| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°203
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18 septembre 2008
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Panique
financière et boursière, récession,
crise globalisée de la mondialisation
Le
rachat de l'assureur AIG par l'Etat américain n'aura pas suffi : mercredi,
pour le troisième jour consécutif, le débâcle boursière
se poursuivait de plus belle.
L'intervention " sélective " de l'Etat US, qui avait choisi
dimanche de laisser plonger Lehman Brothers, et de "sauver" AIG mardi,
après avoir précédemment "sauvé" Fannie
Mae, Freddie Mac et Bear Stearns, voudrait faire croire que l'Etat a pris les
choses en main, qu'il maîtrise un tant soit peu la situation. Les 85 milliards
n'ont pas suffi à "rassurer" les marchés.
Car la liste des groupes financiers internationaux qui sont au bord de la faillite
n'est pas close. Et c'est l'annonce du rachat en urgence de la banque écossaise
HBOS par la Lloyds anglaise qui a, de nouveau, mis le feu aux poudres.
Contrairement
à ce que l'on peut entendre, la crise actuelle ne trouve pas son origine
dans le seul secteur financier américain, elle n'est pas un simple prolongement,
qui n'en finirait pas, de la crise des subprimes. Elle touche l'ensemble de
la finance internationale, parce que les banques, compagnies d'assurances et
autres institutions financières sont liées, par-dessus les frontières,
par une multitude de participations croisées. Et elle ne se résoudra
pas par plus de "régulation".
Elle ne se limite pas au secteur financier. Des spécialistes de l'économie
sont venus nous expliquer que "l'économie réelle" était
saine, que les "fondamentaux" étaient bons, et que s'il y avait
ralentissement de l'économie, c'était une simple conséquence
de la crise financière et des hausses du prix du pétrole et des
matières premières
En réalité, ce nouveau développement de la crise est la
conséquence du ralentissement de "l'économie réelle",
une économie mondiale à bout de souffle qui ne produit plus assez
de profits pour satisfaire les appétits des masses de capitaux en quête
de "rendement".
Si elle est partie du cur même du système économique
international, les Etats-Unis, elle est devenue planétaire. Elle menace
d'effondrement, à travers les liens et les nouveaux rapports financiers
et économiques qui se sont établis au cours des dernières
années, l'ensemble de l'économie mondiale, dans tous ses secteurs :
elle est l'aboutissement de la globalisation de l'économie et des différentes
crises de la dernière décennie.
En
1997 éclatait la crise de ce que l'on appelait les "tigres"
et les "dragons" asiatiques (Corée du Sud, Thaïlande,
Taïwan, Indonésie
). Ces pays avaient connu, grâce à
l'afflux de capitaux venus du Japon et des autres pays industriels à
la recherche d'une main d'uvre bon marché à exploiter, une
vingtaine d'années de croissance industrielle forte. La course aux investissements
était d'autant plus intense et spéculative que les profits dégagés
étaient importants. Jusqu'au moment où le "miracle asiatique"
s'enraya, provoquant l'effondrement économique de ces pays et la fuite
des capitaux étrangers vers d'autres cieux
Le secteur des "nouvelles technologies", par les perspectives importantes
de développement qu'il représentait et les taux de profit qu'il
assurait, offrit alors une nouvelle possibilité d'expansion au capitalisme.
Pendant quelques années, ce secteur fera l'objet d'investissements massifs,
soutenus par une spéculation boursière intense. Jusqu'à
l'explosion de la bulle, début 2001 : le développement des
capacités de production dépassait de loin les besoins du marché
solvable, les profits s'effondrèrent, entraînant des "réajustements"
qui jetèrent à la rue des centaines de milliers de travailleurs,
dans le monde entier. L'afflux massifs des capitaux chassés d'Asie par
la crise, et la spéculation qui l'accompagnait, avaient asséché
les perspectives de profits en moins de trois ans.
Les immenses territoires, la masse inépuisable de main d'uvre et
les perspectives de marchés nouveaux que représentaient la Russie,
la Chine et les autres pays "émergents" sont alors venus offrir
au capitalisme une nouvelle ouverture. L'industrialisation à marche forcée
de ces pays, particulièrement de la Chine, a tiré la croissance
internationale, assurant des profits dont la source paraissait intarissable.
Tandis que la globalisation de l'économie capitaliste franchissait une
nouvelle étape, ces profits ont alimenté pendant quelques années
le casino financier à un niveau jamais atteint. Cette nouvelle étape
de la globalisation est en train de s'achever dans une nouvelle récession,
une crise globalisée qui indique que les possibilités de développement
du capitalisme international, permis par l'intégration de la Russie et
des pays dits émergents à l'économie et au marché
mondial, arrivent à saturation.
La crise "asiatique" de 1997 est restée cantonnée aux
"tigres" et aux "dragons" asiatiques ; celle des nouvelles
technologies, bien que mondiale, est restée limitée à un
seul secteur. Cette fois, c'est l'ensemble de l'économie mondiale qui
est touchée, à commencer par la première puissance mondiale,
les Etats-Unis, et avec eux les pays européens. La globalisation de l'économie
a globalisé la crise.
C'est
la fin ce que les économistes officiels appelaient, non sans cynisme,
la "mondialisation heureuse". Heureuse pour la minorité de
parasites qui en a tiré des profits fabuleux, nourris par le recul global
des conditions de vies des classes laborieuses du monde entier dont les plus
pauvres sont décimées par les maladies et la famine, soutenus
par le développement d'un état de guerre permanent et aux prix
d'une crise écologique qui remet en cause la vie même de la planète.
En fait, cette phase de surchauffe préparait la crise globale qui s'étend
aujourd'hui.
Les faillites bancaires, le krach viennent remettre en cause ce "bonheur"
de la haute bourgeoisie internationale. Elle n'en rend que plus acharnée
la bataille que se livrent les groupes industriels et financiers pour s'accaparer
les profits qui restent à glaner.
C'est ainsi que l'on assiste à des concentrations à grande échelle,
où tous les coups sont permis. Lehman-Brothers, à peine en faillite,
est rachetée par la banque britannique Barclays au prix bradé
de 1,9 milliards ; après avoir racheté Merryl Linch, le PDG
de Bank of America se félicite que ce rachat lui a fait gagner dix ans
de développement
Les mêmes phénomènes se produisent
dans l'industrie.
Pour protéger la finance contre ses propres difficultés, le rôle
des Etats ne cesse de croître. Sous couvert de régulation, leur
politique évolue pour se confondre de plus en plus avec celle des groupes
financiers. C'est ce qui est en germe dans la politique menée par les
banques centrales depuis le début de la crise, en particulier la FED,
qui joue désormais le rôle d'investisseur public. C'est ce qui
est contenu aussi dans l'existence et l'intervention des "fonds souverains",
réserves financières constituées de ressources publiques
qui permettent aux Etats qui en disposent d'investir dans l'industrie et la
finance.
Etats
et patronat poursuivent de plus belle leur politique de classe, qui consiste
à faire porter sur l'immense majorité de la population le coût
de la crise et du maintien des profits.
Conséquence immédiate dramatique de la faillite de Lehman-Brothers,
on a pu voir à la télévision les milliers de travailleurs
du groupe, de tout niveau hiérarchique, qui ramassaient leurs affaires
et se préparaient au chômage, sans espoir de trouver un travail
dans un secteur de plus en plus sinistré. La poursuite de la crise entraînera
inévitablement de nouveaux licenciements massifs, comme ceux annoncés
dans l'automobile et bien d'autres secteurs.
Chômage, baisse du pouvoir d'achat consécutive à la stagnation,
voire à la baisse des revenus, à la hausse des prix et au renchérissement
du crédit, la crise a des effets ravageurs sur les populations et les
travailleurs. Les réponses des bourgeoisies et des Etats ne peuvent que
les aggraver.
La politique des banques centrales, qui consistent, sous prétexte de
"restaurer la confiance", à remettre jour après jours,
des milliards et des milliards d'argent frais dans la machine spéculative,
reviennent à faire prendre en charge par les caisses publiques les pertes
des financiers privés.
Certes la crainte du chômage fait pression, rend plus difficiles les mobilisations.
Mais pour une part de plus en plus importante de la population, touchée
par les reculs sociaux et révoltée par le cynisme des politiques
menées par les gouvernements et leurs donneurs d'ordre, les financiers,
la question politique centrale devient celle de la réponse à cette
crise globalisée et aux attaques qui l'accompagnent.
Cela n'en rend que plus urgent le regroupement autour d'une politique de défense
des intérêts et des droits des travailleurs et de la population,
sur tous les terrains.
Une politique qui mette en avant l'urgence sociale et démocratique, la
satisfaction des besoins des travailleurs et des classes populaires et qui pose
la question du pouvoir : qui décide de l'utilisation des richesses
créées par le travail ? qui peut mettre fin à la gabegie
insupportable, à la spirale sans fin dans laquelle on voit tous les jours
des milliards partir en fumée tandis que la situation économique,
sociale, démocratique, écologique ne cesse de se dégrader ?
L'alternative est posée pour toute la population : ou la poursuite
de la fuite en avant au nom des intérêts d'une classe parasitaire,
ou l'intervention consciente et concertée des travailleurs pour conquérir
la démocratie, le pouvoir de contrôler la marche de la société,
le socialisme.
Eric Lemel