| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°176
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15 novembre 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| Rassembler les forces du monde du travail contre le patronat et son larbin Sarkozy | ||||||||||
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Rassembler
les forces du monde du travail
contre le patronat et son larbin Sarkozy
Le 14, en se mobilisant
à nouveau massivement, les salariés menacés par la réforme
des régimes spéciaux de retraite ont montré qu'ils n'entendaient
pas baisser les bras. La grève a été massive à la
SNCF, à la RATP, à EDF et GDF ainsi qu'à l'Opéra
de Paris. De nombreuses manifestations ont rassemblé des milliers de
grévistes, auxquels se sont joints des cortèges d'étudiants
en lutte contre la loi Pécresse et des délégations syndicales
d'autres entreprises, publiques comme privées.
Mais la journée a aussi été marquée par l'attitude
de la direction de la CGT, en la personne de Thibault, qui, au mépris
de la volonté des grévistes, et à la veille même
de la grève, a rencontré le ministre Xavier Bertrand pour lui
proposer "une ouverture". La CGT accepterait de négocier la
réforme entreprise par entreprise, au lieu de le faire globalement, mais
à condition que les réunions soient "tripartites". Les
autres confédérations syndicales se sont alignées sur la
CGT, à l'exception de Sud Rail qui appelle à continuer la grève
et à refuser la réforme. La CFDT, quant à elle, appelle
d'ores et déjà à reprendre le travail.
Sarkozy et Xavier Bertrand ont accepté la proposition de la CGT. Mais
si nombre de salariés peuvent percevoir cette attitude comme un premier
recul, il n'en est pas moins clair que c'est ce que gouvernement et direction
des entreprises attendaient : quitter le terrain d'un affrontement global, diviser
le mouvement d'ensemble pour le ramener à une négociation entreprise
par entreprise.
Proposer ce type de "négociation" revient à dire que
l'on veut désarmer le mouvement, que l'on accepte d'avance le passage
à 40 annuités, et que l'on se contentera de négocier quelques
"contreparties", selon la formule de Chérèque. Quant
à l'exigence que les discussions soient "tripartites", c'est
une foutaise qui ne trompe personne. Qui pourrait en effet croire que la présence
d'un représentant du gouvernement aux côtés des syndicats
et des directions serait d'une aide quelconque pour les salariés, alors
que c'est le gouvernement lui-même qui est à l'origine de la réforme ?
Ce qui est perçu par bien des militants et des grévistes comme
un lâchage de la direction de la CGT intervient au moment même où
la confrontation sociale prend clairement l'allure d'un bras de fer entre le
gouvernement et le patronat d'une part, et de l'autre une contestation sociale
qui monte de toute part.
Mal-logés manifestant dimanche dernier à Paris, sans-papiers et
comités de soutien s'opposant aux expulsions orchestrées par Hortefeux,
étudiants qui construisent la mobilisation contre la réforme Pécresse,
marins-pêcheurs protestant contre l'augmentation du prix des carburants,
magistrats s'opposant aux réformes et aux méthodes de Dati, officiers
de police refusant une baisse programmée de leurs revenus, mouvement
contre les franchises
la liste est longue des mécontentements qui
s'expriment dans la rue.
C'est pourquoi, malgré l'attitude des directions syndicales, l'idée
d'une convergence des luttes fait son chemin, les conditions se réunissent
pour changer le rapport des forces. Les AG de grévistes de la SNCF et
de la RATP ont voté la poursuite de la grève pour le lendemain
jeudi, obligeant les directions syndicales à annoncer que la grève
continue. Et rien ne dit que le mouvement ne va pas se poursuivre, à
l'initiative des militants du rang et des grévistes, et réaliser
sa jonction avec la journée d'action des fonctionnaires du 20.
Cynisme
et arrogance des patrons et du gouvernement renforcent la colère
L'attitude du gouvernement, qui affiche son refus de toute négociation
qui remettrait en cause le fond même des réformes en cours, loin
de décourager, renforce la détermination.
Sa prétention à justifier les attaques sociales par la recherche
d'une soi-disant équité, au nom d'un intérêt général
dans lequel se retrouveraient côte à côte patrons et salariés,
est tous les jours un peu plus contestée par la réalité
des faits.
C'est le patron d'EADS qui, moins d'un mois après les révélations
sur la spéculation à grande échelle et pratiquée
en bande organisés par les hauts cadres et les grands actionnaires du
groupe, annonce une aggravation du plan de licenciements Power8. Et cela alors
que les commandes d'Airbus pleuvent.
C'est aussi la découverte des caisses noires du Medef. Celles de l'UIMM,
destinées à "fluidifier les relations sociales",
et celles de certains "Medef territoriaux" (les "Unions locales"
du Medef) constituées en détournant de l'argent destiné
à la médecine du travail.
Des entreprises ferment ou licencient sous prétexte de manque de rentabilité,
alors que les groupes auxquels elles appartiennent accumulent des profits insolents.
Ces profits alimentent la spéculation, nourrissant des crises au cours
desquelles des centaines de milliards de dollars partent en fumée en
quelques heures.
La spéculation sur le pétrole procure des profits extraordinaires
aux groupes pétroliers, tandis que le prix des carburants s'envole, pesant
de plus en plus lourd sur les budgets des salariés et de la population.
La ministre de l'économie, Lagarde, n'a pas eu d'autre idée que
de nous conseiller de "faire du vélo", avant d'inviter
les pétroliers à une discussion au ministère, au cours
de laquelle ils auraient promis de "lisser" les répercutions
à la pompe de l'évolution du prix du baril. Autrement dit, les
prix du carburant vont continuer de monter, mais sans à-coups
Le cynisme de Lagarde et de sa consur Boutin qui traite de "meute"
les manifestants pour le droit au logement, rejoignent celui de leur maître
Sarkozy qui, après avoir affiché ses relations avec ses amis patrons
milliardaires, vient, sous prétexte de transparence, de se faire voter
par les députés une augmentation de 172 % !
Mais la prétention de Sarkozy à la "vérité",
à la "transparence", se retourne contre lui. La "dynamique
Sarkozy", le "choc de confiance" qui devait emporter toutes les
résistances a fait long feu.
La pression du mécontentement s'exerce. Il croit y faire face en courant
encore plus vite, multipliant les interventions qui mettent en difficulté
les ministres en charge des dossiers, exacerbant les contradictions au sein
du gouvernement.
La contestation sociale se renforce des difficultés politiques du gouvernement
et, en retour, contribue à l'affaiblir.
Un
"bras de fer", révélateur des oppositions de classe
La presse présente la situation sociale actuelle comme un bras de fer
entre les syndicats et le gouvernement, qui se jouerait en particulier autour
de la réforme des régimes spéciaux. C'est un point de vue
réducteur, et même faux. Le bras de fer se joue sur un tout autre
terrain, à travers la multitude de conflits sociaux, de mobilisations,
qui se développent contre les offensives multiples du gouvernement et
du patronat. Elles partent de la base, à l'initiative de militants du
rang, et les directions syndicales les subissent bien plus qu'elles n'en sont
les initiatrices.
Ce patchwork de mobilisations particulières est la réponse à
une attaque cohérente d'un patronat organisé, qui affiche ses
richesses, son mépris social et ses prétentions à imposer
sa loi, et dont les représentants, Sarkozy en tête, sont en place
au sommet de l'Etat.
La situation sociale actuelle met en évidence de plus en plus clairement
que les conflits autour d'intérêts particuliers ne sont que des
éléments d'une opposition bien plus globale, une opposition d'intérêts
inconciliables, entre deux classes sociales.
Le bras de fer met aux prises le patronat et ses larbins avec un monde du travail
encore dispersé, atomisé, mais qui, à travers les luttes
qu'il est contraint de mener pour faire face à des conditions de vie
de plus en plus insupportables, prend conscience de l'unicité de ses
intérêts, de sa force collective, de la puissance que pourrait
représenter un véritable "tous ensemble".
Tout comme il prend conscience que dans ce jeu, il ne peut décidément
pas compter sur les directions des grandes confédérations syndicales,
prises entre la pression de la base qui les pousse à organiser un minimum
de ripostes, et leur renoncement à toute politique indépendante
vis-à-vis du patronat et de l'Etat.
Regrouper
nos forces...
Il est urgent de mettre un coup d'arrêt à l'offensive menée
par Sarkozy pour le compte du patronat, à le contraindre à reculer
sur ses réformes. Gagner dans certains des conflits en cours sera la
meilleure façon de conforter chacune des mobilisations dans leur légitimité
et leur détermination. Cela n'en rend que plus important le fait de gagner
sur les régimes spéciaux, de contraindre le gouvernement à
revenir sur sa décision d'aligner la durée de cotisations sur
celle de la fonction publique.
Mais surtout, pour mettre un terme aux reculs et reprendre l'offensive, il faut
que se créent les conditions de la convergence, que se développent
les réseaux militants et les discussions autour de revendications communes
capables de fédérer nos forces, de donner des objectifs communs
à nos luttes, en toute indépendance des règles du jeu pipées
que voudraient nous imposer patrons et gouvernement.
Eric
Lemel