| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°177
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22 novembre 2007
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| Sommaire : | ||||||||||
| "Entre Sarkozy et Besancenot, il n'y a rien..." | ||||||||||
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Entre Sarkozy et Besancenot,
il n'y a rien "
La journée
de grève des fonctionnaires du 20, pour les salaires et contre les suppressions
de postes a été un succès. Des manifestations se sont déroulées
dans plus de 150 villes, rassemblant 700 000 personnes, fonctionnaires,
mais aussi délégations d'entreprises privées, cortèges
d'étudiants et de lycéens en lutte contre la réforme Pécresse,
et bien sûr, cheminots, gaziers, électriciens en lutte contre la
réforme des régimes spéciaux de retraites.
Malgré la pression médiatique, cheminots et employés de
la RATP ont tenu, assuré la jonction avec la journée d'action
des fonctionnaires du 20. A l'initiative de Thibault, qui avait proposé
des négociations au gouvernement dès la veille de la journée
du 14, les cheminots avaient répondu : " Thibault c'est
Thibault, la CGT c'est nous et les grévistes, c'est nous ",
affirmant ainsi qu'ils comptaient rester maîtres de leur mouvement. Quant
à Chérèque, dont l'organisation a appelé à
la reprise du travail, il a été hué tout au long du cortège
de la manifestation parisienne, qu'il a fini par quitter en courant. Et alors
que les négociations tripartites à la RATP et à la SNCF
commençaient mercredi 21, de nombreuses AG de grévistes votaient
des résolutions affirmant qu'il n'était pas question de lâcher
sur les 37,5 annuités, et exigeant " d'être consultés
pour toute décision qui engagerait notre avenir et d'être informés
du contenu des décisions à chaque étape ".
Le gouvernement, par la bouche de Fillon, avait dans un premier temps affirmé
que l'ouverture des négociations était conditionnée à
la reprise du travail. Mais, devant la détermination des grévistes,
il a fini par décréter, après une série de cafouillages,
qu'il suffisait qu'une " dynamique de reprise du travail ",
c'est-à-dire une diminution du nombre de grévistes, soit " observée ",
pour que les discussions puissent commencer
Ces négociations se sont donc engagées, et il semble que les directions
de la SNCF, de la RATP, d'EDF et GDF soient prêtes à financer,
sur les profits des entreprises, des compensations salariales qui permettraient
de maintenir plus ou moins, malgré la mise en route de la réforme,
le niveau des retraites des agents. Une façon de tenter de faire passer
les 40 annuités au lieu de 37,5, c'est-à-dire d'atteindre le véritable
objectif de cette réforme, qui n'est pas, on le voit bien, une simple
question de sous, mais bien un problème politique : dégager
le terrain pour une augmentation générale du nombre d'annuités
de l'ensemble des salariés.
Sarkozy, qui était resté silencieux toute une semaine, est intervenu
mardi après-midi devant le congrès de l'Association des maires
de France. Maniant " ouverture " et " fermeté ",
il a commencé par dire qu'il voulait qu'il n'y ait " ni
vainqueurs ni vaincus ", et que pour lui, les cheminots, les fonctionnaires,
ne sont pas des privilégiés. Il a ajouté qu'il " faut
savoir terminer une grève quand s'ouvre le temps de la discussion
", qu'il resterait déterminé jusqu'au bout et que "
la réforme se fera, que nul n'en doute ", qu'il fallait mettre
fin à la " prise en otage " des usagers, qu'une
" petite minorité ne saurait imposer sa loi à une
majorité ", et qu'il " fera respecter au besoin
l'ordre public "
Faisant référence aux revendications
des fonctionnaires, il a promis " des initiatives pour répondre
à l'angoissante question du pouvoir d'achat, de la croissance et de l'emploi "
Un discours qui résume bien la politique de Sarkozy, ferme sur le fond,
mais cherchant à négocier, prêt à lâcher des
" compensations ", pour gagner sur l'essentiel, à
l'image de ce qui se passe dans les négociations de branche des régimes
spéciaux. Et qui inquiète toute une partie de la droite, qui se
demande si Sarkozy ne se prépare pas à " trop lâcher "
devant les grévistes, se discréditant et discréditant l'UMP
à quelques mois des élections municipales, aux yeux de tous ceux
qui se sont laissé aller à croire à ses promesses de fermeté
Au lendemain des premières réunions de négociation de branche
à la RATP et à la SNCF, et alors que les principaux syndicats
parlent " d'avancées " avec les propositions
" mises sur la table " par les directions, une partie
des AG a voté la " suspension " de la grève,
se proposant de la reprendre en fonction de l'évolution des discussions.
Il semble que l'on se dirige vers la fin du conflit, même si une partie
des grévistes, principalement à l'initiative de SUD, maintient
son refus du fond de la réforme. Il est difficile de prévoir comment
la situation va évoluer, mais une telle victoire des cheminots, c'est-à-dire
le retrait de la réforme, ne serait possible que si leur mouvement trouvait
un appui dans les autres catégories sociales. Cela suppose mener une
bataille politique pour contrer la propagande qui tente de les isoler, pour
montrer qu'ils se battent, non pas pour des intérêts catégoriels
s'opposant à " l'intérêt général ",
mais bien pour l'ensemble des salariés, en refusant que saute le dernier
verrou avant un allongement général de la durée du travail
à 41, 42, voir 45 annuités.
Le succès de la mobilisation du 20, la persistance des résistances
à la réforme des régimes spéciaux, l'existence de
multiples conflits sociaux, pour les salaires, contre les licenciements, la
mobilisation des étudiants, montrent que les salariés et les jeunes
poussent de toute part à une généralisation des luttes.
Mais le mouvement d'ensemble qui permettrait à toutes ces luttes de se
renforcer mutuellement, de trouver leur cohérence face au patronat et
au gouvernement a bien des difficultés à se construire. Il a besoin
pour cela d'un appui organisé à l'échelle nationale.
Tout le monde l'a bien compris, les grandes confédérations syndicales
sont opposées à toute idée de généralisation
d'un mouvement interprofessionnel. Quant à la gauche parlementaire, elle
est inexistante dans les affrontements sociaux en cours. La crise que traversent
le PCF et les Verts se manifeste par l'absence quasi-totale de ces organisations
dans le mouvement. Les dirigeants du PS, d'accord sur le fond de réformes
qu'ils ont eux-mêmes contribué à préparer quand ils
étaient au gouvernement, n'ont pas d'autre créneau, pour tenter
d'exploiter les difficultés politiques de la droite, que d'en critiquer
la "forme". Quant ils ne soutiennent pas ouvertement le gouvernement,
comme Ségolène Royal affirmant que "l'autonomie des universités
est une bonne réforme", ou encore Emmanuel Vals, qui regrette
que le PS n'ait pas clairement pris position pour la réforme des régimes
spéciaux.
Libération, citant un député UMP, écrivait :
" Entre Sarkozy et Besancenot, il n'y a rien ", formule
qui reflète, certes sous forme caricaturale, une part de la réalité.
Dans le contexte social actuel, l'extrême gauche, et particulièrement
la LCR, apparaît en effet comme la seule opposition politique organisée
faisant face, aux côtés des salariés en lutte, à
l'offensive du patronat et du gouvernement. Il y a là le reflet d'une
polarisation entre deux camps sociaux irréconciliables, le patronat et
l'Etat contre le camp des travailleurs.
Le journal Les échos, dans un article intitulé Guerre
des gauches, ne voit dans la place grandissante que prend l'extrême
gauche que le résultat d'une politique démagogique et opportuniste,
s'appuyant sur des mécontentements impossibles à satisfaire et
menant la "guerre" contre les partis de la gauche institutionnelle,
dans le seul but de renforcer ses organisations. La réalité est
bien loin de ces élucubrations.
La sympathie pour nos idées, que nous rencontrons directement et largement
dans les manifestations et nos interventions publiques, n'est pas le fruit de
manipulations démagogiques. Elle est l'illustration du fait que les idées
que nous défendons offrent un début de réponse aux besoins
politiques des salariés, dans leurs combats contre le patronat et le
gouvernement.
La violence de la guerre de classe menée par Sarkozy pour le compte de
ses amis patrons, le mépris social et l'arrogance dont ils font tous
preuve, font tomber les masques. Faire face aux nécessités de
la lutte immédiate fait bouger les consciences. Il devient clair, pour
bien des militants et des salariés, que seules nos luttes nous permettront
de renverser le rapport de force, de mettre un coup d'arrêt aux reculs,
de reprendre l'offensive ; que ces luttes, nous devrons en assurer la direction
et le contrôle démocratique. La nécessité de la convergence
s'impose, comme s'impose l'unicité des intérêts des secteurs
en lutte, contre les discours de tous ceux qui voudraient les opposer, pour
tenter de nous diviser et de nous vaincre.
Ces idées ne trouvent leur formulation que dans les organisations d'extrême
gauche, qui apparaissent comme les seules du côté des grévistes.
Elles seules affirment haut et fort la légitimité des revendications,
de l'exigence d'une autre répartition des richesses. Elles seules posent
clairement les affrontements en cours comme des affrontements de classe, entre
un patronat arrogant servi par un Sarkozy aux ordres, et des salariés,
du public comme du privé, attaqués de toute part.
C'est cela qui fait que face à Sarkozy et au patronat, l'extrême
gauche représente la seule opposition politique organisée. Et
c'est cela qui donne aussi toute son actualité à l'idée
de construction d'un parti au service des luttes, point d'appui pour la construction
d'un mouvement d'ensemble.
Eric
Lemel