| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°139
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8 février 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Les travailleurs interviennent avec leurs propres armes dans le débat électoral | ||||||||||
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Les
travailleurs interviennent avec
leurs propres armes dans le débat électoral
A l'heure où
nous écrivons, tout annonce une forte mobilisation pour cette journée
du 8 février, même s'il est encore impossible de dire précisément
quelle sera l'ampleur des grèves et la tonalité que donneront
les salariés dans les manifestations. Il est déjà significatif
qu'il y ait, en pleine période électorale, un tel appel des syndicats
de l'ensemble des trois fonctions publiques et des cheminots. La question sociale
s'impose, et pour beaucoup de salariés, il n'est pas question d'une trêve
électorale qui laisserait les aspirants présidents prétendre
parler à leur place.
Autour de nous, une idée simple gagne du terrain " quel
que soit le résultat de l'élection, nous aurons des actions à
mener "
à tel point qu'elle est reprise par les dirigeants
des confédérations syndicales. Les revendications sur les salaires,
la défense des emplois, pour mettre un coup d'arrêt à la
casse du service public, même si l'appel des confédérations
(CGT, FO, FSU, UNSA, SOLIDAIRES) est plus que timide (1,8 % d'augmentation
pour 2007, aucun chiffrage sur les emplois), touchent au cur de tous les
problèmes du monde du travail, public comme privé : la question
de la répartition des richesses.
Et cette journée du 8 n'est pas isolée, elle fait suite à
la mobilisation des enseignants du 20 janvier, de la grève tournante
dans les écoles de Seine-Saint-Denis, ainsi qu'à de multiples
journées d'actions de plusieurs catégories (hospitaliers, travailleurs
de l'énergie
) au mois de décembre. Elle trace une continuité
de la mobilisation des SDF qui a fait éclater dans les médias
la crise du logement, montrant à tous le lien avec le chômage et
la précarité.
Dans le même temps, des salariés du privé mènent
des luttes contre les licenciements, comme les ouvrières d'Arena qui
jusqu'à aujourd'hui contrôlaient les stocks pour imposer à
la direction de lâcher des primes conséquentes, ou comme les 600
travailleuses de Moulinex qui ont mis leur patron aux prud'hommes pour contester
leur licenciement et exiger 50 000 euros pour chacune.
Mille faits et révoltes, luttes aussi pour les salaires, sont en train
de tisser un entrelacement de résistances, par l'intervention propre
de la classe ouvrière qui prend ses problèmes en main, qui reconstruit
une conscience collective de ses droits, et s'invite sur la scène politique.
Là
est le tournant de la campagne
Sarkozy, démagogue, se pose en " défenseur des travailleurs ".
Mais il y a tout lieu de penser qu'il aura du mal à tenir la distance
dans ce nouveau rôle. Derrière les sourires en direction des classes
populaires, au nom de la " liberté ", chaque
mesure contient son lot de division, de mauvais coups, de recul social comme,
entre autres, la poursuite des attaques contre les retraites et la sécu.
Sa nouvelle imposture pourrait bien se retourner brutalement contre lui. Et
sans la plus grande complaisance des médias qui font tout pour lui sauver
la mise, son populisme tournerait sans doute vite au fiasco : ses propos racistes
sur les " moutons égorgés dans les appartements ",
lors de l'émission de lundi soir sur la une, auraient valu à tout
autre un tollé médiatique.
De son côté, Royal essaye, elle n'a pas le choix, de changer de
registre à quelques jours de l'annonce de son programme. Elle prétend
incarner maintenant " la révolution démocratique
en marche " et dénonce la finance
après avoir
vivement défendu la réussite des entreprises, le marché,
l'ordre, le mérite, et convergé concrètement avec Sarkozy
sur le sécuritaire et la casse des retraites.
Ces volte-face ne trompent personne, bien au contraire, ils mettent en lumière
à quel point Sarkozy et Royal sont peu préoccupés de ceux
dont ils tentent de capter les voix. La rupture entre les classes populaires
et les partis de gouvernement, qui avait éclaté lors de la présidentielle
2002, qui s'était confirmée en 2005, s'approfondit encore. La
multiplication des résistances des travailleurs, l'appel à la
mobilisation pour le 8, expriment cet affranchissement par rapport aux échéances
électorales qui au final donnent toujours le pouvoir à ceux qui
veulent satisfaire, d'une façon ou d'une autre, le " Besoin
d'air " du Medef.
Débattre
sur les moyens de changer la vie
Le débat qui s'est imposé aux candidats autour de la question
sociale se répercute sur les lieux de travail, dans la population, parmi
les militants. Les idées et les points de vue se confrontent. L'absence
d'attente, d'espoir ou d'illusions dans les élections libère des
aspirations, une volonté nouvelles, la révolte débouche
sur un désir de se battre riche de possibilités.
C'est de ce point de vue qu'il est regrettable que José Bové,
à qui nous affirmons toute notre solidarité alors qu'il vient
d'être condamné à quatre mois de prison pour ses actions
militantes, et Marie-George Buffet, qui se réclament de la transformation
sociale, viennent tenter de raviver ces illusions électorales dans la
continuité de celles du référendum contre le TCE, quand
ils exagéraient les possibilités issues de la victoire du Non,
en la qualifiant d'" insurrection démocratique ".
Si ces divergences, connues depuis longtemps, rendaient illusoire un accord
politique avec eux, la nécessité reste entière de mener
ensemble des actions unitaires contre les licenciements, contre la casse des
services publics, pour les salaires, pour la réquisition des logements,
contre les expulsions de sans-papiers et bien sûr contre la répression.
Mais le débat politique doit être sans concession. Le cadre institutionnel
ne peut pas être une perspective pour les luttes, c'est une impasse. Bové,
sans doute plus démagogique, évoque " l'insurrection
électorale contre le libéralisme ". Buffet, dont
le parti est lié par mille liens aux institutions, déclare " on
est en train de jouer l'avenir de notre peuple lors d'une élection présidentielle ".
Ils se rejoignent dans une même idéalisation des possibilités
électorales, après avoir joué en commun pendant des mois
le même bluff de " la gagne " et du " score
à deux chiffres " à la Présidentielle pour
tenter d'accréditer l'idée qu'il était possible de changer
la vie par le bulletin de vote. Fausse route alors que bien des travailleurs
et des militants syndicaux pensent qu'il n'y a rien à attendre des élections.
Pour notre part, avec la campagne d'Olivier Besancenot, nous voulons nous faire
l'écho des mobilisations et défendre dans ce débat une
perspective claire loin de toute illusion sur un candidat providentiel.
Ignorant le prétendu réalisme économique qui n'aboutit
qu'à des reculs, les mobilisations actuelles mettent en avant les revendications
fondamentales pour les travailleurs : le droit à un emploi, à
un logement, à un salaire décent. Notre programme anticapitaliste
veut aider à faire converger ces revendications dans une perspective
d'ensemble, à dégager leur signification la plus radicale : elles
affirment la légitimité des droits des salariés passant
avant les droits de la propriété privée et des profits
capitalistes.
Le droit à un emploi implique l'interdiction des licenciements, le partage
du travail entre tous, le renouvellement de tous les départs en retraite,
et des embauches en CDI. Le droit à un logement suppose de s'attaquer
aux groupes de bailleurs, aux spéculateurs fonciers, d'imposer la réquisition
des logements vides. Le droit à un revenu décent veut dire affirmer
clairement combien nous exigeons : pas un salaire en dessous de 1500 €
net, augmentation de 300 € de tous les revenus. C'est bien la question
de la répartition des richesses et de leur contrôle qui est posée.
Notre campagne veut porter les réponses contenues dans les luttes elles-mêmes,
les populariser pour encourager l'organisation et la mobilisation démocratique
des travailleurs. Elle entend uvrer à leur convergence, à
l'unité du monde du travail autour de ses propres exigences.
Franck
Coleman