| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°169
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27 septembre 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Contre Sarkozy, une seule riposte : faire converger nos luttes ! | ||||||||||
| Retour sur la fête de l'Huma, confrontation et vérification des choix politiques | ||||||||||
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Contre
Sarkozy, une seule riposte :
faire converger nos luttes !
Le Medef en avait
rêvé en 2000, avec sa "refondation sociale". Sarkozy
le fera. Ce sera donc le "nouveau contrat social".
Comme d'habitude, le personnage a le sens de la formule quelque peu emphatique.
Mais il est vrai que tout y passe : sécu, retraite, statut de la
fonction publique, contrat de travail
Le fondé de pouvoir du patronat
à l'Elysée semble bien décidé à tout passer
à la moulinette.
Cette accélération ne s'explique pas uniquement par sa volonté
d'incarner la "rupture". Le temps presse désormais, il s'agit
de faire passer le maximum de réformes avant que la crise venue des Etats-Unis
ne paralyse l'action du gouvernement.
C'est aussi une manière de mettre tout le monde sous pression. "L'Etat
est au bord de la faillite" : la petite phrase de Fillon est le
complément des rodomontades de Sarkozy sur la croissance. Car il faudra
bien s'expliquer un jour sur les promesses qui ne seront pas tenues. C'est aussi
un moyen de présenter les réformes comme inévitables. Un
comble, après les 15 milliards de cadeaux fiscaux au patronat et aux
riches cet été !
Fillon comme Sarkozy prétendent nous sauver de la faillite. Mais c'est
leur politique qui nous y mène tout droit. Une politique de classe cynique
et à court terme, qui risque surtout d'accélérer les dysfonctionnements
de l'Etat -pourtant bien utile aux capitalistes- sans résoudre en quoi
que ce soit les problèmes auxquels ils sont confrontés, cette
crise erratique du système financier qui ne fait que commencer.
Cette politique voudrait paraître sûre d'elle-même. Elle est
en réalité soumise à des pressions contradictoires. Sarkozy
multiplie les annonces et les injonctions. Pourtant, il manifeste en même
temps une extrême prudence. Le souvenir cuisant des manifs du CPE rapelle
qu'il y a encore des secteurs entiers de la population qui peuvent résister,
tenir, gagner l'opinion
et finir par faire reculer le gouvernement, au
moins partiellement. Sarkozy craint l'affrontement tout en attaquant sur tous
les fronts pour impressionner, paralyser toute riposte. Il se pourrait bien
qu'il aboutisse à l'inverse en obligeant les directions syndicales à
sortir de leur passivité
Les
syndicats et partis de gauche en service minimum
Les choses ont en effet commencé à changer depuis une quinzaine
de jours. Les annonces ont même tendance à se multiplier. Après
le 29 mai sur les franchises, ce sera le 13 octobre puis surtout le 18 octobre
à la SNCF. Les syndicats d'EDF et GDF y appellent également. D'autres
peut-être, dans d'autres secteurs, pour la défense des retraites.
Le mécontentement croissant fait pression, cherche à s'exprimer.
Du côté des fonctionnaires, les fédérations discutent.
Elles ont décidé de se revoir le 1er octobre dans l'hypothèse
d'une grande journée de toute la fonction publique. La CGT, quant à
elle, semble vouloir se joindre à la manifestation prévue à
l'origine sur les conditions de travail, à l'initiative de plusieurs
associations de défense des travailleurs handicapés ou victimes
de l'amiante. Et les partis de gauche, même le PS, ne veulent pas être
en reste.
Ces diverses initiatives contrastent heureusement avec l'absence totale de réaction
durant les mois précédents, alors que Sarkozy, lui, n'a pas chômé
depuis l'été. En ce sens, elles peuvent être un encouragement
pour des militants et des travailleurs jusqu'ici déboussolés et
même en partie démobilisés par ce qui ne pouvait apparaître
que comme une forme de renoncement et de capitulation de la part de leurs organisations.
Ces initiatives sont pourtant largement en dessous de ce qu'il serait nécessaire
et sans doute possible de faire dans les semaines qui viennent.
Ce qui manque, ce sont des journées d'action qui préparent un
vrai plan de mobilisation, avec des perspectives, et des étapes clairement
tracées. Pour gagner, après chaque journée, davantage de
forces et d'assurance pour aller vers le tous ensemble, et d'autres bagarres
qui ne seront pas d'une seule journée ! Ce qui manque, ce sont des réponses
à la hauteur des attaques de Sarkozy.
Les directions syndicales sont en train de multiplier les journées sectorielles,
comme une rentrée sociale " classique ". Pourtant les annonces
de Sarkozy la semaine dernière n'ont rien d'ordinaire. Si on le prend
au mot, c'est bien une refondation sociale qu'il nous annonce. Nous sommes tous
visés, tous concernés. C'est un projet d'ensemble, mais il n'y
a, pas même en perspective, pas même en parole, l'idée que
c'est bien tous ensemble qu'il faudrait riposter !
Alors que c'est bien cette riposte, plus que jamais, qui est d'actualité.
Des
travailleuses et des travailleurs, des équipes militantes qui n'ont pas
dit leur dernier mot
Les directions syndicales comme les partis de la gauche se sentent obligés
aujourd'hui de réagir un peu plus, mais restent empêtrés
dans leurs calculs d'appareil.
Le PS ne veut pas entendre parler de lutte et n'est pas en désaccord
sur le fond avec une série de mesures. Ce qu'il veut, c'est unir dès
aujourd'hui la gauche de gouvernement dans un comité de liaison permanent
qui discute programme (libéral) et postes à se répartir.
Le PCF, pour ne pas perdre ses dernières municipalités et ne pas
lui déplaire, le conteste assez peu.
Quant aux directions des grandes confédérations syndicales, CGT
incluse, elles ne contestent que très peu elles aussi le contenu des
attaques gouvernementales. Pour elles, comme pour la gauche, c'est la forme
qui, paraît-il, serait choquante. Sarkozy ne prend décidément
pas assez de gants pour faire semblant de négocier, alors qu'effectivement
tout est décidé d'avance et qu'à défaut de mobilisation
d'ampleur -ce qu'elles ne préparent pas non plus- le résultat
est connu d'avance !
La décision de participer à quelques journées d'action
n'est là que pour rappeler à l'Elysée qu'il ne suffit pas
de les compromettre en les invitant régulièrement à un
tête à tête. Il faut aussi donner le change autour du tapis
verts, dans des délais plus raisonnables et un peu plus crédibles.
Mais il n'est pas dit non plus que les militant-e-s et le monde du travail aient
dit leur dernier mot. Le mécontentement, l'inquiétude sont croissants.
Après plusieurs mois de passivité ou d'écurement
face au spectacle que le Parti socialiste a donné de lui-même,
l'idée que l'affrontement est désormais inévitable commence
à faire son chemin. La victoire du CPE n'est pas oubliée, l'idée
du tous ensemble est loin d'avoir disparu.
C'est cette pression que commencent à sentir et à exprimer à
leur façon les directions syndicales, même si leurs initiatives
leur servent avant tout à se dédouaner. De fait, ces initiatives
posent la question des suites, de comment faire céder Sarkozy. Avec les
militants que nous côtoyons régulièrement dans les villes
et les entreprises, et qui n'apprécient pas plus que nous l'inertie,
voire les discours de compromission, s'ouvre la discussion sur la nécessité
de préparer cette riposte d'ensemble, sans attendre.
Les difficultés sont réelles. Il y a bien sûr la stratégie
de Sarkozy qui cherche à nous diviser, en multipliant les dossiers et
en cherchant à monter une catégorie contre une autre. Ce n'est
pas facile, car si nous voulons réellement riposter et préparer
dans les semaines qui viennent une véritable campagne d'agitation, il
nous faut taper nous aussi sur quelques clous, et ne pas en rester à
une dénonciation très générale de sa politique.
Il nous faut également réagir sur le terrain que Sarkozy a choisi
lui-même pour porter l'attaque, même si le sujet n'est pas facile,
comme les régimes spéciaux.
Mais même confrontés à ces difficultés, il ne faut
surtout pas perdre de vue la nécessité du tous ensemble et d'une
riposte globale. C'est la priorité et c'est d'ailleurs en train de prendre
une nouvelle actualité, au moment où des initiatives commencent
enfin à être prises, mais en ordre dispersé. C'est pourquoi
nous avons intérêt, si nous voulons peser même un peu sur
la situation générale à nous coordonner et à agir
dans le même sens.
Gageons que sur les franchises, sur les régimes spéciaux, et sur
quelques autres revendications essentielles, nous saurons partager avec bien
d'autres la préoccupation de ne pas en rester à des initiatives
dispersées, pour ne pas nous faire battre une nouvelle fois les uns après
les autres !
Jean-François
CABRAL
Retour sur la Fête de l'Huma, confrontation et vérification des choix politiques
La fête de
l'Humanité qui s'est tenue les 14, 15 et 16 septembre a été
l'occasion de multiples débats et confrontations politiques, à
travers lesquels chacun a pu vérifier l'actualité des propositions
de la LCR face à l'incurie patente du PS et du PC, et cela devant militants
communistes et sympathisants de gauche au sens large. Elle a également
permis d'aborder les questions politiques qui vont être au centre des
débats dans les mois à venir, en particulier les municipales,
et la manière dont nous pouvons peser dans ces débats.
Des
orientations inconciliables
Lors du premier débat depuis les présidentielles entre le PS,
le PC, les verts et la LCR, l'applaudimètre a, pour une fois à
la fête de l'Huma, exprimé l'intérêt du public, indépendamment
d'une claque dûment maîtrisée comme le PC savait si bien
le faire il n'y a pas si longtemps encore : que Hollande dans une version
"gauche" de son refus d'envisager l'ombre d'une résistance
dans la rue au gouvernement se fasse siffler montre qu'il n'a plus aucun crédit
dans ce public. Il faut dire qu'il a fait fort, lorsqu'il s'est escrimé
à expliquer, à propos du collectif Riposte, qu'on ne peut pas
mobiliser sur les régimes spéciaux
parce qu'il y a également
des problèmes sur le pouvoir d'achat, ou la Sécurité Sociale !
Marie-Georges Buffet, devant son public, a essentiellement été
applaudie dans ses appels à l'unité de toute la gauche, même
si tout le monde voyait bien que l'enjeu principal n'était pas de préparer
les mobilisations mais d'arracher des engagements au PS pour les élections
municipales. Et cela d'autant que la veille, Hollande avait claironné
les ambitions de son parti de rafler un certain nombre de municipalités
PC. Engagements qu'elle n'a bien évidemment pas obtenus, le PS n'étant
pas du tout décidé à se lier les mains avec le PC. C'est
pour cela qu'Olivier Besancenot a été très largement applaudi
en étant le seul à poser le problème de la construction
unitaire des mobilisations, qui articule une riposte immédiate sur les
régimes spéciaux et un programme d'urgence pour préparer
un mouvement d'ensemble du monde du travail, et en rejetant toute négociation
électorale. Ce à quoi Hollande et Buffet ont répondu que
c'était le terrain électoral qui primait.
Ce débat, ainsi que tous ceux qui l'ont prolongé dans les allées
de la fête entre les militants de la LCR et le milieu du PC, ont permis
de prendre acte, à un moment donné, des positions des uns et des
autres. Débats éclairés par la confrontation avec les faits
et les actes de chacun
Il apparaît en effet clairement que le PS n'a aucune opposition de fond
à la politique de Sarkozy. Par conséquent, le clivage droite/gauche
n'apparaît plus comme un clivage social ainsi que le PC l'a toujours présenté,
et si le PC fait des accords électoraux pour sauver ses élus (et
donc son appareil), ce ne sera pas un accord sur des bases politiques qui tireraient
le PS à gauche. Mais bien l'inverse.
Pendant le débat, un rendez-vous avait tout de même été
pris pour une réunion qui remette sur pied le collectif Riposte (qui
avait soutenu la mobilisation des jeunes contre le CPE) après le discours
de rentrée de Sarkozy le 18 septembre. Une semaine et trois réunions
plus tard, les tergiversations de ce collectif réunissant les directions
des partis du PS à la LCR montrent qu'il est bien difficile de concilier
la construction des mobilisations et les préoccupations électoralistes.
Se
regrouper pour construire une riposte de classe
Ainsi les débats sont ouverts : face aux attaques de Sarkozy, il faut
discuter la nécessité de s'organiser pour mener la lutte des classes.
Pense-t-on que cette lutte se mènera par des alliances électorales
avec des forces qui n'ont pas d'alternative, ni dans la rue, ni en terme de
projet social ? Les militants du PC savent parfaitement qu'une nouvelle alliance
signifiera des reniements supplémentaires, sans leur garantir en quoi
que ce soit de ne pas perdre de nouvelles positions. La question qui leur est
posée est donc clairement de savoir si leur priorité est de sauver
un appareil en perdition, sans projet (le programme devient la "visée"
communiste !), ou s'il s'agit de se saisir des prochaines échéances
électorales pour discuter de la construction des mobilisations sociales
et de la refondation d'un projet de transformation socialiste et communiste,
contre la course folle de la mondialisation capitaliste. Et il leur faudra choisir,
parce que la LCR ne leur proposera pas de solution de compromis et défendra
en toute indépendance ses perspectives.
L'écoute tendue, attentive, de nos propositions défendues par
Olivier Besancenot exprime cette nouvelle réalité. Les révolutionnaires
ne sont plus les donneurs de conseils qui viennent harceler les grands partis
et dont ceux-ci peuvent se servir comme force d'appoint ou comme repoussoir
selon les situations. Bien sûr, sur le plan numérique, nous sommes
très loin de faire jeu égal avec ces partis, pourtant leurs dirigeants
sont contraints de discuter avec nous, parce que leurs militants sont sensibles
à nos idées qui sont débattues autour d'eux dans les entreprises
et dans la jeunesse. Nous avons pu vérifier à quel point nos idées
polarisent le débat politique si nous sommes capables de les défendre
sans concession et dans un esprit démocratique.
Le défi qu'il nous faut relever dans les prochains mois est de réussir
à regrouper ceux qui doutent et discutent pour devenir, ensemble, une
force capable de peser dans les luttes et de construire un projet politique
libérant toutes les énergies disponibles pour la lutte sociale,
et pour donner toute leur actualité aux idées du socialisme et
du communisme.
Cathy
Billard