| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°147
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5 avril 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Collectifs antilibéraux, les leçons d'une campagne électorale | ||||||||||
| Il y a dix ans, aux origines de Démocratie révolutionnaire | ||||||||||
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Collectifs antilibéraux, les leçons d'une campagne électorale
Après
l'échec des candidatures unitaires aux présidentielles, le même
scénario a commencé à se reproduire pour les législatives.
Significatives à cet égard ont été les premières
réactions à la proposition lancée par Olivier Besancenot
de construire ensemble une " opposition politique " afin de permettre
au monde du travail de résister aux attaques que le nouveau gouvernement
ne manquera pas de porter, quel qu'il soit, de droite ou de gauche.
Le candidat " unitaire " José Bové s'est empressé
d'ironiser sur la bonne volonté de la LCR, se dépêchant
surtout de ne pas répondre sur le fond, tant ses choix politiques à
l'égard de la gauche gouvernementale restent volontairement et délibérément
ambiguës. Quant à la direction du PCF, elle n'a guère daigné
répondre, ses préférences étant clairement marquées
depuis longtemps.
Dans les collectifs, cela ne va guère mieux. Partout ils sont éclatés,
affaiblis, divisés ou réfugiés dans l'abstention. La fuite
en avant sur le terrain des législatives est désormais un moyen
de contourner les questions délicates et s'affranchir du moindre bilan.
Sans succès ! Le PCF n'a pas attendu longtemps pour être lui aussi
à l'affût et rejouer le même scénario. Il remplit
tranquillement des listes de candidats qui ne laissent guère de doute
sur ses intentions, quelle que soit d'ailleurs la " sensibilité
" de ses différents courants !
Prétendre qu'il serait possible de refaire avec les législatives
ce qui a échoué avec les présidentielles ne peut aboutir
qu'à de nouvelles désillusions. Les petites phrases assassines
sur celui ou celle qui serait censé(e) être plus ou moins unitaire
que les autres ne serviraient dans ce cas qu'à masquer une nouvelle fois
les raisons de cet échec.
Ce sont d'autres préoccupations qui devraient être à l'ordre
du jour dans les collectifs. Bien des militants qui se retrouvent encore aujourd'hui
dans les collectifs se connaissent souvent depuis longtemps. Ils savent qu'ils
se retrouveront à nouveau ensemble dans les luttes, quel que soit le
gouvernement élu. Mais il manque dans les collectifs un débat
de fond qui permette de renouer des relations de confiance après cette
longue période de dérive autour de la question électorale.
Il nous faut revenir sur le projet comme sur la méthode qui ont conduit
à l'échec, si nous voulons reconstruire ensemble d'autres perspectives,
sans attendre.
La
campagne des présidentielles, une épreuve de vérité
La campagne qui a commencé dans les faits depuis plusieurs mois est à
cet égard une véritable leçon de choses. Officiellement
l'immense majorité des collectifs s'est prononcé le 10 septembre
en faveur du texte " Ambition et stratégie ". Pendant des semaines,
le journal l'Humanité s'est littéralement déchaîné
contre la LCR accusée d'avoir rompu l'unité pour des raisons sectaires,
forcément sectaires puisque paraît-il il n'y avait pas l'ombre
d'une divergence sur l'alliance avec le Parti socialiste.
Trois mois après, le PCF a du engager seul sa campagne. On a pu alors
vérifier le contenu réel de sa politique, une fois dégagée
des contraintes de l'unité de façade avec les collectifs : c'est
bien l'unité de toute la gauche qui est restée pour sa direction
un horizon indépassable.
Ce n'est pas une surprise : Marie-George Buffet l'avait annoncé très
clairement dès le 29 mai 2005. Mais cela montre au moins une chose :
les recompositions politiques que l'on tente par en haut, sur la base d'un texte
où l'on discute des virgules, ne peuvent conduire qu'à un jeu
de dupe.
Une vraie bataille politique aurait supposé de convaincre sur le fond
des centaines, voir des milliers de militants du PCF et des collectifs. Il aurait
fallu évidemment avoir soi-même les idées claires sur ses
enjeux réels. Et placer la question électorale au bon endroit
: non comme un point de départ mais comme un point d'arrivée,
et vérifier entre temps les convergences réelles, notamment dans
les luttes. Au lieu de cela, ce sont les méthodes d'état-major
qui ont été reproduits à l'échelle de centaines
de collectifs, avec en bout de course une seule question : pour ou contre Marie-George
Buffet, ou José Bové, ou Clémentine Autain, ou Francis
Wurtz, achevant de transformer la dérive électorale en farce politicienne.
La deuxième leçon de chose nous est donnée aujourd'hui
par la campagne de José Bové. Il y a d'abord la méthode,
paradoxale, puisque l'un des arguments des collectifs et de José Bové
en particulier est de prétendre " faire de la politique autrement
". Avec un brin de démagogie contre les organisations (politiques),
c'est en réalité toute forme de démocratie, et donc de
contrôle et de débat véritable, qui a été
balayée par un plébiscite virtuel, orchestré après
le 10 décembre sur Internet afin de lancer sa candidature.
La fuite en avant s'est imposée comme jamais pour faire vivre le mythe
d'une dynamique unitaire, croire qu'il suffit d'être unitaire pour qu'il
y ait une dynamique, et masquer les raisons politiques de la division, en réduisant
inévitablement l'unité à une posture qui ne sert qu'à
dénoncer les autres comme sectaires (puisqu'ils ne sont pas ralliés
!), voir à justifier des pratiques indéfendables, notamment au
moment de la recherche des parrainages.
Cela n'a évidemment rien d'un accident de parcours mais renvoie quant
au fond à l'impasse dans laquelle les collectifs se sont vite fourvoyés :
avant comme après le 10 décembre, la seule question a été
de trouver le bon candidat et la bonne combinaison électorale, puisque
en dehors des élections, point de salut !
Le
détournement des collectifs sur le terrain électoral
Il y a une convergence fondamentale entre Bové et Buffet : chacun-e avec
ses mots et son style, lyrique pour l'un (" Aux urnes citoyens ! Préparons
l'insurrection électorale ! "), ou dramatique pour l'autre ("
l'enjeu décisif que représentent les présidentielles "),
défend la même antienne, l'idée qu'il est possible de changer
la vie grâce au bulletin de vote, après avoir justifié pendant
des mois cet autre bluff que fut le " score à deux chiffres "
destiné à balayer les doutes et les objections.
L'usage du bulletin de vote condense bien des interrogations autour de l'antilibéralisme.
C'est la question déterminante car elle renvoie à une série
de débats que les antilibéraux et les anticapitalistes ont malheureusement
rarement menés jusqu'au bout : non seulement sur ce que nous voulons
changer, mais aussi sur les moyens d'y parvenir et la manière de transformer
un rapport de force.
" Diverse, [la gauche de transformation sociale] doit s'unir pour peser
dans la vie politique française et disputer l'hégémonie
à la ligne sociale-libérale actuelle du parti socialiste "
peut-on lire dans un tract de la campagne Bové. Tant que les militants
des collectifs resteront prisonniers de leurs raisonnements institutionnels,
la question du Parti socialiste restera incontournable : c'est une évidence
arithmétique qui ne disparaîtra pas par magie au sein du parlement.
Mais rêverie oblige, les mêmes aimeraient bien un autre PS, un Parti
socialiste plus à gauche, en espérant qu'une gauche antilibérale
plus forte électoralement l'y obligerait.
Le PCF n'a jamais raisonné autrement et l'on touche bien au fond des
divergences et des illusions enracinées depuis longtemps dans le mouvement
ouvrier comme dans le mouvement social. Elles renvoient à des questions
qui malheureusement ont été bien peu débattues jusqu'au
bout.
Et d'abord celle-ci : que faut-il changer ? Pour beaucoup, l'essentiel
serait de changer le rapport de force avec le PS, en cherchant la meilleure
combinaison électorale possible pour faire pression. Mais dans ce cas,
que pourrions-nous espérer avec un parti socialiste un peu plus à
gauche, du moins en paroles ? Serions-nous nostalgique à ce point d'une
époque où Mitterrand s'emportait contre le capitalisme (que l'on
se souvienne par exemple du congrès de refondation du PS en 1971), héros
d'une gauche qui savait
vraiment duper les travailleurs ? Ou faut-il croire
en une gauche vraiment à gauche, pas seulement en paroles ? Mais avec
quelle marge de manuvre ? Que pourrait faire un gouvernement antilibéral,
honnêtement réformiste ? Mener une autre politique mais sans s'attaquer
au pouvoir du patronat, et agir comme si le libéralisme était
une option parmi d'autres dans le fonctionnement actuel du capitalisme ?
C'est évidemment un contresens qui a été longuement discuté
au fil des articles de Débat militant.
Comprendre les logiques internes du capitalisme, c'est forcément poser
autrement la question du débouché politique. Non pas comme un
substitut aux luttes, ou un raccourci, tentation qui existe toujours parce que
sur ce terrain, effectivement, rien n'est facile. Mais comme un politique pour
les luttes, qui pose comme un objectif explicite la question du pouvoir, d'abord
sous la forme du contrôle, contrôle de l'économie, contrôle
de l'Etat, mais aussi l'objectif d'un gouvernement des travailleurs, issu de
ces nouvelles formes de pouvoir nées dans les luttes, par les travailleurs
eux-mêmes. Auquel cas, le rapport de force à changer n'est pas
celui entre partis de gauche au sein du parlement. Mais sur le terrain de la
lutte de classe face au patronat et à son Etat, quel que soit le gouvernement.
C'est cette réflexion en commun et ces expériences de luttes qui
auraient pu unifier progressivement les collectifs autour d'un vrai projet :
la capacité au quotidien à proposer une politique alternative
à l'inertie des directions syndicales, l'élaboration d'un plan
d'urgence qui ne soit pas un long catalogue électoral de 125 propositions
où chacun vient faire son marché, mais un vrai plan pour les luttes
autour de quelques revendications essentielles qui changent réellement
le rapport de force entre le monde du travail et la classe capitaliste. Et ouvrir
la question du parti : non pas un parti antilibéral, réformiste,
conçu comme un moindre de mal dans la période actuelle, alors
que celle-ci offre au contraire bien d'autres possibilités, mais un parti
des luttes, pour le pouvoir des travailleurs, un parti anticapitaliste où
la questions du réformisme et de la révolution est une question
réellement débattue jusqu'au bout, parce que le capitalisme mondialisé
tel qu'il se déploie aujourd'hui lui donne de fait une grande actualité.
Reconstruire
une perspective commune
Excès d'optimisme au lendemain du 29 mai, vite qualifié d'événement
majeur, puis désillusion aujourd'hui, au point que certains se demandent
si ils n'ont pas rêvé, le mouvement de balancier auquel nous assistons
aujourd'hui est pour le moins caricatural. La gauche du Non aurait disparu !
Du moins dans les sondages des présidentielles. Mais les sondages, et
même les élections grandeur nature, sont-elle une fois de plus
la bonne mesure ?
Le détournement sur le terrain électoral des aspirations unitaires
comme l'incapacité à faire vivre un véritable front social
et politique pour les luttes (pourtant nécessaire et possible comme l'a
montré un peu plus tard le mouvement contre le CPE) n'était pas
inscrit dans les gènes des collectifs du 29 mai, même si dès
le départ cette ambiguïté a fortement existé dans
le cadre de l'appel Copernic.
Il y a bien eu une dynamique réelle autour du 29 mai : ce fut un vote
certes, à l'occasion d'un référendum, avec toutes les limites
et les ambiguïtés que cela peut avoir, mais il y a eu aussi le refus
par ces mêmes électeurs du " réalisme " prôné
par la gauche du Oui, les discussions à n'en plus finir sur les 20 ans
d'expérience gouvernementale par le PS comme par le PCF, la volonté
pour beaucoup même de manière confuse de trouver un " débouché
" aux luttes, mélange d'illusion électorale mais aussi volonté
sincère de leur donner une plus grand efficacité et de poser la
question du parti, comme il y a eu en même temps la participation à
ces luttes, depuis le retour des grandes manifestations au printemps 2005 jusqu'au
CPE, et leur prolongement dans le privé, aujourd'hui sur les salaires
et sur l'emploi.
Ce n'est pas la situation objective qui a limité la possibilité
pour la LCR de gagner de l'influence, mais sa stratégie. La Ligue ne
s'est pas trompée sur les symptômes, à la différence
de LO qui est largement passée à côté : il y a bien
eu depuis 1995 l'apparition d'un phénomène nouveau, une gauche
" radicale " qui a accompagné la remontée des luttes
parallèlement à l'effondrement du stalinisme, l'émergence
d'un milieu souvent prisonnier encore de bien des raisonnements réformistes,
mais qui porte aussi par ses choix et par ses ruptures, même partielles,
d'autres ambitions.
Qu'a fait la LCR pour les convaincre de ses perspectives ? Ou qu'a-t-elle fait
au contraire qui prolonge sur le terrain de l'électoralisme tout ce qu'il
reste d'illusions et de scories du passé ?
Aujourd'hui les possibilités de reconstruire un cadre d'action et de
débats politiques permanents, en s'appuyant sur ce qu'il y a de commun,
sont moins évidentes. Mais l'échec des candidatures unitaires
peut être une chance si nous saisissons à temps les possibilités
de tirer les bilans ensemble. Dégagés de cette pression électorale
qui conduit souvent à l'unité de façade, les révolutionnaires
peuvent à nouveau débattre librement, sans rabattre à priori
sur leur programme. Agir en commun avec nos divergences ou malgré elles
n'est pas insurmontable, bien des militants échaudés par l'expérience
de l'unité à tout prix peuvent aujourd'hui le comprendre.
Mais cela suppose aussi de clarifier nos propres perspectives. Une démarche
unitaire avec des militants venus d'horizons divers n'a de sens et d'efficacité
que si elles s'appuie en même temps sur une claire volonté de regrouper
directement celles et ceux qui ont conscience que la construction d'un parti
anticapitaliste, un parti des travailleurs est la tâche de l'heure, un
parti pour la lutte de classe, en rupture avec les institutions de la bourgeoisie.
Jean-François
CABRAL
Il y a dix ans, aux origines de Démocratie révolutionnaire
Il y a dix ans,
fin mars 1997, la direction de Lutte Ouvrière organisait l'exclusion
de 10% de ses militants, lors d'une assemblée générale
qui mettait un terme à des mois de mauvais procès. Dans un climat
hystérique, où il n'était question que de " forfaiture "
et de " rupture de solidarité " (1),
mascarade de démocratie, elle imposa à chaque militant de voter
à main levée l'exclusion des militants des sections de Bordeaux
et Rouen et de tous ceux qui s'étaient solidarisés avec eux.
Quatre mois avant, lors de son congrès annuel début décembre,
elle avait écarté du comité exécutif Yvan Lemaitre
et Samuel Holder ainsi que du comité central Valérie Héas
et Gérard Barthélemy. Seuls les militants de la Fraction, la
minorité de LO, s'opposèrent à l'exclusion ainsi que
quelques camarades isolés qui furent eux-mêmes exclus.
Cette exclusion collective, une malheureuse première dans l'histoire
de Lutte ouvrière qui se reniait elle-même en reprenant les méthodes
qu'en tant que trotskystes nous avions combattues, calomnies, mensonges et
procès, fonde l'origine du courant de la LCR, Démocratie révolutionnaire.
Revenir sur ce moment de l'histoire du mouvement révolutionnaire a,
nous semble-t-il, un double intérêt. Cela permet de comprendre
la crise même de LO, l'incapacité dans laquelle elle a été
de répondre aux tâches de la nouvelle période, au lendemain
de 1995 comme elle l'est aujourd'hui encore et, ensuite, d'aborder la façon
dont notre courant a tenté d'y répondre. Les deux aspects sont
d'actualité au moment où la question qui était alors
en débat, quel contenu donner à l'appel à la constitution
d'un parti des travailleurs qu'Arlette Laguiller avait lancé au lendemain
du premier tour de l'élection présidentielle, devient un débat
qui traverse une bien plus large fraction du mouvement ouvrier qu'alors. La
compréhension de cette histoire nous semble utile pour tous ceux qui
entendent poursuivre et approfondir le renforcement et la transformation de
la Ligue comme instrument de la construction de ce nouveau parti.
C'est aussi pour nous l'indispensable retour en arrière, bilan rétrospectif
qui nous permet de vérifier la pertinence et de nos raisonnements et
de notre démarche, d'écrire une légitimité au
moment où ces dix années de transition débouchent sur
une nouvelle phase du combat.
Incapable de mener une discussion politique sur les tâches des révolutionnaires
après le score d'Arlette Laguiller à la Présidentielle
du printemps 1995 et le mouvement de décembre, alors que les différences
d'appréciation étaient devenues telles qu'elles justifiaient
une discussion publique et écrite, la direction de LO a préféré
instruire un procès fabriqué de toutes pièces afin de
tenter de discréditer ceux qui étaient en désaccord par
une campagne de calomnies ridicules et dérisoires à laquelle
personne n'a jamais cru. Elle espérait ainsi souder l'organisation
derrière elle au moment où s'ouvrait une période de crise,
de transformation du fait de l'effondrement du stalinisme, ce dont elle avait
bien conscience. A défaut d'avoir une politique offensive, elle plaçait
l'organisation en position de forteresse assiégée et censurait
toute discussion, toute vie démocratique.
En effet, l'enjeu du débat impliquait d'en finir avec les méthodes
hypercentralisées, sélectives et élitistes de LO pour
engager l'organisation dans une politique l'ouvrant largement vers le monde
du travail et la jeunesse dans une démarche unitaire en vue de donner
à l'appel pour un parti des travailleurs un " contenu concret,
vivant, dynamique " (2).
L'histoire de notre courant s'inscrit dans l'histoire du combat politique
pour apporter une réponse au défi devant lequel l'effondrement
du stalinisme a placé le mouvement trotskyste. A ce titre et quelles
qu'en soient ses limites, elle peut être utile pour éclairer
bien des problèmes qui se posent à tous ceux qui veulent construire
aujourd'hui un parti révolutionnaire des travailleurs. En effet, au
cours de ces dix années, sans préjugés ni réponses
toutes faites, notre courant s'est employé à construire des
relations démocratiques avec les autres tendances du mouvement révolutionnaire,
à rechercher à chaque étape ce qui réunit sans
pour autant taire les divergences, les différences d'appréciation,
à intervenir dans le monde du travail et la jeunesse et, ainsi, à
participer à la transformation de la LCR pour contribuer aux regroupement
des anticapitalistes en un nouveau parti des travailleurs plus que jamais
à l'ordre du jour.
1997,
une crise face aux tâches de la nouvelle période
Les possibilités ouvertes par 1995 entraînèrent une crise
dans l'extrême gauche, placée devant de nouvelles responsabilités.
La majorité de la LCR continuait d'expérimenter sa politique
d'alliance dans " la gauche de la gauche " : elle
avait appelé pour la présidentielle à voter indifféremment
pour Hue, Voynet et Laguiller, les mettant sur le même plan.
Lutte ouvrière, parce qu'elle avait su garder une politique indépendante
de la gauche gouvernementale, avait permis que s'exprime dans les urnes sur
le nom d'Arlette Laguiller, le désaveu de celle-ci. Arlette Laguiller
avait obtenu 5,3 % des voix. A l'issue du premier tour, elle écrivait
dans l'éditorial de Lutte ouvrière : " Nous
allons nous efforcer de rencontrer le maximum possible de ceux qui ont voté
pour ma candidature
pour envisager les conditions d'un bien plus grand
parti que le nôtre, se plaçant résolument, et uniquement,
sur le terrain de la défense politique des exploités. Un tel
parti sera le seul moyen de remporter le troisième tour social qui
ne manquera pas d'avoir lieu car, maintenant, les luttes doivent sortir des
urnes et ne pas s'y enfermer ". Cet appel à un nouveau
parti ouvrait une nouvelle perspective, il répondait aux nécessités
du moment alors que se conjuguaient la fin des années Mitterrand et
l'effondrement de l'ex-URSS ouvrant de nouvelles possibilités pour
les militants du mouvement ouvrier. Il correspondait à notre compréhension
de la situation qui s'était forgée durant les années
précédentes et que la campagne elle-même avait confortée.
Mais pour Hardy, le principal dirigeant de LO, cet appel n'était qu'une
réponse circonstanciée au score réalisé par Arlette,
nullement une politique. Pendant plusieurs mois, il a géré l'ambiguïté,
le temps que les choses rentrent dans la routine. Mais la routine n'était
pas à l'ordre du jour et l'irruption du mouvement de novembre-décembre
95 a bousculé ses calculs renforçant nos propres convictions.
Loin de voir comme nous dans l'explosion de novembre-décembre la confirmation
de la pertinence de l'appel d'Arlette, Hardy justifiait le repli en écrivant
au moment du congrès de 1996 : " Ce n'est qu'un score
bien plus élevé, au moins le double, qui aurait pu permettre
d'avoir l'espoir que cela se concrétise sur le terrain militant. "
(Situation intérieure, novembre 96) (3).
En tenant un raisonnement purement électoraliste, faisant dépendre
les possibilités d'intervenir dans les luttes du score aux élections,
la direction de LO s'émancipait de la méthode matérialiste
et dialectique au profit du plus plat opportunisme électoral.
Abdiquant de prendre l'offensive au profit de la routine, la direction de
LO s'engageait dans un cours sectaire au mépris de son passé
unitaire. Elle entretenait la méfiance vis-à-vis de toute action
avec des partis réformistes, avec la crainte de " faire
leur jeu ". L'état d'esprit de citadelle assiégée
prenait le dessus, paralysant l'activité comme le débat, faisant
régner un moralisme étouffant au nom de la discipline.
En réponse nous écrivions : " La crise à
laquelle nous sommes tous ensemble confrontés n'est pas un nouvel accident
de parcours dû à quelques petits bourgeois mais bien une crise
organisationnelle profonde. Elle résulte de l'inadéquation entre
notre fonctionnement, nos perspectives politiques et les tâches du moment
pour nous préparer à une remontée des luttes de la classe
ouvrière que préparent les transformations économiques,
sociales et politiques actuelles " (4).
C'est bien la remontée des luttes de 1995 et l'affirmation du " Tous
ensemble ! " qui rendait pour nous cette idée incontournable,
et qui a été ensuite développée au lendemain de
l'exclusion dans la brochure Fausses raisons d'une exclusion, vraies raisons
d'une rupture, nos perspectives (mars 1997). Nous y affirmions :
" Nous voulons contribuer à créer le cadre nécessaire
à la collaboration de tous ceux qui veulent participer à la
construction du parti dont la classe ouvrière a besoin ".
Bien évidemment, la construction ne serait-ce que d'un tel cadre dépassait
nos possibilités immédiates, mais il était indispensable
d'expliciter notre but, notre projet, pour pouvoir avancer dans sa direction,
par des étapes que nous ne pouvions pas connaître par avance.
1997-2000,
un journal ouvrier d'agitation révolutionnaire Voix des travailleurs
Exclus de Lutte Ouvrière, nous nous considérions comme une tendance
du mouvement révolutionnaire. Il n'était pas question pour nous
de construire une énième organisation, mais de tenir bon pour
travailler au regroupement des forces révolutionnaires tout en expérimentant
nos raisonnements, avec nos moyens, dans la pratique militante.
Pour tenir et se développer, notre principal outil a été
un journal ouvrier d'agitation révolutionnaire, hebdomadaire, orienté
résolument vers les travailleurs et la jeunesse. Le premier numéro
est sorti un mois après notre exclusion. Nous avons ouvert largement
nos réunions, en proposant à tous les sympathisants de prendre
pleinement leur place dans la tendance. Aux élections législatives
de juin 97, nous avons présenté, là où nous le
pouvions, nos propres candidats (5).
Notre politique a été de rechercher et provoquer systématiquement
des rencontres, des débats, des collaborations avec les autres courants
révolutionnaires (fraction de LO, tendance R ! de la LCR, la LCR,
Carré rouge, Gauche révolutionnaire, LST, etc.), pour lier activité
militante et problèmes généraux du mouvement ouvrier.
Un des moments forts de cette politique fut l'organisation avec la tendance
R ! de la Ligue et la minorité de LO, la Fraction, de Rencontres ouvrières,
en janvier 1998, qui furent un réel succès. De même que
la discussion ouverte organisée dans le cadre du travail de rédaction
d'un projet de programme, avec de nombreuses assemblées locales et
nationales. Le courant publia, également, plusieurs brochures (6),
résultat de sa préoccupation permanente de s'inscrire dans les
débats ayant cours dans l'extrême gauche.
Localement, sur Bordeaux et Rouen, des contacts sont pris avec les groupes
locaux de la LCR pour organiser des initiatives communes (réunions,
fêtes). Sur Rouen, nous avions présentés des listes communes
aux élections régionales avec la Ligue, la gauche révolutionnaire,
l'ART, Alternative libertaire.
La politique d'unité vers un pôle des révolutionnaires
se dessine, rompt avec les routines de chapelle, fait un petit pas avec la
fusion avec la LST (aujourd'hui Avanti dans la LCR), et surtout avec la discussion
engagée avec la LCR pour créer les conditions d'une fusion-intégration.
A ce moment là, le courant affirmait " Tenir, se développer
et tout peut basculer ". " Tout peut basculer ",
nous affirmions ainsi que notre combat au cur de la crise de l'extrême
gauche entendait être utile à l'ensemble du mouvement. Nous voulions
bousculer les routines de pensée, les réflexes d'auto-affirmation
conservateurs voire sectaires pour discuter et, par la discussion, formuler
une politique pour l'ensemble du mouvement. Dépasser les divisions,
aller vers un pôle regroupant tous les révolutionnaires n'était
pas une question d'cuménisme mais de perspectives et de programme
politique.
Il est des moments où le fait qu'une minorité ose rompre avec
les routines du passé peut transformer la situation.
La
fusion intégration avec la LCR et le dernier numéro de Voix
des travailleurs, " L'extrême gauche à la croisée
des chemins "
Cette politique a conduit à la fusion-intégration en juin 2000
avec la LCR, après des mois de discussions, de travail commun préalable
un rythme que nous trouvions bien lent !
Ce fut une étape importante dans notre propre transformation :
mettre en pratique à une plus grande échelle l'unité
des révolutionnaires, avec une organisation à l'histoire différente,
et avec laquelle il y avait un certain nombre de désaccords politiques
accumulés sur de nombreuses années. C'était un défi.
Cela n'alla pas sans crise dans notre courant, certains camarades ne souhaitant
pas rejoindre la LCR, d'autres voulant l'intégrer en maintenant des
relations de fraction. Mais ce défi, nous l'avons relevé.
Il s'agissait pour nous d'expérimenter une démarche originale
en faisant le pari que la Ligue était en pleine évolution donc
accepter de nous fondre dans l'organisation, de rejoindre les sections de
la LCR, tout en maintenant l'existence d'un courant d'idées pour faire
vivre et développer notre capital et notre projet politiques. Nous
faisions donc le choix d'abandonner notre hebdomadaire Voix des travailleurs,
après un dernier numéro, où nous réaffirmions
la nécessité de l'unité des révolutionnaires,
après le succès électoral de la liste LCR-LO aux Européennes
de 1999 qui avait permis l'élection de 5 député-e-s révolutionnaires,
mais qui n'avait été suivi d'aucune relation militante, d'aucune
perspective de regroupement.
Pour poursuivre les débats autour de cette perspective, nous avions
conservé un bulletin de tendance (7),
qui nous permettait de mener le débat et de préciser les points
politiques les plus importants formulés dans nos Thèses pour
le congrès de la fusion-intégration en juin 2000 (8),
notamment la nécessité d'analyser la nouvelle période
du capitalisme, le libéralisme impérialiste, qui sape les bases
du réformisme, et la nécessité en conséquence
de " tourner la page du gauchisme ", c'est-à-dire
de prendre la mesure de ces transformations qui ont abouti à l'effondrement
du stalinisme et qui donnent de nouvelles responsabilités et perspectives
aux révolutionnaires.
Force est de constater qu'à ce moment là, pour beaucoup de camarades
de la LCR, la politique de notre courant était réduite voire
caricaturée à " l'unité avec LO " !
La direction de la LCR, qui ne pouvait porter le même regard que nous
sur la crise de LO, a tenté de minimiser l'apport de la fusion-intégration,
son rôle dans la transformation de la Ligue. N'ayant pas fait le bilan
de ses échecs passés pour tenter d'entrevoir un autre avenir,
elle n'était pas en mesure d'accepter, d'intégrer notre projet
politique, mais elle sut, et c'est à son honneur, mettre au service
de l'organisation le capital politique et militant que nous avions mis dans
la corbeille de la fusion-intégration.
La LCR s'est ainsi considérablement renforcée mais aussi transformée.
Et la crise que connaît aujourd'hui l'organisation est une crise de
croissance, une nouvelle étape dans ce processus de transformation.
Alors que sa direction s'empêtrait dans la perspective d'une force politique
aux délimitations stratégiques non achevées (voir le
Manifeste de 1992 de la LCR A la gauche du possible), qu'elle cherchait
un avenir dans la " gauche de la gauche ", comme avec
l'aventure Juquin en 1988, elle fusionne avec un courant qui porte une toute
autre perspective, celle de l'unité des révolutionnaires, une
stratégie de construction pour se tourner vers les entreprises et la
jeunesse. Au sein de l'organisation, nous contribuons très largement
au redémarrage d'une intervention politique dans les entreprises, avec
les " feuilles de boîtes ", avec la Conférence
nationale ouvrière, et nous posons le problème de la discussion
sur l'orientation dans les syndicats.
Municipales
de 2001 et Présidentielle de 2002 : pour l'unité et le
dépassement
C'est avec les Municipales de 2001 que pour la première fois, la politique
que nous défendons a commencé à être mise en uvre
plus largement dans l'organisation, même si une partie avait fait le
choix de poursuivre l'orientation précédente en constituant
des listes dans la " gauche de la gauche ". Ce fut une
véritable campagne politique, de construction autour des listes associant
des travailleurs au-delà des rangs militants, en toute indépendance
vis-à-vis des partis de la gauche, et, pour la plupart des listes présentées
par l'organisation, en rupture avec la vieille consigne de 2ème tour
de " battre la droite ".
Pour notre part, nous avons mené cette politique tout en continuant
à défendre la perspective de l'unité des révolutionnaires
que ni la direction de la LCR ni celle de LO n'avaient voulu donner à
l'unité électorale des Européennes de 1999. Il ne s'agissait
pour elles que d'un accord électoral, pas question de se dépasser
elles-mêmes pour aller vers un nouveau parti, alors qu'elles défendaient
le même programme. Nous expliquions alors que " seule une
pression venue d'en bas aurait pu imposer que ce simple accord électoral
se transforme en projet politique "(9).
Au moment des Municipales de 2001, LO rejette toute liste commune et porte
l'essentiel de " la responsabilité de la rupture
"
(10).
C'est pour poursuivre de la façon la plus large le débat au
sein de l'organisation et dans le mouvement social qu'en novembre 2001, le
courant décide d'éditer une lettre électronique Débat
militant (11). Il s'agit pour nous
de continuer à lier l'activité militante et la discussion pour
ne pas se laisser dominer par l'activisme, au moment où les attentats
du 11 Septembre et l'offensive impérialiste qui suit marquent une brutale
tension dans la situation internationale, et alors que, malheureusement, nous
ne trouvons pas réellement ce cadre dans la presse de l'organisation.
La campagne présidentielle de 2002 a représenté une étape
décisive pour l'organisation comme pour notre courant. Elle a permis
d'entraîner l'organisation dans un travail de masse politique derrière
une candidature de classe, unitaire, révolutionnaire, autour d'un plan
d'urgence anticapitaliste. Au cours des discussions préparatoires,
nous avions continué à défendre l'idée d'une candidature
commune des révolutionnaires, celle d'Arlette Laguiller, jusqu'au refus
brutal et cynique de LO. Pour nous, il s'agissait plus d'une affaire d'orientation
politique que de personne. Et cette bataille pour l'unité a de fait
été partiellement gagnée au sens où la campagne
a représenté un réel repositionnement politique de la
Ligue, en donnant à la campagne d'Olivier un contenu unitaire, même
si les ambiguïtés héritées du passé n'avaient
pas toutes étaient tranchées.
La suite le confirmera, dès le lendemain du premier tour, avec l'appel
à voter Chirac, où pendant deux semaines l'organisation a cédé
aux pressions de l'opinion de gauche, alors qu'il était tout à
fait possible de prendre pleinement notre place dans la mobilisation dans
la rue contre Le Pen sans pour autant appeler à voter Chirac, l'homme
du patronat, du " bruit et l'odeur " et autres
turpitudes réactionnaires.
2002 était une étape mais, en l'absence d'une stratégie
adéquate à la période, l'organisation n'était
pas en mesure de jouer pleinement son rôle. La contradiction qui est
en train de se dénouer dans la crise actuelle a alors joué un
rôle de frein.
2003-2004,
montée des luttes et unité des révolutionnaires, un double
échec
La séquence 2003-2004 est celle d'un double échec, celui de
la montée des luttes sociales, sur laquelle nous ne pouvons revenir
ici, et celui d'une unité des révolutionnaires sans perspective,
autre qu'électorale, dans laquelle la majorité de la LCR porte
une part de responsabilité, avec les ambiguïtés de sa politique
décidée au congrès de 2003.
A travers la discussion sur les élections régionales et européennes
de 2004, c'est bien la question du parti qui était en jeu. Notre courant
pèse dans le sens de l'unité avec LO pour les élections,
mais dans la perspective d'un dépassement vers une force nouvelle.
Cédant aux tendances hostiles à LO, la majorité adopte
l'unité pour les élections, mais réaffirme sa vieille
politique de force incomplètement délimitée programmatiquement.
D'une main, elle s'alliait avec nous pour mener à bien l'accord avec
LO, de l'autre elle s'alliait aux camarades qui forment aujourd'hui l'essentiel
de la minorité. A partir de là, les campagnes ne pouvaient pas
servir à construire et développer l'organisation, puisque la
stratégie de construction était contradictoire avec la campagne
C'est encore la même contradiction qui était à l'uvre.
Pour nous, cette discussion de congrès fut très importante.
C'était le 1er congrès auquel nous participions pleinement,
le précédent étant celui de notre intégration.
Le courant se transforme : ce n'est plus Voix des travailleurs. Certains
ont rompu, nous avons été rejoints par de nouveaux camarades.
Progressivement, nous nous dégageons des origines de notre courant
pour l'élargir, enrichir l'expérience collective de nouveaux
apports.
En 2004, la majorité payera les ambiguïtés de sa politique
en subissant une offensive en règle des tendances hostiles au projet
de force anticapitaliste : l'échec de la campagne avec LO est
stigmatisé, du point de vue
du mauvais score électoral
par rapport à 2002 ! L'échec est ailleurs : c'est
que l'extrême gauche n'a pas représenté une perspective
militante pour ceux qui ont confirmé leur rupture vis-à-vis
de la gauche. Il n'y avait rien d'autre de proposé que voter
Et surtout nous subissons les conséquences de l'échec du mouvement
de 2003.
Une forte pression s'exerce pour revenir à l'ancienne orientation de
l'organisation. Notre courant et une partie de la majorité font bloc.
Mais nous restons les seuls à formuler la continuité politique
2002-2004 autour du plan d'urgence, de la politique de construction d'un parti
des travailleurs pour les luttes, et de l'unité des révolutionnaires.
Ceci dit, l'échec de l'accord avec LO clôt la période
pendant laquelle nous avions formulé notre stratégie de construction
d'un parti des travailleurs essentiellement en terme d'unité LCR-LO.
La responsabilité principale en revient à LO même si la
Ligue n'a pas su ni voulu prendre l'initiative. La façon opportuniste
dont la direction de LO a imposé à celle de la Ligue (qui a
eu tort de céder) de limiter l'accord pour les régionales et
les européennes à un simple accord électoral, par définition
contre-nature entre révolutionnaires, puis l'isolement dans lequel
s'est enfermée LO malgré les sollicitations de la Ligue, ont
indiqué que cette orientation d'unité par en haut si l'on peut
dire devait céder le pas à une politique de regroupement menée
en direction du mouvement social et de la nouvelle génération
militante.
2005 :
politique de front unique ou alignement sur les antilibéraux, au cur
de la contradiction
Depuis l'exclusion de LO, nous formulions le problème de l'articulation
entre la construction indépendante de l'organisation politique et le
front unique pour les luttes. Cette discussion est nécessairement au
coeur de l'intervention des révolutionnaires. Les luttes de 2003 et
2004, avec la mise en place des collectifs interpros, puis des collectifs
de défense de la sécu, puis la campagne contre le TCE, posent
concrètement le problème de l'unité et de l'indépendance
politique des révolutionnaires dans un cadre unitaire avec des courants
réformistes.
Souvent ramené à " signer ou ne pas signer "
l'appel Copernic, le problème posé en 2005 était de mener
une politique de front unique, sans s'aligner sur le PC et une partie des
alter-mondialistes, pleins d'illusions sur les vertus démocratiques
du référendum et sur l'antilibéralisme. Pour nous, il
s'agissait de participer pleinement au mouvement unitaire contre le TCE, en
toute indépendance, en affirmant nos propres perspectives révolutionnaires
et internationalistes. Ce qui, au demeurant, fut pour l'essentiel la politique
de l'organisation.
La difficulté, voire le refus pour certains, de faire vivre cette indépendance,
d'affirmer pleinement notre programme anticapitaliste face à celui
des antilibéraux, a entretenu bien des confusions sur les possibilités
unitaires avec le mouvement antilibéral, surtout au lendemain de la
victoire du non. C'est là que se sont noués les fils de la crise
actuelle.
Le battage autour de " l'insurrection démocratique ",
du " changement de rapport de forces " à
l'issue de la victoire du non, auquel l'organisation a trop cédé,
flattait les illusions électorales et institutionnelles, au moment
où Chirac répondait par la nomination de Villepin et par de
nouveaux décrets contre les travailleurs (CNE
). Alors que tout
l'intérêt de cette victoire politique était de s'en servir
de point d'appui pour tracer la perspective du véritable changement
de rapport de forces, social, par la lutte de classe, qui nécessite
un projet politique clair, celui de l'anticapitalisme.
De fait, durant cette campagne, l'organisation par l'intermédiaire
en particulier de son porte-parole avait mené sa propre campagne dans
le cadre d'un front unique. Et c'est après la victoire du non que la
contradiction est revenue sur le devant de la scène, la direction de
la Ligue se laissant pour une part instrumentaliser par les antilibéraux,
le PC en particulier, qui voulaient intégrer les collectifs dans leur
politique pour revenir au pouvoir dans une nouvelle majorité de gauche.
Il nous faut aujourd'hui dénouer la contradiction pour que l'organisation
soit à même de formuler une politique en direction des autres
forces en fonction des intérêts généraux des travailleurs
en toute indépendance politique.
2007,
un candidat pour préparer un mouvement d'ensemble et rassembler les
anticapitalistes
C'est bien dans l'arène des luttes que les transformations les plus
profondes ont lieu : révolte de la jeunesse des banlieues contre
la misère et les discriminations, mobilisation de la jeunesse étudiante
contre la précarité et les institutions avec la lutte contre
le CPE, lutte des Don Quichotte, grèves contre les licenciements, pour
les salaires
Le monde du travail impose ses problèmes sur le
devant de la scène et il s'agit pour les révolutionnaires de
répondre à ces exigences, tant par la défense de mesures
immédiates (le plan d'urgence) que par un projet en rupture avec le
capitalisme, cause première des problèmes de la société.
Du congrès de janvier à la conférence nationale de juin
2006, la majorité de l'organisation a eu toutes les peines à
décider d'une orientation claire pour répondre à ces
exigences dans la Présidentielle, face à des tendances qui souhaitaient
effacer notre perspective anticapitaliste au nom de l'unité avec les
antilibéraux.
Notre courant a pesé, accompagné les évolutions, pour
avoir une candidature pour les luttes, sur la base d'un plan d'urgence social
et démocratique, pour rassembler les anticapitalistes. Nous menons
cette campagne pour entraîner l'organisation à se construire
dans les entreprises, la jeunesse, les quartiers populaires. Pour se développer,
il nous faut aussi tirer les leçons de l'échec politique des
candidatures unitaires antilibérales : on ne peut pas en même
temps négocier des compromis avec des courants réformistes et
s'affirmer comme une nouvelle force anticapitaliste. Tirer les leçons
aussi de la crise actuelle de l'organisation qui est l'aboutissement de la
contradiction entre la vieille politique de la LCR pour une force qui ne tranche
pas entre réforme et révolution, et la nouvelle politique unitaire
sur des bases anticapitalistes, affirmée dans les campagnes d'Olivier
Besancenot, et développée dans le nouveau manifeste, Tous ensemble
nous pouvons changer le monde.
C'est grâce à cette dernière orientation que l'organisation
peut réussir à se tourner résolument vers les travailleurs
et la jeunesse, les appeler à nous rejoindre, au moment où Olivier
Besancenot apparaît comme le candidat des luttes et des résistances,
et pose à une large échelle la question de la répartition
des richesses, du contrôle des travailleurs et du mouvement d'ensemble
nécessaire pour les imposer.
En
conclusion, pour une démocratie révolutionnaire
La question qui était posée en 1995 au mouvement trotskyste
a pris une acuité et une dimension bien plus grandes. Elle est réellement
devenue la question clé pour l'ensemble du mouvement ouvrier, celui
du moins qui entend préserver son indépendance de classe tant
vis-à-vis de la gauche gouvernementale que du dialogue social. Elle
est au cur des luttes tant sociales que politiques, y compris de la
campagne électorale dans laquelle nous sommes engagées.
Pas plus qu'en 1997, elle n'a en 2007 de réponses tout faites. Mais
il faut la poser en termes politiques et concrets et non en termes d'incantation
ou d'autoproclamation comme le font aujourd'hui encore LO ou d'autres groupes
révolutionnaires plus petits.
Même si nous ne discutons plus de la question de l'unité des
révolutionnaires dans les mêmes termes que dans les années
passées, nous ne pensons pas que LO ait épuisée ses possibilités.
Sous la pression des événements et de la lutte politique, elle
peut encore se dégager de ses erreurs. Ses militants pourront à
nouveau jouer un rôle dynamique dans la bataille pour un parti des travailleurs.
Certes, LO peut s'enfermer dans les raisonnements destinés à
justifier son existence séparée, la politique d'Hardy, et elle
se mettra alors elle-même en marge du mouvement. La réponse dépend
aujourd'hui des militants de LO mais pas d'eux seuls. Elle dépend aussi
et pour beaucoup de la politique que la Ligue sera capable d'avoir et vis-à-vis
du mouvement social en général et vis-à-vis de LO en
particulier.
La majorité de la LCR est elle aussi placée devant des choix :
soit rester empêtrée dans son passé, constamment à
la recherche d'un compromis avec les forces qui, en son sein, continuent de
défendre l'alliance avec la gauche de la gauche, soit se dépasser
dans un projet de regroupement anticapitaliste, et faire du marxisme une théorie
vivante, pratique, pour les luttes d'émancipation, pour construire
le parti nécessaire à ces luttes.
Le succès rencontré par la campagne pour l'urgence sociale et
démocratique autour de la candidature d'Olivier Besancenot crée
les conditions pour construire une telle force, mais ce n'est pas en soi la
réponse. Il faut une stratégie fondée sur une perspective
révolutionnaire.
Notre ambition en 2007 est la même que celle qui nous a animés
au début de l'histoire de notre courant, plus riche, plus forte : participer
au renouveau du mouvement ouvrier et révolutionnaire en tournant le
dos à l'esprit de chapelle hérité de l'après-soixante-huit
en contribuant à un large projet de regroupement dans un même
parti des anticapitalistes, en offrant un cadre politique aux militants syndicaux
qui prennent conscience des limites de la seule action syndicale, aux militants
qui rompent avec le PC et ses ambiguïtés, à tous ceux qui
veulent donner à l'antilibéralisme un contenu conséquent,
celui de la lutte de classe et de l'anticapitalisme, et en premier à
la jeunesse.
Franck Coleman
1-Cité
dans Aux origines de la tendance Voix des travailleurs, Faits et documents
(janvier 1998). Toutes les brochures citées ci-dessous sont disponibles
sur le site d'archives http://membres.lycos.fr/vdt/sommaire.html [retour]
2- Fausses raisons d'une exclusion, vraies raisons d'une rupture, nos perspectives
(mars 1997) [retour]
3- Cité dans Aux origines de la tendance Voix des travailleurs,
Faits et documents [retour]
4- idem [retour]
5- Notre campagne (juin 1997) [retour]
6- La question du parti (avril 1997) ; Aux origines de Vichy : la
faillite de la bourgeoisie française et sa haine des travailleurs
(octobre 1997) ; Il y a 30 ans, Mai 68. La lutte continue (mai 1998)
; La restauration du capitalisme en URSS (décembre 1997) ; L'Europe,
une entente contre les peuples, arène des lutte pour une Europe des
travailleurs (juillet 1998) ; Projet de programme pour un parti démocratique
des travailleurs révolutionnaires (socialiste et communiste) (novembre
1998) [retour]
7- BdT n°1 - Contribution pour un regroupement démocratique
révolutionnaire des travailleurs (socialiste et communiste) (septembre
2000) ; BdT n°2 - La mondialisation ou le nouvel âge du capitalisme,
le libéralisme impérialiste (octobre 2000) ; BdT n°3
- Eléments de discussion sur la question syndicale à l'heure
de la " refondation sociale " et de la mondialisation (novembre
2000) ; BdT n°4 - La question des salaires, clé de la critique
de la marchandisation du monde (janvier 2001) [retour]
8- Republiées dans le Bulletin de tendance n°5 (juillet 2001) Une
page est tournée, ou le bilan du processus de fusion-intégration
de Voix des travailleurs et de la Ligue communiste révolutionnaire
[retour]
9- L'extrême-gauche à la croisée des chemins, n° 135
de Voix des travailleurs (juillet 2000) [retour]
10- idem [retour]
11- Pourquoi Débat militant
? (novembre 2001) [retour]