| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°196
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29 mai 2008
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| Sommaire : | ||||||||||
| Les fruits amers du dialogue social... | ||||||||||
| Camarades de Lutte ouvrière, continuons le débat... | ||||||||||
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Les
fruits amers du dialogue social
Ce
début de semaine, Sarkozy est revenu au "contact" de la "France
qui se lève tôt". Lundi, c'était devant les salariés
de Poclain, à qui il est allé présenter sa nouvelle idée
pour augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires, par la promotion
de la participation et de l'intéressement, vantant ce qu'il appelle une
"vision non pas antagoniste, mais réconciliée, harmonieuse
et efficace des liens entre le travail et le capital". Non sans promettre
au passage un "défraiement" aux patrons, aux frais du contribuable,
sous forme d'un crédit d'impôt de 20 % des sommes versées
Mardi matin, opération séduction, aux aurores, du côté
de Rungis, où on a pu les voir, Carla et lui, serrer des mains et déguster
du camembert, tout en évitant soigneusement la rencontre avec les mareyeurs.
Il a couru ensuite à RTL, présenter son "plan" contre
les hausses du prix des carburants : prendre sur les excédents de
TVA touchés par l'Etat du fait de l'augmentation des carburants pour
financer une baisse des prix pour les professionnels, ainsi qu'un soutien aux
plus pauvres sous forme de "prime à la cuve" et de maintien
du prix du gaz. Une promesse qui n'a que peu de chances d'être tenue puisque
la baisse de consommation induite par la hausse de prix a entraîné,
en 2007, une baisse du produit de la TIPP (taxe intérieurs sur les produits
pétroliers) qui n'a été que peu compensée par la
hausse du produit de la TVA.
Sarkozy bluffe. Il tente de reprendre la main alors que même les députés
de son propre bord manifestent leur révolte, comme certains UMP présentant
et votant mardi soir, avec le PS, un amendement introduisant le principe de
la parité homme-femme "aux responsabilités professionnelles
et sociales", malgré les interventions de Rachida Dati, inconditionnelle
du Président, venue défendre la position du gouvernement contre
cet amendement. Le président de l'Assemblée, Accoyer, s'est même
permis de la faire taire, en lui rappelant que "tout le monde suit le
texte depuis le début" et qu'on "ne va pas reprendre
dix fois les mêmes explications"
Sarkozy cherche à faire face à une contestation sociale qui ne
cesse de s'étendre, alors que la grève des marins-pêcheurs,
loin de s'éteindre, se propage aux autres pays d'Europe et commence à
toucher les transports routiers et les agriculteurs. Ces manifestations de professions
menacées dans leur existence même par le développement de
la crise s'ajoutent aux luttes pour les salaires qui touchent de nombreuses
entreprises, ainsi qu'aux mobilisations contre les suppressions de postes dans
la fonction publique et contre les nouvelles attaques du gouvernement sur les
retraites.
La population laborieuse et les salariés doivent faire face à
une dégradation permanente de leurs conditions de vie, du fait des attaques
à répétition du gouvernement et du patronat, mais aussi
des effets d'une crise qui ne cesse de s'approfondir et dont les conséquences
se font directement sentir. Des statistiques récentes font état
d'une baisse de 27,9 % du nombre de constructions neuves en 2007. C'est
l'illustration concrète du résultat de la combinaison de la baisse
des revenus, de l'augmentation du prix des matières premières
et des difficultés à obtenir un crédit, sans oublier la
menace sur l'emploi dans le secteur du bâtiment. Une illustration directe
des effets et du mécanisme d'une crise qui est en train de gagner l'ensemble
des secteurs de l'économie.
Sourds à une situation sociale qui ne semble pas les concerner, les caciques
du PS viennent de lancer leur grande offensive
pour la direction du parti
et la présidentielle de 2012. Premiers candidats au poste de "chef",
Royal et Delanoé font semblant de s'affronter sur la question de savoir
si "socialisme" et " libéralisme" sont compatibles.
Pour Delanoé, c'est oui. Dans un livre intitulé De l'audace,
il précise : le libéralisme, c'est " une doctrine
de liberté et de justice dans une société imparfaite et
non une doctrine de lutte de classe qui nous promet une société
égalitaire et parfaite ". Une définition qui peut
représenter, sur le fond, ce qu'est le "socialisme" pour Ségolène
Royal
Sur le plan parlementaire, c'est la bataille sur le front du projet
de modification des institutions de la République. Une bataille au cours
de laquelle le PS, d'accord sur le fond de la réforme avec l'UMP, négocie
par la bande un découpage électoral qui lui garantisse une répartition
"équitable" des postes permettant d'accéder à
la mangeoire de l'Etat : Assemblée nationale, Sénat, Conseils
régionaux et généraux. PC et Verts sont noyés dans
le sillage du PS.
Les organisations syndicales, elles, s'enlisent toujours plus dans le dialogue
social. Après l'accord sur la représentativité syndicale
dans le privé, six organisations syndicales de la Fonction publique (CFDT,
CGT, FSU, UNSA, Solidaires, CGC) viennent de signer avec le gouvernement un
"accord sur le dialogue social". A la grande satisfaction de
Sarkozy et se gouvernement, qui se félicitent de ce qu'ils considèrent
comme un "accord historique pour le dialogue social dans la fonction
publique depuis 1946". Accord qui, selon eux, ne peut manquer de "favoriser
le passage d'une culture de l'affrontement à une culture de compromis"
Pour leur donner raison sans plus tarder, mardi 27, certains syndicats enseignants
annonçaient qu'ils mettaient fin à la mobilisation contre les
suppressions de postes, en proposant de se retrouver fin août pour discuter
des actions de la rentrée... Le prétexte invoqué est de
ne pas nuire aux élèves passant leurs examens, ainsi qu'une soi-disant
baisse de la mobilisation. Baisse de la mobilisation, si tant est qu'elle existe,
qui n'est que la conséquence des tergiversations des confédérations
syndicales, de leur volonté clairement comprise par tous de ne rien faire
pour la convergence des luttes, autrement dit pour se donner les moyens de gagner.
Bien au contraire, les manifestations du 15, puis celles du 23, ont montré
que, malgré le manque de préparation et de perspectives, de nombreux
salariés de la fonction publique mais aussi du public ont tenu à
manifester leur ras-le-bol. Elles sont la preuve que la détermination
à se battre existe, que la colère est profonde. Colère
que ne peut que renforcer l'annonce des augmentations des "salaires"
des PDG du CAC40, 58 % en un an, passant d'une moyenne de 2,53 millions
d'euros à 4 millions !
Sarkozy prône l'harmonie "des liens du travail et du capital".
Le PS lui fait écho, tandis que les confédérations syndicales
s'enferment dans le carcan du dialogue social. Les travailleurs, la population,
eux, doivent faire face aux difficultés sans cesse croissantes, produit
de la lutte de classe sans fin et sans limites que mènent les capitalistes.
La nécessité d'une riposte réelle du monde du travail,
d'une offensive pour mettre un terme aux attaques mais aussi pour reprendre
l'offensive sur nos propres revendications s'impose.
Le regroupement nécessaire à la riposte repose sur notre propre
initiative, en toute indépendance des partis institutionnels et des directions
syndicales. Il ne peut se faire qu'autour d'un plan d'urgence, rassemblant en
un tout cohérent les exigences de toutes les catégories de travailleurs
et de la population. Il passe par le regroupement dans les syndicats comme sur
le plan politique de toutes celles et tous ceux qui pensent qu'il est temps
de se donner les moyens de défendre leurs propres intérêts,
en toute indépendance de classe, loin des calculs des bureaucraties plus
soucieuses de leurs intérêts d'appareil que de ceux des salariés.
Une telle politique désarme et démoralise. Reprendre l'offensive
exige en tout premier lieu de nous regrouper pour reprendre l'offensive sur
le plan politique pour contester radicalement les lieux communs, les fausses
évidences des libéraux de droite ou de gauche, pour contester
le droit des patrons et des financiers à diriger l'économie, à
plier toute la société à leurs besoins, pour faire valoir
les droits des travailleurs.
Eric
Lemel
Camarades
de Lutte Ouvrière,
continuons le débat
Nous
nous félicitons que malgré les déclarations des camarades
de LO sur l'impossibilité d'avancer vers la construction d'un parti révolutionnaire
de masse, la discussion s'impose du fait de l'initiative prise par la LCR d'appeler
à la création d'un nouveau parti anticapitaliste. Le débat
LO-LCR, traditionnel à la fête de LO, a été l'occasion
d'un échange de nos points de vue montrant la nécessité
de l'approfondir. Et, puisque nous sommes en pleine discussion sur l'actualité
de mai 68, comment ne pas citer ce que disait à l'issue du mouvement,
en juillet, Lutte ouvrière sur la question : "Il ne s'agit
pas de prêcher pour des raisons opportunistes, une unité sans principe.
De toute manière, tous les militants qui combattent à la gauche
du PCF, se retrouveront un jour, par la force des choses, dans un même
parti révolutionnaire. Ou alors, celui-ci n'existera pas. Seuls des sectaires
invétérés pouvaient et peuvent continuer à imaginer
qu'il leur est possible de construire seul leur parti, murés dans un
splendide isolement." Nous partageons cette démarche qui nous
semble d'une pleine actualité, même, ou plutôt d'autant que
la situation politique a profondément changé. En pleine actualité
et en contradiction avec la position de LO qui nous reproche de brader les idées
de Marx, Lénine, Trotsky
En appelant à la construction d'un parti anticapitaliste, nous ne bradons
rien mais nous militons pour regrouper tous ceux qui militent à la gauche
du PCF en toute indépendance du PS et des institutions. Nous nous revendiquons
du marxisme, léninisme, trotskisme
Nous inscrivons notre projet
dans la continuité de ce combat au sein du mouvement ouvrier. Mais nous
ne faisons pas de ces idées des références dogmatiques
devant lesquelles chacun devrait se plier.
Les camarades de LO ont visiblement du mal à comprendre cette orientation
qui signifie, pour eux, vouloir se débarrasser de l'héritage du
mouvement ouvrier et renoncer à construire un parti communiste révolutionnaire.
Alors qu'il s'agit pour nous de répondre aux besoins d'une nouvelle période
de la lutte des classes et d'avancer dans l'objectif qui nous est commun : comment
convaincre, dans un premier temps quelques milliers de ces travailleurs et de
ces jeunes, de passer de la révolte à l'action collective pour
changer la société, c'est-à-dire de s'engager dans la construction
d'un parti révolutionnaire ?
Répondre
à l'urgence, regrouper les forces
Nous ne partons pas de rien pour cette discussion publique large avec les dizaines
de milliers de celles et ceux qui participent en ce moment aux luttes dans la
jeunesse, dans les entreprises sur des questions sociales mais aussi politiques
(quelle Europe ? L'égalité des droits et la liberté
de circulation et d'installation pour les travailleurs du monde entier
).
Car ce qui ressort de l'expérience de ces luttes, c'est qu'un seul secteur,
aussi déterminé soit-il, ne peut gagner seul et qu'il y a besoin
de construire l'unité et la convergence des luttes. Créer cette
unité et cette convergence demande une compréhension commune de
la période et des rapports de forces entre les classes sociales afin
d'élaborer ensemble une politique pour le mouvement ouvrier.
Nous ne pensons pas que le marxisme apporte de réponse toute faite, c'est
une méthode, une philosophie, une expérience. Etre marxiste ne
se résume pas à relire les textes du passé transformés
en reliques sacrées pour répondre aux problèmes actuels
mais à s'attaquer à un travail d'analyse sérieuse de l'évolution
du capitalisme mondialisé, de l'évolution de la société,
pour élaborer une stratégie. Le capitalisme a connu une nouvelle
étape du développement des forces productives et l'effondrement
de l'URSS lui a apporté un bol d'air en ouvrant de nouveaux marchés,
sans parler de la victoire idéologique. Les formes de domination et d'exploitation
ne sont plus celles du pillage colonial, leurs justifications idéologiques
ont également évolué. La place de la Chine et de l'Inde
est en train de bouleverser les rapports de forces entre puissances impérialistes
et les guerres impérialistes ont pris une ampleur, des rythmes qui posent
questions à tous ceux qui veulent s'y opposer. Le mouvement ouvrier en
reconstruction a besoin d'avoir des analyses et des positions sur ces transformations
en cours.
Le monde n'est pas éternellement le même, sinon il serait vain
de vouloir le changer !
Ces évolutions économiques redéfinissent également
des rapports nouveaux entre les bourgeoisies et leurs Etats. Pourquoi, face
à la catastrophe sociale en cours aux Etats-Unis, personne ne propose-t-il
une politique keynésienne de relance alors que les interventions étatiques
sont acceptées par toutes les forces politiques ? Pourquoi, en Europe
et dans le reste du monde, les partis social-démocrates ont-ils tous
renoncé à des projets réformistes prétendant construire
une société socialiste et se sont-ils ralliés à
l'économie de marché ? Pour le comprendre et définir
les rapports d'un parti ouvrier à leur égard, c'est un peu court
de se contenter de rappeler qu'ils ont trahis depuis 1914. Reste-t-il, au stade
de la mondialisation capitaliste, du grain à moudre pour des politiques
réformistes un tant soit peu conséquentes, c'est-à-dire
capables de mettre en uvre, sur la base d'un rapport de force imposé
par le mouvement ouvrier, des politiques comme celles menées par les
gouvernements de l'après deuxième guerre mondiale ? Ou cette
période est-elle close ? Ce qui aurait du coup des répercussions
sur la politique des organisations syndicales. Le décalage entre les
besoins des luttes actuelles et les politiques des directions syndicales posent
question à des milliers de militants syndicaux. Quand des directions
syndicales signent, sur la base d'un rapport de force dégradé,
une position commune des partenaires sociaux avec le MEDEF et le gouvernement
de Sarkozy, cela bouscule la conscience de classe, même confuse, des militants.
Quelles sont les réponses des révolutionnaires ? Quelle politique
les militants d'un parti anticapitaliste peuvent-il avoir dans les syndicats ?
Toutes ces questions pointent le besoin et l'urgence de faire émerger
un parti révolutionnaire qui y réponde dans un contexte général
de recul de la conscience de classe et des références politiques
qui ont été celles du mouvement ouvrier dans le passé.
Nous n'avons pas à regretter la décomposition des organisations
qui ont structuré le mouvement ouvrier et dénaturé le projet
de transformation révolutionnaire, d'une société socialiste.
Au contraire, il s'agit de tirer leur bilan pour repenser l'avenir du mouvement
ouvrier révolutionnaire. Cet avenir passe par le regroupement de tous
ceux qui continuent à vouloir changer le monde.
L'actualisation
du projet révolutionnaire
Les camarades de LO interprètent négativement notre appel à
la création d'un parti anticapitaliste, internationaliste, écologiste
et féministe, considérant que tous ces adjectifs peuvent finalement
être résumés dans le terme communiste révolutionnaire
et que si la LCR ne le fait pas, c'est pour aller draguer les déçus
des partis et associations sur leurs terrains. Ce qui aboutirait, selon eux,
à faire un regroupement fourre-tout et attrape-tout. Est-il besoin de
rappeler à nos férus d'orthodoxie que l'Internationale communiste,
à sa création, a su créer des organisations répondant
à des questions spécifiques ? Malgré le recul de la
conscience de classe, ces réponses partielles, même déconnectées
d'une analyse globale et d'un projet de transformation révolutionnaire,
ont permis des avancées dans l'opinion grâce aux luttes que ces
courants ont menées. Les militants de ces associations ou partis qui
ne cherchent pas à défendre des positions d'appareils dans le
cadre du capitalisme doivent trouver leur place dans un parti luttant pour l'émancipation
de l'humanité. Le défi que nous avons à relever pour y
parvenir, c'est de partir des divers combats, y compris sans idéaliser
ceux de la classe ouvrière elle-même, pour rassembler les forces
et construire un projet révolutionnaire pour le XXIème siècle.
Nous devons répondre à la question pourquoi le projet socialiste,
qui a échoué dans toutes les révolutions du XXème
siècle, aurait-il aujourd'hui plus de chances d'aboutir ? Pour cela il
nous faut bien sûr discuter des rapports de forces qui ont existé
et qui ont provoqué la transformation de la social-démocratie
en force réformiste prête à écraser des révolutions
pour montrer qu'elle était bien le "loyal gérant du capitalisme".
De ces rapports de forces qui ont abouti à la bureaucratisation du parti
qui avait dirigé la révolution russe devenu ensuite une force
contre-révolutionnaire d'une redoutable efficacité. Mais tout
cela ne convaincra pas pour autant que le socialisme est l'avenir de l'humanité.
Il nous faut montrer que les bases matérielles du socialisme ont mûri
durant tout le XXème siècle, entre autre par la liquidation des
structures économiques agraires pré-capitalistes, et surtout le
développement numérique d'une classe ouvrière qui s'est
infiniment diversifiée du point de vue des conditions dans lesquelles
elle est exploitée mais qui a été unifiée sous le
contrôle du capital international. Et qui en a très largement conscience
même s'il lui manque des organisations pour transformer cette conscience
immédiate en force révolutionnaire.
Le socialisme, contrairement à ce qu'écrivaient les camarades
de LO dans leur texte de congrès de décembre 2007, ce n'est pas
uniquement "en plus de la collectivisation et de l'étatisation,
(
) une planification de l'économie, avec une centralisation plus
ou moins importante selon les niveaux et les cas, dont l'échelle peut
aller d'une région à un continent, voire au monde entier".
Le socialisme, c'est d'abord la démocratie la plus large, c'est-à-dire
l'organisation de la population travailleuse pour réfléchir, décider
et mettre en uvre ses choix sur toutes les questions : dans les entreprises
sur l'organisation et les choix de productions, de transports ; dans les
quartiers sur l'occupation de l'espace social, l'urbanisation ; la préservation
des équilibres écologiques ; l'éducation, la culture,
les pratiques artistiques, la lutte contre toute forme d'oppression et de domination
et sûrement des tas d'autres problèmes que nous n'entrevoyons même
pas. Créer les conditions de cette pratique généralisée
de la démocratie ne se fera pas d'un coup de baguette magique, on ne
peut l'imaginer sans une multitude d'expérimentations, de tâtonnements,
de demi-échecs et de demi-victoires. Par contre cela suppose une force
politique qui pense très clairement les rapports à l'Etat, en
ayant pour objectif non pas la conservation et la reproduction d'un Etat même
prolétarien, mais d'organiser sa disparition progressive à travers
la pratique de la démocratie.
Cette question de la démocratie n'est pas seulement clé pour la
période qui suivra la révolution, elle est absolument déterminante
pour construire le parti révolutionnaire. Un parti regroupant des milliers
de jeunes et de travailleurs devra se donner des règles et surtout une
pratique de fonctionnement démocratique en puisant dans l'imagination
collective et non en reproduisant des méthodes de recrutement et de formation
de cadres déjà toute brevetées dont LO se fait le défenseur.
De telles méthodes ne vise qu'à l'autoreproduction de petits groupes
et à la perpétuation du pouvoir de ceux qui les dirigent. Il s'agit
en effet pour nous, non pas de recruter quelques centaines de militants qui
"acceptent par avance les idées révolutionnaires"
comme l'écrivent les camarades dans leur texte de congrès, mais
de construire un projet révolutionnaire avec ceux qui sont révoltés
et ne veulent plus subir ni l'exploitation, ni l'autorité et la morale,
fût-elle laïque, de petits pouvoirs établis.
Nous voulons former un parti qui soit candidat au pouvoir, non pas pour gérer
les institutions ou les améliorer mais pour transformer le monde en s'appuyant
sur l'organisation de la population pour faire disparaître le besoin même
d'un Etat. Nous ne connaissons bien évidemment pas les conditions des
luttes révolutionnaires auxquelles ce parti devra se préparer,
répondre, mais il y a, à coup sûr, des définitions
qui renvoient à des mythes. Ainsi, lorsque les camarades de LO voient
le parti à venir comme "une armée agissant comme un seul
homme", matinée d'un vague romantisme sur la solidarité
puisée dans une culture commune et le culte d'un parti bolchevik tel
qu'il n'a jamais existé, ils participent à un mythe qui fonde
le pouvoir de la vieille génération sur les jeunes. Ce mythe participe
de ces mêmes besoins politiques qui conduisent à faire du Che un
personnage sans rapport avec la réalité pour légitimer
le passé et tenter vainement de préserver un pouvoir sur l'avenir.
Ces mythes paralysent la pensée libre, critique, révolutionnaire.
La force du parti bolchevik a été justement sa capacité
démocratique, sa capacité de pensée collective et révolutionnaire,
à l'opposé de la caricature stalinienne.
Etre révolutionnaire s'éprouve dans la liberté de réflexion
pour transformer la réalité par l'action. Le marxisme, c'est d'abord
et avant tout cela. C'est dans ce sens que nous voulons nous orienter vers la
construction d'un parti qui libère les initiatives et les potentialités
de chacun et chacune pour les faire converger dans une orientation politique
révolutionnaire et dont l'efficacité réside non pas dans
la certitude que tous les militants font la même chose en même temps
mais dans la cohérence de l'orientation politique.
C'est ce que nous essayons de mettre en pratique dans le processus constituant
dans lequel les militant(e)s de LO sont les bienvenu(e)s pour développer
et enrichir le débat de leurs expériences et de leurs convictions
en acceptant de les soumettre à l'épreuve des discussions et de
l'action commune.
Mais s'ils ne réussissent pas à conquérir par et pour eux-mêmes
la démocratie, ils resteront sur le bord de la route.
Cathy
Billard