| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°153
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17 mai 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| De Chirac à Sarkozy, la logique des capitulation de la gauche | ||||||||||
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De
Chirac à Sarkozy,
la logique des capitulations de la gauche
Mercredi, moment
d'émotion au sommet de leur république si l'on en croit les médias,
soucieux de nous faire vivre la passation des pouvoirs qui permettra à
Chirac d'aller témoigner devant la justice et à Sarkozy d'essayer
ses habits neufs de président rassemblant de l'extrême droite à
la gauche
Pour tenter d'imposer une politique violemment hostile à
la population, aux droits des travailleurs, à la jeunesse, dont son futur
Premier ministre, Fillon, est le symbole, lui qui a été successivement
l'homme de la réforme des retraites puis de l'Education nationale.
Rodé au maniement des grands mots et des phrases creuses, dans son premier
discours de président, Sarkozy a rabâché ses thèmes
de campagne " réhabiliter les valeurs du travail, de l'effort,
du mérite, du respect
rompre avec les comportements du passé
"
pour promettre " de respecter la parole donnée et de tenir
ses engagements ". Le même, deux jours auparavant, dans
un élan du cur, résumait le fond de sa pensée en
s'adressant à l'UMP, réticente à la nomination de Kouchner
comme ministre des affaires étrangères : " la
fidélité, c'est pour les sentiments. L'efficacité pour
le gouvernement " Tout un programme à l'image de Sarkozy !
Mais il faut dire qu'avoir des adversaires si complaisants est une aubaine dont
la droite ne manque pas de profiter pour mettre en uvre la politique de
la grande coalition gauche-droite, à la française, petites manuvres,
coups tordus, trahison, reniements
Ces médiocres marchandages ont
au moins le mérite d'étaler au grand jour ce qui est plus qu'une
convergence entre la gauche et la droite, des connivences personnelles tissées
pendant des années dans les allées du pouvoir entre gens qui partagent
le même arrivisme et le même mépris de la population et des
travailleurs.
Cette farce de l'ouverture à la sauce Sarkozy est l'aboutissement d'années
de cohabitation inaugurée par Mitterrand et Chirac en 1986 dont la conclusion
fut le 21 avril puis le 5 mai 2002. Le 21 avril, droite et gauche étaient
l'objet d'un même désaveu dans la population, d'un même rejet
qui les a conduites à se retrouver, le 5 mai, derrière Chirac.
Le vote Chirac donnait les pleins pouvoirs à la droite pour accélérer
les réformes que Chirac et Jospin avaient engagées ensemble, en
particulier lors des accords de Lisbonne en mars 2000. La gauche était
prisonnière de sa double capitulation. Elle avait abdiqué de toute
velléité de changement pour se plier aux exigences du capitalisme
libéral et n'avait pas trouvé mieux que de se jeter dans les bras
de la droite pour se protéger de Le Pen dont ses propres reniements avaient
nourri l'ascension.
Sarkozy n'avait plus qu'à accompagner le mouvement, jouer l'homme de
la rupture avec la droite de cohabitation, la droite-Chirac, pour prôner
le changement et flatter dans un méli-mélo populiste les préjugés
réactionnaires de l'extrême-droite et les aspirations des travailleurs
trahis par la gauche
Et, pour porter l'estocade, offrir au centre droit,
au centre gauche et à des personnalités socialistes de rejoindre
son rassemblement jusqu'au gouvernement. En prime, il s'est permis de recevoir,
avant même sa prise officielle de fonction, les dirigeants des grandes
confédérations syndicales que Raffarin avait su associer officiellement
à la politique du " diagnostic partagé ".
Les discours catastrophistes et alarmistes qui ont suivi l'élection de
Sarkozy auraient voulu grandir le petit personnage pour minimiser la défaite
de la gauche, de toutes les composantes de l'ex-gauche plurielle. Mais la victoire
de Sarkozy est bien l'aboutissement d'une longue série de capitulations
d'une gauche intégrée au capitalisme, à ses institutions
et à la politique libérale.
L'ambition de Sarkozy a patiemment mûri dans la serre chaude des luttes
byzantines au sein de la droite elle-même et entre la droite et la gauche
dans le cadre de la cohabitation inaugurée par Mitterrand et Chirac en
1986. Il a su se couler dans le moule pour travailler à sa propre ascension,
doué d'une absence totale de conviction autre que son appétit
de pouvoir, et, en cela, digne fils de Chirac. C'est cette absence totale d'idées
autres que celle de son propre arrivisme qui a permis à Sarkozy de se
mouler dans la politique de Chirac-Raffarin-Villepin pour jouer l'homme de la
rupture en chassant sur les terres de l'extrême droite tout en vantant
Jaurès pour finir par acheter des socialistes pour le compte de son gouvernement.
Un tel parcours n'a été possible que grâce aux capitulations
des socialistes. Le vide politique de Sarkozy n'a de force qu'en réponse
à leur propre abdication grâce au soutien du Medef.
D'une certaine façon, là est le danger. Instrument du Medef n'ayant
d'autre politique que d'attaquer les droits des salariés et de la population,
contraint de trahir toute fidélité à ses propres engagements,
le démagogue n'aura d'autre choix que la fuite en avant pour entretenir
les faux-semblants, l'illusion, cacher le fait que le petit homme a des habits
trop grands pour lui.
C'est aussi sa faiblesse. Mais, là encore, il peut compter sur ses adversaires.
Le PS qui appelle à respecter " le verdict des urnes ",
les transfuges qui courent apporter leur aide, les dirigeants syndicaux tout
empressés à donner du crédit aux mensonges du démagogue
populiste. Et on se demande qui est le pire de Kouchner ou de Thibault qui,
en toute conscience de la nature des attaques dont Sarkozy a établi le
calendrier, se dit satisfait des garanties que ce dernier lui aurait données
et qu'il jugera aux actes !
La légitimité de Sarkozy loin d'être inattaquable est minée
de contradictions. Il est l'homme d'une minorité de privilégiés,
des Bolloré, Pinault, Arnaut, Lagardère et autres Bouygues. Son
discours sur la valeur travail ou " ceux qui se lèvent tôt "
est vide, écran de fumée qui ne peut être crédible
que parce que ceux qui prétendent le combattre mentent tout comme lui.
Le cynisme de Sarkozy ne fonctionne que parce qu'il n'a en face de lui, dans
le théâtre des institutions, que le cynisme de ceux qui prétendent
parler au nom de la démocratie, du progrès, des travailleurs et
des classes populaires.
La victoire de Sarkozy est leur défaite, elle n'est pas celle du monde
du travail.
Cette défaite pourrait, demain, devenir celle des travailleurs si nous
n'étions pas capables de réagir, d'en tirer les enseignements
pour nous donner les moyens de préparer une contre-offensive. Il y a
urgence et les jeunes, bien des travailleurs, des militants en ont pris conscience.
Il apparaît sans ambiguïté que pour résister, préparer
la contre-offensive du monde du travail et de la jeunesse il faut engager un
mouvement de reconstruction du mouvement ouvrier tant sur le terrain social
que politique. Le Parti communiste était la seule force qui, au sein
de cette gauche gouvernementale et bourgeoise, exerçait une pression
dans le sens des intérêts des travailleurs bien que lui-même
ait depuis longtemps abdiqué de ses propres idées. Il les avait
monnayées en donnant son appui et sa caution au PS en échange
de son intégration à la vie politique nationale dans les institutions.
Ses propres capitulations et reniements ont permis à Mitterrand d'abord
puis à Jospin, de le laminer par les mêmes méthodes que
celles que Sarkozy emploie contre le PS. Aujourd'hui, le PC est effondré.
Une page est tournée.
Un mouvement s'engage pour organiser les résistances et les luttes. Les
jeunes qui manifestaient mercredi, ceux qui dans les facs et les lycées
tiennent des AG, discutent de moyens de réagir ont raison. Ils ont raison
de s'opposer à tous ceux qui leur prêchent la résignation,
dénoncent les jeunes qui osent contester " le verdict des urnes "
parce qu'ils ont peur de la jeunesse qui refuse d'abdiquer, de capituler devant
le caractère profondément antidémocratique des institutions,
de la machine étatique comme des médias et de l'ensemble de la
société soumise à la loi du fric. Oui, cette démocratie
est une machine à duper le peuple, à le dominer pour lui faire
approuver une politique qui, quel que soit l'élu, sera contraire à
ses intérêts car soumise à ceux des classes dirigeantes.
Ceux qui appellent à respecter le verdict des urnes et justifient la
répression contre les jeunes sont les mêmes qui ont préparé
le terrain de la victoire de Sarkozy.
La jeunesse aspire à une réelle démocratie, c'est-à-dire
le droit pour le plus grand nombre de décider et de contrôler la
marche de la société et en particulier les élus. Elle n'est
pas comptable des capitulations, des reniements, des trahisons de la gauche,
elle veut prendre l'avenir en main, elle a raison.
Et pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui n'ont pas abdiqué de changer
le monde, de lutter pour la dignité et le droit des opprimés,
pour l'émancipation, loin de céder à la démoralisation
des gens faillis, s'ouvrent une nouvelle perspective riche de possibilités.
C'est de cette rupture de la jeunesse avec les vieux partis sociaux-démocrates
et staliniens que naît un nouveau mouvement capable de représenter
réellement les travailleurs et les opprimés. Au cur de ce
mouvement pour rassembler les forces de ceux qui veulent lutter, nous entendons
contribuer à redonner vie aux idées de la lutte de classe, à
la perspective de transformation révolutionnaire de la société,
seule perspective de démocratie, de progrès, d'épanouissement
humain.
C'est un large débat qu'il nous faut ouvrir.
Yvan
Lemaitre