux jours plus tard,
il confiait au même journal : " Je ne suis pas le pompier de service
[...] On est courageux, on est capables de s'engager, mais on n'est pas masos
"
Jeudi soir, il était dans les premiers à annoncer
qu'il n'irait pas à la " grande négociation sociale "
que Chirac se prépare à " proposer aux partenaires sociaux
".
Permettre
aux possibilités du mouvement de donner leur mesure
Face aux tergiversations des directions syndicales qui déterminent leur
attitude en fonction du rapport de forces, il s'agit aujourd'hui de militer
concrètement dans les entreprises pour que, face aux provocations du
pouvoir, les salariés rejoignent les étudiants et les lycéens,
pour aller jusqu'au bout des possibilités du mouvement sur chaque lieu
de travail. Pour les jeunes, dont beaucoup recherchent la rencontre avec les
salariés, il est important de multiplier les contacts avec des syndicalistes,
les solliciter, aller à la porte des entreprises, discuter de l'intérêt
de s'unir pour exiger le retrait du CPE, mais aussi du CNE et de l'ensemble
de la loi.
La garantie des droits des salariés, des jeunes, ne peut venir que notre
lutte commune, des mobilisations pour renverser le rapport de forces, prendre
sur les profits pour satisfaire les besoins fondamentaux des couches populaires.
La lutte contre le CPE rejoint celle contre les licenciements, pour les salaires,
pour le droit de tous à des revenus dignes, à une couverture sociale,
contre le recul du départ à la retraite. Elle pose le problème
du partage du travail entre tous, du contrôle du monde du travail sur
la marche de la société.
L'ensemble de ces problèmes est débattu dans les AG étudiantes
où les jeunes se pensent en futurs salariés. Dans les entreprises,
le lien se fait entre le problème du CPE, de la précarité
et tous les mécontentements, toutes les attaques subies.
La politisation de la jeunesse et du mouvement, son organisation démocratique,
sa volonté de s'occuper elle-même de ses propres affaires, de contrôler
sa lutte, font la force du mouvement. Sa radicalité et son indépendance
sont un encouragement pour bien des militants, elles redonnent envie de se mêler
des affaires publiques, de prendre part au combat politique, et d'agir de même
sur son lieu de travail.
Le
4 avril : jeunes, salariés, ensemble pour bloquer le pays !
Le 28 mars a été un encouragement pour l'ensemble du monde du
travail. Son succès, l'appel de l'ensemble des organisations à
la journée du 4 avril et, depuis, la réponse du gouvernement,
mettent à l'ordre du jour la généralisation de la lutte.
Il n'y a bien sûr aucun automatisme et chaque militant mesure les difficultés,
les obstacles à surmonter. Pour cela, chacun éprouve le besoin
d'y voir clair, de mesurer les rapports de force réels, de reprendre
collectivement confiance, de retisser les réseaux militants à
la base. Il y a une revanche à prendre sur les échecs des années
passées : elle apparaît aujourd'hui à portée de main
et chacun sent bien que pour cela, il faut que nous prenions nos affaires et
notre lutte en main.
La lutte solidaire de la jeunesse et des salariés, des précaires,
des chômeurs, avec la conscience aiguë d'intérêts collectifs
communs, est quelque chose de profondément nouveau, qui donne une liberté
et une indépendance qui ont permis au mouvement d'aller déjà
très loin.
La semaine qui vient va permettre à tous les militants, les jeunes, les
salariés, d'en prendre la mesure pour franchir l'étape suivante,
être à la hauteur de la provocation du pouvoir, du bras de fer
qui s'engage. Il nous faut préparer, pour le 4 avril, le blocage de tout
le pays, celui des facs, des lycées et des entreprises, grandes et petites,
privées et publiques.
Il s'agit de préparer l'entrée massive des salariés aux
côtés de la jeunesse dans la grève interprofessionnelle
reconductible pour faire céder l'adversaire.
Ce gouvernement n'a plus aucune légitimité : il doit partir.
Carole
Lucas
Le
congrès du PCF
ou la " stratégie " de l'ambiguïté
Le trente-troisième congrès du PCF n'aura pas amené de grandes surprises. Il confirme la stratégie de l'ambiguïté mise en uvre par Marie George Buffet. Réélue, pour un troisième mandat, secrétaire générale du parti avec 91,2 % des voix au lieu de 76,1 % en 2003, sa position personnelle se trouve renforcée ainsi que l'orientation qu'elle défend depuis les élections régionales de 2004. Celle-ci s'inscrit dans la continuité de la " mutation " engagée par Robert Hue (30ème congrès en 2000), sans pouvoir dénouer les contradictions du PCF, d'où l'ambiguïté. Le PCF est comme paralysé, incapable de choisir entre la logique de la mue et préserver son influence, donc son indépendance du PS. La logique de la mue, c'est l'alliance avec les sociaux libéraux dans laquelle s'est affaibli le PCF. Préserver son influence donc son indépendance, c'est le risque de la rupture et le risque de la ruine de l'appareil des élus L'orientation de Marie Georges Buffet, c'est choisir de ne pas choisir en prétendant faire du PCF le parti du rassemblement de toute la gauche, de la LCR au PS pour aller au gouvernement. Une stratégie vouée à l'échec.
L'union
populaire ou le regroupement antilibéral pour faire " bouger "
la gauche
Si la mobilisation contre le CPE a su s'inviter au congrès, ce n'est
pas elle qui était au cur des débats mais la question de
l'élection présidentielle. Comme le souhaitait Marie Georges Buffet,
il fut décidé de ne pas décider avant octobre
Une
décision largement approuvée par le congrès puisque la
motion sur la stratégie a obtenu 67,6 % des voix.
Le raisonnement est simple : il prend appui sur la victoire du non le 29 mai
pour démontrer que la victoire de la gauche, " c'est possible, c'est
cela que nous avons fait ensemble " comme le disait Buffet dans son discours
introductif. Elle oublie l'hétérogénéité
du non, y compris du non de gauche, pour conclure que la victoire électorale,
dans le cadre institutionnel, d'une vraie gauche antilibérale est possible
en 2007. Bien sûr, cela passe par une alliance avec le PS, mais un PS
convaincu de l'antilibéralisme. " Il faut révolutionner la
gauche ". Cela implique de rassembler toute la gauche du non unie derrière
le PC. Certes l'hypothèse d'une candidature communiste est soumise au
débat mais pour la majorité du PCF le débat est déjà
tranché : " une candidature communiste (...) sera plus efficace
pour porter cette union ". Et l'Huma de renchérir en rendant compte
du congrès : " Parmi les partisans de la démarche majoritaire,
aucun délégué n'a avancé l'idée que pour
être unitaire, il ne fallait pas que la candidature soit issue du PCF
".
Répondant aux critiques de notre organisation sur l'alliance avec les
sociaux libéraux pour aller au gouvernement, Marie George Buffet a ainsi
résumé sa pensée : " Je ne veux pas que les luttes,
les espérances soient bafouées par la droite, trahies par une
gauche de renoncement, marginalisées par une gauche minoritaire ".
Minoritaire, nous verrons, mais de toute façon la question n'est pas
là. Le débat porte sur le programme, les " engagements pour
changer la vie ", et les moyens de les faire aboutir. Est-il possible de
changer la vie en participant à l'alternance ou l'alternative dans le
cadre des institutions ? Toute l'expérience du mouvement ouvrier, et
en particulier les échecs du PCF lui-même qui ont ruiné
sa propre influence en particulier dans la classe ouvrière, sont là
pour démontrer que non.
30 % des voix des délégués se sont portés sur l'amendement
préconisant " sans attendre (...) une candidature communiste ".
Cet amendement militait pour que le PCF annonce dès maintenant sa candidature
mais sans proposer, quant au fond, une autre orientation que la politique d'union
populaire pour aller au gouvernement avec le PS, une nouvelle mouture de l'union
de la gauche.
Une
mutation qui n'en finit pas...
L'orientation décidée par le congrès vise à enrayer
l'effondrement électoral et militant du PC en essayant de concilier la
mutation de l'ancien parti stalinien en parti réformiste, parti de gouvernement,
avec une critique radicale du capitalisme libéral porteuse du mécontentement
et de la révolte des classes populaires. Ce compromis est le contenu
de l'antilibéralisme qui reprend les thèmes essentiels du mouvement
altermondialiste.
Depuis l'effondrement dans les années 90 des bureaucraties issues de
la contre-révolution stalinienne qui suivit Octobre 1917, le PCF tente
de gérer sans grand succès ses contradictions. Né de la
vague révolutionnaire de 1917 puis soumis aux intérêts politiques
et diplomatiques de la bureaucratie stalinienne, il finit par trouver sa place
dans la vie politique parlementaire nationale mais sans jamais devenir un parti
" comme les autres ". Il restera et reste encore marqué par
ses origines révolutionnaires. Il porte encore les stigmates de sa naissance,
ses liens avec octobre 1917 et le communisme qui se confondent avec ses liens
avec le monde du travail.
C'est cette histoire qui l'a façonné et qui le définit
et explique son influence même si les intérêts diplomatiques
de ses maîtres du Kremlin l'ont depuis longtemps, depuis 1936 puis 1943,
conduit à se réconcilier avec les institutions nationales et à
devenir ainsi un parti de gouvernement.
Le communisme a été transformé en une idéologie
sans vie pour les besoins de la bureaucratie soviétique, justifiant la
dictature du socialisme dit réel. Cette idéologie sans rapport,
si ce n'est formel, avec le marxisme, imprégnée de nationalisme
et de moralisme, reprenant à son compte les préjugés réformistes,
restait néanmoins pour beaucoup étrangère à l'idéologie
des classes dominantes impérialistes du fait de la Guerre froide et de
l'antagonisme entre l'URSS et les puissances impérialistes alors secouées
par la révolution coloniale.
Les liens avec la bureaucratie soviétique emportés avec cette
dernière, il reste un parti réformiste lié au monde du
travail et façonné par l'idéologie et les combats de son
passé.
L'antilibéralisme
ou la voie étroite du nouveau réformisme
Son réformisme se dégage du communisme en se nourrissant des idées
dominantes au sein du mouvement altermondialiste mais a bien du mal à
fournir un programme, une orientation politique qui lui permette de reconquérir
son influence militante au sein de la classe ouvrière ou d'en conquérir
une nouvelle au sein de la jeunesse. A l'heure de la mondialisation impérialiste,
le réformisme en tant que force politique organisée, que parti,
a bien du mal à exister. Il prend le seul contenu quant au fond acceptable
par la bourgeoisie, celui du social-libéralisme.
D'une certaine façon, la contradiction qui était au cur
de la mue engagée par Robert Hue, la mue de l'ancien parti stalinien
en un nouveau parti réformiste, se développe en une nouvelle contradiction
: comment faire vivre un parti réformiste, anti-libéral, à
l'heure de la mondialisation financière et impérialiste, comment
prétendre aller au gouvernement sans sacrifier son influence dans les
classes populaires.
La course à la rentabilité financière dans le cadre de
la concurrence mondialisée a considérablement réduit les
marges de manuvre de la bourgeoisie. La pensée unique, libérale,
s'impose au point que prétendre à une critique radicale telle
que la formule le PC aujourd'hui tout en prétendant aller au gouvernement
dans le cadre des institutions pour changer la vie crée des tensions
difficilement maîtrisables.
Pour un parti de tous les communistes,
révolutionnaire et démocratique
L'ambition de Robert Hue, transformer l'ex-parti stalinien en un parti réformiste
pleinement intégré au jeu politique national, aboutit à
un fiasco parce que le PC y a perdu l'essentielle de sa base ouvrière.
Enfant d'Octobre 1917 et de la montée révolutionnaire qui suivit
la première guerre mondiale, transformé en parti réformiste
sous les effets de la contre-révolution stalinienne, il voit aujourd'hui
se dénouer la contradiction entre réforme ou révolution,
entre antilibéralisme et communisme.
Achever sa mue en parti réformisme antilibéral conduit à
l'alliance avec le PS sans condition, c'est-à-dire à la liquidation
du PC en tant que parti indépendant voulant " changer la vie ".
Marie George Buffet représente une politique d'attente et la vie décidera
en octobre.
Il y a pour le PC et ses militants une autre perspective : renouer avec le communisme
pour participer avec l'extrême gauche à la construction d'un nouveau
parti, un parti de tous les communistes. Un tel choix ne peut se faire par une
adaptation passive aux rapports de force, adaptation qui définit quant
au fond la politique de Marie George Buffet. Ce n'est pas une mue mais une révolution.
C'est à cette révolution qu'aspirent bien des militants qui regardent
vers la Ligue. Les différentes minorités qui se sont regroupées
pour présenter contre la majorité une liste alternative pour l'élection
du conseil national, liste conduite par le maire de Vénissieux, André
Gerin, expriment, pour une part, cette aspiration à ce que le PC ne reste
pas dominé par les rapports de force. Ces minorités regroupées
derrière différents textes ("Fiers d'être communistes
", " Colère et espoir ", " Mettre le PCF sur les
rails de la lutte de classe ") restent, pour l'essentiel, accrochées
à un passé révolu, ce qui les prive de la capacité
de formuler une orientation lutte de classe, communiste, démocratique
et révolutionnaire.
Cette tâche revient, pour l'essentiel, au courant trotskiste qui a, contre
le stalinisme, défendu le communisme démocratique, révolutionnaire,
le marxisme.
Il s'agit de donner à ces idées leur actualité politique,
pratique et concrète, pour les combats actuels. Cette tâche ne
peut être que collective. Elle ne peut s'accomplir qu'en lien avec les
luttes de classes réelles, à travers les confrontations et les
débats.
La contre-révolution stalinienne emportée par ses propres crimes
et reniements, effondrée sous le poids de sa propre faillite, restent
les idées du communisme en tant qu'idées du combat pour la liberté
et l'émancipation. Pour affronter la nouvelle période qu'ouvre
le développement du capitalisme libéral et impérialiste,
il est nécessaire de regrouper tous ceux qui se reconnaissent dans ces
idées dégagées de leur caricature stalinienne ou réformiste.
La nouvelle étape de la crise du PCF dont le 33ème congrès
a préparé les conditions donnera à cette discussion son
caractère d'actualité, voire d'urgence.
En octobre, Marie George Buffet sera amenée à lever les ambiguïtés.
Il faudra décider et choisir, ou l'antilibéralisme allié
du social-libéralisme ou la lutte démocratique et révolutionnaire
pour le communisme. Marie George Buffet et l'appareil du parti ont choisi, pas
l'ensemble des militants.
Yvan
Lemaitre
48ème
congrès de la CGT :
un syndicat pour le renouveau de la lutte des classes
ou pour l'accompagnement des reculs ?
La journée
du 28 mars, les grèves dans des milliers d'entreprises, même si
dans certaines de celles-ci, ce n'est encore, pour l'instant, que le milieu
militant large qui est sorti, les trois millions de personnes, toutes générations
confondues, qui ont battu le pavé, enthousiastes et dynamiques, montrent
clairement que l'heure de rendre les coups est venue pour le monde du travail.
Toutes les directions syndicales, engluées dans leur politique d'accommodement
avec le libéralisme et de recul négocié devant les attaques
patronales, sont prises à contre-pied, et, vaille que vaille, sont obligées
de donner des perspectives à un mouvement qu'elles redoutent.
Tout comme pour le référendum sur le TCE du 29 mai, la direction
de la CGT, qui espérait faire du prochain congrès une étape
décisive dans le recentrage de notre organisation vers un syndicat d'accompagnement
et de négociation sur le même terrain que la CFDT, vient d'être
prise à contre-pied par les événements et par une base
combative nullement prête à s'incliner devant cette évolution.
Dans ce contexte de montée des luttes et de contestation du libéralisme,
la tenue du prochain congrès de la CGT sera une étape qui peut
devenir, loin des calculs des appareils, un moment vers la reconstruction d'un
syndicalisme de lutte des classes.
Dans les trois précédents chapitres, nous avons analysé,
à la lumière des textes proposés pour ce congrès,
l'évolution de la situation ouvrière et de notre syndicat sous
les coups de la mondialisation, les ripostes des travailleurs et leurs échecs
jusqu'à présent, ainsi que la discussion du programme qui serait
nécessaire pour passer à la contre-offensive.
Dans ce dernier chapitre, nous allons discuter de l'évolution des structures
de notre syndicat, et notamment de son financement, telle que l'envisagent les
textes de congrès et ce qui serait, de notre point de vue, nécessaire
pour un renouveau du syndicalisme répondant à l'évolution
de la situation actuelle.
Gestionnaires,
ou organisateurs des luttes
Le passage sur la démocratie sociale, - pages 18 et 19 du document d'orientation-
s'il met l'accent sur l'absence de droits au travail, propose d'intégrer
toujours d'avantage notre action syndicale dans les institutions, les organisations
qu'il faut bien appeler de collaboration de classe.
Oui, il est bien réel, comme cela est dit, que l'entreprise reste une
zone de non-droit où les droits politiques n'existent pas et où
les droits syndicaux sont souvent bafoués.
Ces droits restent à conquérir.
Mais l'objectif est-il, comme le suggèrent les textes, d'obtenir de nouvelles
règles de négociation, l'extension des pouvoirs des CE ou le respect
de la " règle majoritaire " :
Chap. II-69, page 19 " seuls les accords signés par les organisations
représentant la majorité des salariés devraient être
validés ".
Il ne s'agit pas d'obtenir des droits nouveaux, uniquement pour la minorité
de militants syndicaux, trop souvent isolés, coupés de la base,
mais bien plutôt de rompre radicalement avec la situation actuelle, d'imposer
une réelle démocratie, le droit pour tous les travailleurs, de
se syndiquer sans risque, de s'exprimer, de décider. La révolte
de la jeunesse contre le CPE témoigne de l'urgence d'imposer cette démocratie
pour des jeunes salariés que le gouvernement et le MEDEF voudraient sans
droits. Comme avec le CNE pour ceux des petites entreprises.
Au chapitre - II 74, page 19 - il est affirmé :
" Pourtant le pouvoir politique a figé depuis 1966 une liste de
cinq organisations présumées représentatives, une fois
pour toutes, sans vérification possible de leur influence électorale.
Cette entorse à la démocratie sociale ne peut perdurer ".
Il est certes choquant, comme on vient de le voir par la signature de l'accord
UNEDIC, que des organisations très minoritaires engagent le sort de millions
de travailleurs et de chômeurs.
Mais ne perdons pas de vue que tous les syndicats, CGT comprise, n'organisent
qu'une très faible partie du monde du travail.
La démocratie, tant sur le plan politique que syndical pour l'ensemble
des travailleurs, reste à conquérir.
Le problème qui nous est posé aujourd'hui est celui d'une véritable
et bien plus large démocratie, non pas pour obtenir des patrons et des
gouvernements de nouvelles possibilités de gestion dans des organismes
coupés de la base ouvrière, mais pour permettre aux salariés
eux-mêmes, ainsi qu'aux usagers, de participer directement à ce
qui les concerne : CE, CCE, gestion de la Sécurité sociale, administration
des services publics, des organismes de formation, de Santé, d'Education,
etc.
Le problème de la syndicalisation est directement lié à
celui de la démocratie. Il s'agit que la base ouvrière retrouve
confiance dans l'utilité de s'organiser.
Trop souvent, absorbé dans des tâches de gestion, le militant syndical,
débordé, jamais " à la boite ", se trouve coupé
de ses camarades qui l'ont pourtant élu pour contribuer à aider
à la résistance ouvrière.
Il y a là un danger de bureaucratisation bien réel, et que ressentent
bien des militants. Les patrons ont la méthode pour nous tenir à
longueur de jours et de semaines dans des réunions où, de toute
façon, rien de déterminant ne se décide.
Il ne s'agit pas pour nous de pratiquer la politique de " la chaise vide
" mais nous ne devons pas perdre de vue nos camarades d'atelier ou de bureau,
sans lesquels notre syndicalisme n'aurait aucun sens.
Loin de nous éloigner de la base, des salariés, il faut organiser
nos structures, les nouvelles bases, au plus près des salariés
de la façon la plus démocratique.
Le texte souligne les transformations dans le salariat, la précarité
qui s'est multiplié, la sous-traitance, etc. Face à tout ce qui
crée des divisions supplémentaires entre salariés, il nous
faut travailler à regrouper et unir les forces.
L'expérience de syndicat de site, comme ce qui s'est fait sur les chantiers,
à St Nazaire, montre effectivement une possibilité de construction,
permettant d'unifier des salariés de plusieurs entreprises, y compris
de toutes petites, surtout dans ces grandes entreprises qui emploient des milliers
de sous-traitants. C'est une possibilité à développer.
Tout comme il nous faut nous appuyer sur tout ce qui existe et le développer.
Ainsi, le réseau des Unions Locales qui reste une particularité
de la seule CGT, bien trop ignoré dans les textes de congrès,
joue un rôle très important pour regrouper des salariés
du privé ou du public, de moyennes ou de petites entreprises, au plus
près des salariés concernés et des communes, même
les plus petites.
Mutualiser les expériences, aider de nouveaux syndicats ainsi que des
camarades qui sont parfois isolés ou peu nombreux dans leurs boites,
c'est bien tout cela qui peut contribuer à faire progresser l'organisation
des salariés.
Les
finances : un problème
de confiance et de démocratie
Une annexe au texte d'orientation - Page 34 à 37- est consacrée
aux finances de la CGT et au nouveau système de répartition des
cotisations qui est proposé et doit être mis en place au 1er janvier
2007.
C'est un problème qui fait débat dans les rangs de la CGT depuis
des années et suscite de fortes inquiétudes parmi les militants.
Les problèmes financiers sont des problèmes politiques. La rétention
de l'argent, le " chacun pour soi ", sont révélateurs
de problème de confiance entre les militants de base et les directions.
Et c'est donc un problème de démocratie et de transparence qui
est posé à la direction elle-même.
Ce sont les militants de base qui recrutent, gagnent les salariés au
syndicat, ce sont eux qui assurent tout le travail de ramassage des cotisations.
Ils sont donc en droit de savoir, en toute transparence, ce qui est fait de
cet argent dont une part importante devrait rester aux organisations de base
: syndicat de l'entreprise, Union locale, pour leur permettre de vivre.
Le nouveau système proposé veut inverser, en partie, ce qui se
faisait jusqu'à présent. Les structures de base, syndicats, UL
ou autres, ne garderaient plus la maîtrise des sommes cotisées,
n'en assureraient plus la répartition aux divers organismes. Elles devront,
au contraire, aussitôt reverser l'argent - sauf les 33 % qui reviennent
aux syndicats, et à seuls - à un organisme central, sorte de banque
administrée par 12 membres élus par le Congrès. C'est cet
organisme qui reversera chaque mois la part qui revient à chaque structure
: Confédération, Fédérations, UD, Ugict, Usr.
Beaucoup de camarades sont inquiets de cette orientation qu'ils considèrent
comme une dépossession du droit légitime de rester maître
des finances qui permettent de faire vivre nos syndicats.
Quant aux UL qui semblent les grandes oubliées, elles seront financées
par une part décidé par les UD ou les syndicats, et apparaissent,
vu la faible part prévue pour elle, comme des parents pauvres, tenus
en suspicion.
Un article peut apparaître inquiétant : il est prévu de
" moduler ", à la hausse
ou à la baisse, la part
qui doit revenir à des structures de base, telles que syndicat de base
ou UL. Cette part serait décidée à " l'échelon
supérieur " (Congrès de branche ou de Fédération).
Gare aux syndicats ou organismes de base qui ne seraient pas assez dociles,
ou contesteraient la politique suivie par leur fédération ou la
Confédération. L'arme des finances peut se retourner contre la
démocratie !
Conclusion
: un congrès de recentrage ?
L'étude des textes montre sans ambiguïté que la Direction
voudrait faire de ce congrès une étape de plus vers un syndicalisme
d'adaptation, d'accompagnement.
Mais la base de notre syndicat, comme les salariés qui regardent vers
la CGT, votent pour elle, reste attachée à la lutte des classes,
garde de fortes traditions d'anticapitalisme.
Alors, à nous de nous emparer - si possible - des occasions offertes
de débat de congrès pour défendre ces idées dans
nos syndicats, même si, pour l'instant, malgré les grandes affirmations
de démocratie, et de " syndiqué acteur ", il y a bien
peu de débats programmés.
Au contraire, avant même que les textes ne soient parvenus entre les mains
des militants, et encore moins discutés, l'appareil syndical gagné
à Thibault s'empresse de faire désigner les délégués
au Congrès et organise pour eux des réunions avec les dirigeants
en place comme J-C Le Duigou
Il ne sera sans doute pas facile pour les militants lutte de classe de se faire
entendre à Lille, à la tribune de ce Congrès.
Il n'est pourtant pas dit que, même avec de telles méthodes bureaucratiques,
dans le climat actuel de forte montée des luttes, la contestation ne
s'y fasse pas entendre.
C'est, en tout cas, ce que nous pouvons souhaiter. Mais au-delà des péripéties
de ce congrès lui-même, ce qui sera déterminant dans l'évolution
de notre syndicat, c'est le développement de la lutte réelle des
classes dans les semaines et les mois à venir.
Denis
Seillat, Gérard Villa