| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°184
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10 janvier 2008
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| Sommaire : | ||||||||||
| Face à la crise mondialisée de la "civilisation" du profit, l'urgence sociale et démocratique | ||||||||||
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Face
à la crise mondialisée de la "civilisation" du
profit,
l'urgence sociale et démocratique
Devant le parterre de journalistes qu'il avait réunis pour leur livrer
le "sens" de sa "politique de civilisation",
Sarkozy y est allé de sa réponse à la situation économique.
Oubliant le temps pas très lointain où il nous promettait d'aller
"chercher le point de croissance", il a réaffirmé
sa prétention à moraliser le capitalisme financier, ajoutant que
la France ne se laisserait pas faire "face à la montée
en puissance des fonds spéculatifs extrêmement agressifs et des
fonds souverains qui n'obéissent à aucune logique économique".
Et il a désigné la Caisse des Dépôts et Consignations
comme "instrument de cette politique de défense et de promotion
des intérêts économiques primordiaux de la nation".
Une annonce aux relents protectionnistes qui n'a pas d'autre objectif, comme
l'ensemble de sa prestation, que de tenter de prolonger un bluff populiste qui
prend l'eau de toute part, incapable d'apporter le moindre début de solution
à la situation de crise économique dans laquelle le monde entier
s'enfonce.
Avec les bourses en baisse, la hausse du pétrole et des matières
premières, une crise des "subprime" dont les effets n'en finissent
pas de se répercuter, un dollar en baisse
, le début de 2008
s'inscrit, tout le monde peut le constater, en droite ligne de 2007, dans une
crise qui touche l'ensemble de l'économie mondiale, et qui obéit,
contrairement à ce que prétend Sarkozy, à une "logique
économique" bien précise.
"Fin de parti pour l'économie mondiale", "Fatal
freinage aux Etats-Unis", "Dollar et dépression"
,
ces quelques titres de la presse économique de ces derniers jours suffisent
à montrer à quel point les économistes de la bourgeoisie
prennent la menace au sérieux, multipliant les analyses pour tenter d'en
prévoir l'évolution. Les capitalistes craignent pour leur fortune,
tout comme ils craignent les effets politiques des répercutions sociales
de la crise, et voudraient se rassurer, à défaut d'être
en mesure de la conjurer.
Mais pour des millions de travailleurs du monde entier, la crise, c'est dès
maintenant l'aggravation de l'exploitation, du chômage, de la misère.
Aussi la question qui se pose à nous n'est pas tant de prévoir
quelle sera l'ampleur de la crise, ni son calendrier, ce d'ailleurs dont personne
n'est réellement capable, que de définir une politique pour le
mouvement ouvrier pour y faire face.
Une
crise du crédit mondialisée par la spéculation
Les Etats-Unis, et l'ensemble du monde à leur suite, ont connu, depuis
2003, après la fin de la crise des "nouvelles technologies",
une phase de croissance et d'euphorie financière qui est en train de
prendre fin. La crise du crédit immobilier "à risque",
aux Etats-Unis, qui a éclaté en août 2007, et dont les effets
se sont étendus comme une traînée de poudre à l'ensemble
du système financier international, frappant les banques comme les bourses,
a été une des premières manifestations, particulièrement
brutale même si elle était annoncée, de ce changement de
conjoncture.
Dans les pays industrialisés, et particulièrement aux Etats-Unis,
la phase de croissance en train de s'achever est aussi celle du transfert de
toute une partie de l'appareil productif et des investissements correspondants
dans les pays à bas coût de main d'uvre, particulièrement
la Chine. Pour les grands groupes financiers et industriels, cela s'est traduit
par d'immenses profits, des masses considérables de capitaux à
la recherche de placements ; pour les salariés et la population
laborieuse en général, par une baisse générale des
revenus.
L'existence d'une quantité importante de capitaux disponibles, ne trouvant
pas à se placer dans les investissements productifs, a permis aux institutions
financière de multiplier les facilités de crédits aux familles,
même les plus pauvres. Une occasion de faire fructifier leurs capitaux
en captant, sous forme d'intérêt, une partie des revenus des travailleurs
et de la population, tout en gonflant artificiellement le marché solvable,
réduit par la baisse globale du pouvoir d'achat.
C'est dans ce contexte que se sont développés les crédits
"subprime", prêts accordés à des familles à
faible revenu pour l'achat de leur maison, et garantis pas des hypothèques.
Avec des prix de l'immobilier qui flambaient et un crédit bon marché,
l'opération s'avérait particulièrement juteuse pour les
organismes de crédit. Pour les acheteurs eux-mêmes, tant que le
prix des maisons grimpait plus vite que le coût de remboursement de l'emprunt,
tout allait bien, ils pouvaient même se considérer comme "riches" :
il y avait, disaient les économistes, un " effet richesse "
Mais la surchauffe du marché de l'immobilier n'a eu qu'un temps. L'effondrement
des prix de l'immobilier, des mensualités de remboursement en hausse
alors que les revenus réels des personnes endettées ne cessaient
de diminuer, ont eu raison du système des "subprimes". Des
millions de familles se sont retrouvées dans l'incapacité de faire
face à leurs échéances. Les organismes de prêt immobilier
à risque, eux, se sont retrouvés à la tête de créances
irrécouvrables, ou avec des maisons, saisies par hypothèque, sans
valeur sur un marché saturé. La plupart ont été
contraints à la faillite, leurs salariés jetés au chômage.
Au fond de la crise des "subprime", il y a une crise classique du
capitalisme, la fin d'un cycle de croissance du secteur immobilier américain
dont le marché, après une dernière surchauffe, est arrivé
à saturation et s'est effondré.
Les crédits "subprime", s'ils ont peut-être retardé
cet effondrement, en ont par contre aggravé la brutalité. Ils
ont aussi contribué à répercuter cette crise à l'ensemble
des institutions financières internationales, avec une ampleur sans commune
mesure avec l'importance des pertes réelles.
Les raisons de cette propagation et de cette amplification viennent du fait
que pour assurer le financement de leurs prêts, les organismes de "subprime"
ont "titrisé", transformé en titres financiers, les
dettes de leurs clients. Ces titres, ils les ont vendus à d'autres organismes
financiers, banques, assurance, fonds, qui y ont vu la possibilité d'utiliser
une partie de leurs capitaux disponibles et de prendre leur part dans l'exploitation,
particulièrement juteuse, de la dette des plus pauvres.
Avec la crise des "subprime", toute une partie de ces titres a perdu
sa valeur, propageant la crise à l'ensemble du système bancaire
international. Et comme ces titres, de la même façon que les actions
ou les obligations sur le marché boursier, avaient fait l'objet d'une
spéculation effrénée, les sommes investies par leurs détenteurs
pour les acquérir dépassait largement la valeur les dettes qu'ils
étaient censés représenter, constituant une bulle spéculative
dont l'explosion a démultiplié les pertes. On estime actuellement
à 400 milliards de dollars les pertes financières subies par le
système bancaire international du fait de la seule crise des "subprime".
Mais la crise ne s'est pas cantonnée aux seules institutions financières
concernées par les titres de la dette immobilière des familles
américaines. Dès son déclenchement, l'ensemble des bourses
mondiales a chuté.
La crise des "subprime" et sa propagation ont brutalement mis en lumière
les risques que fait courir la détention de titres de dettes -qui sont
loin de ne concerner que le seul secteur de l'immobilier à risque-, au
point de mettre en péril des banques jusque-là considérées
comme des monuments de stabilité et de fiabilité. L'opacité
des transactions financières, l'incapacité des détenteurs
de titres de crédit de connaître la solvabilité réelle
de leurs débiteurs, ont ajouté à la panique.
La "confiance" s'est brutalement effondrée, y compris entre
institutions financières. Des banques qui jusque-là se prêtaient
mutuellement de l'argent à court terme pour assurer leur fonctionnement
journalier, se sont mises à augmenter leurs taux, généralisant
la crise du crédit. Les banques centrales ont du intervenir à
plusieurs reprises, dont encore très récemment, en injectant des
liquidités pour que les affaires continuent, en jouant sur les taux
Ces mesures, destinées à rassurer les boursicoteurs, n'empêchent
pas un renchérissement général du crédit, un durcissement
des conditions d'obtention de prêts qui frappe essentiellement les particuliers
et les petites entreprises.
Surchauffe
économique et hausse des prix
Cette crise du crédit s'accompagne d'une hausse du prix du pétrole,
qui a dépassé récemment les 100 dollars le baril, ainsi
que de celle de nombreuses autres matières premières. Ces hausses
viennent pour une part du jeu de l'offre et de la demande, entre une demande
internationale en augmentation du fait, en particulier, de la croissance chinoise,
et une offre marquée par l'incertitude politique qui règne sur
certaines sources d'approvisionnement, Irak, Iran... Mais leur ampleur s'explique
avant tout par la spéculation dont elles sont l'objet.
Avec la crise, toute une partie des capitaux qui se plaçaient dans le
crédit cherchent de nouveaux débouchés, de nouveaux terrains
de spéculation. Le pétrole, les matières premières,
dans la mesure où ils font l'objet d'une demande soutenue du fait de
la surchauffe de quelques pays, comme la Chine ou l'Inde, constituent un support
tout trouvé à cette spéculation, une source d'enrichissement
pour tous ceux qui ont accès à cette rente.
Ces augmentations du pétrole et des matières premières
se répercutent de façon importante dans le coût des produits
de consommation et des services. Mais les hausses des prix à la consommation
ne sont pas la simple répercussion mécanique des hausses du pétrole
et des matières premières. Face à l'augmentation de rentabilité
des capitaux placés dans le pétrole ou les matières premières,
c'est l'ensemble du secteur de production et d'échange qui doit augmenter
ses taux de profits, afin de s'assurer les capitaux nécessaires à
son fonctionnement. Tous les capitalistes veulent être du festin tant
qu'il en est encore temps...
Pour les travailleurs et la population, c'est une baisse supplémentaire
du salaire réel, du pouvoir d'achat. Du point de vue de l'économie
capitaliste, c'est un facteur de récession, d'aggravation de la crise.
Baisse
du dollar et guerre économique
La baisse du dollar, qui a perdu 25 % de sa valeur en cinq ans, est un
autre souci important pour l'économie. Le dollar est, depuis la fin de
la deuxième guerre mondiale, la monnaie de référence mondiale,
celle dans laquelle se règlent la plupart des transactions internationales.
L'hégémonie incontestable que détenaient les Etats-Unis
sur le plan économique international leur permettait d'imposer le dollar
comme monnaie internationale, et assurait à ce dernier sa solidité
et sa stabilité.
Mais, au cours des dernières années, en transférant dans
les pays à bas coût de main d'uvre, en particulier en Chine,
des pans entier de leur appareil de production, les Etats-Unis ont perdu leur
hégémonie industrielle et technologique. Bien des produits fabriqués
aux Etats-Unis ont désormais un coût de production supérieurs
à ceux fabriqués en Chine, qui est devenue le premier exportateur
mondial de produits manufacturés, devançant les Etats-Unis dont
s'est aggravé le déficit commercial. La baisse continue du dollar
est, dans le fond, la réponse de l'économie américaine
à sa baisse relative de productivité pour continuer à assurer
à ses produits une part du marché extérieur face à
la concurrence.
Cette baisse est un handicap pour les entreprises des pays dont la monnaie n'est
pas le dollar. Dont celles de la zone euro, qui ne cesse, lui, de monter, enchérissant,
dans les échanges internationaux, les produits fabriqués en Europe.
C'est le prétexte avancé par Airbus pour justifier sa volonté
de déplacer ses usines de production de la zone euro vers la zone dollar
: après les délocalisations à la recherche d'une main d'uvre
bon marché à exploiter, les délocalisations pour cause
de déséquilibre des taux de change monétaire, fermetures
d'usines, chômage pour les salariés, pour garantir les profits
des actionnaires d'Airbus.
C'est aussi en dollar que sont constituées les réserves de multiples
fonds internationaux, comme celles des Banques centrales de pays comme la Chine,
ou des pays producteurs de pétrole. La valeur globale de ces réserves
baisse dans les mêmes proportions que le dollar lui-même
L'importance du marché américain pour l'ensemble de l'économie
mondiale fait que la récession qui se développe aux Etats-Unis
ne peut que se répercuter dans les autres pays, et particulièrement
en Chine, dont le développement actuel est essentiellement porté
par la demande extérieure, celle des anciens pays industrialisés.
Toute diminution des importations de la part de ces pays se traduira immanquablement
par un excédent de production que le marché intérieur chinois
sera incapable d'absorber. "L'usine du monde" entrera à son
tour dans une phase de récession, avec des conséquences qui se
répercuteront à l'ensemble de l'économie mondiale avec
une ampleur qu'il est difficile d'imaginer.
La phase de croissance, partie des Etats-Unis, s'est manifestée sur l'ensemble
de l'économie mondiale, même si c'est avec des intensités
diverses. Le retournement de conjoncture aux Etats-Unis, où le marché
solvable se rétrécit du fait de la baisse des revenus et du resserrement
des conditions de crédit, va se répercuter bien au-delà
des frontières nationales, à l'ensemble des pays de la planète.
Et c'est l'ensemble de l'économie mondiale qui subira les secousses de
la crise. En mondialisant la circulation des capitaux, le capitalisme a mondialisé
son propre fonctionnement cyclique, tout en en démultipliant les effets
destructeurs
Pour
conjurer la crise, imposer nos propres mesures d'urgence
La crise actuelle prend l'allure d'une fuite en avant vers une catastrophe que
les responsables politiques et financiers sont bien incapables d'éviter.
Ils n'ont pas d'autre solution, de leur propre aveu, que les ajustements que
pratiquent les banques centrales, en jouant sur les taux de crédit, ou
en injectant de l'argent frais dans la machine pour essayer d'éviter
qu'elle ne se grippe, mesures que la plupart des économistes de la bourgeoisie
considèrent désormais comme impuissantes à juguler la crise.
Pas d'autre solution, dans ce contexte, pour les capitalistes, que la fuite
en avant dans une concurrence acharnée, exacerbée, pour prendre
la plus grosse part du gâteau possible. Après moi le déluge,
c'est le règne de l'irresponsabilité sociale absolue, la "logique
économique" du capitalisme, d'une économie basée sur
les lois du marché, la concurrence et la propriété privée
financière qui donne à une minorité le pouvoir et le droit
de piller la planète.
Cette logique n'a rien de fatal, elle est la conséquence d'un rapport
de force social et politique. Et les réponses à la crise ne relèvent
pas des taux d'intérêt ou de change mais bien du rapport de force
que les travailleurs sauront imposer pour que nos vies l'emportent sur leurs
profits.
Oui, la seule réponse à la crise, c'est la lutte pour nos propres
revendications, en toute indépendance de classe, sans craindre de remettre
en cause les fondements du système lui-même, sans craindre de prendre
le mal à la racine, la propriété privée capitaliste.
.
Les moyens financiers nécessaires à la satisfaction de ces revendications
existent, les sommes considérables qui partent en fumée du fait
de la crise le prouvent. Mais pour mettre fin à la folie spéculative,
faire en sorte que les capitaux soient affectés en priorité au
fonctionnement de "l'économie réelle", c'est-à-dire
à la production des biens et des services nécessaires à
la satisfaction des besoins de la population, il faut que nous imposions notre
contrôle démocratique sur l'économie et les banques.
Eric
Lemel