| Débatmilitant | ||||||||||
| Lettre publiée par des militants de la LCR |
n°212
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22 janvier 2009
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Ce sont les peuples qui font l'histoire .
" Je
vous dis aujourd'hui que les défis auxquels nous sommes confrontés
sont réels, ils sont graves et nombreux ", a déclaré
Barak Obama, en entamant son discours d'investiture le mardi 20 janvier. " Ils
ne seront pas relevés facilement ni rapidement. Mais sache, Amérique,
qu'ils le seront. "
Obama qui, depuis son élection, multiplie les références
au combat de Martin Luther King, à Abraham Lincoln et même aux
Pères Fondateurs de la nation américaine dont, selon lui, les
" idéaux éclairent toujours le monde ",
prétend écrire une nouvelle page de l'histoire des Etats-Unis
et du monde. Son discours d'investiture est à l'image de la contradiction
de son élection. Premier président noir élu aux Etats-Unis,
il l'a été avec les voix des classes populaires et, de fait, son
élection est un désaveu des politiques des dirigeants américains.
Mais il n'en est pas moins le candidat des classes privilégiées
américaines. Aussi son discours vise à entretenir l'illusion que
le rêve américain est toujours possible à l'heure où
le capitalisme aux Etats-Unis et dans le monde connaît la plus profonde
de ses crises.
Il veut entretenir l'espoir que les choses vont changer grâce à
lui. Ainsi, sur la crise, a-t-il déclaré : " La
crise économique qui frappe le pays, est le fruit de la cupidité
et de l'irresponsabilité de certains. " Et, comme s'il
s'engageait à s'y opposer : " Un pays ne peut prospérer
longtemps en ne favorisant que les plus prospères ". Mais
sur le fond, ce sont bien les intérêts de la bourgeoisie américaine,
la bourgeoisie la plus puissante du monde, qu'Obama défend. D'ailleurs
son discours réaffirme l'essentiel, maintenir la position des Etats-Unis
comme leader du monde : " nous sommes prêts à
diriger à nouveau ".
Si Obama en appelle à " l'espoir plutôt que la peur,
la cohésion vers l'objectif plutôt que le conflit et la discorde ",
cet espoir se heurte, pour la grande majorité de la population aux Etats-Unis
comme dans le reste du monde, à la réalité des conséquences
de la politique de la minorité capitaliste qui dirige.
Le développement de la crise financière et économique combiné
à l'accentuation de l'offensive militaire d'Israël contre le peuple
palestinien dessine les traits d'une nouvelle période dans laquelle se
conjuguent l'aggravation des inégalités sociales, le recul des
droits démocratiques et un état de guerre permanent
Derrière les beaux discours et l'espoir qu'Obama voudrait susciter, il
y a la réalité des intérêts de classe qu'il défend.
Et les classes dirigeantes américaines comme du reste celle des autres
pays, n'ont d'autres politiques que de préserver leur pouvoir en faisant
peser le poids de la crise de leur système sur les populations.
Le rêve se brise sur la réalité !
C'est pour cela que la réponse à cette crise globale aux multiples
aspects ne pourra venir d'en haut, mais bien d'en bas. Car l'histoire, ce sont
les masses qui la font
pas les hommes d'Etat providentiels, quels que
soient les espoirs qu'ils puissent faire naître.
Pour faire face à ce recul généralisé, les travailleurs
et les populations devront se mobiliser pour changer le rapport de force et
imposer l'ensemble des mesures d'urgence sociale répondant à leurs
besoins.
En France, le gouvernement se ridiculise ces dernières semaines par des
déclarations qui agitent le spectre des trotskistes responsables de la
multiplication des mouvements sociaux. Pitoyable aveu de faiblesse que cette
vision policière des mobilisations. Ces luttes, dont la journée
de grève interprofessionnelle du 29 janvier peut-être une étape
importante vers leur convergence, sont avant tout la conséquence d'une
profonde révolte face à la multiplication des attaques. La popularité
nouvelle des idées révolutionnaires fait écho à
cette colère, à cette révolte.
Ici, comme aux USA, l'enjeu des luttes sociales et politiques est bien de faire
payer leur crise à ceux qui en sont responsables sans se laisser étouffer
par les marchands d'illusion, en faisant en sorte que l'espoir en une réelle
démocratie devienne une lutte concrète, celle de la mobilisation
des classes populaires et des peuples. Pouvoir imposer des mesures d'urgence
indispensables contre les licenciements, pour augmenter les revenus, pose la
question plus générale du contrôle par la population de
la marche de la société, c'est-à-dire la question de la
démocratie, du pouvoir. Faire l'histoire passe par la conquête
de la démocratie qui permet aux plus larges masses de faire irruption
sur le terrain où se joue leur destinée.
C'est le défi que tous ceux qui aujourd'hui se tournent vers le NPA entendent
relever dans ce contexte marqué par un tournant global de la situation
sociale et politique, véritable basculement du monde.
La
démocratie, la question centrale
Obama tente de légitimer au nom de la démocratie, de la liberté,
qui seraient les valeurs américaines des Pères fondateurs, ce
qui n'est finalement que la domination de classe de la bourgeoisie américaine.
Mais l'époque où cette bourgeoisie pouvait prétendre dominer
le monde en leur nom est bien finie. Les dirigeants américains parlent
avec hypocrisie et cynisme de démocratie et de liberté, alors
que la réalité quotidienne fait de plus en plus apparaître
la mondialisation comme la généralisation de la dictature d'une
classe minoritaire engendrant un état de guerre sociale et militaire
permanent.
La démocratie et la liberté sont incompatibles avec le pouvoir
des trusts, des groupes financiers et des Etats qui, à leur service,
ne défendent que les privilèges d'une minorité. Elles ne
peuvent venir que des classes les plus nombreuses, des travailleurs, à
travers une transformation révolutionnaire de la société,
de ses institutions politiques, de son organisation économique, à
travers la remise en cause du pouvoir économique et politique des classes
dominantes.
Dans le même temps, pour la majorité de la population, la démocratie
directe est la seule façon de défendre ses intérêts
contre ceux des classes privilégiées. Car leurs intérêts,
les opprimés ne pourront jamais compter que sur eux-mêmes pour
les défendre. Attendre cela d'un président comme Obama serait
une illusion car même si son élection est comme l'aboutissement
de décennies de luttes des Noirs américains, il reste le représentant
des classes dirigeantes.
La prise en compte des besoins réels de la population ne peut passer
que par un contrôle démocratique exercé par la classe des
salariés, elle-même, sur la marche de l'économie pour la
soustraire aux intérêts de la finance et la planifier démocratiquement
dans l'intérêt du plus grand nombre.
Quelle forme pourrait prendre un tel pouvoir démocratique ? Nous
ne pouvons pas le décrire en détail mais ce qui est certain, c'est
qu'une telle démocratie ne peut se résumer à l'élection
d'un gouvernement, d'un homme d'Etat charismatique, dans le cadre institutionnel
actuel. Un gouvernement des travailleurs et de leurs organisations ne pourrait
exercer son pouvoir démocratique qu'en s'appuyant sur la mobilisation
et l'organisation des travailleurs pour leur permettre d'exercer directement
leur contrôle sur l'économie. C'est cela la différence essentielle
avec la démocratie parlementaire tronquée, censurée par
le pouvoir de la finance dont les Etats-Unis sont le modèle. Dans ce
système soit disant démocratique, derrière le paravent
des élections, le véritable pouvoir est confisqué par une
poignée de dirigeants politiques au service des intérêts
des vrais détenteurs du pouvoir, les grands groupes financiers. La mise
en place d'une véritable démocratie passe par la remise en cause
des cadres institutionnels actuels prétendument démocratiques.
Elle passe aussi par la remise en cause du pouvoir économique et social
d'une minorité.
Pas
de démocratie sans politique internationaliste
Obama parle de la démocratie comme s'il défendait un idéal
international alors qu'en réalité il ne fait que se placer du
point de vue des intérêts américains, de leur domination
sur le monde au mépris des droits des peuples. C'est le sens de sa formule
" Nous sommes prêt à diriger à nouveau ".
Ainsi vise-t-il à légitimer la domination des Etats-Unis au nom
de la démocratie alors que justement cette domination s'y oppose, et
prends de plus en plus le visage d'une intervention militaire américaine,
d'un état de dictature armée. Cette domination est avant tout
celle de la bourgeoisie américaine, une classe minoritaire qui essaie
de faire peser les conséquences de la crise de son système sur
le dos des populations et de ses concurrents.
La crise du système est internationale. Dans le cadre de la mondialisation,
la bourgeoisie mène sa politique contre les travailleurs et les peuples
à l'échelle de la planète. Un gouvernement des travailleurs
qui chercherait à opposer à cette domination une véritable
démocratie ne pourrait en rester aux frontières d'un pays. En
particulier, ici, c'est au niveau de l'ensemble des pays européens qu'il
devrait agir pour étendre cette démocratie révolutionnaire
en s'appuyant sur les mobilisations sociales se développant dans chaque
pays.
A l'opposé d'une Europe construite par en haut dans l'intérêt
des grands trusts et de la finance, des Etats-Unis socialistes d'Europe, construits
par des gouvernements s'appuyant sur les mobilisations des salariés de
chaque pays, pourraient devenir un levier pour l'instauration de nouveaux rapports
entre les peuples à l'échelle du monde. Il serait ainsi à
l'origine d'une véritable remise en cause des rapports de domination
impérialiste et en premier lieu de celle des Etats-Unis, en contribuant
à impulser une transformation révolutionnaire à l'échelle
de la planète.
Une politique internationaliste, dépassant le cadre étriqué
des frontières pour trouver des solutions face à la crise économique,
sociale, écologique, ne pourra se renforcer que par une extension sans
précédent de la démocratie, c'est-à-dire en s'appuyant
sur l'organisation consciente, la mobilisation et l'intervention directe des
populations sur le terrain politique.
Les conflits locaux, les tensions entre les peuples, les guerres sont des produits
entretenus par la domination des puissances impérialistes et leurs luttes
d'influence qui, les condamnent à la misère et à un état
de guerre permanent. La seule issue passe par le respect des droits des peuples
et cela, il n'y a qu'une démocratie révolutionnaire, c'est-à-dire
les mobilisations et l'organisation des populations, qui pourra l'imposer en
remettant en cause la domination des classes dirigeantes.
Un
parti, instrument de l'émancipation des travailleurs par eux-mêmes
Le projet qu'Obama propose au peuple américain et au monde ne peut que
se briser sur la réalité de la politique des classes dominantes
qu'il sert. Avec la crise, la domination de ces classes dirigeantes ne pourra
que prendre l'aspect d'une dictature de plus en plus ouverte, de plus en plus
dure pour imposer de nouveaux reculs aux populations. Aux temps des discours,
des promesses et des rêves ne pourra que succéder celui de la réalité
de la lutte des classes.
Le bien-être, le progrès social, la démocratie et la paix
ne peuvent résulter que de l'action consciente des travailleurs et des
peuples.
Aujourd'hui, l'exacerbation des rapports d'exploitation fait que toute question
sociale devient une question politique qui pose la question de la contestation
du pouvoir des classes dirigeantes et de la mise en place d'une réelle
démocratie, impliquant un contrôle direct par la population de
la marche de la société.
C'est de ce projet d'une transformation révolutionnaire de la société
à l'échelle de monde dont est porteur le NPA. Nous voulons construire
un parti qui soit l'instrument de cette conquête du pouvoir démocratique
par les travailleurs. En ce sens, ce parti sera à l'image du projet de
société socialiste que nous défendons car pour nous le
socialisme est avant tout un processus démocratique et révolutionnaire
d'émancipation des opprimés par eux-mêmes à partir
de leurs conditions réelles d'existence.
Ce parti n'est pas une fin en soi, il ne pourra que se transformer sous les
effets mêmes des progrès de la lutte des classes, de la transformation
collective des consciences, du développement de nouvelles formes de luttes
et d'organisations
Vers
une transformation révolutionnaire de la société
L'accentuation de la crise, inévitable dans le cadre de la politique
des Obama et autres dirigeants des puissances capitalistes, ouvre la perspective
de l'émergence, au sein du monde du travail, de la conscience de l'impérieuse
nécessité pour lui d'intervenir, directement, sur le terrain social
et politique. C'est le seul rêve qui soit porteur de progrès.
C'est cela la révolution, la conquête de la démocratie par
les travailleurs
Oui, le monde à changer et ces changements nourrissent un projet émancipateur
pour le XXIème siècle, celui du socialisme, du communisme. S'affirmer
révolutionnaire, ce n'est pas vouloir la reproduction des révolutions
du passé même si nous nous inscrivons dans leur continuité,
comme dans la continuité des luttes d'émancipation. Ce que sera
la révolution du XXIème siècle est à écrire
mais toute l'évolution de la société montre qu'elle sera
avant tout porteuse d'une exigence démocratique autrement plus moderne
que les simagrées de cette " première démocratie
du Monde " que sont les Etats-Unis !
Obama parle d'une nouvelle ère, celle de la " responsabilité "
ce n'est pas dénué d'ironie, voire de cynisme, de la part du porte
parole d'une bourgeoisie américaine dont la seule morale peut se résumer
à " après moi le déluge ! ",
et dont la seule boussole reste la défense la plus étroite de
ses intérêts de classe minoritaire, quel qu'en soit le prix payé
par les populations, voire l'équilibre même de la planète.
Oui, nous sommes entrés dans une nouvelle période. Si cela doit
être une ère de responsabilité, pour reprendre l'expression
d'Obama, alors cela voudra dire en finir avec la domination de classes qui font
quotidiennement la démonstration de leur irresponsabilité sociale !
Après des décennies d'offensives, le capitalisme est entré
dans une crise profonde, qui est aussi une défaite politique, la fin
de l'illusion que le capitalisme est l'horizon indépassable de l'Histoire
de l'Humanité. Cette perte de confiance dans le système a gagné
jusqu'à ses défenseurs, et les discours d'Obama auront bien du
mal, sur le long terme, à la restaurer. Les boursicoteurs ne s'y sont
pas trompés, la journée d'investiture d'Obama a aussi été
une nouvelle journée de chute du cours des actions ! Le libéralisme
impérialiste fait aujourd'hui la démonstration à l'échelle
de la planète de son incapacité à être la base d'un
réel développement des sociétés humaines. Pire,
il n'est capable que d'une spirale de crises, et de guerres.
Alors nous ne savons pas quelles seront les nouvelles formes de lutte et d'organisation
que les salariés sauront mettre en uvre au fur et à mesure
du développement de la lutte des classes. Mais nous sommes convaincus
que ces mobilisations, ces luttes, les nouvelles formes d'organisations sociales
qui en naîtront donneront un contenu autrement plus profond, plus large
aux aspirations démocratiques des peuples, celui de leur propre pouvoir,
celui d'une démocratie révolutionnaire pour changer le monde
Bruno
Bajou