| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°186
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24 janvier 2008
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| Sommaire : | ||||||||||
| Manif des cheminots, journée des fonctionnaires, luttes pour les salaires... mettre les organisations syndicales au service des luttes... | ||||||||||
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Manif
des cheminots, journée des fonctionnaires,
luttes pour les salaires...
mettre les organisations syndicales au service des luttes
25.000 cheminots,
gaziers et électriciens ont manifesté le 22 janvier contre la
réforme des retraites. Ce qui a fait dire au secrétaire de la
CGT, étonné lui-même du succès, que, contrairement
aux dires de certains, "Le débat sur les retraites n'est pas
clos". La journée du 24, pour les salaires et la défense
du service public, s'annonce comme un succès important, alors que se
déroulent de nombreuses luttes dans des entreprises privées pour
les salaires, contre des plans sociaux, et que se prépare une lutte pour
les salaires et les conditions de travail dans le commerce.
La démagogie de Sarkozy s'effondre face à la réalité
de sa politique et la combativité des salariés ne se dément
pas. Mais dans les rangs salariés et militants, il y a bien des doutes
sur la possibilité de changer réellement les choses. La détérioration
de la situation sociale et économique, la pression du chômage comme
la difficulté à peser, dans les syndicats, dans le sens d'une
politique pour une lutte d'ensemble entretiennent un certain scepticisme.
Ces doutes n'ont pu qu'être renforcés par le spectacle des 4 confédérations
syndicales signant avec gouvernement et patrons un accord sur la réforme
du Code du travail très défavorable aux salariés, ou par
la participation de la CGT aux négociations, même si, au final,
elle n'a pas signé.
La lutte pour les salaires est à l'ordre du jour mais il est évident
que ce n'est pas la semaine d'action annoncée par la CGT et la CFDT qui
permettra de faire reculer les patrons et le gouvernement. Développer
les mobilisations suppose de surmonter les obstacles que représente la
passivité des directions des confédérations syndicales.
C'est l'intervention des salariés eux-mêmes qui pourra imposer
une autre politique favorable à la généralisation des luttes.
En finir avec syndicalisme d'accompagnement
Face à la gravité des attaques, les salariés voient bien
que la riposte des syndicats n'est pas à la hauteur, qu'ils ne défendent
plus avec sérieux les acquis, qu'ils accompagnent tous les reculs, acceptent
la fatalité. Ce n'est que la combativité de leur base qui les
pousse à l'action, dans des luttes qui restent morcelées, alors
que tout le monde comprend qu'on ne peut pas gagner ainsi.
Au moment où les luttes sont au plus fort, comme contre les régimes
de retraite, quand il s'agirait de s'unir pour gagner, les directions se divisent,
abandonnent la lutte, et refusent d'appeler à un mouvement d'ensemble.
Elles semblent avoir perdu toute indépendance et n'avoir d'autre politique
que d'accepter celle du patronat.
La société capitaliste, en crise, génère le chômage
de masse, la perte des statuts, la remise en cause de tous les acquis.
Les médias martèlent de façon répétitive
les idées de soumission, troublant les esprits dominés par les
chantres du libéralisme. Il faudrait accepter cette fatalité,
il n'y aurait plus place pour des avancées sociales, il faudrait accepter
tous les reculs !
Le trouble est d'autant plus grand dans les rangs ouvriers que cette campagne
est relayée par la gauche de gouvernement, alors que les directions syndicales
sont paralysées, engluées dans des négociations sans fin
avec un gouvernement dont elles semblent le jouet.
Cette politique d'accompagnement sans fin des reculs nous a menés dans
une impasse. Il n'y a, pourtant, aucune fatalité. Le problème
est celui du rapport de force entre la classe ouvrière et les patrons,
la bourgeoisie.
Or, pour changer ce rapport de force, les syndicats sont un élément
déterminant, à condition de jouer leur rôle. Il nous faut
rebâtir des syndicats pour la lutte. C'est possible en s'appuyant sur
la conscience de tous ceux qui, aujourd'hui, en ressentent la nécessité,
qui comprennent bien que le patronat n'est fort que de la faiblesse des syndicats.
La crise du capitalisme, en ne nous laissant pas d'autre choix, sinon de subir
de plus graves dégradations, crée la conscience, et les possibilités,
pour rebondir, changer les choses. La possibilité de transformer les
syndicats, d'en faire des organisations vivantes peut venir de cette nouvelle
conscience de la nécessité de résister, qu'il n'est plus
possible de subir, de laisser faire
Nous
réapproprier nos organisations
Cela nécessite de faire vivre des sections syndicales soucieuses des
salariés du rang, aussi bien dans nos entreprises que dans les localités,
les communes. Et d'orienter la propagande, la presse syndicale vers l'extérieur,
les salariés non organisés en sortant d'une vie syndicale souvent
trop étroite, trop autocentrée.
On peut s'appuyer sur un renouveau déjà en cours : nouvelles bases,
UL et UD combatives, démocratiques, jeunes, commerce, AG combatives,
démocratiques, qui apparaissent lors de chaque lutte. Il s'agit de faire
vivre un syndicalisme de proximité en s'investissant avec ténacité
sur les nouvelles zones ouvrières, les petites boites, les salariés,
jeunes, précaires.
S'investir dans les syndicats, en être les animateurs, les prendre en
main, bousculer les routines, être prêts à y assumer toutes
les responsabilités en défendant une politique de lutte de classe.
Appeler les salariés, les jeunes révoltés, surexploités
et précarisés, à prendre les choses en main, en s'investissant
dans le syndicat, en créant de nouvelles bases, y entraînant leurs
camarades de travail. Non seulement à adhérer, mais à devenir
des militants de leur classe, apportant leur dynamisme, leur confiance et leurs
idées, militant non seulement dans leur entreprise mais s'investissant
dans l'interprofessionnel, les unions locales. Leur apport donnera un sang neuf
à des organisations quelque peu sclérosées et redonnera
confiance aux anciens.
C'est cela qui peut changer l'image des syndicats, redonner goût aux travailleurs
de les rejoindre et commencer à changer le rapport de force.
Cela implique de défendre ouvertement une politique offensive, de défense
des intérêts ouvriers jusqu'au bout, quelles que soient les conséquences
de la lutte, et dans laquelle se reconnaissent les salariés.
C'est à chacun de nous, à la base, de prendre les choses en main,
en défendant les idées de la lutte de classe, en l'organisant
et en appelant autour de nous à la lutte et à l'organisation.
Ce n'est que sous l'influence des travailleurs, des jeunes, entraînant
leurs camarades, que les syndicats se libéreront de l'influence du libéralisme
et retrouveront une indépendance de classe. Il ne manque pas de travailleurs
qui voudraient oeuvrer à cette indépendance syndicale, contrôler
les directions, imposer une autre politique, même si, aujourd'hui, ils
ne savent comment s'y prendre.
Le rôle des militants est de les encourager à prendre toute leur
place, sans aucune crainte, il y va de l'avenir.
La construction de syndicats combatifs ira de pair avec un renouveau de la démocratie,
il s'agit de prendre en main nos organisations, de décider nous-mêmes
de leur orientation, de leur politique. Il n'y a pas de vie démocratique
dans l'entreprise. Les obstacles mis par les patrons n'en sont pas la seule
cause. La directions syndicales, localement, mais encore plus au niveau départemental
ou national, apparaissent éloignées, bureaucratisées et
peu soucieuses de l'avis des salariés.
Mais l'aspiration à la démocratie se manifeste à toute
occasion. Comme on le voit chez les jeunes, dans les UL, dans les AG combatives.
Il s'agit de s'appuyer sur ce renouveau, l'encourager, redonner le goût
aux salariés, aux militants, de se réunir et de décider,
de reprendre en main la vie du syndicat, de se saisir de chaque occasion, luttes,
négociations salariales, congrès, pour réunir des salariés,
leur donner la parole, susciter les débats.
Pas
de lutte syndicale efficace sans perspectives de changement de société
Le combat syndical participe d'une bataille plus globale : reconstruire une
conscience de classe, une indépendance de classe.
Des années de politique de collaboration de classe, de soumission aux
intérêts de la bourgeoisie ont ruiné le crédit des
syndicats et amoindri la conscience de classe des salariés, leur sentiment
d'appartenir à la classe opprimée, et leur révolte contre
cette oppression.
Cette conscience de classe affaiblie se reflète dans la chute des effectifs
organisés : on est passés, en quelques années, de près
de 20 % de syndiqués à 8 %, aujourd'hui. Il n'y a là pourtant
rien de fatal.
Se battant dans le cadre de la société capitaliste, le mouvement
syndical, pour mener sa lutte avec conséquence, ne peut le faire qu'avec
des perspectives dépassant le cadre de l'exploitation capitaliste, rompant
avec lui. Pour sortir de l'impasse actuelle, il faut renouer avec des perspectives
anticapitalistes.
Les syndicats, par leur lien avec de larges masses, par leur implantation au
plus près des entreprises, là où sévit l'exploitation
quotidienne, sont le lieu essentiel de cette reconstruction de la conscience
de classe. Le mouvement syndical est un front large qui ne peut trouver son
efficacité que s'il est capable de regrouper, démocratiquement,
dans le respect de toutes les opinions, tous les salariés prêts
à engager la lutte pour leurs conditions d'existence.
C'est ce lien renoué avec la base ouvrière, c'est l'influence
des travailleurs, qui, au cours des luttes, permettra aux syndicats de retrouver
leur indépendance et de jouer leur rôle d'organisateur des luttes.
La voix de la révolte des salariés se fera entendre, les militants,
dans toutes leurs organisations, s'en feront le relais en défendant la
nécessité d'une lutte sérieuse pour un plan d'urgence répondant
aux revendications des masses.
C'est la lutte pour ces revendications qui permettra aux masse en lutte, de
tester leur efficacité d'unification et les résistances patronales,
se posant ainsi, au décours des luttes, la question de leur contrôle
sur l'économie et la remise en cause de la propriété privée
capitaliste.
Une lutte sans merci s'engagera, dans les masses mobilisées, dans tous
les syndicats, pour l'indépendance de classe, entre les militants radicaux,
anticapitalistes, pour une politique de lutte de classe jusqu'au bout, et tous
ceux qui, dans les rangs syndicaux, comme, dans toute la société,
défendent les idées de soumission au libéralisme. C'est
la seule voie aussi pour surmonter la division.
Face aux appareils qui émiettent les luttes, mettent en avant le corporatisme,
la division, l'unité des forces en lutte se fera autour des revendications
essentielles d'un plan d'urgence répondant aux besoins immédiats
des salariés, des précaires, des chômeurs, des jeunes
Revendications simples et compréhensibles par tous, répondant
à la dégradation de la situation : interdiction des licenciements,
embauche massive dans tous les services publics, augmentation générale
et immédiate des salaires et des revenus.
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Les
mobilisations de ce début d'année annoncent la prochaine étape,
qu'il faut préparer consciemment : une lutte d'ensemble, interprofessionnelle,
du public comme du privé, pour les salaires et les revenus.
Pour préparer cette étape, les salariés ont besoin d'équipes
militantes, de syndicats au service de leurs luttes, autour de leurs exigences,
de leurs revendications, pour répondre à la crise du capitalisme.
Pour bousculer les routines de tous ceux qui ont capitulé, un afflux
militant est indispensable. Cet afflux se nourrira de la révolte contre
une politique inacceptable, insupportable qui sacrifie les salaires et les revenus
aux spéculations boursières et à la course à la
compétitivité et à la rentabilité financière.
Ce renouveau du militantisme au sein du monde du travail est en route, il se
nourrit de l'insupportable arrogance du patronat et de son serviteur Sarkozy.
Gérard
Villa