| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°185
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17 janvier 2008
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| Sommaire : | ||||||||||
| Municipales : les enjeux d'une campagne politique sur fond de luttes et de régression sociale | ||||||||||
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Municipales
: les enjeux d'une campagne politique
sur fond de luttes et de régression sociale
La nouvelle année à peine commencée, la rafale des attaques
du gouvernement et du patronat contre les classes populaires se poursuit sans
discontinuer. La résistance sociale aussi.
Encouragé par l'attitude des directions syndicales qui ont accepté
de se plier au diktat du patronat sur le contrat de travail, le couple Fillon-Sarkozy
a toutes les raisons d'accélérer les choses. En guise d'étrennes,
la liste des mauvais coups est déjà particulièrement impressionnante
: mise en cause des 35 heures, allongement de la durée de cotisation
à 41 ans, campagne d'opinion contre les chômeurs, multiplication
des rafles contre les sans-papiers pour remplir les quotas, et même une
illustration de la politique salariale du gouvernement particulièrement
éclairante, un véritable hold-up dans les hôpitaux publics
portant sur des centaines de milliers d'heures de travail qui ne seront pas
du tout ou que très partiellement payées
Avec ce gouvernement, l'insécurité sociale bat décidément
chaque jour de nouveaux records !
Les résistances, pourtant, n'ont pas dit leur dernier mot, même
si du côté des directions syndicales, leur silence aura été
particulièrement éloquent sur le contrat de travail, évitant
soigneusement toute campagne d'agitation pendant tout la période des
négociations à laquelle toutes ont accepté de participer
avant que FO, la CFTC, la CGC et la CFDT acceptent de signer l'accord.
Les réactions du monde du travail ont été suffisamment
importantes en octobre-novembre pour qu'après la "trêve des
confiseurs", il leur soit difficile de paraître immobiles sur tous
les sujets. Le mécontentement social reste palpable, profond même,
et l'envie d'une riposte se discute, preuve s'il en est que la lutte des cheminots
et des agents de la RATP n'est pas ressentie pour l'instant comme une défaite,
à défaut d'être une victoire.
La CGT a donc décidé de proposer une journée de manifestation
nationale des cheminots, des agents de la RTP, des électriciens et des
gaziers le 22 janvier. Le 24 janvier ce sera au tour de la fonction publique.
Les attaques sur les retraites et sur les salaires ont beau être les mêmes
-Sarkozy ne se prive pas de répéter sur tous les tons qu'il veut
mettre tout le monde au même niveau- l'idée d'un "tous ensemble"
a encore du mal à s'imposer.
Il n'empêche : c'est bien sur fond de mobilisation sociale continue
que va s'ouvrir la prochaine période électorale. Cet aspect sera
évidemment déterminant.
Un an après l'arrivée de Sarkozy au pouvoir, les classes populaires
auront la possibilité de condamner sans ambiguïté sa politique,
sans cautionner pour autant celle du Parti socialiste et de ses alliés.
Dans les urnes et bien sûr dans la rue.
Les élections municipales sont certes des élections locales, mais
dans ce contexte de luttes sociales, c'est bien l'enjeu national qui sera décisif.
Autant dire que dans la période qui vient nous aurons à combiner
l'intervention sur différents terrains : intervenir dans les mobilisations
sociales et participer à des élections ; mener une campagne nationale
pour un plan d'urgence social et démocratique et poursuivre l'enracinement
local des sections de la LCR ; ouvrir nos listes sans faire de la participation
au nouveau parti une ligne de démarcation, mais ne pas attendre non plus
pour essayer de donner une impulsion décisive à sa construction
Une gageure sans doute, qui exige de revenir sur les priorités de la
prochaine période, au-delà des échéances les plus
immédiates.
Du
local au global, et réciproquement
Cette campagne pour les municipales a évidemment une dimension locale
que nul ne peut ignorer. Les marges de manuvre des municipalités
sont plutôt minces la plupart du temps, mais leurs choix ont des implications
non négligeables dans la vie quotidienne des populations, ne serait-ce
que parce que les maires n'interviennent pas seulement dans les domaines du
logement, de l'emploi ou du cadre de vie. Ils disposent également d'un
pouvoir de police : l'élection d'un maire notoirement raciste et
sécuritaire peut avoir par exemple toutes sortes de conséquences
au quotidien pour la vie des jeunes dans les quartiers et l'avenir de nombreuses
associations
Mener une campagne pour les élections municipales est souvent pour nous
l'occasion de resserrer des liens que nous avons longuement tissés avec
des équipes militantes combatives ; c'est aussi la possibilité
pour les révolutionnaires de faire la démonstration que leurs
interventions comme leurs programmes sont bien au cur des préoccupations
de la grande majorité de la population.
La gestion locale a une dimension politique qui permet de vérifier la
profondeur de l'engagement de bien des maires dits de gauche, parfois même
au PCF, qui se disent antilibéraux et très attachés à
la défense des services publics, mais n'hésitent pas au niveau
de leur municipalité à déléguer la gestion des cantines
scolaires, des transports publics ou de l'eau à des entreprises privées
La démonstration est souvent des plus significatives.
Les révolutionnaires n'ont évidemment pas des solutions sur tout,
encore moins dans le cadre de la société capitaliste. Pourtant,
sur bien des sujets, des élus réellement au service de la population
pourraient faire des propositions concrètes destinées à
améliorer la vie des principaux concernés. Dans ce domaine comme
dans d'autres, les révolutionnaires ne sont pas des adeptes du tout ou
rien, pas plus qu'ils ne le sont en général lorsqu'ils interviennent
dans les luttes, dans la définition des revendications comme dans leurs
pratiques syndicales.
Mais plus que la qualité ou la radicalité de leur programme, c'est
surtout la préoccupation d'impliquer réellement la population
qui les distingue réellement, avec la volonté tenace de mettre
au cur de toutes les préoccupations celles des gens eux-mêmes,
leurs luttes, leur organisation
C'est d'ailleurs sans doute l'un des rares intérêts à avoir
des élu-e-s dans un conseil municipal de pouvoir nous lier à des
milieux qui peuvent être particulièrement exploités, peu
politisés et mal organisés
mais qui résistent et
qui ne nous sont pas toujours familiers. Un enjeu politique important même
si en apparence la lutte est des plus modestes.
Il y a pourtant des limites très sérieuses à ces interventions.
La question de l'emploi et des salaires est au cur des préoccupations
de la population, c'est la question la plus décisive, celle qui alimente
par de multiples canaux tous les aspects de la crise sociale qui mine la vie
de nos quartiers, y compris celle de l'insécurité. Mais il n'y
a pas de solution locale à cette situation. Des élus révolutionnaires
pourraient tout au plus exiger qu'on en finisse avec une certaine hypocrisie
et qu'on mette fin aux subventions destinées aux entreprises privées
qui ne servent décidément à rien. Mais certainement pas
faire croire que nous pourrions avoir une " bonne politique pour
l'emploi ", surtout localement
Ce qui n'est pas toujours
facile à expliquer.
Les solutions municipales ne pourront apporter tout au plus qu'un léger
soulagement, à la marge. Et cette marge est étroite. Car dans
chaque commune, c'est bien la même logique capitaliste qui finit par s'imposer
sous prétexte de concurrence, et toute une séries de contraintes
financières et institutionnelles qui autorisent par exemple un préfet
à contrôler la bonne gestion des maires
C'est pourquoi les révolutionnaires peuvent sans doute faire ponctuellement
la démonstration qu'il est possible d'apporter des améliorations
dans certains domaines, simplement en prenant partie pour les intérêts
de la population à l'exclusion de toute autre considération. Mais
les révolutionnaires n'ont pas de programme "localiste" dans
le sens où il prétendrait résoudre les problèmes
fondamentaux de la population au niveau d'une commune, en faisant l'économie
d'une confrontation majeure avec le patronat et le gouvernement.
Pour en finir avec le chômage, et pour ne prendre que cet exemple, il
faut couper les vannes qui l'alimentent en permanence et commencer par interdire
les licenciements. Ce sera une lutte générale, ou à généraliser,
dans toutes les villes, dans toutes les corporations, qui concerne l'ensemble
de la population.
C'est pourquoi la campagne que nous allons mener sera une campagne politique
nationale pour aider à la mobilisation du monde du travail et à
la convergence des luttes ; ce sera une campagne de popularisation du plan d'urgence
qui peut certes se décliner à partir d'exemples locaux mais qui
n'a de sens que dans une perspective d'ensemble ; ce sera aussi une campagne
pour continuer à faire émerger une alternative politique avec
la construction d'un parti anticapitaliste qui représente réellement
les intérêts de la majorité de la population.
Construction
du parti et campagne électorale
Dans ces élections, notre campagne politique va être étroitement
liée à la question des luttes, mais dans un sens bien précis
: non pas pour faire croire qu'il y aurait un " débouché
politique " aux luttes dans les institutions et dans les élections,
mais pour faire de la campagne électorale un moment d'agitation et d'explication
essentiel afin de renforcer la conviction auprès du plus grand nombre
que c'est bien par nos luttes et tous ensemble qu'on pourra commencer à
faire de la politique en construisant un autre rapport de force et en nous organisant.
Cette réponse politique en appelle évidemment une autre qui est
celle du parti.
Ici ou là, des alliances s'avèrent possibles avec des équipes
militantes locales, associatives, alternatives, ou du PCF. Les conditions pour
une telle alliance ne sont pas au même niveau ni à confondre avec
celles qu'exige la construction d'un parti. Mais elles ne lui tournent pas non
plus le dos.
Refuser tout accord de gestion avec le PS au 1er comme au 2ème tour,
c'est évidemment renoncer à la gestion municipale, compte tenu
des rapports de force électoraux actuels. C'est un encouragement à
rompre avec les logiques électorales et institutionnelles qui restent
encore bien ancrés à gauche de la gauche et sein du PCF. C'est
un premier pas qui peut être réellement décisif, si c'est
l'occasion ensuite d'approfondir cette question autour de celle du parti qu'il
faudrait construire dans la prochaine période, pour l'émancipation
du monde du travail.
Le PCF va connaître à la fin de l'année 2008 un congrès
décisif. Ses enjeux commencent à être dans toutes les têtes
et alimentent bien des discussions, sans attendre la fin des échéances
électorales. L'avenir a commencé à se dessiner nettement,
entre le maintien d'un PCF enfoncé dans la spirale du déclin,
la construction d'un pôle antilibéral incapable de renoncer à
ses alliances avec le Parti socialiste, ou se tourner vers le nouveau parti
que propose la LCR.
S'engager dans cette voie, c'est évidemment s'adresser en priorité
aux nouvelles générations militantes, souvent plus radicales et
moins prisonnières des schémas anciens des partis de gauche. Mais
si l'on veut s'adresser aussi aux militantes et militants du PCF, à gauche
de la gauche comme en direction de toutes celles et ceux qui n'ont pas fait
campagne avec nous pour des raisons très diverses, en particulier à
Lutte ouvrière, il y a de nouvelles occasions de poursuivre les discussions.
Celles-ci continuent durant la campagne électorale, et rebondiront après,
en essayant de cerner les problèmes politiques qui font réellement
obstacle, en distinguant l'essentiel de l'accessoire
Et de ce point de
vue, si des délimitations claires entre réforme et révolution
ne sont évidemment pas un accessoire, l'attachement à un " programme
trotskyste " qui se réduirait à quelques formules figées
certainement pas l'essentiel !
Mais pour cette raison également, la campagne que nous allons mener aux
municipales va dépasser largement ce cadre. Sans que les deux se confondent
entièrement, le positionnement général que nous aurons
dans ces élections et les démonstrations que nous pourrons faire
sur le plan politique, auront évidemment leur importance dans la perspective
de construction d'un nouveau parti. Bien plus que les seuls résultats
au niveau arithmétique. C'est aussi l'un des enjeux de cette campagne.
Jean-François
CABRAL