| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°145
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22 mars 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Vers un parti des luttes | ||||||||||
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Olivier
Besancenot officiellement candidat, une nouvelle étape de la campagne
s'ouvre pour nous. Jusque là la LCR a dû s'imposer, conquérir
le droit à exister. Cet obstacle franchi, et alors que la question sociale,
de la pauvreté, du logement, des licenciements, des salaires, est devenue
la question centrale, que les luttes s'immiscent dans la campagne, il s'agit
de relayer le plus largement possible les exigences du monde du travail, de
la population, de propager les idées de la contestation sociale et d'appeler
chacun à s'en emparer.
Et même si nous regrettons la division des anticapitalistes, nous nous
réjouissons qu'Arlette Laguiller puisse être également présente
dans cette campagne. L'extrême gauche a ainsi dans ces élections
deux porte-parole qui ont chacun une réelle audience, qui sont considérés
par une fraction du monde du travail comme les porte-voix de ses préoccupations
et de ses luttes. Cela témoigne de la vitalité de son combat et
de ses idées
mais aussi de ses difficulté à se dégager
du passé pour tenter de se hisser à la hauteur du défi
qui nous est lancé : travailler à la convergence des anticapitalistes
pour aider avec les militants du mouvement social, les jeunes à donner
vie au nouveau parti dont le monde du travail ressent aujourd'hui, à
l'heure de l'effondrement du PC, le besoin.
Notre
campagne : un instrument pour le combat collectif
Face à la logique destructrice du capitalisme, aux délocalisations,
aux plans de licenciements, à la généralisation de la précarité
et des bas salaires, à l'aggravation de l'exploitation, les luttes des
salariés d'Airbus, d'Alcatel Lucent, de Citroën Aulnay -en grève
depuis 3 semaines- ou de l'Education ont mis les exigences des salariés
au cur du débat électoral. La question est ouvertement posée
de la légitimité d'une société qui soumet l'ensemble
de la population au profit d'une infime minorité et menace la vie de
chacun.
La presse a eu beau insister sur le succès relativement petit de la mobilisation
des enseignants, leur grève n'en a pas moins obligé l'ensemble
des candidats à prendre position. Non seulement Royal mais aussi Bayrou
et Darcos, ancien ministre de l'Education et soutien de Sarkozy, se sont prononcés
pour le retrait ou la suspension du décret De Robien qui instaure la
"bivalence" et allonge le temps de travail des enseignants (ou réduit
leur salaire
), mesures qui à elles seules visent à supprimer
5000 postes.
Le monde du travail compte sur ses mobilisations pour peser dans le rapport
de forces, pour enrayer l'offensive et imposer que nos vies passent avant leurs
profits. Un sondage de l'IFOP, la semaine dernière, ne peut que refléter
l'évidence : plus de la moitié des électeurs pense
que le résultat des élections ne permettra pas " d'améliorer
les chose s"
Il est clair pour tous qu'interdire les licenciements,
prendre sur les profits pour les salaires, les services publics, stopper la
fuite en avant capitaliste ne se fera pas sur le terrain institutionnel, des
élections, même si celles-ci sont un outil pour peser, si le vote
participe de la construction du rapport de forces.
Notre campagne veut conforter cette légitimité, encourager, donner
des arguments, appeler chacun à s'emparer de nos idées, à
faire entendre sa voix, à faire de la campagne d'Olivier Besancenot sa
propre campagne.
Des
clarifications politiques en cours
Hollande, qui ne se " satisfait pas qu'il y ait douze candidats "
après avoir tenté d'entraver le débat démocratique
en faisant pression sur les maires, est brutalement devenu soucieux de " la
gauche antilibérale ". Il a regretté cette semaine
qu'elle " n'ait pas mieux structuré son offre politique "
(!) : pour lui, " si José Bové avait été
le candidat de cette gauche antilibérale, ça aurait été
très bien " d'autant, précise Hollande, qu'il " a
toujours dit qu'il appellerait à voter pour la candidate socialiste au
second tour "
N'en déplaise à ceux qui rêvent d'accéder à
nouveau au sommet de l'Etat et à la gestion des affaires de la bourgeoisie,
c'est une bonne chose que la diversité politique du mouvement social
soit représentée dans la campagne. Le fait que les différents
courants du Non au TCE, réussissant à franchir les barrages administratifs,
aient chacun leur candidat participe des clarifications politiques. C'est la
démocratie : un réel débat va pouvoir avoir lieu et
a commencé dans les entreprises, les quartiers, la jeunesse, parmi les
militants.
Le débat initié en 2005 se poursuit et s'éclaircit. Dans
la campagne pour le Non, telle qu'elle s'est déroulée réellement
(et non telle qu'elle a été pour une grande part mythifiée
par les antilibéraux) chacun, au sein du même camp, défendait
ses propres positions. Des anciens ministres Mélenchon (qui s'est depuis
rallié en fanfare à Ségolène Royal) et Marie-George
Buffet à Olivier Besancenot en passant par José Bové et
bien d'autres
chacun menait sa propre campagne dans un cadre commun. Et,
en toute logique, les divergences se sont vite formulées, clarifiant
les ambiguïtés passées, quand il s'est agi de discuter programme
et projet politique : qui décide, qui contrôle, avec quels
moyens et quelles forces ?
Regretter le constat des désaccords n'a pas de sens. Vouloir les masquer
pour une unité à tout prix en a par contre un
L'unité
n'a pas de vertu en elle-même et celle sur le terrain des antilibéraux,
pour gagner une majorité parlementaire de gauche, n'est pas notre combat
: cela ne peut être une réponse aux problèmes des classes
populaires.
Rompre
avec la logique institutionnelle
Nous nous situons en rupture avec les partis institutionnels, les partis du
libéralisme, de " l'ordre "
quel que soit le
qualificatif qu'ils lui donnent, et dont les programmes s'insèrent tous
dans le cadre fixé par le capitalisme. Il s'agit pour nous de faire entendre
les exigences du monde du travail en toute indépendance et avec au moins
autant de détermination et de clarté que le Medef fait entendre
celles du patronat.
Parisot vient de rappeler son existence en appelant les candidats à se
montrer " plus ambitieux " en supprimant toute durée
légale du travail, en instaurant le licenciement par " consentement
mutuel " ou en transférant " progressivement "
les cotisations patronales vers les contribuables.
Ségolène Royal, qui veut " réconcilier le
pays avec les entreprises " et " fait confiance au
dialogue social ", a expliqué faire " un effort
pour sortir des dogmes " et a promis, à propos des 35 h,
que " tout sera mis sur la table lors d'une négociation entre
les partenaires sociaux ". " Ce que je ressens après
avoir rencontré les partenaires sociaux, a-t-elle expliqué
à Parisot à France Europe Express, c'est que les représentants
de la CGT et de la CFDT sont bien plus en avance que vous, ils sont prêts
à discuter de tout "
Dans Les Echos, elle
précisait : " les syndicats ont envie d'entrer dans
une nouvelle ère des relations sociales. [
] A condition que la
logique soit celle du gagnant-gagnant, les syndicats sont prêts au compromis
social. C'est prometteur "
Les directions des syndicats sont, dans cette campagne, engagées dans
un nouveau jeu de dupes
dans lequel il y a bien peu de suspense sur le
nom des " gagnants ". S'adressant aux principaux
candidats, elles se situent sur le seul terrain institutionnel. Il n'empêche,
comme vient de l'illustrer le petit succès de la grève des enseignants,
le monde du travail et ses militants trouvent malgré tout le chemin des
luttes et font pression sur les confédérations, même si
celles-ci y vont à minima, contraintes et de façon éparpillée.
Le besoin de coordination, de liens, de convergences se fait ouvertement sentir.
La réponse ne peut venir que des initiatives militantes prises à
la base, en toute indépendance des partis du libéralisme et de
tous ceux qui veulent soumettre les travailleurs, la population, leurs luttes
à la " réalité économique "
et aux rythmes institutionnels. Nombre de militants sont à la recherche
de tels liens, tentant de dépasser les obstacles, l'isolement, l'inertie
des appareils.
Le
besoin d'un parti pour les mobilisations
C'est cette unité qu'il nous faut construire, l'unité de ceux
qui veulent préparer les luttes, qui veulent agir pour leur convergence,
pour transformer le rapport de forces, s'opposer au rouleau compresseur de la
bourgeoisie, de sa course aux profits, préparer un autre avenir.
Face aux conséquences dramatiques de la logique capitaliste, la campagne
est l'occasion de rassembler autour des idées de la transformation sociale,
d'appeler chacun à s'en emparer et à participer à la construction
du regroupement des forces du monde du travail, en toute conscience des rapports
de forces sociaux et politiques.
Ce processus est à écrire, et est pour une part en cours. La campagne,
dans laquelle s'invitent la question sociale et les luttes, pousse aux clarifications
politiques, lève les ambiguïtés, éclaire les véritables
convergences. Elle encourage le débat politique, permet au plus grand
nombre d'y participer, de se l'approprier.
De ce point de vue, l'intervention commune d'Olivier Besancenot et d'Arlette
Laguiller en soutien aux ouvriers de Citroën Aulnay en lutte pour 300 €
pour tous et 1500 € net de salaire minimum, apparaît comme un
symbole de ce que beaucoup aimeraient voir se réaliser, même si,
de toute évidence, la politique de Lutte Ouvrière le rend difficile.
La nécessité de l'unité des anticapitalistes est bien réelle
et se contenter, comme le fait LO, d'y répondre en disant qu'on se retrouvera
dans les luttes, relève, pour le moins, d'une certaine désinvolture.
Comme si la suite ne dépendait pas d'une volonté politique, comme
si la nécessité d'unir les forces, les compétences, ne
se posait pas à tous ceux qui veulent offrir des perspectives aux luttes
et se retrouvent dans les idées de transformation sociale.
Par delà les difficultés, les limites aujourd'hui des uns et des
autres, la campagne et la situation sociale et politique posent le problème
à grande échelle de la nécessité d'un parti pour
les mobilisations. Un parti du monde du travail qui ne pourra se construire
qu'au sein des luttes, à travers la convergence de militants d'extrême
gauche, de militants communistes en rupture avec le PS et leur propre direction,
de militants du mouvement social, syndical, de jeunes qui s'éveillent
au débat politique, au combat démocratique, de tous ceux qui aspirent
à d'autres relations sociales, humaines, à une société
débarrassée de la concurrence et de l'oppression. Cette perspective
est le fil conducteur de notre campagne.