| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°197
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12 juin 2008
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| Sommaire : | ||||||||||
| Pour les luttes, rompre avec le " dialogue social " | ||||||||||
| Espoirs de renouveau en Italie | ||||||||||
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Pour les luttes, rompre avec le " dialogue social "
La
grève du 10 juin dans la Fonction publique, la SNCF et l'Education nationale
est en très net recul par rapport à celle du 15 mai dernier contre
les suppressions d'emploi dans le secteur public. Cet échec annoncé
interpelle tous les militants du mouvement ouvrier, tous ceux qui cherchent
une politique pour organiser la riposte contre Sarkozy à un moment où
celui-ci veut accélérer les mauvais coups.
" Réformes sociales : le gouvernement à l'offensive "
titre le Monde car, dès le lendemain de la manifestation, le conseil
des ministres étudiait deux dossiers : le service minimum dans les
écoles pour attaquer le droit de grève et " l'offre
raisonnable d'emploi " pour sanctionner davantage les chômeurs.
Alors que Sarkozy est en chute libre dans les sondages et aux prises avec sa
propre majorité et les rivalités dans son propre camp, les travailleurs
ne parviennent pas à prendre l'initiative, faute d'une politique pour
cela. Du coup, au mépris de l'opinion, le gouvernement Sarkozy-Fillon
peut continuer ses attaques et ses contre-réformes anti-ouvrières :
réforme des conditions de travail, massacre du Code du travail, attaques
contre le droit syndical sous couvert de représentativité, mise
à mal du statut de la fonction publique.
Et pourtant la colère gronde contre la baisse du niveau de vie, les salaires
à reculons et les prix de l'essence ou des produits alimentaires qui
s'envolent aussi vite que les rémunérations des patrons du CAC40.
Des luttes éclatent sur les salaires dans des entreprises qui n'avaient
jamais fait grève, dans des services contre la dégradation des
conditions de travail, etc. A Quimper, des milliers de personnes ont manifesté
contre les fermetures de services dans les hôpitaux de la région,
s'affrontant aux gendarmes mobiles. Beaucoup regardent avec sympathie les luttes
de différentes catégories sociales contre les hausses de prix
du carburant et la nécessité d'une riposte d'ensemble des salariés
est largement ressentie. Mais les directions syndicales se montrent bien plus
préoccupées de leurs intérêts d'appareil que d'organiser
réellement la lutte.
La politique du " dialogue social " qui conduit les directions
syndicales à négocier les mauvais coups du gouvernement et du
patronat, à signer des accords défavorables aux salariés
crée un profond désarroi parmi les salariés et les militants.
C'est cette politique qui permet aujourd'hui à Sarkozy de reprendre la
main. Son objectif est de paralyser les travailleurs en décrédibilisant
les directions syndicales qui se prêtent à ce jeu de dupes.
Engluées dans ces négociations avec le pouvoir, prises au piège,
celles-ci tentent de donner le change en appelant à quelques luttes.
Mais comme elles le font sans y croire elles-mêmes, divisant les luttes,
appelant à des journées sans lendemain, elles affichent leur impuissance
et entretiennent le doute, un sentiment d'impuissance voire une démoralisation.
Mener
la bataille " idéologique ", contester radicalement
la politique du patronat
Récemment, Sarkozy déclarait à propos de la représentativité
qu'il voulait des " syndicats forts " et surtout
" responsables, pour qu'on ne s'arrête pas à l'affrontement
stérile, caricatural, idéologique ". C'est ainsi
que depuis des années le pouvoir a réussi à entraîner
les directions syndicales dans une politique d'accompagnement des contre-réformes
dans l'objectif de paralyser les travailleurs.
Depuis février 2005, celles-ci ont discuté de la recodification
du code du travail qui vient d'aboutir au nouveau code sorti le 1er mai dernier.
Alors que des militants dénoncent le " massacre ",
il n'y a pas eu un mot pendant toutes ces années pour prévenir
les salariés des sales coups qui se préparaient. De même,
après le mouvement contre le CPE, le Medef a ouvert des négociations
sur la réforme du marché du travail, qui a abouti à un
texte signé par 4 syndicats. Le gouvernement est en train de le traduire
en une loi qui prévoit l'allongement de la période d'essai, la
rupture d'un " commun accord " du CDI ainsi que le " CDD
à objet défini " pour le temps d'une mission qui pourra
atteindre 36 mois !
Que les syndicats signent ou pas, leur attitude accrédite le pouvoir,
démoralise et déstabilise les salariés. Ils minimisent
ainsi les attaques qui passent, en douceur alors qu'elles remettent en cause
des dizaines d'années de conquêtes ouvrières. Quant aux
militants, beaucoup sont incrédules et pensent que vu l'attitude de leur
direction, cela n'est sans doute pas si grave.
Dernier épisode de ce jeu de dupes, la représentativité
syndicale vient de montrer comment Sarkozy roule dans la farine les directions
syndicales. S'appuyant sur la " position commune " de la
CGT, de la CFDT et du MEDEF qui prévoit " à titre expérimental "
la possibilité pour l'employeur de dépasser le contingent conventionnel
d'heures supplémentaires, le gouvernement met les syndicats au pied du
mur en voulant faire passer dans la loi sur la représentativité
la remise en cause des 35 heures.
Les Sarkozy, Fillon, Devedjian se répartissent les rôles pour attaquer
le " carcan des 35 heures ", en rappelant à tout
le monde ce que veut dire pour eux le " dialogue social ".
Comme l'explique Xavier Bertrand : " nous les avions prévenus
que nous irions plus loin et aujourd'hui, nous l'assumons pleinement "
Face à cette provocation, les directions syndicales se retrouvent piégées
à leur propre jeu, se justifiant, réclamant le " dialogue
" avec des adversaires qui ne cherchent qu'à infliger leurs mauvais
coups.
La CGT, dans une note à ses syndicats, dénonce " l'instrumentalisation
que fait Nicolas Sarkozy du dialogue social au service de la mise en uvre
de son programme présidentiel "... Belle découverte !
Chérèque interpelle même le gouvernement pour lui donner
ses conseils avisés : " Comment le gouvernement espère-t-il
avancer durant les quatre ans qui viennent en ayant rompu la confiance que nous
avons tant de mal à faire vivre en France ? Avec qui le gouvernement
veut-il conduire les réformes qu'attendent les Français ? ".
Le voilà sur le même terrain des " réformes "
voulues par Sarkozy !
Quant à la déclaration commune de Thibault et Chérèque
du 26 mai, elle ne combat même pas le fond du projet de loi sur les 35
heures, mais réclame
des négociations dans " le
respect des principes introduits par la loi sur le dialogue social de janvier
2007 " !
Pas étonnant que dans ces conditions, les directions syndicales aillent
à reculons sur la journée du 17 juin, à l'image de Chérèque
qui explique : " avec son texte, le gouvernement nous amène
à réagir simultanément sur le temps de travail et les retraites.
Cela nous entraîne dans une mobilisation globalisante, ce contre quoi
j'ai toujours résisté, y compris dans la CFDT ".
Quant à FO, elle refuse d'appeler à la grève contre les
mauvais coups du gouvernement, en faisant de la surenchère sur le texte
de la représentativité qu'elle n'a pas signé car il est
moins favorable à ses intérêts d'appareil. Elle n'avait
pas eu la même retenue pour signer la " modernisation du marché
du travail " avec le Medef !
Cette politique, menée systématiquement par le gouvernement, ne
concerne pas que les 5 grandes confédérations. Ainsi, six syndicats
viennent de signer dans la Fonction publique la " rénovation
du dialogue social ", dont Solidaires et la FSU.
Même si le texte est différent de celui du privé, il obéit
à la même logique. Quelles que puissent être les avancées
pour les syndicats, ceux-ci donnent du crédit au " dialogue "
de Sarkozy, alors même que le gouvernement s'en prend au droit de grève
des fonctionnaires et prépare un " plan social "
à l'échelle de toute la fonction publique. Le texte prévoit
même la mise en place du nouveau conseil supérieur " interfonctions
publiques " juste au moment où le gouvernement veut imposer
la mobilité des fonctionnaires.
Bousculer
les appareils syndicaux, sortir de l'hypocrisie du ''dialogue social'
Au vu des attaques menées par le gouvernement, nous avons tout intérêt
à nous emparer de la journée du 17 juin qui, sur les salaires,
les retraites et contre la remise en cause des 35 heures, pourrait concerner
l'ensemble du monde du travail public comme privé. Nous n'avons pas d'autre
moyen de dire que nous ne sommes pas d'accord, que nous ne capitulons pas, que
nous ne voulons pas dialoguer.
Les obstacles sont nombreux. Bien des travailleurs sont échaudés
et ne veulent pas perdre une journée de plus de salaire pour des intérêts
d'appareils qui essaient de donner le change, pris à contre pied, ridiculisés
par le pouvoir qui se sert de leur faiblesse pour les discréditer encore
davantage. Et en fait, il s'agit de se convaincre que nous pouvons faire grève,
manifester en toute indépendance des calculs des bureaucraties. C'est
nécessaire si nous voulons être en mesure d'agir demain pour aller
vers des mouvements qui pourraient se généraliser et, pour cela,
de mener une politique qui corresponde aux intérêts des travailleurs
et non à ceux des bureaucraties syndicales.
Pour redonner confiance, il nous faut avoir confiance en nous, dans les travailleurs,
leur capacité d'initiative pour défendre leurs intérêts
par la lutte collective, dans la solidarité et en rompant avec tous les
" diagnostics partagés " et autres " partenaires
sociaux " qui ne servent qu'à museler et contenir leur révolte.
La sympathie très large que rencontre l'appel à un nouveau parti
lancé par le dernier congrès de la Ligue atteste d'un renouveau
politique au sein du monde du travail. Il nous faut amplifier ce mouvement vers
l'unité des jeunes sans passé politique, des travailleurs du rang,
des militants radicaux de tous les syndicats, pour que nous ayons la force,
les moyens, les idées afin de proposer des perspectives de lutte sérieuses,
de les préparer, de les organiser, de les diriger collectivement et démocratiquement.
Denis
Seillat
Espoirs de renouveau en Italie
Le
meeting " Mai 68-mai 2008 " qui s'est tenu à Paris
le vendredi 30 mai et la conférence européenne qui a suivi ont
été un incontestable succès, du fait notamment de la participation
d'un grand nombre d'organisations très différentes issues de la
gauche radicale et de l'extrême-gauche en Europe.
Le débat est désormais bien engagé. L'intervention de nos
camarades italiens de Sinistra Critica l'atteste : les temps sont difficiles,
la droite populiste et réactionnaire progresse, mais les clarifications
à gauche également, source d'espoir et de renouveau.
En Italie, le score électoral obtenu par la coalition " Peuple
de la Liberté " (PdL) dirigée par Silvio Berlusconi
est sans appel : 47 % des voix à la chambre des députés
contre 38 % pour le " Parti démocratique " de
Walter Veltroni, un parti issu des Démocrates de gauche (provenant à
leur tour de l'ancien Parti communiste italien dissous en 1991) et de la Marguerite,
ex-Parti de la démocratie italienne.
La victoire de Berlusconi est celle d'une droite dure, populiste, capable, après
des années d'attaques anti-ouvrières, de capter une partie des
voix des classes populaires sur les thèmes de l'immigration et de l'insécurité.
Son arrivée au pouvoir ne peut qu'aggraver les choses dans ce domaine.
Mais cette victoire n'a été possible qu'avec la complicité
d'une prétendue " gauche " qui vient de se reconvertir
en parti démocrate pour mieux prendre ses distances avec ce qu'il reste
du mouvement ouvrier, misant elle aussi sur le registre de l'insécurité
Ce n'est donc pas un hasard si au sein de cette nouvelle majorité dirigée
par Berlusconi, les partis de la droite xénophobe ont progressé
plus que d'autres. La Ligue du Nord de Bossi a obtenu le score record de près
de 9 % au niveau national. De son côté, l'Alliance Nationale
de Fini, héritière du néo-fascisme en Italie, a consolidé
ses positions au sein du gouvernement, tout en se présentant dans le
cadre de la coalition de Berlusconi.
Outre la défaite prévisible de Veltroni, le fait le plus marquant
a été la défaite de la coalition " Arc-en-ciel "
réunissant le Parti de la Refondation communiste de Bertinotti, le Parti
des communistes italiens (une dissidence de Rifondazione qui avait soutenu jusqu'au
bout le gouvernement Prodi en 1998, déjà !), les Verts et
la Gauche démocratique (une petite partie des Démocrates de gauche
qui a refusé d'acter la disparition de leur parti).
Cette défaite sans appel s'est traduite par la disparition de la gauche
de la gauche au parlement, alors que le score espéré sur la base
des résultats précédents n'était pas négligeable,
entre 10 et 12 %. Avec 3,5 % des voix, la coalition " Arc-en-ciel "
n'a plus un seul député ni un seul sénateur. Rappelons
que durant deux ans, Bertinotti a été le président de la
Chambre des députés. Pour un parti qui a tout misé sur
sa participation aux institutions, cet échec est évidemment une
catastrophe
C'est aussi une confirmation : lorsque la " gauche "
fait une politique de droite, non seulement la droite finit par l'emporter,
mais la chute est encore plus spectaculaire pour la gauche de la gauche qui
n'a pas su rompre à temps avec la gauche libérale.
Le constat n'est pas nouveau. On en sait quelque chose en France où la
même mésaventure est arrivée au PCF. Mais c'est une leçon
très importante qui continue à faire débat au sein des
milieux militants, comme le montre la progression de Die Linke en Allemagne
qui participe déjà à des gouvernements régionaux
mais pas (encore) à un gouvernement fédéral en suscitant
malgré tout un certain nombre d'illusions. C'est aussi une discussion
qui rebondira inévitablement dans d'autres pays, en Grèce notamment
au sein de la coalition Syriza qui réunit actuellement un parti de la
gauche anti-libérale Synapismos, de taille et d'influence non négligeable,
et des petites organisations issues de l'extrême-gauche révolutionnaire.
En même temps, ce constat laisse entièrement ouverte une autre
question : celle de construire une alternative véritable. Les évolutions
récentes en montrent les possibilités, mais rien n'est gagné
non plus. D'une certaine manière, et même si cela ne dépend
pas que d'eux, les choix que feront les militants révolutionnaires, leur
sens des responsabilités, leur capacité à donner des réponses
à la fois politiquement claires mais débarrassées des vieux
réflexes identitaire accumulés au cours d'une longue histoire
minoritaire, seront évidement importants.
La
faillite d'une prétendue gauche de gauche
L'effondrement du Parti de la refondation communiste n'est pas seulement le
résultat d'une dérive à droite qui aurait commencé
il y quelques années. La tentation de participer à des " gouvernements
de gauche " a toujours été un aspect important de son
orientation réelle, même si parfois une rhétorique mouvementiste
a pu laisser croire le contraire.
Dès janvier 1994, la question s'est posée à l'occasion
d'une possible victoire des partis de gauche et de centre-gauche aux législatives.
Bertinotti qui venait d'accéder au poste de secrétaire général
fut l'un des partisans les plus affirmés de cette participation gouvernementale.
Sur le moment, cette décision ne porta pas trop à conséquence
puisque c'est Berlusconi qui gagna les élections. Mais deux ans plus
tard, en 1996, le débat rebondit avec la victoire de Prodi.
Le PRC choisit finalement de soutenir le gouvernement, sans y participer. Il
finit même par rompre avec Prodi en 1998, le choix de l'équilibrisme
entre la critique et la solidarité avec une majorité gouvernementale
ayant malgré tout quelques limites. A cette époque, une minorité
de militants -mais une majorité de députés- choisit de
rompre avec Rifondazione en regroupant au sein du PdCI celles et ceux qui voulaient
absolument poursuivre jusqu'au bout l'expérience de soutenir un gouvernement
qui avait pourtant pris un grand nombre de mesures anti-ouvrières qui
ne distinguaient en rien de la politique menée par la droite.
Le PRC eu malgré tout besoin de faire oublier ce soutien pour le moins
compromettant, d'autant qu'il avait perdu en cours de route une partie importante
de sa base ouvrière. Il prit ce que Bertinotti lui-même appela
un " tournant à gauche ", plus apparent que réel, adoptant
l'allure pendant quelques années d'un parti radical. Le contexte il est
vrai s'y prêtait, avec l'émergence du mouvement altermondialiste,
qui finit même par polariser une partie de la vie politique, notamment
lors du sommet de Gênes en 2001.
Bertinotti n'avait pas renoncé pour autant à une participation
gouvernementale, il eut l'occasion bien des fois de l'exprimer publiquement.
Mais désormais dans le langage confus qui était le sien, propre
à coller au " mouvement des mouvements " et à donner
l'apparence de la radicalité, cela prit une étrange résonnance
: il fallait, aimait-il à répéter, " porter dans les
institutions le vent des mouvements qui traversent le pays ". En 2005 cela
prit surtout l'allure d'un ralliement honteux à la nouvelle coalition
de Prodi, même si durant quelques mois Bertinotti voulut faire croire
qu'il pourrait négocier de " grandes réformes de rupture
avec le cycle néo-libéral ".
En guise de grandes réformes, le bilan en deux ans a été
terrible : augmentation de l'âge de la retraite et diminution du montant
des pensions, mise en place d'un système de fonds de pension à
l'échelle nationale, ticket modérateur dans les hôpitaux
publics, réduction des effectifs dans la fonction publique, privatisation
des transports publics, nouvelles lois contre les immigrés, augmentation
de 24 % du budget militaire (et envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan
et au Sud Liban pour compenser son retrait d'Irak)
Dans aucun domaine,
il n'y eut même un semblant de ralentissement dans le rythme des attaques
si on compare avec les gouvernements de droite.
La défaite de la gauche était prévisible. D'une certaine
manière celle de Rifondazione Communista aussi, même si l'effondrement
a été encore plus spectaculaire. En juin 2007 lors de la visite
de Bush à Rome, le parti de Bertinotti, tout en taisant son soutien à
Prodi, tenta d'organiser un concert de protestation contre sa venue. "
Un pied dans le gouvernement, un pied dans la rue " aurait dit Marie-George
Buffet. Mais il y eut à cette occasion à peine 300 personnes pour
se rassembler alors qu'au même moment une manifestation alternative organisée
par les mouvements sociaux, avec le soutien et la participation des camarades
de Sinistra Critica qui venaient de rompre la discipline du PRC sur cette question,
réunissait des dizaines de milliers de participants. En octobre de la
même année, une manifestation -réussie cette fois- contre
la réforme des retraites avec la participation des syndicats, donnait
l'occasion au PRC de lancer la coalition " Arc-en-ciel ".
Quelques jours plus tard, ces mêmes partis votaient la loi qu'ils venaient
pourtant de dénoncer
Ce qui est notable surtout, c'est que le PRC a fait cette fois le choix d'accompagner
l'expérience gouvernementale jusqu'au bout, comme le PCF l'avait fait
dans le gouvernement Jospin, en donnant dès le début les gages
qu'exigeait Prodi. Cela n'a rien d'anecdotique : cela montre simplement
que sa direction ne croit pas plus que les révolutionnaires aux marges
de manuvre possible qui subsisteraient dans ce système pour mener
une politique réformiste.
Le capitalisme mondialisé dans sa phase actuelle ne laisse en effet guère
d'autre alternative que s'adapter au cours néo-libéral et renoncer
aux espoirs réformistes, ou mener une politique radicalement différente.
C'est naturellement la première hypothèse qui prime en l'absence
d'une alternative clairement exprimée en faveur d'un projet de transformation
révolutionnaire de la société, en rupture avec les institutions
de la classe dominante.
C'est aussi un choix qui n'a fait que laminer cette prétendue gauche
de gauche. Pour justifier son soutien au gouvernement Prodi pendant plus de
deux ans, Bertinotti avait expliqué en mars 1999 au congrès de
Rimini : " Si nous n'avions pas choisi de faire naître
le gouvernement Prodi après la victoire face à la droite de Berlusconi
et Fini, et donc si nous avions ôté la possibilité d'essayer
de gouverner, nous aurions été balayés de la politique
italienne, réduits à un petit groupe extrémiste ".
En 2006 la participation à un nouveau gouvernement Prodi lui a sans doute
évité d'attraper le virus de " l'extrémisme ".
Mais certainement pas de finir comme un petit groupe
Aux
révolutionnaires désormais d'offrir une autre perspective
La situation de la gauche révolutionnaire n'est pas facile pour autant.
Au congrès de 1994, l'opposition animée par l'extrême-gauche
au sein de Rifondazione avait obtenue 20 % des voix. Mais en 2005, la situation
n'était déjà plus la même. Le courant Progetto communista
(Franco Grisolia et Marco Ferrando) recueillait 6,5 % des voix, la même
chose pour nos camarades de Sinistra Critica, soit un tiers de voix en moins,
en ordre dispersé.
Le premier a quitté le PRC dès son arrivée au gouvernement,
malmené par des divisions internes qui ont précipité son
départ et provoqué plusieurs scissions. Le second a fait le choix
de rester le plus longtemps possible en espérant que le débat
sur cette participation rencontre un large écho au sein du parti et dans
la classe ouvrière. Finalement le refus du sénateur Turigliatto
de voter une motion de soutien à la politique extérieure du gouvernement
-au moment où l'opposition dans la rue à cette politique commençait
à prendre une ampleur significative- provoqua son exclusion et le début
d'un processus qui a conduit depuis Sinistra Critica à rompre avec le
PRC.
Le Parti communiste des travailleurs de Grisolia et Ferrando se définit
désormais comme le seul vrai parti révolutionnaire, communiste,
léniniste, " tribune de tous les opprimés ",
à la différence des " centristes "
de Sinistra Critica. De leur côté nos camarades sont engagés
dans un " processus constituant ", pour une nouvelle force
anticapitaliste large, en essayant de donner un correspondant politique aux
mouvements sociaux dans une situation qui n'est pas particulièrement
facile.
Aux élections, chacun des deux courants a obtenu un nombre à peu
près équivalent de voix, autour de 0,5 %. C'est un fait politique
important : pour la première fois depuis des dizaines d'années
en Italie, des candidats révolutionnaires ont fait campagne ouvertement
et directement pour leurs idées, à gauche du Parti communiste
stalinien et de ses différents avatars.
Ce score doit donc être interprété à sa juste valeur,
sans chercher à les comparer avec ce qui se passe aujourd'hui en France.
Parce qu'en France justement, cela fait des dizaines d'années que l'extrême-gauche
obstinément se présente aux élections indépendamment
des réformistes même radicaux ! Cette indépendance
et cette ténacité, à la longue, ont fini par payer
C'est aussi le contenu de ces campagnes qui doit être apprécié.
Malgré son sectarisme, le Parti communiste des travailleurs a réussi
à faire un score non négligeable en menant une campagne qui n'avait
rien de dogmatique ou de purement propagandiste en direction des couches populaires.
Avec la candidature de Flavia Angeli, une femme jeune et précaire, au
poste de président du conseil, Sinistra Critica a montré de son
côté qu'elle est capable de mordre sur l'électorat populaire
de Rifondazione. Parions que pour l'immense majorité des électeurs-trices,
la différence entre les deux n'a pas dû paraître évidente !
Il ne s'agit évidemment pas de minimiser les divergences qui opposent
depuis longtemps ces deux courants. Mais force est de constater qu'une même
responsabilité attend désormais l'extrême-gauche dans son
ensemble : construire dans la durée une alternative aux partis de
gauche et aux directions syndicales qui accompagnent la régression sociale
comme ici en France.
Cela suppose d'en finir avec le repli sectaire qui consiste à vouloir
construire autour de soi le grand parti des travailleurs à quelques centaines
de militant-e-s à l'exclusion de tous les autres. Cela exige en même
temps un travail patient de clarification politique. Une gageure. Car plus qu'en
France encore, la tentation existe au sein du mouvement social de contourner
la question politique et plus encore celle du parti, ou de ne le concevoir que
sur des bases très floues, très mouvementistes. Or un parti a
aussi besoin d'un programme pour exister.
Son élaboration pourra difficilement faire l'impasse sur le bilan que
l'on tire du passé, surtout après une expérience comme
celle au sein de Rifondazione. Ce sera un débat utile, car ce sont aussi
des bilans qui aident à faire progresser une discussion : la place
dans les institutions, le rôle d'un parti dans la lutte de classe et dans
les syndicats, les hypothèses stratégiques que nous pouvons évoquer
lorsque nous parlons de rupture
Ces débats sont les nôtres aujourd'hui. Mais c'est un fait acquis :
ils traversent désormais l'ensemble de la gauche anticapitaliste en Europe.
Jean-François
CABRAL