| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°173
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25 octobre 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Après le 18, un programme pour unifier les luttes | ||||||||||
| Vénézuéla : Parti des travailleurs ou parti chaviste ? | ||||||||||
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Après
le 18, un programme
pour unifier les luttes
Dès le matin
du 18, aux AG de cheminots, le vote sur la reconductibilité ou pas de
la grève posait de façon directe la question des suites d'un mouvement
qui, pour pouvoir l'emporter, ne pouvait se limiter à une journée
isolée. Une semaine plus tard, la question reste ouverte
Le gouvernement a répondu à la mobilisation massive du 18 en réaffirmant
que le passage de 37,5 à 40 ans de cotisation était non négociable,
tout en invitant les organisations au " dialogue " et leur fixant
rendez-vous pour la semaine suivante.
CFDT et CGT ont été reçues séparément mercredi
24 par Xavier Bertrand. La CFDT, qui pense, selon Chérèque, que
"le travail syndical est d'obtenir des contreparties quand une réforme
est inéluctable", a fait des propositions d'amendement au projet
du ministre, acceptant, entre autres, le passage à 40 ans de cotisations,
mais en 2014 au lieu de 2012
Malys, qui représentaient la CFDT,
à trouvé la rencontre avec le ministre "vive, franche et
constructive"
Le Duigou, pour la CGT, loin de porter le refus massivement
exprimé par les grévistes de cette réforme, est venu demander
"au ministre de dire ce qu'il accepte de négocier. Il ne peut
pas faire comme s'il n'y avait pas eu une exceptionnelle journée de grève
le 18 octobre"
Il faut croire que si !
Thibault, au soir du 18, avait affirmé que "la réforme,
dans ses contours actuels, ne passera pas"
tout en se gardant
bien de préciser ce que pourraient bien être ces "contours"
qui rendraient la réforme acceptable. Le communiqué de Didier
le Reste, secrétaire fédéral de la CGT cheminots à
l'issue de la rencontre, lundi 22, des huit fédérations syndicales
de cheminots, reste dans le même flou : "si la copie, à
savoir le cadrage gouvernemental national, n'est pas revu, les fédérations
se sont engagées à décider d'un mouvement de grève
qui pourrait être reconductible, à la mi-novembre". Les
fédérations se reverront le 31 octobre pour "mesurer les
réponses du gouvernement"
L'intransigeance du gouvernement ne leur laisse pas d'autre choix, en dépit
de leur attentisme, que d'appeler à une nouvelle journée de grève,
mais cette fois reconductible.
De leur côté, les fédérations syndicales de la Fonction
publique viennent de décider d'une journée d'action, le 20 novembre,
"pour les salaires, l'emploi et le service public", journée
d'action à laquelle s'associent les syndicats de l'Education nationale,
contre les suppressions de postes.
Après des mois passés à laisser passer les coups en restant
l'arme au pied, les organisations syndicales sont contraintes, sous la pression
de leur base, d'organiser une riposte minimum.
Mais elles le font sans fixer d'objectifs concrets aux mobilisations, et en
ordre dispersé sous prétexte que les revendications seraient différentes
selon les attaques, et qu'il ne faut pas "se disperser".
Un peu partout, des équipes militantes ont bataillé pour faire
du 18 octobre bien plus qu'une simple journée d'action catégorielle
contre la suppression des régimes spéciaux de retraite. D'une
part parce que se battre pour le maintien des régimes spéciaux
aux côtés des salariés concernés, c'est se battre
contre le projet plus global du patronat et du gouvernement d'augmenter le nombre
d'années de cotisation pour l'ensemble des travailleurs.
D'autre part parce que c'était aussi l'occasion de se retrouver pour
dire collectivement "non" à la politique de Sarkozy, pour affirmer
la nécessité d'un "tous ensemble" et commencer à
le mettre en uvre.
Mais ces initiatives n'ont pas réussi à mobiliser largement. Bien
des salariés restent sensibles à l'argumentation des organisations
syndicales de ne pas disperser les luttes, et la participation à la journée
du 18 de secteurs non directement concernés par le problème des
régimes spéciaux s'est généralement limitée
à la présence, dans les manifestations, de délégations
syndicales.
L'idée de la nécessité d'une convergence des luttes, d'un
grand "tous ensemble", a fait son chemin dans bien des têtes,
mais pour la plupart des salariés, elle n'est pas une perspective concrète.
Derrière les attaques catégorielles ou plus générales
(assurance-maladie, contrat de travail, immigration, licenciements
), le
gouvernement et le patronat mènent une attaque tous azimuts, mais cohérente,
contre le monde du travail dans son ensemble, pour les profits. C'est la mise
en application systématique d'un programme de classe, celui du Medef,
servi par le gouvernement, et bénéficiant de la paralysie de confédérations
syndicales dépourvues de toute perspective politique, quand elles ne
sont pas ouvertement d'accord avec les réformes elles-mêmes.
La stratégie du gouvernement et du patronat consiste à porter
ses coups les uns après les autres, à avancer sur un secteur avant
de passer à un autre, mais toujours dans le cadre d'un plan d'ensemble.
De 1993, où Balladur passait les retraites du privé de 37,5 à
40 ans de cotisation, en passant par 2003 où Fillon fait de même
avec le fonction publique, avant 2007 où c'est le tour des régimes
spéciaux, l'exemple des retraites est parlant. Et si ce dernier "alignement"
aboutit, l'étape suivante, déjà annoncée, sera l'allongement
de tous les régimes
La réponse à cette offensive globale suppose de rompre avec cette
logique du " dialogue social " dans laquelle se sont laissées
enfermer les organisations syndicales, acceptant les réformes annoncées
comme "inéluctables" et se contentant de "contreparties"
Elle suppose de fédérer les ripostes partielles, de construire
une riposte globale autour de notre propre programme, un programme de classe,
pour une mobilisation d'ensemble.
Contre les fermetures d'entreprises, les suppressions d'emploi : interdiction
des licenciements, partage du travail entre tous.
Pour le "pouvoir d'achat", un SMIC à 1500 euros nets minimum
et une augmentation immédiate des salaires de 300 euros nets pour tous.
Sur les "contrats de travail", un CDI pour tous.
Pour des retraites réellement équitables, le retour à 37,5
annuités pour tous, et des montants permettant de vivre décemment.
Pour assurer une santé accessible à tous, une véritable
sécurité sociale, financée par les patrons, sans franchises
et sans restrictions de remboursements.
C'est à travers la formulation de ces exigences, en toute indépendance
de la politique patronale et dans le but de satisfaire nos besoins les plus
élémentaires, en toute légitimité, que se construira
notre unité, la convergence interprofessionnelle de nos luttes.
Eric
Lemel
Vénézuéla
:
Parti des travailleurs ou parti chaviste ?
Au Vénézuéla,
la formation du "Parti Uni Socialiste de Venezuela" (PSUV) avance
à un rythme soutenu, même si le calendrier de départ a déjà
été modifié 3 fois. Le 20 octobre dernier a eu lieu l'élection
des délégués à l'Assemblée constitutive du
nouveau parti, prévue pour le 4 novembre. Le premier Congrès aura
lieu le 4 février 2008. La première tâche assignée
au PSUV par le Président Chávez est l'approbation de la reforme
de la Constitution. Un referendum a été convoqué pour le
4 décembre. L'initiative de la création d'un "parti uni"
avait été lancée par Chávez en décembre 2005.
La formation de ce nouveau parti n'a pas donné lieu en France au débat
qu'il mérite et la presse des organisations d'extrême gauche préfère,
le plus souvent, l'ignorer. Par contre, il provoque une polémique très
importante entre les militants et les organisations trotskistes au Vénézuéla
même, bien sûr, et aussi dans les autres pays d'Amérique
Latine.
La formation du PSUV est liée à la nature du régime politique
et au processus bolivarien dans son ensemble et pose aussi des questions de
fond sur l'intervention et l'organisation de la classe ouvrière, sur
la lutte contre le capitalisme, pour la révolution et le socialisme.
C'est un débat international qui trouve aussi ses résonances en
France autour de la tâche d'aujourd'hui de construire un nouveau parti
anticapitaliste.
Cette contribution, et Débat Militant comme expression politique, ne
prétendent pas "fixer la ligne révolutionnaire" à
suivre au Vénézuéla, ni se substituer à l'activité
et à l'élaboration des camarades de ce pays. Ce serait une imbécillité
en contradiction avec notre approche des tâches révolutionnaires
et de construction des organisations révolutionnaires. Notre objectif
est plus simple : essayer de comprendre les enjeux du débat et réfléchir
aux enseignements à tirer pour l'ensemble des militants et organisations.
La
place du chavisme : une première approche
Le chavisme est aujourd'hui l'axe politique des luttes en Amérique Latine
et un courant et une structure de poids au niveau international. Il réunit
le discours socialiste, le soutien d'un ensemble de militants et organisations,
l'alliance avec le castrisme, la proclamation de la lutte contre Bush et l'impérialisme,
et aussi les ressources d'un riche État pétrolier...
Son apparition et consolidation comme tendance des Forces Armées d'abord,
comme mouvement politique après, et comme incarnation de l'appareil de
l'État, est en premier lieu un écho déformé du soulèvement
populaire de février 1989, le caracazo. Ce soulèvement a mis fin
au régime politique de la bourgeoisie en accord avec l'impérialisme,
basé sur les partis politiques "démocratique" d'après
l'accord de Punto Fijo de 1958, suite à la chute de la dictature de Pérez
Jiménez. En Amérique latine, l'impérialisme et les bourgeoisies
locales n'ont pas réussi à stabiliser les régimes politiques,
suite à la crise et l'effondrement des dictatures militaires dans les
années 80. Si Lula et le Parti des Travailleurs ont pu structurer au
Brésil une politique néolibérale d'alignement sur l'impérialisme,
la majorité des autres pays de l'Amérique Latine sont plutôt
gagnés par l'instabilité et les expressions de tendances nationalistes.
On peut observer au Vénézuéla la réfutation pratique
de l'approche théorique qui proclame que la domination impérialiste
- encore plus après la chute du mur de Berlin - s'identifie avec une
expansion homogène du capitalisme et des relations capitalistes et la
consolidation des régimes politiques au service du capital.
Au contraire. Le chavisme au Vénézuéla (mais aussi pour
d'autres régimes réactionnaires comme l'Iran) exprime la résistance
nationale à une domination impérialiste sans limites. Cette résistance
peut agir grâce à une énorme rente pétrolière
- qui peut être aussi, comme au Vénézuéla des années
80 et 90, le catalyseur d'un parasitisme aigu. Il s'agit d'une forme de "capitalisme
d'État", de capitalisme national.
Cette résistance ne met pas en cause le fonctionnement de base et les
institutions de la société capitaliste et de l'État bourgeois,
mais elle se développe dans des conditions de crise, avec des phases
d'affrontement aigu avec l'impérialisme ainsi qu'avec la bourgeoisie
nationale, et d'autres de négociation et d'accord. Une des conditions
d'existence de ce type de régime est sa capacité à contrôler
et enrégimenter le mouvement de lutte de la classe ouvrière et
des exploités.
Alors, il est habituel que de tels régimes se présentent comme
"socialistes". C'était le cas du Kuomitang en Chine avant la
révolution maoïste, du nassérisme en Égypte et, en
Amérique Latine, du péronisme avec son "socialisme national",
du MNR en Bolivie et d'autres mouvements nationalistes au pouvoir. Chávez
proclame, pour sa part, le "socialisme du XXIème siècle",
le "socialisme bolivarien", le "socialisme indo-vénézuélien".
L'intervention révolutionnaire doit tenir compte des affrontements réels
entre les classes et avec l'impérialisme sans ignorer la crise entre
un régime politique et sa bourgeoisie, à condition de garder toute
son indépendance. L'identification, par trop répandue dans des
courants révolutionnaires, entre chavisme et guévarisme, entre
chavisme et socialisme, prend comme argent comptant une proclamation incantatoire
et opère une mystification de la réalité et de l'histoire.
Le chavisme ne s'est pas élevé au niveau d'un mouvement révolutionnaire
continental en lutte contre les régimes bourgeois, d'un mouvement d'expropriation
général de la propriété capitaliste et de dissolution
des formes de l'État bourgeois.
Son bilan est différent. Bush essaye de faire tomber Chávez et
Chávez passe des accords avec les régimes bourgeois en Amérique
Latine et est un soutien décisif de Kirchner en Argentine ; la bourgeoisie
essaye de faire un coup d'État et fait en même temps des affaires
comme jamais. Le gouvernement dépense beaucoup d'argent dans les "misiones",
la santé, l'action sociale, dans les quartiers de la population pauvre,
mais l'exploitation capitaliste ne change pas, le travail au noir continue à
toucher 50 % des salariés, la pauvreté et les "conditions
structurelles" de vie de la population (logement, par exemple) s'améliorent
seulement à la marge. Le Président parle du "socialisme"
et de "pouvoir populaire", mais l'axe de l'appareil de l'État
est son pouvoir personnel et les Forces Armées.
Chavez
et le PSUV
Le Président Chávez a lancé la constitution du PSUV (avec
l'intégration de l'ensemble des forces politiques qui soutiennent le
régime) le 15 décembre 2006, après sa victoire présidentielle.
Dès le début, il a été clair que le PSUV serait
la seule structure admise pour les organisations, tendances et militants révolutionnaires,
c'est-à-dire engagés dans la lutte contre l'impérialisme
et pour le socialisme, et que le nouveau parti répondait complètement
aux orientations et décisions du Président. En ce sens, on peut
parler d'un "parti uniqu", bien que les différents partis bourgeois
puissent continuer à exister. La réforme constitutionnelle est
aussi en cours et elle doit assurer une réélection indéfinie
de Chávez et d'énormes pouvoirs pour le Président.
C'est en se moulant dans l'exemple chaviste qu'une série des tendances
et organisations comme le MST en Argentine et le MES au Brésil (à
l'intérieur du P-SOL) essayent d'utiliser l'exemple du PSUV de Chávez
pour appeler à la construction d'organisations de la "nouvelle gauche",
avec des politiciens de la bourgeoisie et la petite bourgeoisie étrangers
et hostiles au mouvement ouvrier, sans délimitation politique et programmatique,
en ignorant le marxisme révolutionnaire et ses traditions de lutte.
Le discours liminaire de Chávez commence en disant: "necesitamos
un solo partido" (on a besoin d'un seul parti). Il nie toute légitimité
aux tendances et organisations qui peuvent refuser l'intégration dans
la nouvelle organisation. D'ailleurs, le PSUV présente la particularité
d'avoir mis en place un "Tribunal de Discipline", qui peut exclure
et sanctionner les militants avant l'adoption des statuts, d'un programme, des
documents politiques et des formes d'organisation (Edgardo Lander, Rebelion.org,
13/09/07). La seule base politique du parti est l'adhésion au Président
Chávez et cet élément fonde la discipline de l'organisation.
Chávez se permet d'identifier bolchevisme et stalinisme, et il n'est
pas très original à ce sujet. Mais cette opération lui
permet de lancer la construction d'une organisation du haut vers le bas, à
partir de l'appareil de l'État, messianique, monolithique, sans démocratie
ouvrière, sans élaboration politique.
L'objectif de la nouvelle organisation est de discipliner toutes les tendances
et les militants, surtout si la crise se développe. Les discussions à
l'intérieur du chavisme sont fortes et les tendances révolutionnaires
des organisations et militants de base se heurtent à la bureaucratie,
à la corruption, à l'esprit de conciliation des hautes sphères
de l'État. Chávez doit renforcer ses possibilités d'arbitrage,
de décision, dans une accentuation du bonapartisme.
Le PSUV n'est pas une coquille vide que chacun peut remplir comme il l'entend.
Le Président Chavez en a très bien fixé les limites :
" On sait qu'un des énoncés de Karl Marx est précisément
celui de la dictature du prolétariat ; mais il n'est pas viable pour
le Venezuela dans cette période. Ce n'est pas notre voie ! Notre
projet est par essence démocratique. Nous parlons de démocratie
populaire, démocratie participative, démocratie protagoniste "
(Discours de l'unité, 15/12/06) Le langage et le contenu sont clairs :
le PSUV n'est pas un parti anticapitaliste, révolutionnaire. Son horizon
est une version "participative" de l'État bourgeois.
Les capitalistes et entrepreneurs nationaux ont toute leur place dans le nouveau
parti. On vient de créer la Asociación de Empresarios Socialistas
de Venezuela (Association d'Entrepreneurs Socialistes du Vénézuéla)
qui se déclare comme composante du PSUV. Plusieurs groupes capitalistes
de première importance dans le pays font partie de cette association,
qui est loin d'être une force marginale de la bourgeoisie. (César
Neto et Leonardo Arantes. "Rentrer dans le PSUV, c'est la même chose
que rentrer dans le PT de 1980", Soberanía.org, 30/05/07)
La
réforme constitutionnelle
L'analyse de la réforme constitutionnelle est importante (voir Rouge,
20/09/07), mais ne peut servir de prétexte pour ne pas réfléchir
et participer au débat sur le PSUV, qui va bien au-delà de l'adhésion
ou non au nouveau parti.
Cette réforme essaye de renforcer les tendances au bonapartisme et l'on
sait que le régime bonapartiste est propre au capitalisme des pays à
la fois dominés par l'impérialisme, connaissant une activité
du mouvement ouvrier et des exploités indépendante. Pour revenir
à nos classiques : " Dans les pays industriellement
arriérés, le capital étranger joue un rôle décisif.
D'ou la faiblesse relative de la bourgeoisie nationale par rapport au prolétariat
national. Ceci crée des conditions particulières du pouvoir d'État.
Le gouvernement louvoie entre le capital étranger et le capital indigène,
entre la faible bourgeoisie nationale et le prolétariat relativement
puissant. Cela confère au gouvernement un caractère bonapartiste
sui generis particulier. Il s'élève pour ainsi dire au-dessus
des classes. En réalité, il peut gouverner, soit en se faisant
l'instrument du capital étranger et en maintenant le prolétariat
dans les chaînes d'une dictature policière, soit en manuvrant
avec le prolétariat et en allant même jusqu'à lui faire
des concessions et conquérir ainsi la possibilité de jouir d'une
certaine liberté à l'égard des capitalistes étrangers "
(Trotski, L'industrie nationalisée et la gestion ouvrière,
juin 1938).
On n'a pas la place pour faire ici un examen détaillé de la réforme
de la Constitution. Mais il faut souligner que cette réforme, qui va
être approuvée sans débat populaire, renforce tous les éléments
bonapartistes du régime et fait des concessions secondaires aux masses.
L'article 90 réduit la journée de travail de 8 à 6 heures
par jour (quid du travail au noir ?) et plusieurs droits sont proclamés.
Mais les références au "pouvoir populaire" sont tout
à fait trompeuses. On peut créer une multitude de conseils communaux
et populaires ; ces conseils son limités aux questions locales,
ils devraient gérer 5 % du budget sous la surveillance du pouvoir exécutif
et ils sont complètement sous contrôle. Il ne s'agit pas de "tout
le pouvoir aux conseils", mais plutôt du contraire. On peut dire
des conseils de la nouvelle Constitution du Vénézuéla au
niveau national la même chose que sur le "budget participatif"
au niveau municipal au Brésil : il s'agit de mécanismes de
cooptation par l'appareil d'État et l'administration.
Les questions de la propriété des moyens de production sont du
même registre ; on favorise la soi disant "propriété
sociale" et les coopératives, mais on ne touche pas à la
propriété des grandes entreprises, à la grande propriété
terrienne, ni au capital.
Le PSUV s'identifie avec cette réforme et cet acte de baptême marque
la nature du nouveau parti.
Le débat sur le PSUV
Les décisions de Chávez et l'organisation du PSUV ont donné
lieu à une polémique très importante au Vénézuéla,
surtout dans le Partido Revolución y Socialismo (PRS), mais aussi d'une
manière plus large. Ce débat, qui ne va pas bien au delà
de décisions tactiques immédiates, est d'une grande importance
et nous devons le suivre très attentivement parce qu'il met en jeu des
questions stratégiques dans cette période et pas seulement des
problèmes politiques immédiats au Vénézuéla.
Ce débat est très vaste, mais le point qui nous intéresse
principalement peut se résumer de la manière suivante : faut-il
suivre une direction politique qui affronte l'impérialisme et se diluer
dans une seule organisation au nom de la lutte ?
Certains traits du nouveau parti (messianisme, absence de démocratie,
bureaucratisme, construction à partir de l'appareil de l'État)
seraient suffisants pour que les militants révolutionnaires se refusent
à cet alignement. Mais on doit aller plus loin, et souligner que cette
incorporation en finit avec toute intervention indépendante de la classe
ouvrière.
Le PRS n'existe plus sur les bases de son lancement en 2005. Des dirigeants
comme Stálin Pérez Borges ne voient pas de raison pour ne pas
soutenir Chávez : "Aujourd'hui nous nous proposons de faire
un pas vers le PSUV parce que nous sommes convaincus de la nécessité
de faire partie de la construction de ce projet politique, d'être dans
l'organisation dans laquelle des millions de compatriotes vont donner le meilleur
d'eux-mêmes dans la lutte pour le socialisme" (Stálin
Pérez Borges et autres membres du Comité de formation du PRS adhèrent
au PSUV, Aporrea, 25/04/07)
Par contre, Osvaldo Chirinos et d'autres dirigeants du PRS affirment que les
décisions doivent être prises "à partir du caractère
de classe du PSUV et de la nécessité des travailleurs et du peuple
de disposer définitivement d'un outil politique indépendant et
révolutionnaire qui favorise l'approfondissement du processus révolutionnaire
au socialisme, sans patrons, propriétaires fonciers, bureaucrates et
gens corrompus" (Le PRS ne se dissout pas et il ne rentre pas au
PSUV, Aporrea, 25/04/07)
Stalin Borges disait en 2006 plutôt le contraire de ce qu'il dit en 2007
: " (Le gouvernement Chávez) est encore capitaliste sui generis,
dans le sens qu'il a pris des mesures populaires, il est indépendant
de la politique de l'impérialisme américain, mais il continue
à être un gouvernement capitaliste. Les patrons continuent à
exister, les relations de production ne se sont pas modifiées "
Le PRS a été crée en juillet 2005 et à ce moment-là,
il a laissé en suspens des questions de fond, comme la nature du chavisme.
Le soutien au "processus révolutionnaire" était utilisé
pour mettre entre parenthèses la délimitation par rapport au gouvernement
et à sa politique.
La formation d'un nouveau parti doit se faire clairement en expliquant pourquoi
cette création est nécessaire en fonction des forces existantes,
comme objectif politique et d'intervention du mouvement ouvrier. À cette
condition, l'appellation "socialiste" a un sens. Au Vénézuéla,
cela signifie forcément la critique de Chávez et du nationalisme.
La période actuelle est aussi marquée par l'offensive gouvernementale
contre le mouvement ouvrier indépendant. Osvaldo Chirinos vient de dénoncer
le fait qu'"on est en présence d'une forte offensive politique
des secteurs gouvernementaux, pour battre les secteurs combatifs (classistes)
et par là commencer à liquider les organisations syndicales"
(Aporrea.org, 21/09/06). Les situations que Chirinos et d'autres militants dénoncent
sont les interventions et la répression du gouvernement aux usines Firestone,
Mavesa, Coca-Cola, Sanitarios Maracay (contre la gestion ouvrière) et
surtout le conflit des ouvriers du pétrole à Zulia, Carabobo y
Anzoategui, provinces dans lesquelles la bureaucratie chaviste a négocié
un accord collectif contraire aux revendications, dans le dos des travailleurs.
En réalité, cette politique du gouvernement prend le relais du
comportement des dirigeants chavistes et de la bureaucratie du gouvernement
à l'occasion du deuxième Congrès de l'Union Nationale de
Travailleurs (UNT) en mai 2006. L'UNT, en tant que Confédération
indépendante, devait prendre la place de la CTV, vieille Confédération
soumise aux partis politiques de la bourgeoisie. La tendance C-CURA (Courant
de classe, unitaire, révolutionnaire et anti-impérialiste) qui
regroupe les militants du PRS et des sans parti, a milité pour la formation
d'une nouvelle Confédération, sur la base de positions de gauche,
un programme indépendant de revendications et un fonctionnement démocratique.
Au Congrès, les chavistes ont essayé de bloquer ce processus,
et ont empêché la consolidation de l'UNT, en combattant directement
C-CURA.
Le Ministère du Travail et ses fonctionnaires élargissent maintenant
cette brèche en intervenant quand nécessaire directement sur les
lieux de travail et dans les conflits entre la classe ouvrière et les
capitalistes.
Marcelo
N.