| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°159
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28 juin 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| De l'agitation présidentielle à... l'agitation sociale | ||||||||||
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De l'agitation présidentielle à l'agitation sociale
" Traité
simplifié ", conférence sur le Darfour, mise en uvre
à marche forcée des réformes de l'Université, des
heures supplémentaires, de la protection sociale, footing matinal
Sarkozy ne cesse de courir. " En un mois et demi, il s'est passé
plus de choses qu'en deux ans ", dit-il, dupe de lui-même
et de sa propre agitation.
Quelques jours après un second tour des Législatives qui n'a pas
tenu les promesses escomptées, le nouveau président s'est adressé
aux parlementaires de la majorité dans un discours d'une heure, instructive
synthèse de ses prétentions politiques.
Avec toute la modestie qui le caractérise, il n'a pas hésité
pas à se faufiler à la hauteur des grands destins historiques :
" Les Français ont mis entre nos mains le destin de la France.
Les Français nous ont confié pour cinq ans la responsabilité
d'écrire l'histoire de France [
] Au Havre, j'ai cité Danton
criant devant la Convention quand la France était assiégée
par toute l'Europe : De l'audace, toujours de l'audace, encore de l'audace et
la France sera sauvée ! "
Son ambition politique n'est rien moins que redonner à " la
France ", qui " souffre " dans un monde soumis
à la mondialisation, la place qu'il estime qu'elle devrait tenir :
au premier plan, faisant jeu égal avec les grandes puissances, les USA,
la Chine, et retrouvant sa place de leader d'une Europe guérie de l'échec
du référendum, aux côtés de quelques " grands
pays ", Grande Bretagne, Espagne, Allemagne. " Le peuple
français, dit-il, est un grand peuple, qui a une grande histoire,
qui a une grande culture, qui peut encore étonner le monde
".
Car en effet, comment être un " grand président ",
si le pays n'est pas à la hauteur ?
Pour y parvenir, tout est dans " l'audace et la vérité " :
"
face à la toute-puissance des marchés, face
à l'émergence de l'Inde et de la Chine, face aux dumpings monétaires,
sociaux, écologiques, il n'y a pas d'autre choix possible que l'audace
et que la vérité ". " Audace "
et " vérité "
pour conduire les réformes
économiques et politiques dont la " France abesoin ".
Réformes dont Sarkozy vante la modernité, mais qui ne sont qu'une
resucée des réformes libérales mises en chantier depuis
bien longtemps par le patronat et les gouvernements qui se sont succédés
depuis des décennies.
Mais le rêve de puissance, le " rêve américain "
du petit Sarkozy se heurte déjà à la dure réalité
de la situation sociale et politique, internationale comme intérieure.
N'ayant guère les moyens de son ambition, il ne lui reste que bluff,
duplicité, esbroufe, coups tordus et mauvais coups.
Europe
et Darfour : entente de brigands et mise en scène
Fin de semaine dernière, les " habiles diplomates "
Kouchner et Sarkozy auraient réussi à dénouer la crise
des institutions européennes, résultat de l'échec de la
mise en place du TCE. Le tour de passe-passe a consisté à présenter
un " traité simplifié ", débarrassé
de quelques formules, mais reprenant ce qui constituait l'essence même
du TCE, l'institutionnalisation d'une Europe des patrons. Le déroulement
du sommet européen éclaire sur la nature du traité de Sarkozy :
un " accord " entre gouvernements aux intérêts
concurrents, au rapport de force, à travers des discussions de couloir,
et en se gardant bien, cette fois, de demander son avis à la population.
Sur le terrain politique, ce qui est présenté comme le résultat
du talent de Sarkozy est avant tout la petite et médiocre revanche des
dirigeants européens sur tous ceux qui, en 2005, s'étaient opposés
à la mise en uvre du TCE. Merkel et Barroso en ont orchestré
la mise en uvre, mettant en avant Sarkozy, lui offrant une scène
du haut de laquelle il a pu se vanter de son " geste " bidon,
vis-à-vis de ceux qui avaient dit non : supprimer la phrase sur
la " concurrence libre et non faussée ", ajouter
la référence à une Europe protégeant ses citoyens
A peine la question
du traité européen liquidée, se tenait à Paris une
réunion sur la situation au Darfour. Se sont retrouvés autour
d'une même table, outre Kouchner et Sarkozy, le secrétaire général
de l'ONU ainsi que les représentants de 17 pays, dont les Etats-Unis,
représentés par Condoleezza Rice, la Russie et la Chine
Tous y sont allés, devant les caméras de télévision,
de leur couplet humaniste, de leurs larmes de crocodile sur le sort de populations
injustement massacrées, de leur volonté d'exiger que prenne fin
cette situation insupportable
Mais il bien évident que ce qui s'est réellement discuté
hors caméra, ce sont avant tout les modalités du partage de l'immense
réserve de pétrole que constitue le sous-sol d'une partie du Darfour
entre les compagnies pétrolières qui se disputent le pactole depuis
plus de 20 ans : les compagnies US Exxon et Chevron (dont C. Rice est une
ancienne dirigeante), Total et la société britannique White Nil,
ainsi que la compagnie pétrolière chinoise China National Petroleum
Corporation. Et de comment faire accepter au gouvernement soudanais et à
son soutien chinois, la présence de " forces de paix "
censées protéger les populations, mais avant tout destinées
à assurer la sécurité nécessaire à l'exploitation
de ces ressources pétrolières. La réunion s'est achevée
sans annonce de mesures concrètes et nous ne savons rien de ce qui s'est
réellement décidé. Mais pour Kouchner, " l'avenir
s'est éclairci ", il y aurait même " une
petite lueur au fond des ténèbres "
En guise de lueur, on a surtout vu celle des flashs qui ont fixé pour
la postérité Sarkozy tenant le coude de Condoleezza Rice se penchant
sur les malheurs du monde
Car si Sarkozy est bien évidemment venu,
avec son compère Kouchner, défendre les intérêts
de Total et jouer les utilités, il n'en oublie pas pour autant d'assurer
sa propre promotion.
Réformes
impopulaires contre bluff populiste
Dans les domaines social et politique intérieurs, les annonces pleuvent :
TVA sociale, franchise médicale, réforme de la législation
du travail, réforme des heures supplémentaires
Malgré
les tentatives cyniques du gouvernement de maquiller ces reculs sociaux en avancées
aux effets bénéfiques pour tous, il est clair qu'il s'agit d'une
attaque en règle contre les salariés et la population la plus
défavorisée ; d'une politique au profit des plus riches,
qui vont bénéficier, eux, du paquet fiscal et autres exonérations
de droits de transmission.
Les réformes que Sarkozy nous présente comme censées résoudre
tous les maux qui frappent " les Français "
ne sont qu'un relookage du programme libéral de la bourgeoisie, tel qu'il
a pu être discuté au sommet de Lisbonne en 2000, auquel participait
le duo Jospin-Chirac, et bien avant. La mise en place de ces réformes
s'est pratiquement toujours heurtée à une opposition sociale.
Juppé en 1995, Allègre en 2000, en avaient fait les frais. En
2003, la réforme Fillon des retraites avait donné lieu à
plusieurs semaines de grèves et de manifestations. Fillon l'avait emporté,
certes, mais au prix fort. Et un an après la gifle de la victoire du
NON au TCE, c'était, au printemps 2006, la victoire des étudiants
contre la mise en place du CPE, obligeant le gouvernement et Chirac à
remballer une loi pourtant votée au Parlement
Sarkozy voudrait bien être celui qui a réussi à faire passer
ces réformes, en fidèle serviteur du Medef. Condamné à
mener une politique qui ne peut que susciter la colère et la révolte
populaires, le populiste Sarkozy tente de profiter de toutes les occasions pour
mettre en scène son talent d'illusionniste, poser à " l'homme
qui réussira là où les autres ont échoué ",
tout en forçant le rythme des attaques pour tenter de prendre de court
la riposte sociale qui menace.
Une
opposition parlementaire et syndicale paralysée
Il est vrai qu'il n'a pas beaucoup de soucis à se faire du côté
de ses adversaires institutionnels. Les députés d'opposition sont
occupés à organiser leur vie future à l'Assemblée
nationale, encore tout étonnés de s'y retrouver aussi nombreux.
Ils n'ont que quelques commentaires à accorder à la politique
de Sarkozy. Quand ils n'interviennent pas pour lui donner raison, telle S. Royal
avouant, au moment même où Sarkozy décide de ne pas donner
de " coup de pouce " au SMIC, que le programme qu'elle défendait
à la présidentielle, elle n'y croyait pas elle-même, que
demander un SMIC à 1500 euros (brut pour dans cinq ans), c'était
de l'utopie, tout comme la généralisation des 35 heures
Les confédérations syndicales, pour leur part, sont totalement
paralysées. Invitées par le gouvernement à discuter sur
tous les chantiers ouverts, elles ont toutes accepté de venir sur le
terrain du gouvernement et du patronat, au nom du refus de la " politique
de la chaise vide ".
Le 19 juin, elles ont rencontré la représentante des patrons,
Parisot, pour un échange sur la réforme de l'assurance-chômage,
la redéfinition des contrats de travail et la sécurisation des
parcours professionnels. A l'issue de cette réunion, les " partenaires
sociaux " se sont fixés pour objectif " d'aboutir
à des avancées significatives " et une première
réunion de travail, en vue de préparer ces " avancées ",
est fixée au 4 juillet
Tout un programme, bien dans la ligne du
" diagnostic partagé " obtenu par Fillon sur la réforme
des retraites en 2003.
Concernant l'annonce
du gouvernement de limiter la hausse du SMIC au minimum légal, Mailly,
secrétaire général de FO, s'est contenté de regretter
que l'on ait " raté l'occasion de franchir la barre symbolique
des 1000 euros net " ! La CGT, dans une déclaration de
Maryse Dumas, répond, elle, en mettant en avant sa revendication d'une
" revalorisation du Smic à 1 500 euros et la répercussion
de cette augmentation sur l'ensemble des salaires pour les tirer vers le haut. ".
Elle termine en rappelant que " les conflits salariaux sont plus
nombreux, qu'ils touchent un plus grand nombre d'entreprises et de salariés "
et qu'une " majorité d'entre eux débouchent sur des
succès ". Elle " appelle à les développer
partout et à préparer dans un cadre de fortes mobilisations unitaires
la conférence sur l'emploi et le pouvoir d'achat, prévue pour
la rentrée ". Les perspectives de mobilisation restent
dominées par le calendrier officiel fixé par le gouvernement.
Les salariés sont appelés à faire pression. Cette déclaration
reflète les contradictions qui se jouent au sein du syndicat, entre une
direction dominée par son adversaire, et une base militante soumise à
la réalité du terrain, et digérant mal les attitudes de
Thibault, posant pour la presse main dans la main avec Parisot, ou se rendant
à toutes les sauteries organisées par le gouvernement.
Le déroulement de la discussion sur la réforme de l'Université est, quant à lui, significatif de la " méthode Sarkozy ". A l'issue d'une première réunion, lundi 25 juin, menée par la ministre V. Pécresse, et devant les réticences manifestées par les " partenaires sociaux " - la FSU ayant été jusqu'à quitter la réunion -, Sarkozy a décidé de reporter d'une semaine la présentation du projet de loi devant le conseil des ministres et de rencontrer lui-même les divers partenaires ; avec succès, semble-t-il, puisque tout le petit monde qui s'est succédé dans son bureau mardi 26, est ressorti en manifestant l'espoir que tout était en bonne voie et en louant les qualités d'ouverture du Président Il espère avoir ainsi mis les " partenaires institutionnels " dans sa poche, et compte sur les vacances pour désamorcer toute contestation étudiante et faire passer en douceur la loi de la réforme de l'Université. Mais bien malin qui peut préjuger de ce qui se passera réellement, loi votée ou pas, dès maintenant ou à la rentrée
De
l'audace, pour mettre en échec la politique de Sarkozy
La course aux postes des uns, la paralysie manifeste des autres ne fait qu'accentuer
la rupture entre les travailleurs, les militants du rang, les jeunes, et les
institutions politiques censées les représenter. L'idée
se confirme clairement que l'on ne peut rien attendre de l'opposition parlementaire.
Et que les confédérations syndicales ne sortiront de l'ornière
du dialogue social que si elles y sont contraintes par des mobilisations se
développant en dehors de leur contrôle.
Si quelque chose freine Sarkozy et le rend prudent, c'est justement la crainte
de l'intervention des salariés, des jeunes, qui ont montré par
le passé leur capacité à se mobiliser. Sarkozy joue au
super Raffarin pour faire passer ses réformes, mais en évitant
l'affrontement. Il cherche, tout comme le patronat, en prenant le temps de déminer
le terrain, à associer les " partenaires sociaux "
aux décisions, comptant sur leur " sens des responsabilités "
et le pouvoir de la flatterie.
Le succès électoral de la droite, la force de Sarkozy, résident
essentiellement dans l'impuissance de l'opposition politique et syndicale à
lui opposer une autre politique, une politique se plaçant sur un terrain
de classe, une politique pour laquelle patrons et gouvernement sont des ennemis
à combattre et non des partenaires avec qui chercher des solutions.
A l'occasion du dernier salon aéronautique du Bourget, où se sont
accumulées les commandes pour Airbus, on a pu mesurer à quel point
les affaires vont bien pour la bourgeoisie. L'économie tourne à
fond, et c'est la raison pour laquelle patronat et gouvernement tiennent tant
à éviter tout affrontement social qui perturberait les affaires.
C'est pourquoi, loin de baisser les bras devant le soi-disant " Etat
fort " que constituerait le pouvoir de Sarkozy, il nous faut affirmer
clairement que la riposte est possible, et même que les conditions, avec
une économie qui tourne et un patronat désireux d'en profiter,
pourraient être favorables à une offensive.
Cela ne peut que nous conforter dans la volonté de faire une propagande
systématique pour démasquer l'imposture des " réformes "
Sarkozy, leur caractère de classe, et leur opposer une large agitation
politique sur nos propres exigences, sur les salaires, l'emploi, le temps de
travail, la législation sociale
Et il nous faut prendre des initiatives, en profitant des relations qui se sont
tissées lors des mouvements précédents, en vue de regrouper
salariés, jeunes, militants d'associations, syndicaux ou des partis de
gauche qui ont franchi le pas de la rupture, et se posent la question de s'organiser
pour mettre en échec Sarkozy et ses attaques.
Eric
Lemel