| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°208
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27 novembre 2008
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La
relance, c'est la nationalisation des banques,
le contrôle des travailleurs, la hausse des salaires,
le partage du travail
Les dirigeants
des 20 pays les plus riches du monde se sont retrouvés à Washington
le 15 novembre pour, dixit, " tirer les leçons de la crise
actuelle ", " prendre toutes les mesures nécessaires
pour restaurer la confiance des marchés et la stabilité, et minimiser
les risques d'une nouvelle crise "
Des objectifs ambitieux
pour des résultats qui se sont cantonnés
à une déclaration de grands principes, ceux du " libre
marché, le respect de la propriété privée, l'ouverture
des échanges et des investissements, la concurrence entre les marchés "
et qui se contentent de recommander, en guise de " mesures nécessaires ",
la mise en uvre de " politiques de relance ".
Cela n'a pas suffit pour redonner le moral aux Bourses qui ont connu une semaine
de dégringolade
Jusqu'au sauvetage de Citigroup qui a provoqué
un fol optimisme
Les spéculateurs sont dans une phase aigüe maniaco-dépressive.
La déprime devant la réalité de l'ampleur de leur crise,
avec des accès de brusque euphorie quand les Etats les comblent de cadeaux !
Mais la tendance générale est à la baisse entraînée
par la récession qui atteint l'économie mondiale. Les " plans
de relance ", cyniquement présentés comme le moyen de
protéger les travailleurs de la crise, accompagnent maintenant la politique
d'intervention des Etats pour renflouer le système financier. Ils sont
les deux volets d'une même politique. Une fuite en avant dans l'urgence,
pour soutenir un système financier en train de s'effondrer en finançant
les classes dominantes, leurs profits et leurs spéculations, avec l'espoir
qu'un miracle se produise
Mais le miracle n'aura pas lieu. La politique
de soutien au système financier est vouée à l'échec
par la profondeur même de la crise, expression du niveau de parasitisme
atteint par l'aristocratie financière qui règne sur l'ensemble
de l'économie mondiale. Et la politique de relance est tout autant vouée
à l'échec puisqu'elle arrose les patrons dans le même temps
que les Etats organisent la régression sociale, laissent faire les licenciements
Cette politique des classes dominantes qui vise à relancer les profits
ne peut qu'alimenter la crise. Elle conduit à une catastrophe. Les classes
exploitées lui opposent une politique qui relance l'économie pour
satisfaire leurs besoins en prenant sur les profits et le capital. Le débat
se tranchera dans la lutte.
Une
crise globale, qui s'approfondit de jour en jour
Sur les marchés financiers, la grande purge continue. Les Bourses internationales
continuent leur yo-yo. L'Etat américain est de nouveau intervenu dimanche
23 novembre en injectant 20 milliards de dollars dans le capital de Citigroup,
deuxième banque commerciale US, et en lui offrant une garantie de 306
milliards sur ses pertes futures. Cette opération a entraîné,
après une semaine de chute libre, une remontée spectaculaire de
toutes les Bourses. Une preuve cynique de plus, s'il en était besoin,
que les milliards offerts aux banques par les Etats sous prétexte de
" soutien " ne sont que des primes à la spéculation.
Dans le domaine de l'économie dite réelle, le marasme touche des
secteurs de plus en plus nombreux, et de plus en plus gravement : secteur
de l'immobilier, de l'automobile
Les annonces de mise en chômage
technique, de licenciements, de fermetures définitives se succèdent.
Une enquête récente d'un assureur-crédit publiée
par les Echos, prévoit que les " défaillances d'entreprises "
pourraient augmenter de 25 %, en France, pour chacune des deux années
2008 et 2009. Cette accélération est pour une part due au durcissement
des conditions du crédit. Mais elle est surtout la conséquence
de la politique du patronat qui anticipe la récession par les licenciements
et ainsi l'accélère. La diminution de la demande solvable contraint
en retour producteurs et vendeurs à baisser leurs prix pour écouler
leurs stocks. Une baisse des prix qui est une conséquence directe de
la récession, qu'elle contribue à accentuer. Ils plongent ainsi
le monde dans une récession qui échappe à la politique
des Etats dont le seul souci est de préserver les intérêts
des classes dominantes.
Ces dernières années, le développement de la Chine et de
quelques autres pays avait créé l'illusion d'un accroissement
illimité des profits. Profits tirés de la sur-exploitation de
la main d'uvre sous-payée des pays pauvres, mais aussi des reculs
des conditions de travail et de salaire auxquels les travailleurs des anciens
pays industriels, soumis à la concurrence d'un marché du travail
désormais international, n'ont pas été capables de s'opposer.
Tandis que les profits explosaient, gonflés par une spéculation
financière effrénée, la croissance des pays " émergents "
s'est ainsi accompagnée d'une baisse des revenus des populations des
pays riches, principaux consommateurs de marchandises produites. Cette baisse
du pouvoir d'achat réel de la population des pays riches a été
compensée un temps par un recours massif au crédit bon marché.
Mais le faux semblant a pris fin avec la crise des subprimes, dans l'explosion
de la bulle spéculative de l'immobilier américain en 2007. Les
éléments d'une récession économique, l'incapacité
du marché solvable à absorber la masse des marchandises produites,
sont alors apparus au grand jour, et n'ont cessé, depuis, de se développer.
La crise actuelle est l'aboutissement de la politique des classes dominantes,
de la guerre de classe qu'elles ont pu mener pendant des années en toute
impunité, parce que les classes populaires du monde entier, soumises
à un rapport de force défavorable, leur laissaient les mains libres.
Mais, en mettant à nu les contradictions qui ont conduit le capitalisme
à la faillite, en montrant l'impuissance de la grande bourgeoisie financière
et de ses larbins politiques à s'y opposer, elle souligne l'urgence à
inverser ce rapport de force. C'est la seule issue à la crise.
La légitimité de la bourgeoisie à diriger la société
est remise en cause. L'image des subventions faramineuses des Etats aux banquiers
responsables de la crise et qui partent en fumée dans les jeux boursiers
tandis que se poursuivent de plus belle restrictions et attaques contre les
travailleurs, alimente la révolte et la contestation sociale.
Cela contraint la bourgeoisie et ses représentants à mener une
bataille politique incessante pour tenter de faire croire qu'ils gardent la
situation sous contrôle. Tout comme ils essaient de faire passer leur
politique de soutien inconditionnel aux parasites de la finance pour le seul
moyen d'atténuer les effets de la crise pour les classes populaires.
Leur politique ouvre les yeux de millions de travailleurs, les éveillent
à la défense de leurs intérêts de classe.
Un
nouveau Bretton Woods ?
Le sommet de G20, avec sa prétention à mettre en place des mesures
susceptibles de " rétablir la confiance des marchés
et la stabilité " par une coordination internationale des
Etats n'a été que l'un de ces multiples tours de passe-passe.
Certains, tel le 1er ministre britannique, Gordon Brown, prétendaient
y voir un " nouveau Bretton Woods ", la possibilité
pour le G20 de mettre en uvre les mesures de régulation, de " gouvernance
internationale ", que l'on nous annonce depuis le début
de la crise et qui conditionneraient, selon eux, une nouvelle phase de stabilité
économique.
Comme celle qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale et qui
trouverait son origine dans les accords signée en 1944, à Bretton
Woods, aux Etats-Unis, où s'étaient réunis la quarantaine
de pays alliés contre l'Allemagne, afin d'organiser l'économie
mondiale de l'après-guerre et tenter de mettre en place des outils censés
éviter le retour de crises comme celle de 1929.
Les accords de Bretton Woods concrétisaient la place de première
puissance économique, politique et militaire que les Etats-Unis avaient
acquise au cours de la guerre. Ils faisaient du dollar, dont la valeur était
garantie par les stocks d'or détenus par les Etats-Unis, la monnaie des
échanges internationaux et la référence de toutes les autres
monnaies. Et c'est à Bretton Woods que sont nés la Banque mondiale,
destinée à financer, avec des capitaux américains, la reconstruction
de l'Europe et du Japon détruits par la guerre, et le FMI, pour réguler
les échanges monétaires internationaux.
Depuis, les USA n'ont cessé de faire évoluer les " outils "
issus de Bretton Woods au gré des aléas de la situation économique
et politique mondiale, pour assurer leur domination, et grâce à
cette domination.
Car c'est l'hégémonie écrasante des USA, et non les "
règles " et institutions internationales issues de Bretton Woods,
qui a constitué la base de la stabilité du capitalisme de l'après-guerre,
lui permettant de traverser toutes les crises du demi-siècle (décolonisation,
crises économiques,
), pour arriver au capitalisme mondialisé
d'aujourd'hui.
Cette situation prend fin à travers la crise qui en est l'aboutissement,
mais les conditions d'un nouveau Bretton Woods n'existent pas : aucun pays
n'est actuellement en mesure d'imposer ses propres règles du jeu. Les
classes dominantes et leurs Etats n'ont pas d'autre choix que de se préparer
à faire face à l'exacerbation de la concurrence internationale,
sur la base de nouveaux rapports de force internationaux.
Bien sûr, s'ils ne peuvent plus prétendre à une hégémonie
indiscutée, les Etats-Unis gardent dans cette situation une place prépondérante.
Malgré la crise financière et leur endettement astronomique, ils
restent la première puissance économique mondiale. Leur Etat est
le seul à avoir les moyens d'intervenir pour assurer la domination de
la bourgeoisie internationale à l'échelle de la planète.
Et le dollar, bien qu'affaibli, est encore la monnaie principale des échanges
internationaux. Une grande part des réserves des pays " émergents ",
comme la Chine, ou de certains pays producteurs de pétrole, sont constituées
de dollars ou de bons de trésor américains. Autant de raisons
pour ces pays de soutenir la monnaie et l'économie américaine
C'est sur cette puissance que voudrait s'appuyer Obama en engageant un vaste
plan à travers lequel il voudrait restaurer l'hégémonie
américaine en en faisant le moteur d'une relance mondialisée.
Au mieux, il ne pourra qu'amoindrir la crise tout en préparant ses nouveaux
développements.
Relancer
l'économie, ou financer les profits et les spéculateurs ?
Le plan annoncé par Obama pourrait atteindre 800 milliards de dollars.
Il s'agirait d'allègements fiscaux, d'aides au crédit, et " d'investir
dans de grands chantiers d'infrastructures : écoles et hôpitaux
publics, routes, ponts et surtout développement d'énergies alternatives ".
En Europe, Sarkozy et Barroso rêvaient d'un plan commun, financé
au prorata des moyens de chacun des pays et dont les aides auraient été
attribuées, sous l'égide de la Commission européenne, en
fonction des besoins. Mais ce projet n'a pas résisté aux divergences
d'intérêts. Chacun des pays membres agira en ordre dispersé,
avec ses propres moyens et pour ses propres objectifs
La Commission européenne
devra se consoler de sa mise à l'écart en attribuant à
chacun de ces plans le label " plan européen de relance ",
dont le total devrait atteindre 130 milliards d'euros.
En Grande Bretagne, le plan portera sur une vingtaine de milliards de livres,
sous forme d'allègements fiscaux, particulièrement de la TVA.
En France et en Allemagne, le plan devrait revêtir la forme d'" aide
aux investissements ", c'est-à-dire du soutien financier,
par l'Etat, de certains secteurs réputés " stratégiques ".
C'est le rôle du " fond stratégique d'investissement "
de Sarkozy, et de ses projets : grands travaux d'infrastructure (routes,
chemins de fer
), plan de soutien à l'automobile, rachat par l'Etat
à des promoteurs privés de tout un stock de logements invendus
pour en faire des logements sociaux...
Tous ces " plans " sont censés produire indirectement
des emplois, donc de la croissance, et donc, en fin, de compte, relancer l'économie
Une formule magique à laquelle personne ne peut croire, mais qui n'empêche
pas Obama d'y voir la possibilité de créer les 2,5 millions d'emplois
promis au cours de sa campagne.
Sauf pour quelques pays comme la Chine, le financement de ces plans repose forcément,
fautes de réserves, sur une aggravation de l'endettement des caisses
publiques. C'est la poursuite, sous une autre forme, de la politique de financement
du système financier aux frais du contribuable.
Certains n'hésitent pas à comparer le plan " audacieux "
d'Obama au New-deal mis en uvre par Roosevelt à partir de 1933
pour tenter de faire face aux conséquences de la crise de 29. Mais les
Etats-Unis avaient alors les moyens d'une telle politique. Et si le New-deal
n'a pas mis fin à la crise, qui ne s'est résolue réellement
qu'à travers les massacres et les destructions de la 2ème guerre
mondiale, il en avait malgré tout atténué les effets aux
Etats-Unis.
Aujourd'hui une telle politique n'est plus possible, même avec toutes
ces limites. Les 800 milliards du financement envisagé par Obama viendront
creuser d'autant le déficit abyssal des caisses américaines. Et,
loin de " relancer l'économie ", ils rejoindront
ceux que le Trésor américain et la FED ont déjà
jetés, et continuent de jeter, par centaines, dans le gouffre de dettes
insolvables du système financier. Quant à la capacité,
qui semble sans limites, de l'Etat américain à puiser dans des
caisses vides, elle ne tient que tant que ses créanciers, particulièrement
la Chine, accepteront de financer l'endettement des USA sur leurs propres réserves.
Jusqu'à quand ?
Sous couvert de protéger les travailleurs et les populations des effets
de la récession, les " plans de relance " que se
préparent à mettre en uvre les gouvernements sont une nouvelle
fuite en avant face à une situation qui se dérobe sous leurs pieds.
Contre
la tentative de relance des profits, un plan d'urgence pour les travailleurs
et les classes populaires
La crise actuelle est le résultat des contradictions dans lesquelles
se débat le capitalisme international. Elle est aussi, dans le cadre
du système capitaliste, le seul mode possible de résolution de
ces contradictions. De ce fait, elle répond à une logique, à
des " lois économiques " qui sont celles du système
capitaliste et dont le G20 réaffirme les principes dans sa déclaration :
" principe du libre marché, respect de la propriété
privée et de la concurrence entre les marchés "
Des " lois " que l'on nous présente comme inéluctables
et au nom desquelles il nous faudrait accepter la situation actuelle et ses
conséquences dramatiques. Des " lois " qui ne sont
en réalité qu'un argument politique pour imposer aux populations
la logique d'une politique de classe égoïste et parasitaire qui
mène tout droit à la catastrophe.
Mais si les gouvernements se sentent obligés de déguiser en " plans
de relance de l'économie " leurs nouveaux cadeaux aux patrons
et aux financiers, c'est qu'ils craignent que les rideaux de fumée de
leur propagande et le poids démoralisant de la crise ne soient impuissants
à désarmer la révolte et la contestation sociale qui se
développe, et dont, ici, le succès des manifestations des enseignants
du 20 novembre, celles des postiers du 22, sont l'expression.
L'histoire est là pour démontrer qu'au cur des mécanismes
qui ont conduit à la crise, il y a le recul du mouvement ouvrier qui
a laissé les mains libres aux classes dominantes avides de profits et
de domination, au mépris des intérêts des populations. Au
cur de la crise, il y a la question d'une loi bien réelle celle
là, celle du rapport de force entre les classes. Et si les classes opprimées
laissaient encore faire, l'aventure financière dans laquelle s'engagent
aujourd'hui les Etats conduirait inévitablement à une régression
considérable.
La seule relance possible, c'est de prendre sur le capital pour produire en
fonction des besoins des populations et, pour cela, de nationaliser le crédit
afin de fournir aux entreprises les capitaux dont elles ont besoin pour produire,
non en fonction des profits escomptés par une minorité de parasites,
mais en fonction d'un plan répondant aux besoins effectifs et sous le
contrôle des travailleurs. C'est de prendre sur le capital pour garantir
à tous un salaire permettant de vivre dignement, pour interdire les licenciements
en imposant le partage du travail entre tous.
Ces mesures d'urgence ne peuvent venir d'en haut, elles ne peuvent être
imposées que par en bas, par la mobilisation et l'organisation des travailleurs
pour imposer leurs droits contre ceux du capital financier spéculatif.
Eric
Lemel